Ecoles Waldorf : L’anti-vaccination sur les bancs d’école

Isabelle Burgun, le 16 février 2015, 10h43

(Agence Science-Presse) «Notre médecin scolaire faisait semblant de faire les vaccins», se souvient l’ancien élève et ancien professeur d’une école Waldorf en France, Grégoire Perra.

Titre: Group Of Elementary Pupils In Computer Class

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L’anthroposophie et la santé

Peu connue en dépit des nombreux écrits laissés par son fondateur Rudolf Steiner (1861-1925), l’anthroposophie repose sur la croyance en une réalité spirituelle parallèle mêlée de doctrines ésotériques, où dominent la réincarnation et l’Atlantide. De la pédagogie à la santé, l’anthroposophie influence tous les choix des adeptes, explique Yves Casgrain. «La prémisse est la même en santé: il faut adapter la médecine —perçue comme matérialiste— au corps spirituel et donc ne pas interférer avec notre karma. C’est pourquoi il faut privilégier les médecines douces aux vaccins.»

Développée par Steiner et par la Dre Ita Wegman, la médecine anthroposophique entre en contradiction avec les connaissances scientifiques. «J’ai pratiqué pendant des années cette médecine, j’ai eu plusieurs médecins anthroposophes, et je peux affirmer que c’est de la charlatanerie pure et simple. Soigner un nourrisson qui a une otite et fait des convulsions en lui mettant des oignons frits dans l’oreille, afin que ceux-ci absorbent le mal qui est en lui, n’est qu’un exemple», relate Grégoire Perra, ancien élève, ancien professeur et ancien adepte de l’anthroposophie.

Alors que le Québec découvre avec surprise l’existence d’un groupe sectaire, dans Lanaudière, opposé à la vaccination, il se pourrait bien que plusieurs écoles privées ou alternatives cachent elles aussi dans leurs murs des proportions élevées d’enfants non vaccinés contre la rougeole.

«Il préparait l’aiguille avec le sérum, mais ne piquait pas, et le sérum s’écoulait juste à côté, poursuit Grégoire Perra. Aucune explication n’était donnée à ce geste étrange. Mais nous nous sentions complice de quelque chose qui devait rester secret».

L’auteur du blogue La Vérité sur les écoles Steiner-Waldorf relate aussi le secret qui entoure ces pratiques. «Les écoles Steiner-Waldorf se savent surveillées et demandent aux parents de choisir leur médecin de famille parmi les médecins anthroposophes. C’est donc lui qui va tenir aux parents un discours antivaccination, dans le secret de son cabinet.»

Ce médecin ne fera pas référence à la doctrine de la réincarnation, une des bases de la philosophie anthroposophique (voir encadré) derrière les écoles Steiner-Waldorf. «Il dira plutôt que les vaccins peuvent être dangereux pour la santé, que les enfants doivent faire leurs « maladies infantiles » afin de se débarrasser d’une certaine hérédité», détaille encore Grégoire Perra (lire ici la transcription complète de l’entrevue).

Le Québec compte actuellement quatre écoles Waldorf —ou liées au mouvement pédagogique de Rudolf Steiner: deux écoles privées, Rudolf Steiner de Montréal et Imagine de Val-David, et deux écoles publiques, l’École communautaire l’Eau-Vive de Victoriaville et l’École des Enfants de la Terre de Waterville.

Le cas Waldorf

Aux États-Unis comme ici, les écoles Waldorf n’encouragent pas la vaccination. «Nous n’avons pas comme philosophie de participer aux campagnes de vaccination, nous prônons plutôt les médecines douces, comme l’homéopathie», confirme la coordinatrice de l’École Rudolf Steiner de Montréal, Isabelle Létourneau.

Dans la foulée de l’éclosion de rougeole en Californie, les médias de là-bas ont notamment relaté que l’école Waldorf Westside, près de Los Angeles, affichait le plus bas taux de vaccination RRO (rougeole-rubéole-oreillons) de l’État, avec à peine 20%.

