La scientologie veut se développer en Suisse

 

par Evelyne Oberson

Les scientologues ont prévu la construction d’un grand centre à Bâle. Zurich, Berne et la Suisse Romande devraient suivre.

La scientologie aurait-elle le vent en poupe ? Evelyne Oberson interroge Georg Schmid, théologien et spécialiste des religions.

C’est le journal « Der Sonntag » qui a évoqué l’affaire le premier: l’Eglise de scientologie planifie l’ouverture, cette année encore, d’un grand centre à Bâle. L’organisation a acquis une parcelle de 4’000 m2 à proximité de son siège actuel, près de la frontière française. Dans ce nouveau bâtiment, appelé « Ideal Org », elle compte offrir à ses membres l’ensemble de ses services.

Cette volonté de se rendre plus visible et

présente peut paraître étonnante dans un contexte où, selon les experts, le nombre d’adhérents de l’organisation n’a cessé de diminuer depuis les années 90. Il serait aujourd’hui environ 1000 adhérents actifs pour tout le pays. Des chiffres que conteste l’Eglise de scientologie, fondée il y a cinquante ans par l’auteur de science-fiction américain Ron Hubbard.

Evelyne Oberson a sollicité l’avis de Georg Schmid, théologien et spécialiste des religions

La Communauté des Béatitudes offre un nouveau visage


Après quarante ans d’ambiguité et un certain nombre d’abus, l’autorité ecclésiale primera désormais sur celle des laïcs.
C’est le Frère Henri Donneaud (photo), dominicain, qui devient le nouveau responsable de la Communauté.

Mgr Robert Le Gall, archevêque de Toulouse, a présenté lundi à Paris le décret qui érigera les Béatitudes en « Association publique de fidèles de droit diocésain » en vue de devenir « Famille ecclésiale de vie consacrée ».

Cette nouvelle structure canonique « entend préserver l’identité profonde de la communauté, cette communion des états de vie – consacrés, laïcs, familles – dans les même lieux, tout en distinguant bien leur spécificité », a-t-il dit.

Fondée en 1973 par le « berger » Gérard Croissant, dit Frère Ephraïm, dans l’élan du Concile Vatican II, la Communauté des Béatitudes regroupe près de 650 membres en France, prêtres, religieux et religieuses, célibataires consacrés, fidèles en couples mariés (avec enfants ou non).

Ses membres sont répartis en une vingtaine de « maisons », près de soixante si l’on inclut les 28 pays, où la communauté a essaimé.

Désormais, c’est le Frère Henri Donneaud, dominicain, nommé commissaire pontifical qui devient le nouveau responsable de la Communauté des Béatitudes, vis-à-vis de Rome. Il gardera ses fonctions jusqu’à l’Assemblée Générale de la Communauté, qui n’aura pas lieu avant six mois.

Les Béatitudes comporteront trois branches: frères consacrés, soeurs consacrées et laïcs. Chacune aura son gouvernement propre et son assemblée générale, qui se tiendra en même temps que l’assemblée générale de la Communauté.

Le Frère Donneaud a rappelé qu' »avec le constat que de plus en plus de consacrés faisaient partie de la communauté, s’est posé la question du gouvernement. L’Eglise ne pouvait accepter que des consacrés soient placés sous l’autorité des laïcs ».

Il a notamment évoqué le fait que certains laïcs vivaient comme des consacrés « en prenant les habits monastiques » et que « des consacrés vivaient comme des laïcs », sans préciser.

La Communauté des Béatitudes a fait l’objet de plusieurs plaintes.
En février 2008, un frère a été mis en examen pour « attouchements sexuels sur mineurs » et a été exclu de la communauté.
Il avait reconnu plus de cinquante actes à caractère pédophile sur des enfants de 5 à 14 ans.

La semaine dernière, deux anciens membres des Béatitudes, se sont adressés aux prud’hommes pour le non-paiement de cotisations retraite par la communauté de 1982 à 2009.

Mardi, le Collectif CCMM des victimes du psychospirituel, qui dépend du Centre contre les manipulations mentales, s’est alarmé « du fait que la Communauté des Béatitudes reçoive un statut nouveau au sein de l’Eglise catholique alors que de nombreuses victimes sont toujours en attente de justice ».

Ce collectif souligne que « de nombreux doutes planent sur cette organisation et que de nombreuses plaintes ont été portées contre ce mouvement ».

 Ouest France du 28 juin 2011

De nouveaux statuts pour la communauté des Béatitudes


Le 29 juin, Mgr Robert Le Gall, archevêque de Toulouse, érigera la communauté des Béatitudes en association publique de fidèles de droit diocésain, après que 93% des membres engagés ont adhéré par écrit aux nouveaux statuts. Mgr Le Gall devient ainsi l’évêque référent de la communauté, alors que c’était jusqu’à présent l’archevêque d’Albi.

Selon Mgr Le Gall et le P. Henry Donneaud, commissaire pontifical de la communauté, qui donnaient une conférence de presse à Paris le 27 juin, il s’agit d’une « étape décisive » dans l’histoire de cette communauté fondée en 1973 dans la mouvance du Renouveau charismatique.

Depuis 2007, à la demande du Saint-Siège, la communauté a engagé un processus de refondation et de restructuration ; des directives avaient été données par Rome afin que les Béatitudes définissent mieux leur identité et charisme.

« Charisme propre de la communauté »

En la faisant passer d’un statut d’association privée à celui d’association publique, l’Église, a expliqué le P. Donneaud, « atteste la vérité et la fécondité durable du charisme propre de la communauté que, à la vue de ses fruits, elle reconnaît vraiment comme ecclésial ». Un charisme dont l’un des « éléments constitutifs » est la communion des états de vie, hommes consacrés (prêtres ou frères), femmes consacrées et laïcs (célibataires ou mariés).

Les Béatitudes sont appelées à devenir Famille ecclésiale de vie consacrée, après élection des responsables pour chacune des trois branches (frères consacrés, sœurs consacrées et laïcs) lors de leurs trois assemblées générales qui se tiendront, à la même date, « au moins dans six mois » selon le P. Henry Donneaud.

Ce sera la première fois qu’une grande communauté charismatique entrera dans ce statut, qui permet de concilier la communion entre les différents états de vie et les lois essentielles de la vie consacrée.

Clarifier les affaires du passé

La conférence de presse avait aussi pour objectif de « clarifier ce qui doit l’être quant aux affaires du passé », selon Mgr Bernard Podvin, secrétaire général adjoint de la Conférence épiscopale.

Des précisions ont été apportées sur la condamnation confirmée de l’ancien modérateur général des Béatitudes, Philippe Madre, pour abus sexuel, sur la situation du fondateur, Ephraïm (même s’il n’y a jamais eu de plaintes déposées contre lui, il est suspendu pour les mêmes raisons et depuis plusieurs années de son ministère diaconal et de toutes ses responsabilités dans la communauté), et sur les plaintes déposées aux prud’hommes par d’anciens membres de l’abbaye de Bonnecombe pour recouvrement de cotisation de retraite.

