Heureux comme un chaman dans le Jura

REPORTAGE Pipes sacrées, huttes à sudation, formules anti-Wifi: à Dole, le gratin mondial des chamans réunissait 2.000 ouailles. Parmi les sorciers, des Français comme Jean-Pierre du Luberon: « le Peyotl m’a dit: ‘ne cherche plus, tu as trouvé’. »

heureux-comme-un-chaman-dans-le-jura

A la grand messe du chamanisme

 

Domaine du château de Bellevue – Jura (39). « Oh Abuelito fuego, Grand-père le feu, j’invoque l’esprit d’Homer Simpson… » La boutade de Jean-Pierre Meyran fait pouffer la vingtaine de personnes plongée dans le noir et la vapeur. En pleine cérémonie, le chaman français, alias Xhaakõmani de son second nom attribué par le peuple amazonien Shipibo, alterne chants sacrés, conseils de vie et autodérision. « Il ne faut pas se prendre trop au sérieux, développe Xhaakõmani, beaucoup de chamans en rajoutent un peu trop sur le côté solennel de ce qui doit aussi rester un moment de détente. »

Réservé aux hommes vêtus d’un simple caleçon et assis en cercle, le rituel se déroule dans la hutte à sudation dite « de la Mère-Terre ». Une sorte de demi-sphère d’un mètre cinquante de haut, faite de branches et de couvertures vert-kaki. Une bâche bleue recouvre cette étrange ensemble-tortue. « Un sauna + + + », résume le chaman boute-en-train, avant de jeter de l’eau sur les pierres incandescentes posées au centre.

L’objectif de la structure : entendre la prière de chaque participant. Une première voix s’élance du noir :

« Je m’appelle Michel, Grand-Père le feu. Et je souhaiterais savoir où je vais dans ma vie. »

Toutes les voix s’empressent de ponctuer l’intervention par un « Aouuuuuuuh » enseigné un peu plus tôt. « Il faut d’abord que tu sache où tu es avant de te demander où tu vas », répond le chaman Xhaakõmani … « Aouuuuuuuh. »



Barbecue chamanique


SOMMET MONDIAL
Ce rite amérindien appelé « temazkal » ne se tient pas en Guyane ou au Pérou mais dans le Jura, sur le domaine du château de Bellevue, à une heure de voiture au sud-est de Dijon. Organisé du 24 au 27 avril dernier par le « Cercle de sagesse de l’union des traditions ancestrales », ce 7e festival du chamanisme est le plus important événement du genre sur le territoire national. « Et même en Europe », renchérit son fondateur Soof-Ta – « celui qui connaît et mange la terre » – de son patronyme français Patrick Dacquay.

Cette année, les organisateurs ont compté plus de 2.000 participants. Un record dont se félicite le fondateur du Cercle de sagesse :

« C’est un paradoxe pour l’un des pays les moins spirituels du monde marquée par la Révolution française, la 3e République et les Francs-maçons… La religion française serait plutôt la dé-spiritualisation de l’être. »

Difficile de se faire accréditer à ce rassemblement international de 85 chamans. Minthé, la « chamane de l’eau » en charge des relations presse, nous ayant indiqué que notre projet d’article n’avait « pas été accepté par l’ensemble du Cercle », StreetPress a planté discrètement sa tente en tant que festivalier.

Beaucoup de chamans en rajoutent un peu trop sur le côté solennel



Minthé, la « chamane de l’eau » en charge des relations presse


SPIRITISME
Au sommet d’une colline, un petit château décoré de tableaux saturés de divinités indiennes domine le lieu. Deux bénévoles coiffés d’un bandeau gardent en permanence une voûte faite de branchages. L’accès permet de pénétrer dans « l’espace sacré ». Cette zone, délimitée par un fin cordon parsemé tous les dix centimètres de bouts de tissus colorés, s’étale sur plusieurs hectares. Même éteints, les portables y sont prohibés, tout comme les cigarettes et la nourriture. Sur cette pelouse : des grands tipis, des huttes à sudation, un arbre à prière, un grand feu central, des chapiteaux, un campement celte, le totem de la paix, des tentes berbère, coréenne… Une véritable foire mondiale de la spiritualité.