Dans Lanaudière, l’éclosion de rougeole a été circonscrite pour l’instant au sein de deux familles d’une communauté fermée: les 10 personnes non vaccinées étaient membres de la communauté la Mission de l’Esprit-Saint qui pratiquent l’enseignement à la maison, ce qui réduit les risques de contagion au-delà de leurs murs.

Lors de la campagne de vaccination contre le virus H1N1, en 2009, l’École Rudolf Steiner de Montréal avait transmis de l’information aux parents mais n’a pas organisé de journée de vaccination, comme c’était le cas dans de nombreuses écoles. Il faut dire qu’il n’y a pas d’infirmière à l’école. «Notre secrétaire est naturopathe, c’est elle qui voit à ça», relève Mme Létourneau.

Même son de cloche au secrétariat de l’école privée Imagine, de Val-David. «Ce n’est pas dans les valeurs de l’école. Tous les parents sont plutôt dans le naturel et l’homéopathie», nous annonce Sophie. L’école n’a donc aucun plan de diffusion d’information sur la vaccination.

Choix personnel ou religion?

Les écoles primaires publiques doivent pourtant se conformer non seulement au programme scolaire québécois mais également à la promotion de la vaccination au sein des établissements scolaires publics. À l’École communautaire l’Eau-Vive de Victoriaville, cela semble être le cas. «Nous mettons en place un processus de vaccination: envoi de lettres aux parents et mise à la disposition de locaux dans le milieu. Les parents sont libres d’y participer ou pas», relève Daniel Sicotte, directeur général de la Commission scolaire des Bois-Francs.

Mais en matière de vaccination et de santé, les écoles Waldorf mettent en avant les «choix personnels des parents». Yves Casgrain, spécialiste des mouvements sectaires et des nouvelles religions et auteur du livre Les sectes. Guide pour aider les victimes, pense qu’il s’agit plutôt de culture et de choix religieux. «Les familles ne sont pas toujours au courant mais l’école est un terrain propice à l’implantation de cette religion d’un nouveau genre où les vaccins sont mal perçus car ils retardent la dette karmique des individus», explique celui qui écrit actuellement un essai sur le mouvement Waldorf et ses écoles.

Malgré plusieurs tentatives pour rejoindre la direction de l’école ou l’infirmière scolaire, aucune confirmation des mesures mises en place à l’école de Victoriaville tout comme à la seconde école publique, celle des Enfants de la Terre de Waterville. Daniel Sicotte se veut pourtant rassurant. «Nous n’avons aucun cas de rougeole dans cette école et nous faisons un suivi serré de la situation.» L’École communautaire l’Eau-Vive de Victoriaville partage d’ailleurs ses locaux avec l’École La Myriade JPH Massicotte qui compte 223 élèves à besoins particuliers —difficultés d’apprentissage, troubles de comportements, déficience, etc.

«Tant que les commissions scolaires et le gouvernement tolèrent la situation, ces écoles s’abstiendront d’exiger que tous les élèves soient vaccinés», selon Yves Casgrain. Il prend l’exemple de l’école primaire Waldorf La Roselière de Chambly, récemment fermée, en raison du non-respect du programme officiel des écoles québécoises. «Cette école ne s’est jamais ajustée au programme scolaire, je ne vois pas ce qui les pousserait à suivre les directives de santé publique.»

Au Québec, le vaccin RRO avant l’âge scolaire n’est pas obligatoire, contrairement au Nouveau-Brunswick où les enfants doivent montrer leur carnet de vaccins en règle à leur entrée à l’école depuis 1982. L’Ontario a adopté les mêmes règles à la dernière rentrée scolaire. Malgré la grosse éclosion de rougeole de 2011 (770 cas) et la massive campagne de sensibilisation à cette maladie très contagieuse, le Québec tarde encore à poser ce geste controversé chez certains parents.