Claire Lesegretain – La Croix du 27 juin 2011

Les Béatitudes s’apprêtent à changer de statuts


De nouveaux statuts, distinguant trois branches au sein de la communauté des Béatitudes, sont en cours de validation.

Cette communauté va devenir une association publique de fidèles de droit diocésain.

Philippe Madre, diacre et ancien modérateur général des Béatitudes, a été renvoyé de l’état clérical.

Où en est le renouvellement des statuts ?

Lancé en 2007, le processus de reconfiguration de la communauté des Béatitudes se poursuit, en vue de la faire passer de l’état d’association de droit privé à celui d’association publique de fidèles. Approuvés par le Saint-Siège en avril, ces nouveaux statuts entérinent la distinction de la communauté en trois branches : les hommes consacrés, dont les prêtres, les femmes consacrées et les laïcs (célibataires ou mariés). 

Les statuts viennent d’être envoyés à tous les membres de la communauté. Ceux-ci ont jusqu’à la Pentecôte, le 12 juin, pour renvoyer leur lettre d’adhésion personnelle. « Les réponses déjà reçues sont très positives », se réjouit le dominicain Henry Donneaud, commissaire pontifical des Béatitudes, nommé par Rome.

Que deviendront les Béatitudes ?

Fin juin, et pour autant que la majorité des plus de 800 membres à travers le monde aura accepté les nouveaux statuts, l’ancienne communauté sera dissoute et une nouvelle communauté du même nom sera érigée par Mgr Robert Le Gall, archevêque de Toulouse, en charge du dossier. 

Les Béatitudes deviendront ainsi l’une des premières grandes communautés à adopter la nouvelle forme de vie consacrée, selon l’appellation de « famille ecclésiale de vie consacrée » élaborée sous le pontificat de Jean-Paul II.

Pourquoi Philippe Madre est-il renvoyé de l’état clérical ?

Médecin, père de deux enfants et beau-frère d’Ephraïm, fondateur des Béatitudes, Philippe Madre était membre de la communauté depuis ses débuts en 1975. Il en avait été le modérateur général pendant six années (1985-1992). Ordonné diacre permanent pour le diocèse d’Albi, il a été accusé dès 2003 d’« abus sexuel par personne ayant autorité », dans le cadre de ses accompagnements spirituels. 

Après un jugement en première instance rendu le 20 mai 2010 par l’officialité interdiocésaine de Toulouse, Philippe Madre a fait appel, se défendant de cette accusation provenant, selon lui, de l’ancien modérateur général.

En seconde instance toutefois, l’officialité de Rodez a confirmé en janvier 2011 la première sentence. L’avocat de Philippe Madre a alors eu recours à la Signature apostolique, la plus haute instance de jugement ecclésiastique au Saint-Siège, pour vice de forme. Mais ce recours n’a pas été pris en compte. Philippe Madre en conséquence est bien « déclaré coupable de faits délictueux qui lui ont été reprochés, conformément au code de droit canonique ».

Selon un communiqué récemment publié dans Foi et Vie, le mensuel du diocèse de Toulouse, « cette sentence définitive est celle du renvoi de l’état clérical ». Il n’a plus désormais « aucune mission canonique ni diaconale », précise Mgr Le Gall. Officiellement exclus des Béatitudes en 2010, Philippe Madre et son épouse s’étaient éloignés de la communauté depuis plusieurs années déjà et s’étaient installés en Vendée.

Claire Lesegretain – La Croix du 30 mai 2011

Comps-Lagrandville. Gisèle, ancienne membre des Béatitudes, se bat pour sa retraite

Gisèle et Alain, anciens membres des Béatitudes au sein de l’abbaye de Bonnecombe, seront aux Prud’hommes ce mardi matin, pour réclamer à la communauté religieuse plus de vingt ans d’arriérés de cotisations retraite.

« Aujourd’hui je touche 400 € de RSA, mais j’ai l’âge de la retraite. » Vivant déjà avec peu, Gisèle s’inquiète de devoir subvenir à ses besoins avec encore moins. Car sa retraite, cette ancienne religieuse, n’y aura pas droit si elle ne fait rien. « J’ai fait partie des Béatitudes de 1982 jusqu’à 2009, témoigne la sexagénaire résidant à l’abbaye de Bonnecombe à Comps-Lagrandville. Et la communauté religieuse n’a versé les cotisations retraites qu’à partir de 2000, parce que la conférence des évêques de France le lui a demandé. » Ce n’est pas avec neuf ans de cotisations, que Gisèle pourra vivre les vingt prochaines années. C’est pourquoi elle a décidé d’aller en justice. Ce mardi à 14 heures, elle et Alain, un autre ex-membre de Bonnecombe dans la même situation, seront à la première audience de conciliation devant les juges des prud’hommes.

Des dommages-intérêts pour rupture abusive

L’objet de leurs demandes ? Reconnaître leur statut de travailleur non salarié et ainsi reconnaître que leur employeur – les Béatitudes – ne les ont pas assurés auprès de la Sécurité sociale, en l’occurrence auprès du régime de la CAVIMAC (caisse maladie des cultes). Or, la loi fait obligation à tout culte de cotiser pour la maladie et la vieillesse de leurs membres mais aussi, depuis 2006 ou 2008 (selon le culte), de cotiser pour leur retraite complémentaire. À l’appui de leurs demandes, Gisèle et Alain revendiquent des années de labeur au sein des dizaines de maisons de la communauté dans lesquelles ils sont passés. Elle, comme rédactrice de la revue « Feux et Lumière » mais aussi comme infirmière dépêchée au Maroc notamment. Lui, comme imprimeur de la revue.

S’ajoutent au contentieux des dommages-intérêts pour « rupture abusive ». « On a été privé de nos droits au sein de la communauté en 2007 à cause de la médiatisation de l’affaire Pierre-Etienne (voir ci-contre, N.D.L.R.), raconte Gisèle, et lorsqu’on a demandé notre réintégration en 2009, elle a été refusée à cause de ce dossier, c’est donc une rupture abusive. »

Pour l’ensemble de leurs griefs, Gisèle et Alain réclament respectivement 140 191 € et 169 480 €. Des sommes conséquentes qu’ils auront bien du mal à obtenir, la principale difficulté étant pour eux de prouver leurs dires. Les salaires allaient aux Béatitudes et aucun bulletin de paie n’était remis. « Pour le dossier j’avais besoin de témoignages de personnes m’ayant vu travailler, précise Gisèle, mais ils ont été interceptés et je n’ai donc aucune preuve interne. » Loin de baisser les bras, l’ancienne nonne pourra tout de même produire des attestations faites par d’anciens membres et par des proches. Mais elle le sait, ce sera long.

« Ils iront jusqu’en cassation, affirme-t-elle, parce qu’il y a environ 700 sortants des Béatitudes depuis 3-4 ans à cause de toutes ces affaires (voir ci-dessus, N.D.L.R.) et ils ne veulent pas que ça fasse jurisprudence. »

Les Béatitudes au cœur de procès de mœurs

Alors que Pierre-Etienne, ancien membre des Béatitudes au sein de l’abbaye de Bonnecombe, a été mis en examen pour pédophilie et attend toujours son procès pénal, d’autres membres de la communauté sont déjà passés devant les juges, ecclésiastiques du moins.

