Nîmes : Drogué à l’iboga : il erre sous la pluie, pieds nus et en état de panique

A Saint-Laurent-le-Minier, l’association Adamus privilégiait le bien-être personnel et le développement des cultures indigènes. Et proposait régulièrement à ses stagiaires des cures un peu particulières. À base d’iboga.


L’iboga est une racine connue pour ses propriétés psychotropes, plus particulièrement hallucinogènes. Au Gabon, on l’appelle aussi “bois sacré”, et son usage traditionnel fait l’objet d’un rite. Cette plante est classée produit stupéfiant, en France, depuis 2007.

Des cérémonies rituelles hallucinantes

En septembre 2006, Julien, l’un des stagiaires d’Adamus qui avait absorbé quelques cuillères de poudre d’iboga, a été retrouvé sous la pluie, errant, pieds nus et en état de panique, dans les rues de Saint-Laurent-le-Minier. Le jeune homme était revêtu d’une toge de couleur noire, portée lors des cérémonies et danses rituelles organisées par Adamus.

Victime d’une décompensation délirante aiguë, cet élève policier dans le civil a dû subir deux hospitalisations. Julien ou encore Valérie, une autre stagiaire, venaient des Côtes-d’Armor et avaient rejoint Alice, leur psychothérapeute dans le Gard. C’est Christine, médecin de profession et présidente de l’association, qui initiait et encadrait les stagiaires. Andréa, une artiste peintre, l’aidait.

Devant la justice

Vendredi, Christine, le médecin, mais aussi Andréa étaient poursuivies pour administration de substance nuisible à une personne vulnérable et abus de faiblesse. La psychothérapeute, qui n’exerce plus aujourd’hui cette profession, était poursuivie en tant que complice.

« Nous n’étions pas dans une démarche médicale mais de travail sur soi. Je n’étais pas là en tant que médecin. Mais j’estime que nous avions pris toutes les précautions possibles », s’est défendue Christine, le médecin, qui clame « son amour pour cette plante et cette tradition ».

Une prise de risque

La prise d’iboga – le médecin le savait et avait précisé ces contre-indications sur la plaquette de l’association – est déconseillée aux personnes connues pour leurs antécédents cardiaques, psychiatriques ou dépressifs. Selon le représentant du parquet, Julien et Valérie faisaient partie de ces personnes vulnérables. « Ils n’auraient pas dû venir à ce stage » admet Alice, la psychothérapeute.

« Charlatanisme »

Hier, Patrick Pribile, le vice-procureur, a fustigé « l’aventure absurde d’Adamus, un certain charlatanisme pour faire absorber à des gens fragiles des produits qui ne sont pas anodins », ou encore ces « cérémonies quasi religieuses consistant en des bains rituels et prises d’iboga auxquelles assistaient des enfants et même des bébés ».

Il a requis des peines de douze mois à deux ans de prison avec sursis contre les trois prévenues, et l’interdiction d’exercer la médecine à l’encontre de Christine.

Maîtres Richard, Expert et Gandini, les avocats des trois prévenues, ont plaidé la relaxe. « Ces trois personnes étaient de parfaite bonne foi dans les bienfaits de cette plante », ont-ils assuré, affirmant qu’il n’y avait pas là « de volonté de nuire et donc pas d’élément intentionnel ».

Le tribunal rendra sa décision le 16 décembre prochain.

Le Midi Libre 20/11/2011 – CATHY ROCHER