La question s’est également posée aux États-Unis ces dernières semaines. Alors que la présente éclosion de rougeole (121 cas dans 17 États à la mi-février) a pu être associée au mouvement antivaccin —plus fort dans certaines villes ou certaines régions— des parents ont carrément réclamé que les enfants non-vaccinés soient bannis des écoles. Une demande appuyée entre autres par Pauline W. Chen, médecin et blogueur pour le New York Times, qui reproche aux parents antivaccination de mettre les enfants des autres à risque («Putting Us All at Risk for Measles»).

Source : agence science presse

La Vérité sur les écoles Steiner-Waldorf et l’Anthroposophie

Publié le 13 avril 2014par gperra

Parmi les nombreux témoignages de personnes qui ont approché l’Anthroposophie et ont pu en revenir que je suis amené à recevoir et à recueillir, il en est certains dont la forme récurrente m’a amené à prendre conscience d’une des formes de séduction que peut chercher à exercer l’Anthroposophie. Celle-ci est tellement subtile qu’elle peut passer inaperçue. Il s’agit de la façon dont certains couples d’anthroposophes vont s’évertuer à projeter une image de famille idéale auprès de tout ceux qui les approchent :

« Cette famille avait l’air si épanouie, témoigne ainsi l’ex-compagne d’un anthroposophe, à présent séparée de celui qui n’a plus eu de considération pour elle dès lors qu’il a compris qu’elle n’accepterait jamais d’épouser la doctrine. Quand nous allions dans la famille de sa sœur, tout semblait tellement parfait ! Les enfants avaient l’air heureux ! Ils jouaient, couraient, riaient, paraissaient heureux et pleins de vie ! Ils faisaient de la musique, écoutaient des contes le soir à la lumière d’une bougie, mangeaient bio… La maman semblait savoir exactement ce qu’il fallait faire pour qu’ils grandissent harmonieusement. Les prières collectives étaient des moments d’une telle intensité que j’en avais les larmes aux yeux. Tout dans leur maison était charmant et naturel : bois, cire d’abeille, produits biologiques, fragrances de produits Weleda, couleurs rouges, mauves et violettes, vêtements en laine, etc. Les rapports entre chacun des membres de la famille semblaient chaleureux et bienveillants. Il régnait une ambiance à la fois baba-cool et sérieuse qui me faisait penser que cette famille était une sorte d’idéal inatteignable auquel j’aspirais de tout mon cœur… »

Ce précieux témoignage, ainsi que d’autres du même ordre, m’ont permis de comprendre l’une des réalités sournoises du milieu anthroposophique : celle du pouvoir de captation de la famille anthroposophique parfaite. Dans notre monde contemporain, où la difficulté à constituer des relations de couple durable et à fonder des familles est devenu une source de souffrances et d’inquiétudes pour de nombreux individus, la force de séduction de ce genre de famille anthroposophique est puissante ! Car elle se présente effectivement comme une sorte d’idéal inatteignable et pourtant réalisé auquel aspirent de nombreuses personnes, en particulier des femmes. Le fait qu’une telle réalisation fantasmatique de la famille opère un pouvoir de séduction n’est d’ailleurs pas quelque chose que les anthroposophes ignorent. Je me souviens comment mon ex-compagne anthroposophe me racontait comment elle avait servi, en tant qu’enfant, à convaincre sa famille élargie des bienfaits de l’Anthroposophie, par sa simple façon d’être, alors que ce milieu catholique traditionnel n’avait au départ que de la méfiance et de l’hostilité à l’égard de cette étrange mouvance apportée par leur gendre  :

 » Nous avions l’air d’enfants épanouis, bien dans leurs peaux et heureux de vivre. Quand nous allions chez nos cousins, notre manière de nous comporter suffisait à susciter l’admiration de tous. Nous en étions fiers ! « (…)

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