La figure du chaman, être mystique originaire de Sibérie et d’Asie centrale, plane au-dessus du rassemblement de pieds nus. Le mot vient du Russe « saman » et des peuples sibériens toungouses. Il désigne celui qui communique avec le monde invisible des esprits et veille sur l’âme de sa communauté. Quand une personne a un problème, c’est qu’elle a fâché – consciemment ou non – un esprit qui lui fait du tort. Il faut, via des offrandes, solliciter les services d’un professionnel du sacré qui a le pouvoir de jouer l’intermédiaire.

Le Peyotl m’a dit : ‘ne cherche plus, tu as trouvé’.


CHÉPER
Jean-Pierre, le plaisantin qui pratique le temazcal en bermuda, assure qu’il n’a jamais aspiré à dialoguer avec les esprits. « Mais le chamanisme m’a appelé. » L’appel fut d’abord téléphonique. En 1998, au bout du fil, un ami l’invite à passer une soirée avec des chamans mexicains de passage dans son coin, le Luberon. Jean-Pierre, alors musicien et « un peu thérapeute », se retrouve le soir même dans une hutte à sudation à prendre du Peyotl, un cactus hallucinogène. Il décolle comme une fusée :


« La seule chose que j’ai vu, c’est que j’avais les étoiles qui descendaient. Et le Peyotl m’a dit : ‘ne cherche plus, tu as trouvé’. »

Ce message succinct le pousse, l’année suivante, à se rendre au Mexique pour une marche spirituelle dans le désert. Avant de tester l’Ayahuesca, un puissant hallucinogène andin. Un an plus tard, lors d’un voyage au Pérou, un chaman local l’interpelle :

« Maintenant, arrête de faire l’andouille ! Prends la médecine que je te donne et mène toi-même la cérémonie. »

Il a dit oui et est devenu Xhaakõmani. La drogue – comme la musique, le froid ou même la faim – permet aux chamans d’entrer en transe. Mais attention ! Pas de substances dans le Jura. Un prospectus du festival assure que les pratiques ont lieu « à l’état lucide sans utilisation d’adjuvants et dans le respect des lois en vigueur ».

Maintenant, arrête de faire l’andouille ! Prends la médecine que je te donne et mène toi-même la cérémonie



Un Indien dans le Jura


SUCCÈS
Au festival de Dole, l’anthropologue Laetitia Merli est l’une des rares personnes autorisées à filmer sur la pelouse de l’espace sacré. La chercheuse, qui prépare un documentaire sur le sujet, constate une « explosion du nombre de chamans » en France. Elle décrit le phénomène comme « un bricolage religieux » entre un vieux fond de croyances populaires françaises et des traditions exotiques, venues d’Asie et d’Amérique. L’universitaire Catherine Le Pelletier parle, elle, d’un « néo-chamanisme »qui vulgarise la dimension ancestrale pour que chacun puisse « inclure son rite à son quotidien ». Une évolution constatée par Jean-Pierre :

« En France, on va voir le chaman avec les mêmes questions que pour le psy. Au Mexique, on le voit si on a mal au bras ou à la jambe. »

Une personne a largement contribué à accélérer la popularisation du phénomène : Corine Sombrun. En 2001, alors que cette mélomane enregistre pour la BBC une cérémonie en Mongolie, elle entre soudainement en transe au son du tambour … et hurle comme un loup. Corine Sombrun a raconté son initiation et sa métamorphose en chamane parisienne dans des émissions et plusieurs livres à succès.(…)

Suite de l’article

Suisse : Sa psy l’envoie chez un chamane violeur

Paula* a été abusée sexuellement à plusieurs reprises. Malgré cela, sa psychiatre n’a rien trouvé de mieux que de l’envoyer chez un guérisseur autoproclamé qui l’a violée. L’homme est désormais introuvable.

storybildConfronté, le guérisseur nie les faits. (photo: Capture d’écran Italia Uno)
Une histoire sordide, révélée par la télévision italienne Italia Uno, secoue le Tessin. Un chamane autoproclamé de 69 ans, domicilié à Origlio (TI), aurait abusé et violé plusieurs femmes venues chercher de l’aide auprès de lui. Le Péruvien affirmait pouvoir guérir ses victimes à travers le sexe.

