Divorce consommé entre le Vatican et l’Université catholique du Pérou

publié le 30/08/2012

Malgré les tentatives de négociation, l’Université catholique pontificale du Pérou et le Vatican ne sont pas parvenues à un accord. Pour Rome, l’université ne peut donc plus utiliser les termes « catholique » et « pontificale ». Au Pérou, le mécontentement ne cesse.

Mgr Juan Luis Cipriani, cardinal-archevêque de Lima. © DRMgr Juan Luis Cipriani, cardinal-archevêque de Lima. © DR

L’UNIVERSITÉ CATHOLIQUE PONTIFICALE DU PÉROU PERD DEUXÉPITHÈTES
Ni « catholique« , ni « pontificale« . L’importance de la décision que Rome a prise fin juillet dans le long bras de fer qui l’oppose à la PUCP, l’Université catholique pontificale du Pérou, est lourde de conséquences pour cette dernière. Ne pouvant plus utiliser selon la décision romaine les deux qualificatifs qui signaient son identité, la voilà face à une crise qui finalement divise l’Eglise péruvienne tout entière.
> On se souvient des enjeux: la très libérale PUCP, foyer de la théologie de la libération, pionnière des études de genre au Pérou, était en bisbilles avec le Vatican pour son refus de conformer ses statuts à la constitution apostolique promulguée par Jean-Paul II en 1990, Ex Corde Ecclesiae, qui prévoit que « tous les enseignants catholiques doivent être fidèles, et tous les autres enseignants doivent respecter la doctrine catholique et la morale dans leurs recherches et leur enseignement. En particulier, les théologiens catholiques, conscients qu’ils remplissent un mandat reçu de l’Eglise, doivent être fidèles au Magistère de l’Église comme l’interprète authentique de l’Écriture Sainte et la Tradition sacrée« . Des pourparlers avaient alors été entamés, mais ils n’ont pas abouti, et leur déroulement a donné lieu à des épisodes plutôt corsés, la personnalité de tel ou tel interlocuteur faisant barrage à toute discussion approfondie.
> L’échec des négociations a donc contraint le Vatican à prendre le 21 juillet dernier une décision radicale, dont elle menaçait depuis longtemps la PUCP: lui retirer son statut canonique, et donc les titres « pontificale » et « catholique ». Un échec pour la PUCP, qui voit ainsi ses diplômes désormais non reconnus par Rome, mais aussi pour le Vatican, qui ne dispose plus d’université pontificale catholique dans le pays et perd là un établissement dont le prestige est immense.
> L’affaire aurait pu s’arrêter là. Mais, loin de résoudre le conflit, la décision vaticane a contribué à cristaliser encore davantage les positions. Du côté des soutiens de la PUCP, on critique vivement la personnalité de Mgr Cipriani, archevêque de Lima plutôt marqué conservateur, qui aurait voulu la peau de la PUCP et tout fait pour que les négociations n’aboutissent pas. De l’autre côté, les soutiens de l’archevêque conspuent le recteur Marcial Rubio Correa, qui se serait enfermé dans une logique de citadelle assiégée, accusant Rome de vouloir une « université esclave » et traitant l’un des prêtres du tribunal ecclésiastique de Lima de « terroriste ». Et Correa a annoncé qu’il allait maintenir, que le Vatican le veuille ou non, les deux adjectifs incriminés. Ambiance.

AFFAIRE MICHELLE MARTIN: LES ÉVÊQUES INTERVIENNENT
C’est fait. Michelle Martin a été libérée hier soir, et transférée au couvent des clarisses de Malonne, où elle devra rester tout le long de sa mliberté conditionnelle. Dans un climat d’une violence rare, où un un député flamand d’extrême-droite, Jurgen Verstrepen, appelait sur le réseau social Twitter à « engager un Albanais ou un junkie comme tueur à gages » pour supprimer Michelle Martin, les évêques sont montés au créneau pour à la fois défendre les clarisses et dire leur soutien aux familles de victimes. Dans un communiqué signé du porte-parole de la Conférence des évêques belges, le père Tommy Scholtès, ils assurent « comprendre la douleur des parents des victimes et des victimes elles-mêmes« . Le communiqué ajoute:  « Ils ont pris connaissance de l’arrêt de la Cour de Cassation et ils respectent cette décision. Suite à une demande de la Justice, les Clarisses ont accepté l’accueil d’une personne remise en libération conditionnelle qui souhaite se reconstruire« . Mgr Aloys Jousten, évêque de Liège, le diocèse ou se trouve Malonne, a de son côté loué le « vrai témoignage chrétien » des clarisses. D’autre part, sur le site de nos confrères du Point, un nouveau soutien athée aux clarisses se déclare.