C’est le cas de Philippe Madre, diacre, ex-modérateur général des Béatitudes et personnalité connue en Aveyron pour ses « guérisons » miraculeuses. Suspecté en 2005 d’« abus sexuel par personne ayant autorité » dans le cadre de ses accompagnements spirituels, il vient d’être déclaré coupable par l’archevêché de Toulouse qui l’a condamné au « renvoi de l’état clérical ». En d’autres termes, n’ayant plus aucune mission canonique ni diaconale, il est réduit à l’état de laïc.

La Dépêche du Midi du 22 juin 2011

L’enfer des Béatitudes

Un fondateur charismatique et délirant, des religieuses victimes d’abus sexuels, des accusations de dérives sectaires : c’est le visage ignoré des Béatitudes, une communauté religieuse française bientôt consacrée par le Vatican.

par Emmanuel Lalande et Sophie Bonnet

dans Les inrockuptibles du 11 mai 2011

A la cité du Vatican, cet automne, les dirigeants des Béatitudes vont assister à une messe et récupérer officiellement l’acte de reconnaissance des nouveaux statuts de leur communauté. Ces croyants ressortiront soulagés du bureau du préfet de la congrégation pour les Religieux. Avec ce document approuvé par Benoît XVI, la grande association religieuse à laquelle ils appartiennent, qui a connu parmi ses sympathisants François Bayrou, sa femme et ses enfants, va devenir un nouvel ordre religieux. Tout fidèle des Béatitudes qui fera voeu de pauvreté, chasteté et obéissance aura maintenant le droit de porter l’habit religieux reconnu par l’Eglise.

Cette consécration n’est pas sans signification. Elle pourrait bien aider les Béatitudes à faire oublier les scandales qui la traversent. Depuis sa fondation en 1973, la communauté étend sur le monde l’utopie des premiers chrétiens. Elle a ouvert des lieux communautaires dans vingt-six pays. En France, on la retrouve dans des châteaux à la campagne, dans un hameau privé, dans un ancien couvent : vingt-neuf communautés où familles et enfants, couples, célibataires, prêtres et soeurs consacrées partagent à peu près tout. Biens, prières, potager, camps de jeunes, sessions de psychothérapie ou retraites sportives, comme celle intitulée « Tennis et prière, une semaine pour améliorer son tennis et prier – pour être bien dans ses cordes et jouer la balle sur la ligne d’oraison ». Une sorte de joyeux kibboutz catholique.

Mais il y a quatre ans, l’harmonie s’est rompue. Des membres se sont mis à raconter ce qui se passait à l’intérieur de la communauté. Ces révélations ont entraîné le départ précipité de son fondateur, le très charismatique Gérard Croissant, un petit homme de 60 ans au bouc blanc qui se fait appeler Ephraïm.

C’est du fond de l’Aveyron, d’une vallée isolée, que sont venus les premiers récits. Il y a trois ans, quarante membres des Béatitudes, familles avec enfants, un prêtre et sept soeurs consacrées, vivaient encore ensemble dans l’abbaye Bonnecombe datant du XIIe siècle. Ils en sont presque tous partis, laissant seuls ici le prêtre et trois laïcs. Quatre chrétiens que les chefs de la communauté, qu’on appelle des « bergers », ont dénoncés comme des « possédés du diable ».

Le premier « possédé » à qui nous serrons la main est l’ancien homme de confiance d’Ephraïm. Agé de 61 ans, gilet de laine et pantalon de velours, lunettes et barbe taillée, Alain Legros a passé sa vie au service d’Ephraïm et en tire beaucoup de regrets.

« C’est important pour moi de raconter tout ce que j’ai vu et entendu. J’ai connu tant de gens qui ont tout perdu, tant de souffrances, de suicides. Je voudrais que la vérité éclate avant que le Vatican reconnaisse la communauté ; après, il sera trop tard. »

Quand il entre aux Béatitudes en 1975, Alain s’installe dans la communauté de Cordes, un beau village du Tarn. C’est là qu’il voit Ephraïm pour la première fois, un petit monsieur à l’allure simple. « Il avait un charme magnétique, nous le prenions pour un prophète. Nous étions avec lui comme les derniers apôtres du Christ. Il fallait prier pour le retour imminent du messie, nous devions jeter un pont entre les protestants, les orthodoxes et le peuple juif. »

En arrivant, Alain est accro à l’héroïne. Mais Ephraïm sait comment le guérir. Il l’exorcise la nuit, un crucifix brandi comme un glaive, et récite des incantations pour déloger le diable des pauvres veines d’Alain.

« Quand, pris d’angoisse, je lui posais des questions, il me disait : ‘Tu n’as pas besoin de tout savoir. Moi je sais tout. Je sais où te conduit le Seigneur.’ En tout cas, j’ai guéri de ma toxicomanie. »

Ces exorcismes guérisseurs, Ephraïm finit par les généraliser. Il y parvient sans peine en expliquant aux fidèles que Satan se manifeste dans un mal de tête, une banale sensation de fatigue, une insomnie ou des maux d’estomac. Les assauts contre le diable s’enchaînent alors naturellement. « Il devenait impossible d’échapper à son emprise. Si vous refusiez d’obéir, vous étiez considéré comme fou ou possédé. Il fallait accepter ou partir. »

Convaincu d’avoir été sauvé, Alain reste, se rapproche d’Ephraïm et acquiert auprès de lui un statut de favori, ou plutôt d’homme de main, celui qui assume les viles besognes à sa place. Avant chaque réunion des fidèles, Ephraïm lui répète cette consigne : « Si quelqu’un ouvre la bouche pendant que je parle, tu te lèves et tu dis : ‘On n’est pas à l’Assemblée nationale ici !' » Le soir, Alain dénonce au maître ce qu’il a découvert « d’anormal » dans le comportement des autres. Ephraïm le charge de pousser vers la sortie ceux qui posent trop de questions ou qui résistent à son emprise. « Dis-leur qu’ils ne sont pas à leur place et qu’ils n’ont pas l’esprit communautaire », recommande-t-il.

Alain assiste à des faux procès organisés par Ephraïm, invente des accusations de désobéissance, débarrasse la communauté de dizaines de personnes indociles.

« J’ai contribué à l’expulsion injuste de familles avec femme et enfants. Toutes ces personnes à qui j’ai causé tellement de tort, je veux vraiment leur demander pardon. C’est très important pour moi. Cela m’obsède. »

Pour soigner ses remords, Ephraïm le flatte. Il lui répète qu’il est touché par l’Esprit-Saint. D’ailleurs, pour ses fidèles, Ephraïm est un saint. Il soutient que la Vierge Marie lui apparaît chaque jour, que sainte Thérèse vient le visiter régulièrement et que lui-même vit la passion du Christ tous les vendredis. Pour diffuser la légende de ses pouvoirs surnaturels, il prétend avoir en personne assisté à certains miracles réalisés par le Christ. L’un d’eux n’a encore jamais été révélé dans les Evangiles puisqu’il s’agit d’une multiplication « de pains et de yaourts au chocolat ». Cela ne faisait rire personne. Tout le monde y croyait.

