Canada : Diplômes à gogo pour gourous

Le diplôme obtenu en une demi-journée par La... (Image La Presse)

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Le diplôme obtenu en une demi-journée par La Presse.

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Marie-Claude Malboeuf

«Vous voulez peut-être aider les gens à guérir sans vouloir passer huit ans dans une faculté de médecine puis en résidence.»

Le bouche à oreille et cette invitation lancée sur l’internet ont suffi. En mai dernier, 300 personnes ont sacrifié un radieux week-end de printemps pour se corder sous les néons d’une longue salle d’un hôtel de Montréal.

Aux côtés d’une journaliste incognito, des vendeurs, des coiffeuses, des masseurs, des physiothérapeutes, des vendeurs et des ingénieurs débordaient d’impatience à l’idée de rencontrer le Californien Eric Pearl.

Le phénomène est planétaire. Depuis la publication de son premier livre – traduit en 36 langues -, l’ex-chiropraticien jure avoir «activé les mains» de plus de 60 000 personnes pour leur donner accès à ce qu’il qualifie de «de nouvelles fréquences» et leur permettre de «devenir des catalyseurs de guérisons».

À Montréal, en matinée, l’un de ses émules a ouvert le bal en racontant avoir sauvé une mourante atteinte du cancer du foie. «Qu’attendez-vous pour faire des miracles à votre tour!» a-t-il lancé, tandis que la salle applaudissait à tout rompre.

À chaque pause, des praticiens distribuaient leurs cartes professionnelles, tandis que les participants se voyaient offrir des DVD, des T-shirts et des bouteilles d’eau arborant le logo de leur idole.

Ils n’en étaient pas à une dépense près. Le cours de base coûte 711$. Le cours avancé, 954$. Sans oublier les 333$ exigés pour être officiellement reconnecté à l’univers – un préalable pour accéder au deuxième niveau.

À nos côtés, une coiffeuse de Terrebonne souriait aux anges pendant les exercices en décrivant ses sensations. Une femme avait accouru du Liban. D’autres habitaient l’Ontario ou les États-Unis.

«Tous vont sortir avec la même efficacité que quelqu’un qui fait ça depuis des années», nous avait juré, quelques semaines plus tôt, l’un des bras droits québécois de Pearl, Sylvain Champagne.

Lorsque nous lui avons parlé, il y a deux semaines, l’homme de Boisbriand a affirmé, au contraire, avoir vu des gens suivre le cours et «savoir dans (son) for intérieur que ces gens n’étaient pas aptes à pratiquer».

Sur le site Amazon.com, d’autres «guérisseurs» démolissent directement le livre de Pearl en dénonçant son ego hypertrophié et ses techniques de vente. Le Californien prétend que les autres approches ne font pas le poids à côté de la sienne. En plus de critiquer les médecins, les pseudo-guérisseurs que nous avons rencontrés se dénonçaient souvent ainsi les uns les autres.

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Un autre admirateur de Pearl, Jean Cornudet, continue d’enseigner une forme d’imposition des mains très populaire, du reiki, dans son sous-sol de Repentigny. Lui aussi se dit en mesure d’activer des dons chez ses élèves en «débloquant leur canal» pour les brancher sur une fréquence supérieure. «C’est comme avoir un médecin qui vous suit 24 heures sur 24», dit l’archiviste, en jurant que le reiki marche toujours, même à des milliers de kilomètres, même si l’on ne sent rien, et même si on n’y croit pas.

Sur son site, il écrit que le reiki guérit les causes des maladies. En entrevue, il préfère parler de «paix intérieure» et dit, comme dans son cours, qu’il n’encourage personne à abandonner son suivi médical. Même s’il publie le témoignage d’une femme qui dit avoir refusé la chimothérapie en faveur du reiki.

Son premier cour d’une journée – qui affiche souvent complet – coûte 150$. Accéder aux trois niveaux suivants coûte 900$ de plus.

Au printemps dernier, alors que nous suivions son cours incognito, Jean Cornudet s’est empressé de nous remettre un diplôme, même si nous avons quitté les lieux, sans terminer la formation, au bout d’une petite demi-journée.

Il l’a fait, dit-il, parce qu’il suffit d’une demi-heure pour initier quelqu’un, et «parce qu’il n’existe pas de normes gouvernementales» à ce sujet.

Combien de diplômes du genre sont-ils en circulation ? Et quelle est leur valeur ? Impossible à dire, puisqu’il existe des dizaines de cours pareils au Québec.

Dans la couronne nord, un groupe de Sainte-Rose offre même un «atelier de démarrage d’entreprise spritiruel» (sic). On y aborde le marketing, la recherche de clientèle et les erreurs à éviter.

Source : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/education/201209/30/01-4578928-diplomes-a-gogo-pour-gourous.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_meme_auteur_4578925_article_POS4