A Clermont-Ferrand, la scientologie vous balade…en triporteur

La semaine dernière, certains Clermontois ont pu profiter d’un petit tour gratuit à bord de triporteurs dans le centre-ville. Une opération pas très légale derrière laquelle se cache la scientologie.
Pas de tramway cet été à Clermont-Ferrand mais…des triporteurs. Deux précisément attendaient le chaland à plusieurs reprises la semaine dernière aux abords du Jardin Lecoq, en plein centre-ville. En guise de conducteurs, deux hommes, pantalon noir, casquette et chemise rouge, guettaient la curiosité des passants, prêts à leur proposer une promenade. Sur les véhicules, un mot mystérieux : « Dianétique ».

 Le mot scientologie n’est pas prononcé

Ce jour-là, on s’approche. L’un des deux hommes nous précise que le petit tour est gratuit. Mais il passe vite à un autre sujet, qui tient dans ses mains : un DVD où l’on retrouve ce mot méconnu. L’homme explique ce qu’est la dianétique : un concept spirituel qui peut nous aider en situation de stress important ou de blocage, par exemple pour « réussir un examen ». Pour vaincre ses peurs, « on retourne dans les moments du passé où la personne a vécu des choses, qui sont restées enregistrées au niveau de son mental et qui la gênent ».
 A aucun moment il ne prononce le mot de « scientologie ». mais c’est pourtant ce qui se cache derrière. C’est dans les années 50 que l’auteur de science fiction américain L. Ron Hubbard a mis au point sa théorie sur les désordres de l’esprit humain. Qui deviendra quelques années plus tard la base de la scientologie, considérée comme une religion aux Etats-Unis mais classée comme secte en France par un rapport parlementaire de 1995.
Une promenade laborieuse
 Le DVD pour en savoir plus sur la technique coûte 18 euros. A plusieurs reprises, l’homme tente de nous le vendre. « Si vous l’achetez, je vous fais faire un tour gratuit ». On refuse de sortir le porte-monnaie mais on insiste pour monter à bord du triporteur. Visiblement déçu, le conducteur accepte de nous prendre à bord quelques minutes.
Il fait un soleil de plomb et il peine à pédaler avec deux passagers. Il se trompe dans le rapport de vitesses. Manque de percuter un adolescent en vélo. Et achève le tour en sueur et à bout de souffle. A l’évidence, le prétexte de la balade pour attirer les curieux se révèle une véritable corvée… pour lui.
Appellations brumeuses
 A la fin, après nous avoir vanté les bienfaits de la dianétique, il inscrit sur un prospectus une adresse à Clermont-Ferrand pour se procurer le fameux DVD, au cas où l’on aurait des regrets. Adresse qui renvoie directement à…la librairie de la scientologie, en centre-ville. L’une des rares en France.
Et ce n’est pas la première fois que l’organisation se dissimule plus ou moins sous une appellation brumeuse. C’est parfois sous l’étiquette de la CCDH (Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme), groupuscule qui bataille contre la psychiatrie, que ses adhérents tractent dans la capitale auvergnate. Dans les boites aux lettres, on trouve aussi de temps en temps des prospectus titrés « Plus cool la vie », publicité qui renvoie aussi vers un ouvrage de Ron Hubbard.
Une opération illégale
S’ils avancent le nombre de cinquante « scientologues » à Clermont-Ferrand, la réalité des chiffres est difficile à vérifier et la fameuse librairie est souvent fermée. Son existence ne perdure pas sans heurt : en juin 2012 le collectif des Anonymous avait manifesté devant ses locaux pour lui reprocher son prosélytisme.  […]