A Bonnecombe, aujourd’hui, Alain habite une chambre au décor simple et sans confort. Dans la même aile de l’abbaye habite aussi Gisèle, une ancienne soeur de 59 ans qui, comme Alain, fait aujourd’hui partie des exclus des Béatitudes. Ils partagent une cuisine commune de style rustique médiéval, avec un poêle en fonte et une longue table de bois massif, où il fait frais l’hiver.

Quand Gisèle entre aux Béatitudes, il y a vingt-huit ans, ses voeux de pauvreté, chasteté et obéissance l’obligent à se débarrasser de tous ses biens au profit de la communauté. Cela figure dans les statuts internes mis au point par Ephraïm. En prononçant ses voeux d’engagement, chaque individu, chaque famille doit remettre sa fortune et ses biens au berger de la communauté. Si un communautaire touche un héritage, libre à lui de s’en défaire au profit de sa famille ou d’un proche. Mais, selon beaucoup de témoins, de fortes pressions le poussent à en faire don à la communauté. On incite aussi les familles à reverser une partie de leurs allocations familiales.

Grâce à ces dons, fournis par plus de 1 200 membres et des milliers de sympathisants dans vingt-neuf pays, les Béatitudes ont pu acquérir des châteaux, des gîtes, des maisons et des parcs. La communauté édite aussi des revues (Feu et Lumière), possède une radio et une maison d’édition de chants religieux (Maria multimédia) qui diffusent le message d’Ephraïm.

Quand elle prononce ses voeux, Gisèle ne peut offrir aux Béatitudes que ce qu’elle possède : un petit compte en banque. Tout ce qu’elle reçoit de l’extérieur – colis, objets, nourriture -, elle le remet au berger de la communauté.

Pour s’habiller, elle et les autres doivent compter uniquement sur les dons. 

« Nous n’avions jamais la bonne taille. Nous étions accoutrés de manière ridicule. J’ai mis des années à obtenir le droit d’acheter à l’extérieur une jupe à ma taille. Seule la femme d’Ephraïm, Josette, avait le droit de porter des vêtements chers et bien coupés.”

Dans la plupart des neuf communautés françaises ou étrangères où elle vivra, Gisèle, qui possède un diplôme d’infirmière, se voit confier la gestion de la pharmacie. “On prélevait sur les médicaments qu’on nous donnait pour l’Afrique. Une soeur et Ephraïm venaient puiser dans les médicaments et les distribuaient sans ordonnance. Ils donnaient des psychotropes à ceux qui lui posaient problème. Un jour, Ephraïm a fait prendre un dilatateur pour maladies coronariennes à une soeur qui avait des crises d’angoisse. C’était des crises consécutives à une nuit mystique qu’il lui avait fait passer.”

Les nuits mystiques : une invention du fondateur des Béatitudes. Il avait mis au point et théorisé un cérémonial pour posséder le corps de certaines religieuses de la communauté. En théorie, Ephraïm a fait voeu de chasteté. Mais dans la confidence de ses fidèles, il soutient que “les femmes consacrées sont appelées à mettre leur libido dans le royaume de Dieu”.

Une ancienne communautaire nous révèle la formule : “Un jour, il a commencé à m’expliquer qu’il pratiquait ‘l’union mystique’, une union de prière mais également sexuelle, exécutée selon lui dans l’Eglise par sainte Claire avec saint François d’Assise ou le pape Jean-Paul II avec soeur Faustine Kowalska. Il prétendait que seuls les vrais mystiques pouvaient comprendre. Je vais le dire autrement : il séduisait les religieuses et couchait avec elles en les persuadant que c’était la volonté du Ciel. J’étais anéantie d’apprendre cela, j’ai mis des jours à réaliser. J’ai décidé d’en parler au berger de l’époque mais il ne m’a pas crue. Alors, devant lui, j’ai appelé Ephraïm au téléphone. J’ai mis le haut-parleur et j’ai parlé à Ephraïm d’une jeune religieuse très fragile psychologiquement avec laquelle il couchait. Je lui ai demandé ce qui se passerait si la religieuse tombait enceinte. Se croyant seul avec moi, Ephraïm m’a répondu ceci : ‘Elle s’enfuira aux Etats-Unis pour accoucher et ensuite nous ferons comme si elle avait adopté un enfant.’ J’étais très inquiète pour cette soeur. Le soir même où elle a prononcé ses voeux, Ephraïm a couché avec elle en lui disant qu’ils étaient enveloppés par le Saint-Esprit.”

La jeune soeur n’est finalement jamais tombée enceinte d’Ephraïm mais elle s’est enfuie des Béatitudes. Après avoir renoncé à ses voeux, elle a fondé une famille. Elle confirme aux Inrocks le témoignage de son ancienne protectrice mais ne souhaite pas reparler de son histoire qu’elle juge trop douloureuse. Elle tient pourtant à signaler que “de toute façon, l’Eglise et les évêques savent tout. Ils ont dans leurs archives des piles de dossiers sur Ephraïm”.

En effet, en 1992, la femme qui avait piégé Ephraïm au téléphone alerte Monseigneur Coffy, l’archevêque de Marseille, grand protecteur de la communauté. “Mais, dit-elle, le religieux a refusé de me croire. Il a convoqué une soeur qui avait des relations sexuelles avec Ephraïm et celle-ci lui a tout raconté. Il a ensuite convoqué Ephraïm, qui n’est jamais venu. L’archevêque (aujourd’hui décédé – ndlr) a alors envoyé des prêtres visiter la communauté. Ils ont transmis leur rapport à l’évêché. Quelques mois plus tard, l’un de ces prêtres m’a fait savoir oralement que l’évêque n’agirait pas. Il considérait qu’Ephraïm avait effectivement débloqué mais que le reste de la communauté était sain et que je devais garder le silence.”

Devant Alain, son dévoué, Ephraïm se vantait de ses unions mystiques. “Il me disait : ‘Les femmes, c’est mon péché mignon !’ A la fin des années 80, à Langeac, près du Puy-en-Velay, il a tiré de son couvent une jeune dominicaine pour en faire sa secrétaire personnelle. Je la voyais sortir du bureau d’Ephraïm à minuit et en larmes. Ephraïm me disait : ‘Le couvent ne veut pas la lâcher, mais moi je l’aurai !” Quatre témoins directs, des anciens des Béatitudes, confirment l’anecdote.

Alain se souvient aussi avoir vu débarquer en 1992, dans une communauté de Mayenne où il se trouvait avec Ephraïm, une mineure de 17 ans : Chloé (le prénom a été modifié), confiée par ses parents à Ephraïm afin que ce dernier puisse l’aider à accomplir sa “formation artistique”. Ephraïm loge Chloé dans un somptueux étage du château, dit du Sacré-Coeur, situé sur une colline. Il lui achète une voiture et un chien cocker pure race puis la rejoint chaque soir dans son château.

