Canada – Lev Tahor : un exil dans la misère et le chaos

Publié le 11 septembre 2014 à 09h53 | Mis à jour le 11 septembre 2014 à 11h05

Depuis qu'ils ont fui l'Ontario en route vers... (PHOTO JORGE DAN LOPEZ, ARCHIVES REUTERS)

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Depuis qu’ils ont fui l’Ontario en route vers le Guatemala, les 140 enfants de Lev Tahor s’enfoncent dans la misère et le chaos. Et plusieurs proches du dossier, dont le rabbin hassidique de Boisbriand, reprochent au Canada d’en être responsable.

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Marie-Claude Malboeuf
MARIE-CLAUDE MALBOEUF
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Ils vivent maintenant dans une tour de bureaux où ils ne peuvent se laver. Ils font la cuisine dans le stationnement. Continuent d’accoucher avant d’avoir 18 ans et contractent la typhoïde. Les fidèles de la secte juive ultra-orthodoxe Lev Tahor vont de mal en pis depuis leur départ du Canada. Et alors que la Sûreté du Québec soupçonne leurs leaders de traite de personnes, les autorités canadiennes se défilent, accuse un rabbin hassidique de Boisbriand.

Depuis qu’ils ont fui l’Ontario en route vers le Guatemala, les 140 enfants de Lev Tahor s’enfoncent dans la misère et le chaos. Et plusieurs proches du dossier, dont le rabbin hassidique de Boisbriand, reprochent au Canada d’en être responsable.

Expulsées d’un petit village, il y a deux semaines, des dizaines de familles dorment maintenant à même le sol, dans une tour de bureaux de la capitale, la ville de Guatemala. Certains fidèles auraient déjà contracté la typhoïde.

« Deux cents personnes s’entassent dans dix pièces dépourvues de douches et font la cuisine dans un stationnement », a précisé la journaliste israélienne Hannah Kastman, après avoir joint pour La Presse l’un de ses compatriotes, qui désespère de sauver ses neveux et nièces.

« Nous sommes très déçus par le gouvernement canadien. Il s’est défilé et a cédé ses responsabilités à un pays d’Amérique centrale », lui a alors fait savoir Omed Twik en yiddish.

Au nord de Montréal, le rabbin de la communauté hassidique de Boisbriand, Baruch Prushinosky, est tout aussi outré. « Ces enfants sont nés au Canada. Ils doivent donc être protégés et ramenés au Canada. Mais tout a plutôt été fait pour qu’ils quittent le pays. »

« Il fallait être aveugle pour ne pas voir qu’ils étaient maltraités et contrôlés ! Prendre des mois et des mois pour agir, c’est de la négligence. Ils ont fermé les yeux pour des raisons politiques », soutient Baruch Prushinosky, rabbin hassidique.

Le rabbin Prushinosky dit avoir vainement alerté la Sûreté du Québec à deux reprises. La deuxième, il y a plus de deux ans déjà, selon une « dénonciation en vue d’obtenir un mandat de perquisition » obtenue hier par La Presse. La première, dès 2007, pour aider des parents israéliens à rescaper leur fille de 15 ans, qui voulaient couper les ponts avec eux afin d’épouser un fidèle de Lev Tahor âgé de 31 ans.

« Les parents sont venus au Québec et on a fait venir la police, mais elle ne voulait rien faire, s’indigne le rabbin. Il a fallu amener la fille de force en voiture pendant que les gens de Lev Tahor tiraient sur elle pour l’empêcher de partir. »

M. Prushinosky raconte avoir mis 12 heures à convaincre l’adolescente de le suivre en Israël, où elle a consulté un psychologue. Plus tard, dit-il, elle a laissé le rabbin écouter l’une de ses conversations téléphoniques avec le fondateur de Lev Tahor, Schlomo Helbrans. « Il lui disait que son futur mari l’attendait, qu’elle devait dire aux autorités que son père la battait, pour échapper à sa famille et revenir à Sainte-Agathe. »

Joints en fin de journée hier, la SQ et le ministère fédéral des Affaires étrangères ont expliqué qu’ils avaient besoin de faire quelques vérifications afin de commenter ces affirmations.

TYPHOÏDE ET RISQUES DE LYNCHAGE

Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes est très inquiet pour les jeunes de Lev Tahor depuis que son directeur associé, David Ouellet, s’est rendu au Guatemala, en juin. « Avant d’être expulsé du village, le groupe disait faire l’objet de menaces de lynchage. Et il est tout aussi en danger maintenant, parce que la capitale est extrêmement dangereuse ; la mort y frappe sans avertissement. On ne peut même pas marcher un demi-coin de rue sans crainte. »(…)

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