21/12/2012 ou plus tard, pourquoi veut-on croire à la fin du monde ?

LE PLUS. Des stèles mayas avec des calendriers allant au-delà de l’an 4000 ont été découvertes. La fin du monde ne serait donc pas pour 2012. Pourquoi tient-on tant que ça à ce que le monde ait une fin ? Réponse de Milena Jugel, doctorante en psychologie sociale qui effectue des recherches sur l’origine des croyances apocalyptiques. Édité par Daphnée Leportois

Les fins du monde ont été imaginées dès le début de l’humanité, ou plutôt dès que la conscience de la mort est apparue. Il est nécessaire d’imaginer la fin, cela permet notamment de croire qu’on peut la prédire, voire la contrôler. Dès lors que la conscience de la mort est apparue, et que des groupes sociaux sont nés, capables d’imaginer un destin commun, alors la fin du monde est née et les discours sur elles se sont transmis. Ce qui est particulier au monde moderne, c’est la multiplicité des croyances : les individus peuvent choisir parmi un panel de fins possibles étonnamment varié, et s’ils ne choisissent pas, ils ont au moins la connaissance de plusieurs de ces croyances.

Finalement, « la » croyance en la fin du monde n’existe pas en tant que telle. La fin du monde est considérée comme inévitable par la plupart des personnes dans la plupart des cultures, ce sont donc plutôt « les » croyances en la fin du monde qu’il faut considérer. Ces croyances dépendent de la culture des individus, de la manière dont ils perçoivent le monde encore en marche, des images que leur renvoient les médias, etc.

Apocalypse, fin du calendrier maya, bouleversement écologique

On peut considérer que la fin du monde traditionnelle (c’est-à-dire l’apocalypse, dans notre culture) est une forme de croyance parmi d’autres, à mettre au même plan que les croyances en un bouleversement écologique brutal ou les croyances en la fin du calendrier maya. Ce qui importe ici c’est d’imaginer une fin, et que cette fin soit concordante avec notre manière habituelle de voir les choses. On voit mal un athée penser que le grand ravissement se produira, et un fervent catholique penser qu’aucun jugement n’aura lieu, même si parfois certains renversements de croyance peuvent surprendre.

On a autant besoin d’imaginer la fin du monde que sa propre fin, tout comme on a autant besoin d’en savoir sur notre naissance que sur ce qui a précédé. La fin du monde est rassurante car elle magnifie la mort, elle la transcende en englobant tout le monde, pas seulement l’individu qui y pense. Et les images que les croyances modernes transmettent (notamment via les nombreux films parlant de l’apocalypse) permettent également de cristalliser cette peur, de la cibler pour amoindrir l’angoisse que les idées de fin du monde et de mort peuvent engendrer.

La fin du monde est religieuse et païenne

Toute personne a besoin de circonscrire son monde, de croire en un certain début et une certaine fin. La religion est une manière parmi d’autres de voir ces éléments, et les manières non religieuses d’expliquer le monde sont loin de manquer. Ce qui importe ici encore, c’est la certitude qu’on a à propos de ses croyances.

La religion a bien entendu un rôle dans les croyances en la fin du monde, mais ce qui est caractéristique des religions est qu’elles transmettent ces croyances depuis des centaines d’années, par écrit, ce qui a pour effet une légitimité perçue plus importante, légitimité accrue par le nombre d’adeptes. La science a ces dernières décennies acquis la légitimité sociale, et la certitude que cette légitimité permet, éléments qui étaient avant uniquement le fait des religions.

Les fins du monde sont donc et religieuses et païennes, le propre des fins du monde païennes est d’être moins transmises à travers le temps et les cultures. D’un point de vue psychologique aucune croyance n’est supérieure à une autre : il importe avant tout que l’individu qui croit d’une certaine manière à la fin du monde ou à son début, retire un bénéfice de cette manière de croire.

Source : Le Nouvel Observateur

le 07-06-2012

Par Milena Jugel Doctorante Psychologie sociale

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