L’histoire a éclaté au grand jour grâce au témoignage de Paula*. Cette jeune Italienne de 24 ans a subi plusieurs agressions sexuelles par le passé. Traumatisée, elle a consulté une psychiatre pendant un peu plus de deux ans. Comme la thérapie ne semblait pas améliorer son état, la spécialiste l’a envoyée voir ce soi-disant guérisseur d’Origlio. Mais au lieu de l’aider, le sexagénaire n’a fait qu’empirer les choses.

L’homme lui a expliqué que seul le sexe pouvait la guérir. La jeune femme, qui ne pesait plus que 40 kilos au moment des faits en raison d’une grave perturbation alimentaire, a décidé de lui faire confiance étant donné que sa psychiatre lui avait conseillé d’aller le voir. Après s’être fait violer une première fois par le Péruvien, son état s’est rapidement aggravé. L’Italienne est alors retournée voir sa thérapeute qui l’a renvoyée à Origlio en arguant que le chamane avait déjà aidé un grand nombre de femmes. Le calvaire de la victime a ainsi continué lorsque le guérisseur autoproclamé l’a convaincue de se rendre au Pérou avec lui pour un voyage thérapeutique. Là-bas, elle a été violée une deuxième fois. Son agresseur n’a pas arrêté malgré ses pleurs et ses multiples tentatives de se défaire de lui.

De retour en Italie, Paula a contacté la télévision Italia Uno. L’équipe de journalistes s’est alors rendue une troisième fois en Suisse avec la jeune femme, cette fois équipée de microphones et de caméras cachés. Confronté aux images, le chamane a nié en bloc en affirmant que Paula était tombée amoureuse de lui et qu’il ne l’avait forcée à rien. La psychiatre, elle, a refusé tout témoignage. Depuis la publication du reportage, le guérisseur est introuvable. Nos collègues tessinois se sont rendus sur place pour essayer de retrouver les traces du sexagénaire, en vain. Les voisins de ce dernier affirment néanmoins qu’il s’agit d’un homme sympathique, intelligent et normal. Le chamane semble par ailleurs compter de nombreux fans qui se rendent régulièrement à ses séminaires. Contactée, son assistante affirme qu’il ne peut pas être joint pour le moment. Son appartement semble abandonné.

*Prénom d’emprunt

Source : 20mn

PÉROU, L’ASCENSION DU TOURISME SPIRITUEL

LUCIE BONNARD
Le tourisme chamanique est un nouveau business florissant au Pérou qui fait la fortune de certains chamans et le bonheur des Occidentaux en quête de spiritualité. Au cœur de ce nouvel engouement : l’ayahuasca, un breuvage traditionnel aux vertus mystiques.

Crédits photo -- sacredvalleytribe.com

Crédits photo — sacredvalleytribe.com
Ils sont prêts à parcourir des milliers de kilomètres pour vivre l’expérience ultime, à la recherche de la paix intérieure et d’un approfondissement de soi. Au programme de ce voyage des rituels traditionnels autour d’un breuvage ancien généralement utilisé par les chamans des tribus indiennes d’Amazonie : l’ayahuasca, une décoction fabriquée à base de plantes psychotropes hautement hallucinogène. Depuis 2005, en France, elle est au registre des stupéfiants et donc interdite. Depuis quelques années, elle est devenue un véritable marché touristique pour les pays qui l’autorisent. Au Pérou, elle est utilisée depuis des siècles dans le cadre de la médecine traditionnelle et de pratiques divinatoires. Remède aux maux de l’occident pour certain, dangereux stupéfiant « sectoïdal » pour d’autres, l’ayahuasca provoque chez tous un incontestable intérêt.

Les agences de voyages ont saisi le filon et les sites internet fleurissent, proposant des séjours « clé en main » de purification du corps et de l’âme. Au programme, rencontre avec les communautés indigènes et initiation chamanique avec de l’ayahuasca. Pour certains, l’expérience est inoubliable, pour d’autres, elle fut insupportable.

