Ave Maria

La « messagère de la Vierge » écrouée

A ses fidèles, Agnès Mignoni confiait être la « messagère de la Vierge ». La directrice de l’association Ave Maria de l’Enfant Jésus, à Vescovato, en Corse, a été mise en examen jeudi à pour abus de faiblesse, abus de confiance, et escroquerie sur personnes vulnérables et placée en détention provisoire à Borgo.
Cette ancienne aide-soignante, âgée de 48 ans, aurait escroqué ses fidèles pour plusieurs dizaines de milliers d’euros, prétendant avoir été témoin de l’apparition de la Vierge. « Elle était devenue mystique, jusqu’à entraîner des gens vulnérables dans ses errements », a confié un témoin à Corse-Matin.
Après plusieurs mois d' »enquête, les gendarmes ont auditionnés 16 de ses fidèles, « tous sous emprise et qui continuent à la défendre » selon le Parisien. La « messagère de la Vierge » a été placée en détention provisoire pour éviter de les influencer.

Le Parisien du 16 décembre 2011

L’Ave Maria ou l’histoire d’une chrétienne ordinaire perdue

Les membres de l’Ave Maria, entendus avant-hier par la gendarmerie, ont été incontestablement placés sous l’influence de leur « messagère ».Stéphane Gamant
Mise en examen, écrouée pour escroquerie et abus de confiance, Agnès Mignoni ne cessait de faire parler d’elle à la tête d’une curieuse association sectaire. Les traces de son « pèlerinage » sont encore là

A Vescovato, en épousant un Mignoni, elle s’était liée à une grande famille de la commune. Les premiers souvenirs de ceux qui avaient accueilli une femme venue de sa Gironde natale remontent aux années 90.

Celle qui allait pourtant finir par se comporter comme un véritable gourou était loin d’interpeller, alors. Avant d’être mise en examen pour ses activités à la tête d’une secte, Agnès Mignoni s’est comportée comme une chrétienne parmi tant d’autres, fréquentant la messe, s’affichant comme la plus anonyme des pratiquantes.

À l’évocation de ces jours en aucun cas annonciateurs des troublants lendemains, l’incompréhension perdure en Casinca. « Mais il y a eu ces visions, ces apparitions. C’est à ce moment-là que les choses ont commencé à se gâter », racontent encore les témoins. La Vierge, Saint-Joseph, l’enfant Jésus, Agnès Mignoni commence à jeter le trouble. Bon nombre de ceux qui la côtoient se disent qu’elle perd la tête, s’inquiètent pour elle, pour son mari et ses deux enfants, considérant que l’équilibre familial est menacé. Les coups de théâtre sont à venir.

Pendant près d’un an, ce cercle familial disparaît. Personne ne sait où sont partis les Mignoni qui ne donnent plus signe de vie. On parle de la Sardaigne, sans avoir jamais vraiment pu connaître la véritable destination, ni le pourquoi d’une telle parenthèse.

A Notre Dame de Pancheraccia pour s’identifier au Christ

La réapparition soudaine en Casinca n’a pas fait disparaître ses apparitions à elle. Aux yeux de ses proches, Agnès Mignoni perd pied, fragilise sa vie de famille, commence à s’entourer de « fidèles » pour lesquels elle devient « la messagère ». Tout se précipite il y a une dizaine d’années, l’avènement de l’Ave Maria de l’enfant Jésus est en marche. Celui d’une association sectaire dont les témoignages fusent encore à la moindre évocation, autant que les innombrables messages sur les forums internet. D’aucuns la glorifient, d’autres ne font qu’insister sur d’inquiétantes dérives, les dégâts de ces agissements, jusqu’à l’escroquerie visiblement prise au sérieux à partir d’une plainte déposée sur le Continent.

Pendant ce temps, l’Ave Maria loue des locaux au domaine d’Anghione pour organiser ses réunions estivales, dresse une immense croix sur la route de Vescovato village. Des détails presque insignifiants au regard de ce que le gourou n’hésite pas à entreprendre.

Les appels de l’évêché

Au village de Pancheraccia, sur un site où l’apparition de la Vierge est officiellement reconnue par l’Église, Agnès Mignoni loue un appartement pendant la sainte célébration du 8 septembre 2009 à laquelle assistent de nombreux pèlerins.Allongée sur un lit, du sang sur le front et les mains, elle s’identifie au Christ et à ses souffrances. Effrayés, des membres de la population en ont appelé aux représentants de l’Église. Mais l’évêque semblait avoir déjà, alors, pris des mesures pour appeler à la prudence face aux faits et gestes d’une femme qui se prévalait de quelques soutiens diocésains sur la base de simples échanges de vœux pour la nouvelle année.

