Acupuncture, hypnose, ostéopathie… l’Académie de Médecine donne son avis

Créé le 07-03-2013 à 18h02 – Mis à jour le 08-03-2013 à 17h07

Dans un rapport rendu public mardi 5 mars 2013, l’Académie prévient : ces « thérapies complémentaires » ne doivent « jamais être choisies par le patient comme une solution de premier recours ».

acupuncture Sipa

acupuncture Sipa

 

« THÉRAPIES COMPLÉMENTAIRES ». Début mars, l’Académie de Médecine a publié un rapport en réponse à l’initiative prise par l’AP-HP d’introduire à l’hôpital quatre « thérapies complémentaires » : l’acupuncture, la médecine manuelle (ostéopathie et chiropraxie), l’hypnose et le tai-chi.

« La reconnaissance des médecines complémentaires par l’AP-HP, qui les fait figurer officiellement dans son plan stratégique des 4 prochaines années, a fortement étonné les académiciens pour qui la pratique de la médecine en France doit reposer sur des faits établis selon des méthodes scientifiques » explique le rapport en préambule.

On constate depuis quelques mois à une profusion des prises de positions, certaines mettant en garde contre les dérives, voire les dangers de ces pratiques (Science et Avenir, en novembre 2012, voir ci-dessous, conférence des doyens des facultés de médecine de Belgique…).

Sectes a? l’hopital-HD.pdf by sciencesetavenir

 

À la demande de l’académicien Joël Menkès (auteur de deux communiqués destinés à alerter sur la pratique de l’ostéopathie) et après la mise en garde déjà formulée sur le sujet dès 2006, l’Académie a décidé de se saisir du sujet.

Toutefois, ce rapport rendu public mardi 5 mars 2013 ne concerne pas toutes les médecines alternatives. « Les thérapies complémentaires constituent une nébuleuse de pratiques aussi diverses que mal identifiées (l’OMS en a dénombré plus de 400), dans la grande majorité des cas sans aucun substrat scientifique », explique l’Académie.

Les conclusions de l’Académie ne concernent donc que les quatre thérapies complémentaires validées par l’AP-HP. Voici ces conclusions :

 

Acupuncture :

On peut estimer que, dans l’état actuel des connaissances, l’acupuncture peut apporter un bénéfice aux patients souffrant de lombalgie ou de cervicalgie chronique, de migraine ou céphalée de tension, d’arthrose des membres inférieurs, d’épicondylite, aux femmes enceintes éprouvant des douleurs des lombes ou du bassin et lors des douleurs de l’accouchement, et pour prévenir les nausées et vomissements induits pat la chimiothérapie anticancéreuse. Son utilité dans la fibromyalgie est incertaine. Son effet dans d’autres indications n’est pas exclu, mais n’est pas démontré.

 

Médecine manuelle. Ostéopathie. Chiropraxie.

On peut estimer, en accord avec un article récent sur l’état des connaissances en la matière, que les manipulations rachidiennes peuvent se montrer modérément efficaces sur la lombalgie aiguë, subaiguë ou chronique, sur la cervicalgie aiguë, subaiguë ou chronique, sur la céphalée d’origine cervicale, les états vertigineux d’origine cervicale, et à un moindre degré sur la migraine. Leur effet est incertain sur la céphalée de tension. Les complications possibles des manipulations cervicales sont rares, mais graves.

 

Hypnose

Dans l’ensemble, les indications les plus intéressantes semblent être la douleur liée aux gestes invasifs chez l’enfant et l’adolescent et les effets secondaires des chimiothérapies anticancéreuses, mais il est possible que de nouveaux essais viennent démontrer l’utilité de l’hypnose dans d’autres indications.

 

Tai chi et Qigong

Tai chi et qigong peuvent présenter un intérêt dans la prise en charge d’un ensemble assez hétéroclite de maladies, qui ont toutes en commun d’être dans une certaine mesure sensibles à l’exercice physique. De nouveaux travaux sont nécessaires pour juger leur valeur par rapport aux méthodes conventionnelles d’entretien physique, et on ne peut dire aujourd’hui si la faveur dont ils jouissent est autre chose qu’un effet de mode.

Toutefois, conclut le rapport, rien ne justifie pour autant l’engouement probablement excessif du public en leur faveur. Ces pratiques doivent rester à leur juste place : celle de méthodes adjuvantes pouvant compléter les moyens de la médecine.

Toujours selon le texte produit par l’Académie, ces pratiques ne doivent être préconisées que dans les cas où leur utilité est plausible, et au terme d’une démarche médicale par laquelle on se sera assuré qu’il n’y a pas, parmi les moyens éprouvés de la thérapeutique, une solution plus nécessaire ou plus recommandable. En conséquence elles ne doivent jamais être choisies par le patient comme une solution de premier recours, ni comme une solution de remplacement qui exposerait à des erreurs ou retard de diagnostic et à des pertes de chance. Leur usage doit donc être proscrit en l’absence d’un diagnostic médical.

Sciences et Avenir, 7/03/13

Source : http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/sante/20130307.OBS1222/acupuncture-hypnose-osteopathie-ce-qu-en-pense-l-academie-de-medecine.html