AVANT, J’ÉTAIS CADRE DE L’ÉGLISE DE SCIENTOLOGIE, MAINTENANT JE SUIS UN GROS SHITHEAD

CE TYPE A INVENTÉ LA MEILLEURE FAÇON DE SORTIR D’UNE SECTE : FUMER DES JOINTS

Par Chris O’Neill

Dennis Erlich (ci-dessus, le mec au chapeau) a été le premier à dénoncer les méthodes de l’Église de Scientologie sur Internet. Membre de cette église depuis 1967, il est devenu plus tard l’un des cadres de la secte. Au cours des années 1980, il a commencé à se rebeller contre l’Église puis, au début des années 1990, il a lancé un journal, InFormer, qui révélait les secrets de la Scientologie.

Il est devenu l’ennemi juré de l’Église en 1994, quand il a scanné des pages de textes scientologues pour les rendre disponibles sur un newsgroup en ligne, révélant au monde entier l’intégralité du culte de Thetans et Xenu et les principes fondateurs de la Scientologie. En 1995, un juge fédéral a autorisé la secte à perquisitionner la maison de Dennis Erlich durant un raid dont on peut encore voir la vidéo ici.

Depuis, il aide d’anciens membres de différents cultes à revenir à une vie normale, la plupart du temps en les initiant à la marijuana. Si vous venez de quitter une secte, son groupe InFormer Ministry Collective est le meilleur endroit au monde pour apprendre comment fonctionne la vraie vie, même si en effet, on y apprend également à se défoncer et à faire pousser sa propre herbe.

VICE : Quand vous étiez cadre de l’Église, saviez-vous que vous faisiez partie d’une secte ?
Dennis Erlich : 
Je pensais faire partie d’un groupe qui cherchait à sauver le monde.

Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?
En 1968, Hubbard a fondé le Sea Org, et ils se sont mis à envoyer des missions militaires dans les organisations auxquelles j’appartenais du temps où j’habitais à Los Angeles. La première fois que des membres sont venus en combinaison militaire, ils nous ont fait nous aligner contre un mur dans la cave. Trois hommes excessivement musclés en uniforme sont entrés. Le plus grand a ouvert sa veste, révélant un 45mm coincé sous son bras. Il a sorti une dague nazie, avec une croix gammée gravée dessus, et l’a plantée dans le plafond au-dessus de lui. Puis il a dit d’une voix grave : « Cette organisation est maintenant sous le contrôle de Sea Org. » On est restés là toute la nuit. Dans la Scientologie, beaucoup de choses participent à repousser les limites de ce que vous êtes prêt à accepter.

En effet c’est grotesque. Qu’est-ce qui attire autant les gens ?
Tout le monde, à un moment de sa vie, peut avoir besoin d’aide, de nouvelles directions, de nouvelles ambitions. La Scientologie se sert de ça.

Vous connaissiez Hubbard à ce moment là. Pensez-vous qu’il était vraiment sérieux quand il prétendait que la Scientologie était une véritable « nouvelle religion » ?
Hubbard était un maître pour voler les gens ; il savait se servir d’eux et avait une sorte d’emprise mystique sur ceux qui l’écoutaient. C’était un mélange d’hypnotiseur et de publicitaire. Ils vous font faire toutes sortes d’exercices lors desquels vous devez vous asseoir d’une certaine façon, ne pas battre des paupières, ne pas respirer, etc. Une fois que vous vous y êtes habitués, ils vous disent que la seule façon de reprendre le contrôle de votre esprit, c’est de les écouter.

Quel est le processus pour faire sortir quelqu’un d’une secte ?
Je me réfère beaucoup à d’autres organisations et à des données. J’aime aider les gens à se reconnecter à la réalité. En général, j’essaie de savoir si ce sont des citoyens en règles, s’ils font l’objet d’un mandat d’arrêt, s’ils ont des papiers d’identité, s’ils ont un docteur ; je les amène à se réhabituer à tout ça. Ce sont des choses de tous les jours dont un membre d’une secte peut ne plus saisir l’importance. C’est comme venir d’une autre planète. Je sais qu’il m’a fallu très longtemps avant de pouvoir me rendre compte de ce genre de choses. La Scientologie a fait de moi un étranger aux yeux de tout le monde, même de ma famille.

