4.000 Niçois dans des sectes

Publié le lundi 22 octobre 2012 à 16h00 
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Dans la seule capitale azuréenne, les « mouvements à dérive sectaire » comptent 4000 adeptes. Comment lutter contre ces organisations qui changent sans cesse de forme et de visage?

Pierre était diabétique. Ils l’ont convaincu qu’il allait guérir par la force de son esprit, qu’il devait arrêter les médicaments… Il est mort devant l’hôpital. » La voix de Jocelyne Charbon se brise. Cette tragédie, qui a frappé l’un de ses amis, est à l’origine de son engagement contre les « mouvements à dérive sectaire. » Depuis un an, elle est présidente de l’ADFI 06 – l’une des principales associations d’aide aux victimes et à leur famille (1).

« Nous recevons des gens désemparés, témoigne-t-elle. Par définition, une personne qui met le doigt dans l’engrenage n’est pas consciente qu’elle est en train de se faire piéger. Pour ses proches, c’est l’enfer. »

Jocelyne Charbon écoute, oriente, conseille. «Je les encourage à ne pas baisser les bras, de ne pas rompre le contact. Le seul moyen de « réveiller » quelqu’un, c’est l’affectif. C’est un travail de longue haleine au résultat incertain. Je leur propose aussi une assistance juridique. »

« Les gourous ratissent où il y a de l’argent »

Sur le papier, la lutte semble inégale. Et l’arsenal législatif encore timide pour combattre ce fléau. « Les mouvements sectaires ne s’attaquent qu’à des individus majeurs et responsables de leurs actes, souligne Georges Calvas-Blanchon, président de l’ADFI 06 pendant plus de dix ans. Les mineurs, s’ils représentent un quart des membres, sont presque toujours des enfants d’adeptes. Il est donc difficile d’agir, car toutes nos actions se font contre la volonté des victimes elles-mêmes ! »

La région Paca est la troisième la plus touchée de France, après l’Ile-de-France et Rhône-Alpes. Rien qu’à Nice, le nombre de « fidèles » est estimé à 4 000. « Logique,analyse Georges Calvas-Blanchon. Les gourous ratissent dans les grandes villes, de préférence dans les secteurs où il y a de l’argent ! »

Les thèmes à la mode : santé et bien-être

Si les principales structures internationales, comme l’Eglise de scientologie ou les Témoins de Jéhovah (2), ont toujours pignon sur rue dans la capitale azuréenne, une multitude de « petites » sectes ont émergé ces dernières années.

«Ce sont parfois des groupes réduits à une dizaine de personnes,décrypte Jocelyne Charbon. Les thèmes à la mode sont la médecine par les plantes, le bien-être, les cercles pseudo-philosophiques… La finalité est toujours la même : créer une dépendance, placer ces individus sous l’influence d’un tiers. »Cachées derrière des faux-nez, pseudo-religions mais authentiques arnaques, ces organisations surfent sur la sécularisation de la société, la soif de spiritualité, l’aspiration à une « prise en compte de l’humain ». Offrant de mauvaises réponses à de véritables besoins.

1. Membre de l’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victimes des sectes (Unadfi). Contact : 01.44.92.35.92.

2. Mentionnées sur la liste parlementaire de 1995.

Relayé par le C.C.M.M.