LA LIANE DES ESPRITS

Son nom vient de la langue indienne Quechua et est formé de l’agglutination aya ethuaska qui se traduit ordinairement par la liane des esprits, de la mort ou des âmes. Dans de nombreuses communautés indigènes, l’ayahuasca est utilisé pour un usage thérapeutique ou divinatoire. Les tribus l’utilisent depuis des millénaires comme un outil de purification lors de rituels de guérison sacrés. Cette plante permettrait de rentrer dans un état de transe afin de communiquer avec les esprits de la nature et purger les maux de l’âme et du corps. Elle permettrait d’élever l’état de conscience et voir même, de soigner des maladies importantes.

L’absorption de ce breuvage est faite sous le contrôle d’un chaman : il est l’intermédiaire entre le monde des esprits et celui des vivants. Il est le guide du voyage qui, dans un état de conscience modifié, permet aux individus d’aller à la rencontre de l’invisible. L’ingestion conduit à un détachement total de la réalité, une évasion spirituelle par un « voyage astral ». Extases, visions éclatantes, lucidité extrême… en d’autres termes, l’ayahuasca est une boisson narcotique aux effets puissants. Mais, absorbé dans de mauvaises conditions de préparation, cet hallucinogène peut provoquer des réactions terribles : paranoïa, schizophrénie, traumatismes ou même la mort. Une préparation drastique doit être effectuée avant, pendant, et après le rituel. Les conditions sont très strictes : isolement dans la forêt, diète et abstinence sexuelle, pas de contact avec le feu, exclusion totale de certains aliments ainsi que de toutes drogues, alcools et médicaments. Plusieurs spécialistes indigènes affirment qu’il faut de longues années de pratique, jusqu’à 25 ou 30 ans, pour atteindre une vraie maîtrise de l’ayahuasca et pour être à même de l’administrer dans de bonnes conditions. Les bons ayahuasqueros sont donc rares.

LE BUSINESS CHAMANIQUE(…)

Suite de l’article

 

Le breuvage du voyage intérieur

Utilisé au Pérou contre les addictions, l’ayahuasca y engendre un tourisme « magique » chez les adeptes d’évolution personnelle ou d’hallucination collective.

Hors de toute clandestinité, un psychédélique, l’ayahuasca, est utilisé pour lutter contre les addictions à la cocaïne, l’alcool ou les opiacés. Cela se passe au centre Takiwasi, en Haute-Amazonie, près de Tarapoto (Pérou). Fondé par le médecin français, Jacques Mabit, en 1992, ce centre adapte un rituel millénaire de guérison, en mélangeant psychologie occidentale et connaissances chamaniques. Exigeant et éprouvant, le traitement avec cette liane psychotrope associée à d’autres plantes dure neuf mois, et donne des résultats.

Toléré dans certains pays, mais classé comme stupéfiant en France depuis 2005, parce qu’il contient du DMT (diméthyltryptamine, un psychédélique), l’ayahuasca, boisson dégoûtante préparée avec deux plantes, se consomme lors d’un rituel d’hallucination collective encadré par des maestros ou ayahuasqueros. « L’ayahuasca est un Concorde dont on a rempli les réservoirs de nitroglycérine et on a intérêt à pouvoir faire confiance au pilote », lit-on dans Lucie dans le ciel, de Tom Verdier (Albin Michel).

Le voyage intérieur est marqué par des visions parfois effrayantes et des vomissements et nausées. « C’était comme être dans une machine à laver pendant trois heures », a expliqué l’anthropologue canadien Jérémy Narby, en contant sa première expérience en 1985 (1) : « Je me suis retrouvé entouré par des serpents énormes et fluorescents, complètement terrifiants, qui se sont mis à m’expliquer dans une sorte de langage télépathique des vérités pénibles à entendre à propos de ma personne. Ils m’ont dit : « Tu n’es qu’un tout petit être humain. » »

La suite ? « Je me suis trouvé précipité en dehors de mon corps et, dans mes visions, je suis arrivé à des kilomètres au-dessus de la planète, qui était devenue toute blanche, toute petite. Et, quand le chamane a modifié son chant, je suis retombé dans mon corps et j’ai commencé à voir des centaines de milliers d’images. » Pour Narby, « on peut prendre de l’ayahuasca avec un praticien pleinement formé – notez bien – et apprendre des choses ».