Monseigneur Brunin avait jugé bon de faire circuler des notes dans les paroisses, de prendre la plume dans le bulletin Église de Corsepour contenir les assauts sectaires. L’été dernier, les fidèles de l’association sont vus encore à Corte, où ils distribuent des images pieuses. Du côté de « la messagère », les soupçons d’escroquerie ne font que grandir, et ce, sur la base d’éléments sérieux. Avant-hier, la gendarmerie aura porté un coup d’arrêt aux agissements de l’Ave Maria qui semblait repliée depuis quelque temps sur Santa-Lucia-di-Moriani.

« Elle était devenue mystique, jusqu’à entraîner des gens vulnérables dans ses errements »,nous confiait encore un témoin. Confrontée aujourd’hui à la justice des hommes, celle que l’on appelle aussi la fausse prophétesse va devoir s’expliquer.

Corse Matin du 16 décembre 2011

Fin de croisade à la gendarmerie pour « la messagère » de L’Ave Maria

Une opération de gendarmerie en Plaine orientale a permis la mise en examen de la directrice d’une inquiétante association sectaire. 19 membres, témoins ou victimes, ont été entendus

Dans un contexte bien particulier, la Plaine orientale s’attendait à tout… sauf aux allées et venues d’individus arborant aubes et chasubles aux abords de la gendarmerie de Ghisonaccia. Durant une bonne partie de la journée, les hommes de la brigade de recherches n’étaient pourtant pas là pour honorer un temps fort religieux, mais pour procéder à l’audition de 19 membres d’une association à caractère sectaire baptisée L’Ave Maria de l’enfant Jésus. Tous se sont présentés librement pour être entendus en tant que témoins… et victimes.

Une autre personne, en revanche, était là après avoir été interpellée. Considérée comme la directrice et la principale animatrice de l’association, Agnès Mignoni, âgée de 48 ans, était déjà en garde à vue à la suite d’une vaste opération initiée dès mardi matin, sur le coup de 6 heures. Le dispositif avait permis d’interpeller la personne ciblée à son domicile de Santa-Lucia-di-Moriani, un appartement qui, en fait, tient lieu de QG de L’Ave Maria de l’enfant Jésus.

Dans la région, les témoignages de riverains ne manquent pas. « Ils sont une bonne quinzaine à vivre dans cet appartement. On les voit tous partir le matin, avec leurs habits, sans trop savoir où ils vont ».Hier, les gendarmes n’agissaient pas à partir de simples mouvements curieux, mais sur une commission rogatoire et après dépôt de plainte, avec de sérieux soupçons d’escroquerie et d’abus de confiance sur la principale intéressée. Une femme montrée du doigt à maintes reprises, objet de nombreuses plaintes et connue pour son comportement suspect au cœur de prétendues activités religieuses.

Une femme à la réputation sulfureuse

Au mois de juillet 2009, déjà, une enquête préliminaire avait été ouverte pour « abus de faiblesse sur une personne vulnérable ». Elle ciblait l’association établie en Casinca, en particulier celle qui se faisait appeler « la messagère ». Le parquet de Bastia avait alors mis en lumière une personnalité influente auprès d’autres adeptes, une personne prétendant avoir été témoin de l’apparition de la Vierge. De nombreux événements similaires sont d’ailleurs évoqués sur le site internet de l’association où l’on découvre aussi de nombreuses photos de la communauté autour de sa figure de proue.

Ancienne infirmière, Agnès Mignoni aurait abandonné toute activité professionnelle pour vivre sa « foi ». Les forts soupçons qui pèsent sur elle accréditent la thèse de curieuses pratiques, avec sa troublante association pour support, conduisant à une série d’escroqueries dont les individus les plus vulnérables sont devenus les victimes. Devant les gendarmes, hier, ses « compagnons de croisade » dont la tenue vestimentaire semblait afficher fièrement l’appartenance, étaient accueillis comme des gens conditionnés par une forte personnalité au service d’une cause prétendue sacrée. À défaut de l’accabler, certains ont même pris sa défense. Au même moment, les anecdotes nous parvenant ne manquaient pas de saveur. « Un jour, une personne est montée jusqu’au village pour crier à qui voulait l’entendre qu’il fallait venir voir. Le Christ allait marcher sur l’eau ».L’Ave Maria venait de sévir à défaut de prêcher. Hier soir, la garde à vue d’Agnès Mignoni prenait fin vers 17 h 30 à la gendarmerie de Ghisonaccia. Elle était conduite sur Bastia pour être présentée au magistrat instructeur. Dans la soirée, ce dernier l’a mise en examen et incarcérée.

Corse Matin du 16 décembre 2011