“La petite Chloé, poursuit Alain dont un diacre des Béatitudes nous a confirmé le récit, ne participait jamais à la vie de la communauté, elle était isolée et montrait un visage particulièrement triste. Fin 1997, elle a suivi Ephraïm à Saint-Martin du Canigou puis a fini par s’enfuir.”

Près du cloître de l’abbaye, il y a une maisonnette en pierres. A l’intérieur vit la troisième “possédée” de Bonnecombe. Ou plutôt la première. C’est elle qui, selon Ephraïm, a introduit Satan dans la communauté. C’est une jeune brune de 39 ans en gilet de velours noir. Elle se prénomme Muriel. Son intérieur est décoré de croix, d’icônes et de statues pieuses.

Quand elle arrive dans la communauté de Bonnecombe en 2000, elle décèle immédiatement que le frère Philippe (le prénom a été modifié), qui donne des cours de musique aux enfants et anime leurs camps de vacances, se comporte curieusement. Elle le voit, souvent vêtu en short moulant, manifester un trouble au contact des enfants. Muriel lui demande un jour s’il a un problème et le frère avoue ses penchants pédophiles.

Muriel alerte le numéro deux des Béatitudes, François-Xavier Wallays. Le 17 février 2001, celui-ci convoque le père Jean-Baptiste, le prêtre de la communauté de Bonnecombe, et lui annonce ceci :

“Tu sais, j’ai longuement prié la Sainte Vierge, elle est venue me visiter et j’ai reçu la certitude intérieure que Muriel doit quitter la communauté. Je suis persuadé que c’est la volonté de la Vierge.”

Mais le père Jean-Baptiste refuse de faire partir Muriel et Wallays ordonne en vain. Ephraïm doit intervenir. Il s’y emploie en déclarant Muriel “folle, manipulatrice et habitée par le démon”. Avec Wallays, il impose à la “possédée” des mesures d’isolement : interdiction de mettre les pieds dans l’abbaye et d’assister aux offices ; Muriel doit demeurer cloîtrée dans sa maison.

Nul ne peut venir la visiter ni lui parler. Son isolement dure un an, de septembre 2001 à septembre 2002, et Muriel le subit sans se révolter autrement qu’en priant Dieu de longues heures chaque jour.

En 2007, le frère pédophile continue de se confier à elle : il lui avoue d’autres actes sur cinquante-sept enfants de 5 à 14 ans dans presque toutes les communautés de France. Avec l’accord du frère qui a besoin de soulager sa conscience, Muriel dresse une liste de ces enfants et la remet au procureur qui sans attendre impose à Philippe un contrôle judiciaire.

Son procès s’ouvrira cette année. Mais aux Béatitudes, ceux qui soutiennent la dénonciation de Muriel, c’est-à-dire Alain, Gisèle et le père Jean-Baptiste, reçoivent le 9 mai 2008 une lettre signée du père Wallays (qui n’a pas souhaité répondre à nos questions) leur apprenant qu’ils sont désormais privés de leurs droits d’engagés à la Communauté, suite, explique la lettre, “à la médiatisation des aveux de Philippe”.

Les semaines suivantes, les unes après les autres, les familles de Bonnecombe déménagent pour rejoindre d’autres communautés. Muriel, Gisèle, Alain et le père Jean-Baptiste restent seuls dans la vieille abbaye. Et Ephraïm ? “Je n’ai plus aucune nouvelle de lui, explique Alain. On a entendu dire qu’il s’était enfui en Afrique, où il vivrait avec des enfants.”

En effet. En 2007, Ephraïm disparaît de la communauté des Béatitudes. Un an plus tard, son nom est effacé de la hiérarchie de la communauté. Il n’y célèbre plus la messe.

“On a su, dit Gisèle, qu’il était parti au Rwanda. Il a monté une association et des demandes de dons ont commencé à circuler pour qu’il puisse acheter un terrain. Depuis, nous avons complètement perdu sa trace. La situation d’Ephraïm est devenue un sujet interdit dans la communauté.”

En novembre 2008, Ephraïm reparaît mais en mauvaise posture. La police l’interpelle à l’aéroport de Roissy au moment où il descend d’un avion en provenance du Rwanda. Un an avant, le frère Philippe avait expliqué au procureur que la direction des Béatitudes savait qu’il était pédophile et qu’elle n’avait jamais rien fait pour l’éloigner des enfants. Le procureur avait donc ouvert une information à Rodez pour non-dénonciation de crimes pédophiles.

Gardé à vue pendant quarante-huit heures, Ephraïm reconnaît qu’il était au courant du comportement de Philippe et déclare qu’il regrette de “ne pas avoir su protéger les enfants”. Mais le juge doit le relâcher car la responsabilité d’Ephraïm est engagée pour des actes pédophiles dont le délai de prescription est aujourd’hui dépassé et non pour ceux qui seront jugés en septembre.

Libre, Ephraïm retourne alors au Rwanda où il travaille avec une association belge d’aide aux enfants de Kigali. L’association porte le nom d’Anawa et reçoit aujourd’hui de l’argent collecté par des sympathisants et des anciens membres des Béatitudes.

En France, circule un prospectus de demande de fonds. On y voit la photo d’Ephraïm entourant de ses bras un petit garçon noir. Dans sa maison spacieuse et immaculée, au centre de Kigali, Ephraïm vit avec deux femmes. Jeanne, une Française d’origine rwandaise, et une jeune femme slovène. Jeanne a un fils de 30 ans qui habite à Paris. Il nous donne rendez-vous dans un bar du IIIe arrondissement.

Ce jeune entrepreneur réfléchi qui se prénomme Pierre est allé au Rwanda rendre visite à sa mère. « Depuis des années, ma mère voue une admiration totale à Ephraïm. Pour lui, elle a quitté mon père et notre famille. L’année dernière, Ephraïm lui a annoncé une grande nouvelle : selon lui, ma mère serait la fille cachée du roi du Rwanda en exil. Ma mère m’a dit : ‘J’ai une grande nouvelle à t’annoncer. Je croyais que je n’étais personne, en réalité je suis une princesse et tu es un prince’… Elle a demandé le divorce à mon père afin de pouvoir disposer de ses biens et je suppose que tout va aller dans la poche d’Ephraïm. La dernière fois que je les ai vus à Kigali, c’était en 2008. Ephraïm se faisait appeler ‘tonton’, il se comportait comme un gourou avec plusieurs adeptes autour de lui.

J’ai assisté à des sessions de ‘formation psycho-spirituelle’ qu’il dispense au clergé rwandais. Ce sont les mêmes méthodes qu’en France : exorcismes, analyses des rêves, faux souvenirs, etc. Des dizaines de prêtres assistent à ces formations pour lesquelles ma mère sert de traductrice. Je me souviens surtout d’Ephraïm qui me disait, au milieu des quarante enfants recueillis par l’association : ‘ Je trouve ça tellement beau quand je vois ces petits enfants courir tout nus, avec leur robinet d’amour…' »

A Kigali, la spiritualité d’Ephraïm ne fait pas que des adeptes. L’abbé Emmanuel Kayumba, un prêtre du diocèse de Butare, s’interroge. Il se demande par quel miracle le fondateur des Béatitudes, diacre et ayant fait voeu de chasteté, peut vivre avec deux femmes. En octobre 2007, il adresse une lettre au diocèse rwandais pour dénoncer celui qui, selon lui, est « tout sauf un homme d’Eglise ». Il pose des questions sur la gestion de son association. Mais cet abbé de 50 ans en pleine santé physique ne mène pas son combat jusqu’au bout. Un mois plus tard, il est pris d’un malaise inexpliqué et meurt en quelques jours. Un site web de la diaspora rwandaise juge sa mort « suspecte » et assure qu’elle a fait couler« beaucoup de salive » dans les milieux religieux rwandais.