Quel rôle le cannabis joue-t-il dans le processus de réhabilitation ?
En 1984, je sortais à peine de l’état d’esprit sectaire, et je ne savais toujours pas ce qui était vrai ou faux dans tout ça. J’ai essayé de fumer un joint, ce qui ne m’était plus arrivé depuis 15 ans, et soudain j’ai envisagé beaucoup de choses que je n’arrivais pas à comprendre avant. Je ne sais pas quelles étaient ces choses, mais sur le moment, j’ai eu une révélation. J’en ai eu la certitude absolue, alors que la Scientologie me donnait seulement le sentiment d’avoir une certitude absolue.

Est-ce fréquent chez d’autres personnes ?
Oui, je vais vous donner un exemple : j’étais très haut gradé en terme de savoirs techniques lorsque je faisais encore partie de la secte, c’est pourquoi plusieurs groupes dissidents cherchaient à me recruter. Un groupe de Denver m’avait demandé d’aider une femme qui envisageait de se suicider – la Scientologie avait essayé de lui laver le cerveau avec une violence peu commune. J’ai été invité chez elle, une très belle femme, dans une grande maison, avec un bel époux, les deux exerçant des métiers passionnants. J’avais un peu d’herbe sur moi ce jour-là. J’ai amené la femme sur le balcon. Je lui ai donné un joint, et lui ai raconté que tous les secrets de la Scientologie qu’elle voulait absolument connaître, les exorcismes, toutes ces conneries, n’étaient que des mensonges. Elle était choquée, mais, ça lui a permit de couper les ponts avec la secte et elle a pu retrouver le bonheur d’une vie normale.

Qu’est-ce que la weed apporte aux gens, selon vous ?
Les membres d’une secte sont têtus, ils ont des idées tenaces. Quand je fume de la marijuana, mes pensées deviennent plus liquides, comme si elles fondaient. Vous devez faire quelques cessions pour que les idées liées à la secte fondent. Depuis que j’essaie de revenir à ce que j’étais avant d’être scientologue, la marijuana m’a beaucoup aidée.

Vous croisez beaucoup de rescapés de sectes en ce moment ?
Au début des années 1990, à Los Angeles, on avait des groupes d’aide pour d’anciens membres de toutes les sectes implantées aux États-Unis. Ils se réunissaient tous les mois. Tout le monde racontait ses expériences et les gens s’aidaient les uns les autres. Il y avait une cinquantaine de personnes. D’après ce que je sais, il n’y a pas de structure organisée autour de ce genre de rassemblement ni de traitements psychologiques médicamenteux, seulement de quelques personnes qui comptent vraiment sur moi pour les aider.

Quel est votre rôle au niveau de l’approvisionnement ? Vous possédez votre propre variété de cannabis, la « OG Flame ».
J’enseigne aux personnes qui viennent me trouver pour faire pousser leur propre marijuana. S’ils ne le peuvent pas, je leur fournis gratuitement un produit biologique de bonne qualité. La OG Flame est excellente pour calmer les douleurs, et aide les gens à mieux dormir. C’est une sorte d’herbe médicinale.

J’ai cru entendre que cette saison, il y aurait plusieurs nouveaux épisodes de South Park à propos de l’Église de Scientologie.
Je ne pouvais pas demander mieux. Dans les années 1980, quand j’ai commencé à révéler tout ce que la Scientologie faisait, tout ce que j’essayais de faire était de tourner la secte en dérision – maintenant, c’est chose faite et c’est particulièrement gratifiant.

@chrisoreal

Source : the vice