21 décembre 2012 : Apocalypse Now ?

Déchiffrage Caroline Chapeaux

Mis en ligne le 24/11/2012

21 décembre 2012 : après un cycle de 5 200 ans, le calendrier maya annoncerait la fin du monde. Partout, des adeptes des mouvements New Age se préparent au pire et, dans les librairies, les ventes de livres aux théories fumeuses explosent. Mais qu’en pensent les Mayas ? Enquête de terrain sur le phénomène 2012.

Guatemala. Après plusieurs heures de mauvaise route en bus et en bateau, la brume s’est soudain levée, laissant apparaître un paysage lacustre entouré de montagnes aux flancs fertiles et de volcans. Le village maya de San Pedro se niche sur les rives du lac Atitlán, considéré comme l’un des plus beaux lacs au monde. Ce qui étonne ici, c’est qu’aucun des habitants ne semble se soucier d’une quelconque prophétie de fin du monde. Les rues sont calmes, seulement occupées par quelques indiennes tisserandes qui, leurs enfants sur les genoux, confectionnent des habits d’une infinité de couleurs. La plupart des hommes sont partis tôt ce matin pour pêcher, les autres travaillant dur dans les champs de maïs et les cultures d’oignons. Un quotidien qui semble bien éloigné des rumeurs apocalyptiques. Au bout d’une ruelle étroite se trouve la demeure de Pedro Cruz, considéré comme l’un des derniers gardiens de la tradition maya. « Dites au monde de ne pas s’inquiéter : 2012 ne sera pas la fin de l’humanité », souffle le célèbre chamane guatémaltèque, assis devant l’autel dédié à ses ancêtres.  » Au contraire, nous allons connaître un grand changement que les Mayas attendent dans la fête et l’allégresse », poursuit le vieil homme qui se rendra fin décembre avec quelques acolytes à Tikal – un majestueux site archéologique enfoui dans la jungle guatémaltèque – pour célébrer « dans la joie » l’avènement d’une nouvelle ère de paix post 2012. « La terreur existe dans la tête des gros producteurs de films qui veulent faire de l’argent. Elle ne vient pas des Mayas. »

Ce discours vient conforter celui des scientifiques. D’après les experts du centre d’études mayas de la Unam, l’université la plus réputée du Mexique, aucune des interprétations « occidentales » du calendrier n’exprime la pensée des Mayas. Leur vision cyclique du monde, dont témoigne leur croyance en la réincarnation, explique notamment pourquoi les anciens Mayas n’auraient pu prédire la fin brutale du monde mais seulement la fin d’une ère. « Après ce cycle commencera un autre« , explique Guillermo Bernal, archéologue à la Unam. « Pour preuve, sur le site archéologique de Palenque, une stèle cite une date bien plus lointaine dans le futur : l’anniversaire d’un dirigeant de la cité en 4772 de notre calendrier. »

Ainsi, les Mayas contemporains ne s’attendent pas à la fin du monde pour le 21 décembre 2012. Pire : cette date serait même largement méconnue par la plupart d’entre eux.

Dans certaines communautés éloignées, pourtant, le calendrier traditionnel est toujours utilisé. Dans la tradition maya, chaque être humain aurait une mission sur terre. Et chaque jour, une charge symbolique. A l’époque des anciens, les prêtres calculaient le temps pour que les guerres, les mariages royaux ou les sacrifices soient placés sous les meilleurs auspices. Pour les Mayas d’aujourd’hui, c’est toujours le cas : tous les jours ne sont pas bons pour se marier, réaliser une cérémonie religieuse, construire une maison ou travailler.

Sage-femme dans le village maya de San Juan, au Guatemala, Ana Toc Cojbox a 74 ans et ne compte plus le nombre de naissances auxquelles elle a participé. Dans son village, on fait appel à elle pour la quasi totalité des accouchements. Comme le faisaient ses ancêtres, lorsqu’un nouveau-né pousse ses premiers cris, après lui avoir nettoyé le visage et enterré son placenta à l’extérieur de la maison, Ana Toc révèle à la famille les dons, la mission et le nahual de l’enfant. Sorte d’alter ego animal, le nahual détermine le caractère, le destin et la personnalité de toute personne venue au monde selon les Mayas. En se basant sur le calendrier millénaire, Ana Toc peut, à partir du jour de naissance, calculer le nahual du bébé et donc prévoir la personnalité et les traits physiques qui seront les siens. Si c’est un jaguar, il aura la force pour gouverner, briller ou se battre. Un chien aura la sensibilité pour communiquer avec les esprits, et le colibri, d’une extrême fragilité, pourrait bien devenir chanteur, poète ou photographe.

Pour ses véritables utilisateurs, le calendrier reste donc un outil du quotidien, pratique et concret, qui n’annonce en rien l’arrêt brutal de l’humanité. Il existe autant d’interprétations que d’utilisateurs quant à ce qui pourrait se passer : « nous connaîtrons la paix, puisque l’homme deviendra fort et calme comme une rivière« , « nous nous rapprocherons de la nature« , « le soleil pourrait se lever à la place de la lune« , etc. Même s’ils s’interrogent, la fin du monde est bien absente des discours. Loin du brouhaha 2012, les Mayas semblent victimes d’une réappropriation ethnique de leur calendrier. « Le véritable problème c’est que la prophétie maya a été créée de toutes pièces par les Occidentaux et que personne n’est jamais venu nous demander si c’était vrai« , assène Mariano de Jesus Perez, promoteur culturel du village mexicain de Zinacantán. A l’extérieur de la maison, des rires de femmes éclatent, noyant dans l’allégresse les paroles de ce Maya, représentant d’un monde orgueilleux de ses traditions qui compte bien survivre en 2013.

Source : http://www.lalibre.be/societe/general/article/779575/21-decembre-2012-apocalypse-now.html