Au Rwanda, Ephraïm se fait même des ennemis au plus haut niveau de l’Etat. Le 3 octobre 2008, la ministre des Affaires familiales du Rwanda envoie au président de la République et au Premier ministre un courrier concernant l’immigré français.

« Sa présence au Rwanda nuit aux orphelins de la cité de la miséricorde dont il prétend s’occuper. Ses pratiques sectaires, qui invitent les enfants à se rebeller contre leurs parents, portent préjudice à l’harmonie des familles du pays. »

Cet été, suite à la demande déposée en 2005 par le père François-Xavier Wallays, le Vatican va faire des Béatitudes « une famille de vie consacrée ». Un statut neuf, prestigieux, qui l’aidera certainement à nettoyer l’image de secte qui la poursuit. C’est ce que nous explique Christian Terras qui dirige la revue catholique contestataire Golias : « Le Vatican a conscience de l’ampleur des problèmes dans cette communauté mais se trouve dans l’impossibilité de la dissoudre en raison de la centaine de prêtres qui appartiennent aux Béatitudes. Il n’a pas trouvé d’autre solution que de faire évoluer le mouvement en lui donnant une nouvelle identité. Ce qui va lui permettre de prétendre que désormais tout va repartir dans le droit chemin. Le mélange entre les prêtres, les laïcs et les religieuses sera par exemple totalement banni. »

Un évêque est particulièrement pressé d’aider les Béatitudes à se transformer : l’archevêque de Toulouse, monseigneur Le Gall. A plusieurs reprises, il a rendu visite à la communauté de Blagnac.

Comme à chaque fois qu’un évêque se rend dans la communauté, les disciples d’Ephraïm l’accueillaient en grande pompe, parés de leurs plus beaux habits. L’évêque ne soulevait aucun problème et repartait en souriant, satisfait qu’en ce siècle d’assèchement des églises les Béatitudes entretiennent autant de vocations. A son goût, d’ailleurs, la reconnaissance du Vatican traîne trop. « On ne peut plus attendre », nous confie-t-il au téléphone.

L’évêque décide donc de précipiter les choses en prenant un sacrement d’avance sur Benoît XVI. Le 12 septembre 2010, devant 1 200 chrétiens réunis à la basilique de Lourdes, dix-sept frères et soeurs des Béatitudes venus du Kazakhstan, de Pologne, de Roumanie, du Tchad ou des Etats-Unis ont prononcé sous sa consécration les voeux évangéliques de chasteté, pauvreté et obéissance. Un vrai coup de klaxon au Vatican. Car en décembre 2008, le cardinal Rylko, membre du gouvernement du Vatican, avait demandé aux Béatitudes de cesser de consacrer des religieux tant que cette communauté n’aurait pas pleinement accédé à son nouveau statut.

Que pense vraiment l’archevêque de Toulouse de la Communauté d’Ephraïm ? Quelle position adopte-t-il aujourd’hui vis-à-vis des religieuses victimes d’abus, des enfants victimes de pédophilie, du fonctionnement sectaire ? Au téléphone, nous lui demandons s’il connaît les soucis de la communauté. « Non, je n’ai jamais entendu parler d’aucun souci à la communauté des Béatitudes. Je n’ai jamais rien remarqué qui pose problème. – Pourtant, des familles se sont plaintes de graves dérives sectaires… – Oh oui, quelques-unes, mais ce sont vraiment de vieilles histoires. Je ne peux rien vous dire là-dessus. – Savez-vous où se trouve Ephraïm et ce qu’il est devenu ? – Non, je ne sais pas du tout et je ne vois pas l’intérêt de cette question. Si j’avais su que vous m’interrogeriez là-dessus, je n’aurais pas accepté de vous parler. » Puis il met fin à la conversation.

Nous demandons aussi son opinion sur les Béatitudes au frère Henry Donneaud. Le Vatican a nommé ce dominicain commissaire pontifical pour statuer sur les Béatitudes.

« Ephraïm a décidé de prendre du recul. Il ne s’exprime plus au nom de la Communauté. Les Béatitudes sont une communauté très vivante, très fervente, avec beaucoup de vocations. Le Vatican en est très content. – Mais avez-vous entendu parler de dérives sectaires ? – Non, je ne sais pas, et personnellement, je n’ai rien remarqué de tel. – Il y a eu tout de même un certain nombre de problèmes ! – Oui, mais ce ne sont que les soubresauts du passage de l’adolescence à l’âge adulte. Tout est en train de se régler. »

Les évêques que nous avons questionnés ne veulent plus discuter des dérives d’Ephraïm et des scandales sexuels. L’important, à leurs yeux, est de ressouder une communauté capable de rassembler des croyants et d’attirer des vocations. Reste une question. Comment entendent-ils régler le sort de Gisèle, Alain, Muriel et du père Jean-Baptiste, qui ont refusé d’étouffer le scandale pédophile et ont fini abandonnés dans l’abbaye de Bonnecombe ? Le 30 décembre 2010, Monseigneur Le Gall leur a écrit. Le religieux demande au groupe de se séparer et de quitter l’abbaye : « Il faut en arriver là, je ne vois pas comment (votre) communauté pourrait être reçue ailleurs. Chacun d’entre vous doit trouver une solution de son côté. »

Philippe Madre, ex-modérateur général des Béatitudes, réduit à l’état laïc

Philippe Madre, diacre et ancien modérateur général de la communauté des Béatitudes, a été privé de l’état clérical, indique le numéro de mai 2011 de Foi et Vie, le mensuel du diocèse de Toulouse.

Ce médecin marié, père de deux enfants et beau-frère d’Ephraïm, était membre de la communauté des Béatitudes depuis 1975 : il y avait fondé l’œuvre Mère de Miséricorde, y exerçait un ministère de prédication et en avait été le modérateur général pendant quinze ans. Ordonné diacre permanent pour le diocèse d’Albi, il a été accusé en 2005 d’« abus sexuel par personne ayant autorité », dans le cadre de ses accompagnements spirituels.

Philippe Madre s’était toujours défendu de cette accusation provenant, selon lui, de personnes soutenues par le modérateur général actuel, le P. François-Xavier Wallays, et visant à le sanctionner pour divergences de vues.

« Aucune mission canonique ni diaconale »

Après un premier jugement rendu par l’officialité ecclésiastique d’Albi, une seconde sentence judiciaire ecclésiastique a été rendue le 20 mai 2010 par l’officialité de Rodez. Philippe Madre a alors eu recours à la Signature apostolique (plus haute instance de jugement ecclésiastique au Saint-Siège) pour vice de forme.