A Takiwasi, l’ayahuasca est aussi délivré lors de « séminaires d’évolution personnelle » de quinze jours. C’est « un outil pour entrer en contact avec notre monde interne », affirme Ghislaine Bourgogne, psychanalyste lyonnaise. Cette proche de Jacques Mabit, qui en a fait un usage personnel au Pérou, prévient : « Ce n’est ni un soin avec un psychotrope ni une prise de drogue, mais une pratique bien précise, et on ne peut pas en faire un usage sauvage. Si on l’isole de son contexte, ça peut créer des dommages. »

Une mode autour de cette « plante sacrée » a généré un « tourisme magique » au Pérou et une consommation incontrôlée en Occident qui comporte des risques. Plusieurs décès ont été déplorés, dont l’acrobate handicapé Fabrice Champion, en 2011, au Pérou. L’ambassade de France à Lima prévient des « conséquences médicales graves, susceptibles d’entraîner la mort ». Les personnes cardiaques, psychotiques, sous antidépresseurs ou autres médicaments doivent absolument s’abstenir.

Autre risque, selon Narby, des individus « peu formés » administrent de l’ayahuasca « mal préparée » : « Des Occidentaux ont payé au prix fort leur côtoiement du côté négatif de l’ayahuasca : malaises psychiques et physiques, dépressions aggravées, et même plusieurs suicides. » Un homme a raconté à l’anthropologue : « Je me suis senti réduit en miettes, comme si ma psyché avait été démontée mais pas reconstruite. » Souffrant de dépression chronique, il s’est suicidé. « Les plantes chamaniques sont des outils puissants, il convient de les utiliser avec prudence », insiste Narby.

Les pratiques de Takiwasi dans la lutte contre les addictions sont reconnues au Pérou, mais une association française, Psychothérapie vigilance, l’accuse régulièrement de dérive sectaire. En 2002, Ghislaine Bourgogne et Jacques Mabit ont été mis en examen à Pau (Pyrénées-Atlantiques) pour trafic de stupéfiants et « abus d’une personne en état de suggestion », mais l’accusation ne tenait pas et ils ont obtenu un non-lieu.

Le 12 février, le parquet a requis une amende contre deux psychothérapeutes des Hautes-Pyrénées jugés en correctionnelle à Tarbes pour « provocation à l’usage de stupéfiant » et « présentation d’un stupéfiant sous un jour favorable ». Leur tort ? Un lien sur leur site internet renvoyait à celui de Takiwasi. « Ce n’était pas de l’incitation, mais de l’information, comme la dizaine d’ouvrages en vente libre sur le même thème », a plaidé leur avocat, Me Thierry Sagardoytho. Le tribunal l’a écouté et a relaxé les deux prévenus, le 12 mars.

(1) Dans « Toxicomanie et devenir de l’humanité », sous la direction de Claude Olievenstein (Odile Jacob, 2001). On peut aussi lire « Plantes et chamanisme : conversations autour de l’ayahuasca et de l’iboga », de Jan Kounen, Jérémy Narby et Vincent Ravalec (Mama éditions, 2008).

source : Par MICHEL HENRY Libération

Relayé par le CCMM

Gourous inc.: le chaman cambrioleur

Stéphane Raynault, un chaman cambrioleur.... (Photo: archives La Presse)

Stéphane Raynault, un chaman cambrioleur.

PHOTO: ARCHIVES LA PRESSE

Marie-Claude Malboeuf

Tomber amoureuse d’un chaman est une entreprise risquée. L’hiver dernier, une poignée de femmes vivant à Montréal, Ottawa ou dans les Laurentides ont brutalement compris qu’elles avaient fait partie d’une sorte de harem. Toutes bernées par les yeux bleus et les cheveux longs d’un faux guide spirituel.

