Canada – L’Église de scientologie veut rouvrir un centre de désintoxication au pays

Mise à jour le lundi 16 février 2015 à 16 h 03 HNE
Les anciens locaux de Narconon à Trois-Rivières. Les anciens locaux de Narconon à Trois-Rivières.  Photo :  Radio-Canada

Malgré la controverse entourant ses centres de désintoxication, l’Église de scientologie n’a pas dit son dernier mot. Elle souhaite maintenant ouvrir un nouvel établissement à l’ouest de Toronto, trois ans après la fermeture de son unique établissement au Canada par les autorités.

Un texte de Gaétan PouliotTwitterCourriel

En 2012, l’agence de la santé de la Mauricie forçait la fermeture de l’établissement Narconon de Trois-Rivières en raison de ses pratiques dangereuses pour la santé. La sudation des patients, cinq à six heures par jour, combinée à une prise massive de vitamines inquiétaient particulièrement les autorités. De plus, les traitements fondés sur les enseignements du fondateur de la scientologie, L.Ron Hubbard, n’étaient pas supervisés par un médecin.

Narconon n’a plus pignon sur rue au pays depuis la fermeture du centre de Trois-Rivières. Mais depuis quelques mois, une société liée à l’Église de scientologie tente de convertir une résidence dans un secteur rural de la municipalité de Milton, en Ontario, en centre de désintoxication.

Le bâtiment de près de 2000 mètres carrés accueillerait jusqu’à dix clients à la fois et de cinq à neuf membres du personnel selon le moment de la journée, d’après la présentation du projet de Narconon obtenue par Radio-Canada.

 Les documents soulignent que le programme de désintoxication repose sur l’exercice physique et les suppléments nutritionnels pour lutter contre la dépendance à l’alcool ou à la drogue. Le traitement, sans aucune médication, dure de trois à quatre mois, indique-t-on.À Trois-Rivières, la thérapie coûtait environ 7000 $ par mois.

Milton contre Narconon

Il y a toutefois un problème : Milton a refusé d’octroyer un permis pour l’ouverture de ce centre de soins privés. Ses règles de zonage ne le permettent pas.  « C’est contraire à ce que nous voulons faire dans ce secteur », explique Barbara Koopmans, directrice de l’aménagement du territoire de la Municipalité de Milton. « On les accueillerait dans un secteur urbain, où ils auraient un accès immédiat à des routes, à des hôpitaux et à des services urgences », ajoute-t-elle.

Mme Koopmans est bien au fait des scandales entourant les centres Narconon. La Municipalité refuse toutefois de les commenter, affirmant que sa décision repose uniquement sur des considérations d’aménagement.

Devant ce refus, la société Social Betterment Properties International – la section immoblière de Narconon – a décidé de porter en appel la décision de Milton.

À la fin de mars, la Commission des affaires municipales de l’Ontario entendra les deux parties et devra trancher.

En 2013, Narconon avait tenté, sans succès, d’acheter une propriété au nord de Toronto pour y ouvrir un nouveau centre de santé. Des résidents avaient alors lancé une campagne de mobilisation pour bloquer le projet.

Les représentants de Narconon et de l’Église de scientologie n’ont pas répondu à nos demandes d’entrevue.

Pratiques humiliantes

En plus de ses pratiques médicales douteuses, Narconon a fait subir de mauvais traitement à des patients.

L’un des cas de maltraitance les mieux documentés au pays est celui de David Edgar Love, ancien client et employé de Narconon Trois-Rivières

En avril dernier, Radio-Canada dévoilait un rapport confidentiel de la commission des droits de la personne du Québec, qui concluait que Narconon avait soumis des patients à des « pratiques humiliantes », à de « mauvaises conditions d’hébergement et de nourriture », ainsi qu’à des « mesures forcées d’isolement ».

M. Love soutient qu’il a subi des traitements de sudation durant 26 jours d’affilée et qu’il a pris de grandes doses de vitamines. Lorsqu’il a quitté le centre en 2010, il a été hospitalisé trois jours pour des problèmes de foie.

La commission proposait que Narconon verse 45 000 $ à M. Love en guise d’indemnisation. Il a toutefois refusé une entente à l’amiable avec le centre de désintoxication de l’Église de scientologie parce qu’elle incluait une clause de confidentialité sur l’affaire.

Deux autres ex-clients de Narconon ont pour leur part accepté ce genre d’entente.

Depuis, le dossier de M. Love a été fermé par la commission des droits de la personne, qui n’a pas voulu commenter l’affaire en raison de la confidentialité de ses dossiers.

David Edgar Love intente maintenant un recours au civil contre Narconon et l’Église de scientologie.

Morts aux États-Unis

Depuis 2011, trois personnes sont mortes dans le plus grand centre de Narconon, situé en Oklahoma, aux États-Unis. De multiples poursuites pour négligence et fraude ont été déposées contre le centre de désintoxication depuis ces décès.

Narconon dit gérer des dizaines de centres de désintoxication dans 26 pays.