Ce recours ayant été débouté, l’archevêché de Toulouse, après obtention de l’avis du diocèse d’Albi, vient donc de publier ce jugement. Philippe Madre « a été déclaré coupable de faits délictueux qui lui ont été reprochés, conformément au Code de droit canonique . Cette sentence définitive est celle du renvoi de l’état clérical », peut-on lire dans ce communiqué.

Depuis plusieurs années, Philippe Madre et son épouse avaient quitté les Béatitudes et s’étaient installés en Vendée – il y exerce comme médecin généraliste. Il n’a plus désormais « aucune mission canonique ni diaconale », précise Mgr Robert Le Gall, archevêque de Toulouse.

De nouveaux statuts pour les Béatitudes

Celui-ci regrette par ailleurs une coïncidence entre la récente publication d’un dossier à charge sur les Béatitudes (Les Inrockuptibles , mai 2011) et la restructuration en cours de la communauté.

De nouveaux statuts, séparant la communauté en trois branches (prêtres ; consacrés hommes et femmes ; et laïcs, célibataires ou mariés) viennent en effet d’être adressés à chacun des membres de la communauté.

« Si une majorité d’entre eux adhèrent à ces nouveaux statuts, la communauté sera érigée en association publique de fidèles de droit diocésain, dans le diocèse de Toulouse », conclut Mgr Le Gall.

CLAIRE LESEGRETAIN – 26/5/11 – LA CROIX  

Le conflit s’éternise à l’abbaye de Bonnecombe

 Depuis qu’ils ont quitté les Béatitudes après avoir dénoncé des actes pédophiles, Murielle, Alain, Gisèle et le père Jean-Baptiste se sont mis l’évêché à dos. Leur présence à l’abbaye de Bonnecombe est au cœur d’un conflit depuis 2008.

Ils sont quatre. Murielle, Gisèle, Alain et le père Jean-Baptiste. Quatre membres de l’association Notre-Dame de Bonnecombe, à vivre avec 1 500 € par mois et à entretenir comme ils le peuvent le domaine de l’abbaye de Bonnecombe à Comps La Grand Ville. Un lieu de vie qui leur est contesté depuis 2008.

Soufflant le froid et le chaud, l’évêché de Rodez et l’archevêché de Toulouse multiplient les courriels (les derniers sont datés de janvier) informant tour à tour qu’il faut rechercher « une solution ensemble » mais qu’ils ne voient pas « comment aboutir à une solution viable et durable » et que « la communauté ne peut pas continuer, qu’il faut que chacun trouve une solution personnelle ».

«Le problème ce n’est pas le lieu»
L’abbaye reviendrait trop chère à l’évêché de Rodez qui en est propriétaire. Chiffres à l’appui. « Oui, mais avec ou sans nous ! », rétorque Murielle. Pour montrer leur bonne volonté, les habitants de Bonnecombe ont d’ailleurs proposé de créer des chambres d’hôtes pour les pèlerins, sollicitant le maire de Comps, Stéphane Cambon. Sans succès.

Partir ailleurs ? Le groupe est d’accord mais a condition de pouvoir y travailler ensemble. Il a ainsi refusé la seule proposition de l’évêché : l’ancien presbytère de Saint-Geniès-des-Ers. Le lieu non habitable demandait de lourdes réparations et ne se situe pas sur le tracé officiel du chemin de Compostelle. Aucun pèlerin n’y vient. Impossible d’y faire prospérer une hôtellerie.

C’est l’impasse. Et elle s’éternise depuis que ces catholiques ont quitté la communauté des Béatitudes après avoir dénoncé les actes de pédophilie d’un des membres. Pour les habitants de Bonnecombe c’est le cœur du conflit. Ils dénoncent de fortes pressions psychologiques. « Le problème ce n’est pas le lieu, c’est notre groupe. Nous sommes la mémoire d’actes criminels ».

Le groupe affronte une situation précaire depuis 2008. Il occupe l’abbaye sans bail et se retrouve avec peu de ressources puisque les Béatitudes n’ont pas cotisé pour leur retraite. Pour monter un dossier d’aides sociales, ils se sont rendus à l’evêché vendredi afin d’obtenir une attestation prouvant leur domicile. Elle leur a été refusée malgré onze heures de « siège ». En représailles, l’abbaye sera fermée au public : « Nous n’existons pas socialement, nous n’avons pas à jouer les gardiens. »

Saisi du dossier, le Collectif contre les manipulations mentales a dénoncé cette «situation pourrissante» dans un communiqué hier.

L’évêché de Rodez et le maire de Comps n’ont pas souhaité s’exprimer. L’évêché de Toulouse et les Béatitudes n’ont pas pu être joints.

LA DEPECHE –  02/02/2011 | Julie Polizzi

BELGIQUE. Proposition de loi n° 53-2130/001 : Psychothérapie, droit et religion

Une proposition de loi n° 53-2130/001 relative à la pratique de la psychothérapie a été déposée le 28 mars 2012 par plusieurs députés. On lit notamment dans les développements qu’ « en légiférant en la matière, la lutte contre le charlatanisme ou les dérives sectaires gagnera en efficacité ». La question n’est effectivement pas négligeable. Le départage entre psychiatrie, psychologie et psychothérapie suscite un débat de longue date et n’a jamais pu jusqu’à présent achever un parcours législatif.

Ce qui intéresse notre analyse est l’impact éventuel d’une législation relative à la psychothérapie sur un vaste champ de réalités que l’on pourrait regrouper sous le nom d’ « accompagnement spirituel ». Peuvent certes s’y dissimuler du « charlatanisme » et des « dérives sectaires », mais peut-être aussi s’y déployer des activités légitimes garanties par la liberté de religion. Entre les deux balises pénales de l’exercice illégal de la médecine d’une part et de l’escroquerie d’autre part, se déploie depuis toujours un espace d’intervention licite, mal délimité mais constitutionnellement garanti pour les religions et les philosophies. Qu’en sera-t-il pour le secteur plus sensible encore de l’accompagnement spirituel ?

L’art. 7 de la proposition de loi vise à ériger en délit non seulement le port irrégulier du titre de psychothérapeute, mais aussi la pratique irrégulière de la psychothérapie, même sans en revendiquer le titre. Selon l’art. 2 §4 « Par exercice de la psychothérapie on entend : l’accomplissement autonome habituel d’interventions psychothérapeutiques ancrées dans un cadre de référence psychothérapeutique et scientifique afin d’offrir au patient un espace de relation dans le but d’éliminer ou d’alléger ses difficultés psychothérapeutiques, ses conflits et ses troubles. Le patient peut être un individu isolé, mais il peut également s’agir d’un système social (couple, famille…) ».