Loin de s’entredéchirer, certaines se sont liguées pour faire enquête. Et ce qu’elles ont découvert les a sidérées. Leur supposé chaman a séjourné six mois en prison; il leur a menti sur ses liens de parenté; il s’est mis des autochtones à dos, en empochant de l’argent qui ne lui était pas destiné. Pire encore, avant de se faire payer pour «purifier» des maisons, il en a cambriolé. Et a même incendié la sienne, pour toucher l’argent des assurances.

En marge, il multipliait les conquêtes, puis vivait à leurs crochets, sous prétexte que sa quête spirituelle ne lui laissait aucun répit. «Il a déjà déjeuné chez une fille, dîné chez une deuxième et soupé chez une troisième!», résume Ariane *, une Montréalaise de 38 ans qui a connu l’homme dans un cours de neurocoaching, où il était superviseur. Pleine d’aplomb, elle a découvert la triple vie de son ancien amoureux en retraçant ses appels. «Partout où j’appelais, des femmes répondaient, se souvient-elle. J’ai fini par faire changer les serrures.Sur le coup, on vit un choc post-traumatique. On n’arrive plus à dormir, on tremble, on se sent violée dans son âme et ses rêves.»

Quelques mois plus tard, Émilie tombe dans le panneau à son tour. Lors d’une soirée à Mont-Tremblant, une amie lui présente l’homme de 45 ans comme un grand sage. L’écrivaine de 30 ans boit ses paroles jusqu’à 3 h du matin. «Mon coeur battait super fort, comme si j’avais pris de la drogue, raconte-t-elle. Il me regardait droit dans les yeux en répétant des mots-clés. Il disait: les gens ne te comprennent pas, moi, je sais qui tu es. Baisse tes barrières.»

«J’étais une proie facile, précise-t-elle, parce que je venais de faire une grossesse extra-utérine. J’avais tout perdu: mon bébé puis mon chum…»

Après trois rencontres, Raynault proclame qu’elle est la femme de sa vie, qu’elle a un don, qu’il va tout lui apprendre et qu’ils offriront des soins énergétiques ensemble. Conquise, Émilie l’héberge, nettoie l’appartement de sa fille et le conduit partout où il le désire.

En parallèle, son amoureux enseigne la sexualité tantrique à d’autres femmes. Au restaurant, il dévisage les beautés. «Quand je protestais, raconte Émilie, il disait les regarder pour libérer les entités autour d’elles!»

Un jour, en lui répondant au téléphone, Raynault lui annonce qu’il se trouve à l’aéroport. Il part vivre en Europe avec une autre. Il veut y relancer sa carrière de chaman.

Une ancienne cliente n’en revient toujours pas. «Il est disparu du jour au lendemain en laissant son adolescente chez moi et ses objets supposément sacrés dans mon cabanon. Pour un maître spirituel, ce n’est pas très fort!», dit la résidante des Laurentides.

Raynault affirmait pourtant que son calumet et son tambour lui permettaient de chasser les mauvais esprits chez ses clientes. Il se disait «gardien de feu sacré» et petit-fils du chef algonquin William Commanda, que certains initiés comparent au dalaï-lama.

Pour peaufiner son personnage, l’homme s’est apparemment rapproché d’une communauté d’Ottawa, a observé leurs rituels et mémorisé leurs histoires.

Aujourd’hui, ces gens crient au vol. D’après eux, en 2011, Raynault a amené une quinzaine de Montréalais dans leur tente de sudation, en leur faisant croire que la communauté s’attendait à recevoir un don de 150$ par personne. «Premièrement, c’était faux! Deuxièmement, il a gardé l’argent sans jamais en glisser un mot! tonne une source haut placée.Il salit notre réputation. On ne peut pas vendre les choses sacrées et le nom de nos aînés comme il le fait.»

Lorsque La Presse l’a informé de son enquête, Raynault a tout nié, jusqu’au fait qu’il a oeuvré comme chaman, alors qu’on l’associe à cette pratique sur le moteur de recherche Yatedo. Un profil Facebook le présente plutôt comme un «coach à Great Spirit».