PRIÈRE DU 15 AOÛT: UNE OCCASION DE SENSIBILISER LES JOURNALISTES
L’ex-rédacteur en chef du Figaro Magazine, désormais blogueur et par ailleurs chevalier du Saint-SépulcrePatrice de Plunkett a écrit dans l’Osservatore Romano, le journal du Vatican, un long article dans lequel il explique comment, selon lui, la procession fluviale à Paris a été l’occasion d' »aider les journalistes à mieux prendre la mesure du drame des chrétiens [du Moyen-Orient], et de la mobilisation de la planète catholique pour soutenir ces frères en difficulté« , mais aussi, en discutant longuement sur la question de la fameuse prière universelle du 15 août, « l’occasion d’exposer aux journalistes le contenu de la foi, ses implications sociétales et ses solidarités internationales: situation insolite, dans un Paris souvent perçu comme fermé au spirituel. Et situation nouvelle, dans une société où les fondamentaux humains sont en cause, et où la foi est une inconnue pour le plus grand nombre. […] Tout reprendre à la base, éveiller dans l’opinion le désir d’en savoir plus, à contre-courant des réflexes de méfiance envers le «dogmatisme»: ce sont les tâches de cette nouvelle évangélisation qui est, selon la formule du regretté cardinal Jean-Marie Lustiger, «l’évangélisation d’une société entièrement nouvelle»« .

ISRAËL: TEMPÊTE MÉDIATIQUE AUTOUR DU NOUVEAU NONCE
C’est un article du quotidien israélien Yediot Ahronot qui a mis la semaine passée le feu aux poudres. Apprenant la nomination de Mgr Giuseppe Lazzarotto comme nouveau nonce apostolique (ambassadeur) du Saint-Siège en Israël, le correspondant du journal à Rome Menachem Gantz a écrit que ce dernier avait été précédemment en poste en Irlande, où il aurait particulièrement mal géré la crise des abus sexuels dans le clergé. Il aurait notamment cherché à protéger coûte que coûte certains prêtres abuseurs, toujours selon le journaliste, pour qui cela représentait une « gifle pour Israël » et « une source d’embarras et d’humiliations ». Le Vatican a aussitôt démenti; quant au ministère des affaires étrangères israéliennes, il a également infirmé ces accusations, suivi par le directeur du département des affaires interreligieuses de l’American Jewish Commitee.

ÉTATS-UNIS : LE REIKI N’EST PAS TRÈS CATHOLIQUE
La Conférence des évêques américains vient de rendre un avis déconseillant fortement l’utilisation du Reiki, une technique de guérison inspirée du bouddhisme dont beaucoup d’associations anti-sectes se méfient, dans les établissements de soin catholiques. Dans la note, on trouve notamment ceci: « Pour pratiquer le Reiki, on devrait admettre, au moins de façon implicite, certains éléments essentiels d’une vision du monde sous-tendant la théorie du Reiki, éléments qui n’appartiennent ni à la foi chrétienne ni à la science naturelle. Mais, sans justification venant soit de la foi chrétienne soit de la science naturelle, un catholique qui met sa confiance dans le Reiki opèrerait dans le royaume de la superstition, le no man’s land qui n’est ni la foi ni la science […]  Puisque la thérapie du Reiki n’est compatible ni avec l’enseignement chrétien ni avec les preuves scientifiques, il serait inapproprié pour les institutions catholiques, tels que les établissements médicaux et centres de retraite, ou pour les personnes représentant l’Eglise, comme les aumôniers catholiques, de promouvoir ou de soutenir la thérapie du Reiki« .

Source : http://www.lavie.fr/chroniques/matinale-chretienne/divorce-consomme-entre-le-vatican-et-l-universite-catholique-du-perou-30-08-2012-30208_167.php