Si on omet les effets tautologiques liés à la nature circulaire de la définition, celle-ci fait émerger seulement deux concepts : d’une part, l’ « autonomie » de la pratique et d’autre part, sa référence « scientifique ». Sur ces deux points devraient se jouer la distinction entre un suivi psychologique et un accompagnement spirituel. Or, les choses ne sont pas simples. La nature accessoirement psychologique d’un accompagnement spirituel privera-t-elle ce dernier de son caractère « autonome » ? Et même à supposer que non, suffira-t-il de vérifier que la référence de l’accompagnement n’est précisément pas d’ordre « scientifique », pour que ce suivi soit exclu du champ d’application du délit tel que prévu par le proposition ? Par delà les mérites du texte, une vaste incertitude semble encore ouverte quant aux relations entre le spirituel et le psychologique. Loin d’ouvrir un débat incongru ou futile, cette interrogation se renforcera progressivement au gré des nouvelles facettes de religiosité du bien-être spirituel. On ne doutera pas que ces zones incertaines puissent abriter le meilleur comme le pire.

Une proposition de loi plus récente, n° 53 2239/001, du 6 juin 2012, propose en son article 3 une définition plus précise de la psychothérapie : « l’accomplissement habituel d’actes autonomes qui ont pour but l’analyse de la demande, l’établissement du diagnostic psychothérapeutique et la mise en place d’un cadre et d’une relation thérapeutique en vue d’accompagner, de traiter ou de diminuer les souffrances psychiques ou psychosomatiques chez des personnes ou des groupes de personnes, et ce par l’application cohérente et systématique d’un ensemble de moyens et de techniques psychothérapeutiques qui entrent dans un des cadres de référence psychothérapeutique cités au § 2. » Cette définition semble mieux éviter les risques de confusion entre accompagnement spirituel et suivi psychothérapeutique, notamment par le renvoi aux notions d’ « actes autonomes », de ‘diagnostic » et de « cadre de références ».

Voy. déjà dans la littérature juridique, COHEN, Michael H. « Healing at the Borderland of Medicine and Religion : Regulating Potential Abuse of Authority by Spiritual Healers » Journal of Law and Religion, Vol. 18, Issue 2, 2002 – 2003, pp. 373-426 ; JACOBOWITTZ, S., « Der spirituelle Weg und Seine Gefahren aus der Sicht der Psychologie und Psychotherapie », in Bauhofer S. et al. (dr.), Sekten und Okkultismus : kriminologishe Aspekten / Sectes et occultismes : aspects criminologiques, Chur, Zurich, Verlag Ruegger, 1996, pp. 277-297 ; KILBOURNE, B., J. RICHARDSON, « Psychotherapy and New Religions in a Pluralistic Society. » American Psychologist , 1984, 39(3) : 237-251 ; KILBOURNE, B. « Psychotherapeutic Implications of New Religious Affiliation. » in M. Galanter (ed.), Cults and New Religions. New York, American Psychiatric Association, 1989, pp. 127-144 ; McCREARY, J. « Tell Me No Secrets : Sharing, Discipline, and the Clash of Ecclesiastical Abstention and Psychotherapeutic Confidentiality », 29 Quinnipiac Law Review 77-122 (2011) ; VATZ, Richard E., « Psychotherapy and the Three R’s : Rhetoric, Religion, and Repression », ALSA Forum, Vol. 3, Issue 1, 1978, pp. 53-56.

LLChristians

http://belgianlawreligion.unblog.fr/2012/06/14/psychotherapie-et-religion/

Gaz sarin: le dernier membre de la secte Aum arrêté à Tokyo

15/6/12 – 12 h 15AFP – MONDE

Le dernier membre en cavale de la secte Aum a été arrêté vendredi à Tokyo, 17 ans après l’attaque meurtrière au gaz sarin qui avait fait 13 morts et des milliers de blessés dans le métro de la capitale nippone, attentat pour lequel 13 condamnations à mort ont déjà été prononcées.

Katsuya Takahashi, 54 ans, a été interpellé dans un quartier d’ouvriers au sud de la capitale, alors qu’il s’était réfugié dans un « manga café », espace ouvert 24H/24, 365 jours par an, où les clients peuvent passer des heures à feuilleter des revues, regarder des vidéos, surfer sur internet, somnoler et se sustenter.

« Nous avons reçu l’information qu’un homme ressemblant à Katsuya Takahashi se trouvait dans ce manga-café », a déclaré à l’AFP un porte-parole de la police.

Cheveux bien coiffés, portant chemise blanche et fines lunettes, il a immédiatement confirmé aux policiers venus l’appréhender sa véritable identité, définitivement établie grâce à ses empreintes digitales.

Selon l’agence Jiji, il a expliqué avoir participé aux attentats « sur ordre des hauts responsables » de la secte. « S’agissant de l’objectif, j’ignorais certaines choses », a-t-il dit.

La secte Aum, mélangeant des préceptes bouddhistes et hindouistes sur fond de visions d’apocalypse, a été fondée en 1984 par Shoko Asahara, dont le vrai nom est Chizuo Matsumoto, un maître de yoga à moitié aveugle, qui a attiré jusqu’à 10.000 fidèles.

Le 20 mars 1995, en pleine heure de pointe matinale, des adeptes d’Aum Vérité Suprême déposaient des sacs emplis de gaz sarin dans cinq rames de métro convergeant vers le quartier des ministères.

Percés à la pointe de parapluie, les sacs libéraient le sarin, un gaz plus mortel que le cyanure inventé par les nazis, intoxiquant plus de 6.000 voyageurs pris au piège dans le sous-sol de Tokyo.

Avant cette attaque, considérée comme le pire acte terroriste de l’histoire du pays, la secte avait déjà commis meurtres et enlèvements, fabriqué bombes et armes chimiques, et disséminé du gaz sarin dans la ville de Matsumoto (centre), en juin 1994, faisant huit morts.

Dans les mois qui suivirent l’attentat de Tokyo, dix membres d’Aum soupçonnés d’être impliqués dans sa préparation et son exécution furent arrêtés.

Le gourou Shoko Asahara fut cueilli en mai 1995 dans les environs du Mont Fuji où la secte possédait une usine chimique capable de produire suffisamment de sarin pour tuer des millions de personnes.

Asahara, 57 ans, a écopé de la peine capitale en février 2004 pour avoir conçu l’attentat du métro, celui de Matsumoto et ordonné plusieurs autres meurtres. Ni lui, ni les douze autres membres d’Aum condamnés à mort par pendaison –sur un total de 189 ex-membres poursuivis– n’ont encore été exécutés.

Mais trois membres passèrent à travers les mailles du filet: Makoto Hirata, Katsuya Takahashi, et une femme, Naoko Kikuchi. Pendant 17 ans, changeant d’apparence, vivant sous des fausses identités, ils déjouèrent toutes les polices du pays… jusqu’au 31 décembre 2011.

Ce jour-là, peu avant minuit, Makoto Hirata, 46 ans, se constitua prisonnier dans un commissariat de Tokyo.

Parla-t-il aux policiers ? Le lien entre les deux événements n’est pas officiellement établi, mais Naoko Kikuchi fut repérée et arrêtée cinq mois plus tard, le 3 juin.

La mise en détention à Tokyo de cette femme de 40 ans a permis d’établir qu’elle et Katsuya Takahashi étaient restés jusqu’à très récemment en étroite relation, ce qui a conduit les policiers à marcher dans les pas de Takahashi et à boucler une traque de près de deux décennies.

 

AFP

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