Belgique – Qui veut la peau de la Sûreté ?

J. La.

Mis en ligne le 12/02/2013

« Je ne dis pas que le timing est lié à ma succession. Je ne peux que constater. »

La vocation de la Sûreté de l’Etat n’est pas d’être dans la lumière. Depuis quelques semaines, elle est au cœur de polémiques. Deux rapports secrets, à diffusion restreinte, ont été divulgués. L’accent a été mis sur les noms d’élus cités dans les rapports. Et d’aucuns de s’interroger : la Sûreté est-elle dans son rôle ? Ne doit-elle pas faire un pas de côté lorsque ses pas croisent ceux des politiques ?

Ces questions surviennent à un moment délicat pour le service de renseignement. Administrateur général depuis 2006, Alain Winants, qui avait été soutenu par l’Open VLD, est candidat à sa succession. Le gouvernement ne s’est toujours pas prononcé sur sa succession. Ces polémiques y sont-elles liées ? M. Winants n’est pas loin de le penser, lui qui affirmait : « Je ne dis pas que le timing est lié à ma succession. Je ne peux que constater. »

Armand De Decker (MR), un des cinq membres de la Commission sénatoriale du suivi du Comité R – qu’il a présidé pendant 8 ans – ne l’exclut pas. « Peut-être certains avaient-ils des ambitions et ont-ils organisé une fuite pour l’affaiblir », dit-il. Pour M. De Decker, M. Winants est à sa place : « Il est efficace et très respecté à l’étranger. Il assume ses responsabilités. Ce qui n’a pas toujours été le cas par le passé ».

Il semble que si M. Winants n’est pas reconduit, ce ne doive pas être un socialiste francophone qui lui succédera : le numéro 2 de la Sûreté et le président du comité R sont étiquetés PS. On s’achemine plutôt vers un flamand, car le patron du service de renseignement militaire (SGR) est francophone.

Une plainte au pénal

La Sûreté de l’Etat a porté plainte après la publication du contenu des deux rapports. La personne, habilitée à recevoir un rapport « Secret » s’expose à des poursuites si elle divulgue son contenu. Ce sera donc à un juge d’instruction d’instruire cette plainte déposée contre X.

Dans le premier rapport, dont faisait état le 17 janvier La Dernière Heure, on apprenait que la Sûreté de l’État soupçonnait l’Eglise de Scientologie d’infiltrer les milieux belgo-congolais à Bruxelles afin de renforcer sa présence dans la région des Grands lacs. Trois politiques étaient cités : Bertin Mampaka (CDH), Pierre Migisha (CDH) et Gisèle Mandaila (FDF). Qui avaient démenti.

Ce rapport de la Sûreté avait été communiqué à six personnes : la ministre de la Justice, Annemie Turtelboom (Open VLD), le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders (MR), l’ambassadeur de Belgique au Congo et trois fonctionnaires des Affaires étrangères.

La Sûreté doit-elle s’intéresser à ce qui se passe à l’étranger ? Pour M. Winants, c’est nécessaire. Il avait dit en novembre dans une interview à La Libre qu’il souhaitait avoir des agents dans des pays comme le Congo et le Maroc.

« A juste titre », dit M. De Decker. Mais tous ne partagent pas son avis. Le député George Dallemagne (CDH) se demandait la semaine dernière si la présence de la Scientologie au Congo constituait une priorité de sécurité pour la Belgique. M. De Decker n’est pas d’accord : « La Sûreté est tout à fait dans son core business quand elle agit de la sorte car cela a une influence immédiate à Bruxelles ».

Le 2 février, c’est une partie d’un rapport sur les tentatives d’ingérence d’organisations sectaires nuisibles dans l’appareil d’Etat qui a été divulgué dans De Morgen. Le rapport citait des politiques approchées par la scientologie ou Sahaja Yoga. Et d’aucuns de s’interroger, s’agirait-il là d’une « vengeance politique » ?

La diffusion de ce second document a été plus large : 43 personnes, dont de nombreux ministres, le parquet fédéral, le Palais Royal.

« Ce qui est le devoir de la Sûreté. Je ne comprends pas la légèreté de certains qui bradent des informations secrètes », avait réagi M. Winants.

Et d’insister – déjà – sur le fait que, si des politiques sont cités dans un rapport, ce n’est pas parce qu’ils sont suivis par la Sûreté, mais parce qu’ils ont été approchés par des groupes suivis par la Sûreté.

Et M. De Decker de ne pas exclure une tentative de déstabilisation de la Sûreté, peut-être de la part de l’Eglise de Scientologie, qui est jugée comme criminelle par certains car elle fait l’objet de procès pénaux, et qui pourrait ainsi jouer les victimes.« La Sûreté de l’Etat a très bien travaillé », dit-il.

Source : http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/796477/qui-veut-la-peau-de-la-surete.html