Castellane – Robert Ferrato : « Pas un sou ne doit être versé aux sectes »

CASTELLANE / PUBLIÉ LE MERCREDI 10 AVRIL 2013 À 17H21

La traque sans répit du Mandarom a conduit cet opposant jusqu’au Liechtenstein

Le 24 septembre 2008, la statue de 33 m à l'effigie du "messie cosmoplanétaire" Gilbert Bourdin qui défigurait les sites protégés du Verdon, était dynamitée au Mandarom à Castellane.

Photo Eric Camoin
Le 24 septembre 2008, la statue de 33 m à l’effigie du « messie cosmoplanétaire » Gilbert Bourdin qui défigurait les sites protégés du Verdon, était dynamitée au Mandarom à Castellane.

 

Le président de l’Association pour la protection des sites du Verdon Robert Ferrato n’a pas terminé le combat qu’il a engagé contre la secte du Mandarom à Castellane. Une procédure de haute lutte, on s’en souvient, avait débouché sur la destruction de la plus haute statue à l’effigie de Gilbert Bourdin, le « messie cosmoplanétaire », le 24 septembre 2008.

La guerre est-elle toujours ouverte entre le Mandarom et vous ?
Robert Ferrato : Bien sûr ! Il faut savoir que l’Association cultuelle du Temple pyramide et l’association du Vajra triomphant, appartenant à la secte du Mandarom, avaient saccagé à coups de bulldozers en 1994, tout un pan de la montagne de la Baume situé au-dessus du lac de Castillon, en vue de la construction d’un gigantesque temple pyramide et de la route d’accès. Les travaux ont été arrêtés sur requête de notre association qui a fait annuler par la Cour administrative d’appel de Lyon le 24 décembre 1994, le permis de construire du temple, délivré par l’ancien maire de Castellane Michel Carle, en avril 1992.

De quelle nature est votre combat aujourd’hui ?
R.F : Plusieurs décisions sont intervenues et après un pourvoi en cassation des associations de la secte, le litige est actuellement devant la cour d’appel de Grenoble. Par un arrêt en date du 6 novembre 2007, la Cour d’appel de Grenoble a confirmé le jugement du 26 novembre 1997 du Tribunal de grande instance de Digne déclarant recevable la requête de notre association qui demande la remise en état du site en ordonnant une expertise.

Où se situe le problème ?
R.F : À la lecture du rapport de l’expert rendu le 30 juin 2009, il est apparu que ce dernier émettait des doutes quant à la propriété de certaines parcelles mises en cause. Après des recherches effectuées au Bureau des hypothèques de Digne, nous nous sommes rendus compte avec stupéfaction que l’Association cultuelle du temple pyramide, en liquidation judiciaire, avait transmis son patrimoine immobilier à l’Association du Vajra triomphant le 22 août 1995 et que le 8 mars 1999, l’Association du Vajra triomphant a fait à son tour, l’apport de l’ensemble de ses biens immobiliers à la Fondation sa sainteté le Seigneur Hamsah Manarah, nom initiatique de feu Gilbert Bourdin, gourou de la secte.

Ainsi, une grande partie des terrains supportant les travaux contestés n’appartiendrait plus aujourd’hui aux associations de la secte mais à cette fondation qui a élu domicile chez un cabinet d’avocats à Vaduz au Liechtenstein ! Nous venons donc d’assigner en intervention forcée « La fondation sa sainteté le seigneur Hamsha Manarah » et son gérant Gabriel Marxer qui est avocat et qui demeure à Vaduz, à comparaître devant la Cour d’Appel de Grenoble.

De quelle façon comptez-vous agir ?
R.F : Il est évident que le caractère fictif et frauduleux de cet apport est caractérisé. La cour d’appel (chambre civile) de Grenoble devrait d’ailleurs se prononcer au cours de cette année sur la remise en état des lieux par la Fondation et sur les indemnités réclamées par notre association.

Et comment percevez-vous la condamnation récente de la France par la Cour européenne des droits de l’Homme ?
R.F : Selon cette cour, la France a violé l’article 9 de la Convention selon lequel« Toute personne a droit à la liberté de penser, de conscience et de religion. »L’Etat français doit rembourser la somme indûment payée au profit du Trésor public, soit 3 559 551 euros au titre du préjudice matériel assortie des intérêts à compter du 1er octobre 2009, plus 49 568 euros pour les dépens à l’association cultuelle du temple pyramide et 46 886 € à l’association des Chevaliers du Lotus d’Or créée par Gilbert Bourdin.

Il faut que la France refuse cette condamnation. Pas un sou ne doit être donné aux sectes et à celle-là en particulier ! Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a jusqu’au 31 avril de ce mois pour faire appel de cette décision et Mme Belliard, directrice des Affaires juridiques au ministère des Affaires étrangères, nous a indiqué que le ministre ne savait toujours pas s’il allait interjeter appel ! Ce serait important pour tous ceux qui ont été détruits par cette secte, que notre ministre fasse montre d’un peu de courage…

Avez-vous pu déterminer d’où venait tout l’argent que possédait le Mandarom ?
R.F : Selon la secte, le feu gourou Gilbert Bourdin aurait récolté près de 8 millions d’euros (5 milliards d’anciens francs de l’époque), auprès de ses adeptes pour construire le temple dit « d’Unité des religions ». En fait et selon des rumeurs, cette somme colossale aurait été donnée ou prêtée à Bourdin par la secte du Temple solaire de triste mémoire (suicides ou massacre collectif).

L’ancien maire de Saint-Julien du Verdon Roger Reybaud, aujourd’hui décédé, avait reçu en mairie le gourou Luc Jouret qui venait se renseigner sur la construction du temple. Luc Jouret et ses compagnes étaient d’ailleurs présents, on l’a su plus tard, lors de la conférence de presse que notre association avait donnée pour dénoncer la construction du temple ! C’est donc avec cet argent douteux, réclamé par le Trésor public en 1994, que la secte du Mandarom, imposée à 60 %, s’était acquittée de sa dette. Et c’est cet argent que la France devrait rembourser !

 

Roberto Figaroli

Relayé par Roger Gonnet