Scientologie : les dessous de l’affaire Martine Boublil

Scientologie : les dessous de l’affaire Martine Boublil

Emmanuel Fansten | Journaliste

Selon nos informations, Martine Boublil, qui dit avoir été séquestrée par son frère scientologue, a porté plainte contre X.


Tom Cruise à l’inauguration d’une église scientologue à Madrid en 2004 (P.Hanna/Reuters).

L’histoire fait trembler la scientologie. Le 20 janvier, Martine Boublil, 48 ans, ex-membre de la secte, est découverte à demi nue dans une maison en Sardaigne. Incapable de marcher, allongée sur un matelas infesté de vermines, cette ancienne adepte de la scientologie affirme avoir été séquestrée pendant un mois et demi en Sardaigne, après avoir été retenue de force dans la Sarthe plusieurs jours durant. Quatre personnes sont interpellées en Italie, dont le frère aîné de la victime, Claude Boublil, un médecin à la retraite, lui aussi scientologue.

Après la justice italienne, le parquet de Paris vient d’ouvrir une enquête préliminaire en France, confiée aux policiers de l’Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP). Selon nos informations, Martine Boublil, actuellement internée dans un hôpital psychiatrique de la région parisienne, a porté plainte contre X pour « abus de faiblesse et séquestration », ce que nous a confirmé le parquet.

Une menace de plus sur la scientologie, qui affirme toujours être étrangère au dossier : « Il n’y a jamais eu séquestration, personne ne l’a jamais empêchée d’aller et venir », assure Danièle Gounord, porte-parole de l’organisation en France. « Il s’agit d’un drame familial terrible. » Dans lequel Claude Boublil aurait joué un rôle très particulier.

« Il était considéré comme un demi-dieu par de nombreux adeptes »

Depuis le début de l’affaire, l’homme se présente comme un « simple paroissien », qui a cherché à aider sa sœur à « retrouver ses esprits dans un environnement calme ». Une façon, surtout, de la sortir des griffes de la psychiatrie, considérée comme criminelle par la scientologie.

Joint par téléphone, Claude Boublil se refuse aujourd’hui à plus de commentaires. « La scientologie n’a rien à voir là-dedans », martèle-t-il. Problème : le médecin, scientologue connu et reconnu, est l’un des pontes du Celebrity Center, le prestigieux centre parisien de l’organisation. Adepte depuis trente-cinq ans, il a atteint le niveau OT8, le plus haut grade interne à l’organisation.

« Il était considéré comme un demi-dieu par de nombreux adeptes, raconte Alain Stoffen », pianiste et ancien scientologue. C’est lui qui délivrait les certificats de purification [cure destinée aux nouveaux adeptes à base de vitamines et séances de sauna, ndlr]. »

Pionnier de la scientologie en France, Boublil a même été invité sur France Inter, en février 1988, pour vanter les mérites de la Dianétique, la bible des scientologues écrite par leur fondateur, Ron Hubard. « C’est la science mentale la plus évoluée à l’heure actuelle », explique Boublil à l’antenne. « Je suis le médecin le plus intelligent qui pratique la Dianétique. »

Cette même Dianétique fera parler d’elle à peine deux moix plus tard : Patrick Vic, jeune membre du centre de Dianétique de Lyon, se suicide devant sa femme. L’affaire donne lieu à l’un des procès les plus retentissants de la scientologie, et aboutit à des condamnations pour homicide involontaire et escroquerie.

« Pour dire oui, ils clignaient des yeux, pour non, ils les laissaient ouverts »

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Depuis, le docteur Boublil, à la retraite, se montre beaucoup plus discret, mais reste un scientologue influent. Fin 2004, encore OT7, il supervise un congrès national de l’organisation à Paris. Thème de la conférence : « Aide et dissémination, la formule magique pour mettre la planète en séance. »

Faut-il y voir un lien avec l’affaire concernant sa sœur en Sardaigne ? « Aucun doute », assure Arnaud Palisson, ancien officier des Renseignements généraux et spécialiste de la scientologie. Pour lui, l’« enfer » décrit par Martine Boublil n’a rien d’une banale affaire de mœurs. « Ils ne m’adressaient pas un mot. Pour dire oui, ils clignaient des yeux, pour non, ils les laissaient ouverts », a raconté la victime au Parisien avant son retour en France. Selon Palisson, ce mutisme correspond point par point à une procédure scientologue classique réservée aux « psychotiques », et baptisée « Isolation Watch » par Hubard. Plusieurs notes internes à l’organisation décrivent précisément le protocole à suivre :

 « En présence d’une personne en crise psychotique, isolez totalement cette personne, tous ses congénères étant à son égard complètement muselés (interdiction de lui parler). »

En France, l’enlèvement et la séquestration sont passibles de vingt ans de réclusion criminelle. L’enquête devra désormais déterminer les circonstances exactes de cette détention.

En attendant l’ouverture d’une éventuelle instruction, le député (UMP) George Fenech a d’ores et déjà demandé la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire. Objectif : « Crever l’abcès, et faire le point une fois pour toutes sur les méthodes de l’Eglise de scientologie. » En cas de trouble avéré à l’ordre public, la procédure pourrait déboucher sur une proposition de dissolution du mouvement.

Source : http://www.rue89.com/2008/03/18/scientologie-les-dessous-de-laffaire-martine-boublil