Amour et Miséricorde : une vérité difficile à établir

le 09/04/2013 à 05:00

Le communiqué de l’Archevêque de Dijon qui prend position. Repro LBPLe communiqué de l’Archevêque de Dijon qui prend position. Repro LBP

À Petit-Noir, dans le Jura, vit une petite communauté, accusée par certains de former une secte. Un récent communiqué de l’archevêque relance le débat.

 L’ affaire de la communauté Amour et Miséricorde a connu deux rebondissements depuis le début de l’année, avec d’une part, la sortie définitive d’une femme et sa fille du supposé mouvement sectaire et d’autre part, le communiqué de l’archevêque de Dijon, Mgr Minnerath que nous reproduisons.

Cette communauté avait commencé à faire parler d’elle en 2008 (notre édition du 22 décembre 2008) à la suite d’une réouverture d’enquête, décidée par le parquet de Dijon. Après un premier non-lieu en juillet 2007, une nouvelle plainte avait été déposée par le mari de cette femme qui vient justement « d’en sortir » cette année. L’instruction est toujours en cours.

« Ceux qui en sortent ont des séquelles »

Le mari qui réside en Bretagne nous a fait part hier, par téléphone de son « soulagement » de voir sortir sa femme et l’une de ses filles de cette “emprise”. « Mon épouse et ma fille sont sorties en décembre et elles sont allées voir Mgr Minnerath pour lui dire qu’il avait été aveugle.

D’autres familles, qui ont également déposé plainte dans la procédure, ont aussi demandé une audience qui leur a été enfin accordée. L’archevêque a pris position par un communiqué qu’il a adressé aux familles et à chacun des membres encore dans le groupe. Cela étant, il y a des gens qui sont sincères mais abusés. Ceux qui en sortent ont des séquelles : il leur est difficile de supporter le regard des autres. Le but des personnes qui en sont sorties maintenant, c’est de faire sortir les autres. Depuis un an, on attend que la prétendue voyante soit mise en examen. »

Ce même témoin, qui tient à rester anonyme, rappelle que Mgr Minnerath avait déjà demandé à la communauté de fermer son site Internet et de ne plus faire de prosélytisme, « mais il continuait à les recevoir, sans écouter les familles. C’était sans doute son rôle, mais pas d’occulter ce qui lui était dit. S’il avait pris une position aussi ferme que maintenant, il y aurait eu moins de gens abusés ». Le témoin explique aussi : « Mgr Minnerath n’est pas le seul fautif, car nous avons pris contact avec l’évêque de Lons-le-Saunier qui n’a pas pris position non plus. C’est dommage qu’en défendant l’institution, ils ne s’occupent pas des victimes. C’est d’autant plus difficile pour moi qui suis catholique. C’est tout de même un groupe qui se réunissait autour d’une femme qui prétendait voir la Vierge. »

Résidant à Petit-Noir dans le Jura, Éliane Deschamps, celle qui prétendait voir la Vierge, nous a reçus hier. Elle s’insurge contre toutes les accusations qui lui sont faites. Son entourage, constitué de son fils et de l’une de ses filles tient à mettre au point : « Tous ces gens ont bien profité de la table et du gîte, pendant dix ans. Ils se sont servis de la foi de ma mère pour l’atteindre. Au départ, c’était une communauté amicale. Moi-même, je suis croyant, mais je ne vais pas à la messe et on ne me le reproche pas. Vous pouvez venir un mois avec nous. Vous verrez qu’on est irréprochables. La preuve : ces personnes repartaient régulièrement chez elles. Certaines à Paris ou à Lyon. On ne les tenait pas. » Ils mettent ces problèmes sur le compte d’un membre de leur famille « qui a juré de nous détruire » et d’un différend financier.

À l’intérieur du pavillon, Éliane Deschamps nous accueille. Des amis sont présents. Pour montrer leur bonne foi et l’ambiance familiale de leur groupe, ils ouvrent des albums de photos, où l’on voit des fêtes de famille. Tous témoignent de leurs souffrances et de leurs vies cabossées. Ils disent avoir trouvé dans cette communauté, une sorte de refuge et ils ne comprennent toujours pas les accusations.