L’homme se dit victime d’une campagne de salissage de la part d’amoureuses déçues.

Ce qui est certain, c’est qu’il a un long casier judiciaire. On l’a condamné sept fois pour vol, en Montérégie et dans Lanaudière. La demeure qu’il a incendiée en 1992 se trouvait dans cette dernière région.

Ironiquement, Raynault semble avoir trouvé son filon suivanten prison, puisque c’est là que des bénévoles l’initient à la spiritualité amérindienne.

Sur YouTube, un diaporama intitulé Le faux prophètemet toute la francophonie en garde. Un blogue, Le cercle des déesses, tente de faire la même chose. Car Raynault, qui est rentré à Montréal, a du charisme. En Outaouais, une jeune mère a apparemment quitté son mari, vendu sa librairie ésotérique et acheté une nouvelle maison pour vivre avec lui… avant de faire faillite et d’être remplacée par Ariane.

«La première fois que je l’ai vu dans mon cours, je me sentais envahie, se souvient cette dernière. Mais quand il nous parle, sa force, c’est de créer un lien immédiat. C’est un caméléon et un radar; il lit les gens.»

À son avis, avec ce genre de dons, son ancienne flamme aurait pu se rendre véritablement utile. «Son problème, dit-elle, c’est son absence totale d’éthique.»

*Les prénoms ont été changés pour protéger l’identité des victimes.

Source : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201210/07/01-4581026-gourous-inc-le-chaman-cambrioleur.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_4581255_article_POS7

Pérou : La police Péruvienne trouve des adolescents américains morts lors d’une retraite psychédélique

Reuters14h29 HAC, Septembre 12, 2012

LIMA (Reuters) – La police péruvienne a déclaré mercredi que le chaman avait enterré le corps d’un homme de 18 ans américain pour couvrir sa mort au cours d’une retraite spirituelle de l’Amazonie où il a bu extraits de plantes psychédéliques.

Shaman Jose Pineda Vargas, 58 ans, a avoué avoir enterré Kyle Joseph Nolan dans sa retraite jungle, le Centre Shimbre chamanique, près de la communauté autochtone de Tres Islas de la région de Madre de Dios du bassin amazonien qui borde le Brésil, selon la police colonel Roberto Palomino .

« La police a trouvé le corps de Nolan dans un buisson touffu qui appartient à l’administrateur de cette retraite», a déclaré Palomino.

Avant de confesser, Pineda avait dit Nolan disparu. Mère Nolan a commencé à chercher pour lui après qu’il a omis de retourner au Pérou comme prévu Août 27.

«C’est comme s’il avait disparu, » sa mère, Ingeborg Eswalo, a déclaré avant que la police a retrouvé son corps. Sa famille n’a pas pu être joint pour commenter mercredi à un numéro de téléphone dans le nord de la Californie, ils ont donné à la police.

Le Pérou est une destination populaire pour un nombre croissant de touristes qui veulent essayer l’ayahuasca, un breuvage hallucinogène provenant de vignes amazoniennes et des arbustes qui est traditionnellement bu dans les cérémonies indigènes avec l’aide d’un chaman à guérir les maladies et de communiquer avec la nature et des ancêtres.

Une infusion similaire est également utilisé dans certaines religions au Brésil.

Le site Web de la retraite du Pérou, rédigé en anglais, décrit comme Pineda « Shaman Maître Mancoluto, » et dit qu’il aide l’ayahuasca initiés « ouvrir leur esprit à des réalités plus profondes, à développer leurs sens et les capacités intuitives et libérer le potentiel inexploité de la personne. »

Le centre affirme qu’il détient cinq cérémonies qui ont lieu plus de 10 nuits, lorsque les participants ingèrent des plantes psychédéliques dans un «espace privé confortable au milieu d’une forêt vierge», mais que les personnes familières avec les effets secondaires des médicaments sont toujours sur place pour vous aider.

(Reportage par Mitra Taj et Reuters TV, édité par Terry Wade Osterman et Cynthia)

Traduction Google