Royaume-Uni – Interdiction d’enseigner les thèses créationnistes dans les écoles Britannique

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Écoles Colombie Quelque chose vient d’interdire enseigné à des millions d’enfants américains
Crédit Image: AP

Les nouvelles: Enseigner aux élèves que le créationnisme est une théorie fondée sur les preuves est maintenant interdit dans toutes les écoles publiques à travers le Royaume-Uni, selon de nouveaux documents du gouvernement britannique. Voici les nouvelles normes, qui instituent un:

… Exigence pour chaque académie et école gratuite à offrir un programme vaste et équilibré dans tous les cas d’éviter l’enseignement du créationnisme comme théorie fondée sur des preuves dans une académie ou d’une école libre.

Selon io9 , cela signifie une «école de l’académie ou libre» au Royaume-Uni qui enseigne le créationnisme aux étudiants serait enfreindre son entente de financement avec le gouvernement. Les académies sont à peu près équivalent à des écoles à charte aux États-Unis, tandis que les «écoles libres» sont des écoles indépendantes à but non lucratif financés par l’argent des contribuables, qui peuvent être organisées par les parents, les enseignants, les associations caritatives et les entreprises. La nouvelle langue met à jour une règle 2012, qui exige que tous les futurs écoles libres qui enseignent la théorie de la sélection naturelle seule à inclure les académies et les écoles libres existants.

Cela signifie que le Royaume-Uni est sur la bonne voie pour mettre fin à plus ou moins complètement la pratique de l’enseignement du créationnisme dans les écoles publiques. Cependant, il ne permet créationnisme et autres croyances sur l’origine de la Terre et de la vie à enseigner dans les classes sur la religion, tant qu’ils ne sont pas présentées comme des alternatives valables à la théorie scientifique. Bien qu’il existe d’autres réformes nécessaires dans d’autres secteurs de l’éducation à travers le Royaume-Uni, il semble que la plus grande étape vers l’obtention de la religion sur les cours de sciences financés par le contribuable vient d’être accompli.

Comparez cela aux États-Unis: Aux États-Unis, environ 1 milliard de dollars des contribuables à travers 14 états va à des écoles privées . Plus tôt cette année,  Politico a indiqué que ces écoles privées inclus  » des centaines d’écoles religieuses qui enseignent la Terre est âgée de moins de 10.000 ans, Adam et Eve se promenaient le jardin avec les dinosaures et beaucoup de la biologie moderne, la géologie et la cosmologie est un tissu de mensonges.  »

Aux États-Unis, seulement les États de la Louisiane et le Tennessee permettent actuellement le créationnisme et son rejeton, conception intelligente, d’être enseigné comme alternatives à l’évolution dans les écoles publiques. Mais dans la majeure partie du Sud et le Midwest, les écoles privées qui enseignent le créationnisme sont capables d’accepter des millions de dollars en financement public. Slate a une carte relativement mise à jour complète de ces écoles ici . Il ya vraiment des centaines d’entre eux.

Carte des écoles qui enseignent le créationnisme. Crédit Image: Ardoise

De  Politico le rapport:

… Beaucoup de ces écoles confessionnelles vont au-delà l’enseignement de l’histoire biblique des six jours de la création comme un fait littéral. Leurs supports de cours nourrissent dédain du monde séculier, la méfiance de découvertes et de l’hostilité envers les scientifiques traditionnels capitales. Ils déforment souvent faits de base sur la méthode scientifique – l’enseignement, par exemple, que les théories telles que l’évolution sont par définition hautement spéculative, car ils n’ont pas été élevé au rang de «loi scientifique. »

Une série de livres populaires dans les écoles chrétiennes appelle évolution « une philosophie méchants et vain. » Un autre se moque de «théoriciens de mathématiques modernes» qui ne parviennent pas à voir les mathématiques comme des lois absolues ordonnés par Dieu. L’éditeur note que ses manuels évitent percées « modernes » – même ceux, comme la théorie des ensembles, développé au 19e siècle.

Aux États-Unis, la science de constante de l’évolution est encore assez délicat. Missouri, par exemple, envisage un projet de loi qui « alerter »  les parents de toute discussion sur l’évolution naturelle dans les écoles. Et un sondage Pew 2013 a révélé que seulement 6 Américains sur 10 pensent que la vie a évolué au fil du temps (y compris par la direction d’un être suprême), comparativement à 87% des scientifiques .

Pourquoi devriez-vous des soins:  Pew a révélé que les Américains largement en désaccord avec les scientifiques sur une variété de questions, y compris la recherche embryonnaire de cellules souches, l’utilisation d’animaux dans les tests de laboratoire, l’énergie nucléaire, la vaccination des enfants et les causes et l’ampleur du réchauffement de la planète. À une époque où l’économie valorise de plus l’éducation dans les domaines des STIM très techniques et des projets scientifiques à grande échelle sontplus importantes que jamais , ce serait bien si l’argent des contribuables financés éducation laïque, scientifique au lieu de dogme religieux.

Source : World Mic – Traduction Google

Les créationnistes ont leur musée… Suivez le guide

  • LePoint.fr – il y a 42 minutes

Adam, Eve, Caïn, le serpent, un mammouth, des vélociraptors, des hamburgers… On trouve de tout au musée des créationnistes, dans le Kentucky, en plein coeur des Etats-Unis. L’Express a visité cette arche des croisés anti-Darwin. Voyage au bout de l’enfer.

Il y a des pingouins dans le jardin d’Eden. Et plein de gentils dinosaures. Deux manchots empereurs, figés dans la fausse jungle tropicale à côté d’un gorille, d’un impala et d’un couple de lamas, écoutent sagement Adam nommer les animaux de la création. Plus loin, sur le parcours fléché de la Genèse, Eve, vêtue de sa seule chevelure, des nénuphars jusqu’au ventre devant une cascade, grattouille le torse musclé de l’homme originel sous le regard du serpent et de deux vélociraptors tout droit sortis de Jurassic Park.

Dans l’allée, le public n’en perd pas une miette. Les familles nombreuses à casquettes, les groupes paroissiaux en tee-shirts ornés de psaumes, les pieuses dames mennonites coiffées de bonnets de dentelle comme les centaines de touristes délestés de 29 dollars à l’entrée s’attardent devant ce Koh Lanta antédiluvien. « Pensez ce que vous voulez, mais cela me fait du bien de voir ça, rétorque Kristen Carter, standardiste dans une administration publique locale. C’est le seul lieu où l’on réponde si bien à nos questionnements de chrétiens. »

Le musée revendique son « ras des pâquerettes » théologique

Soit. Answers in Genesis (Réponses dans la Genèse), une association religieuse créée par l’agitateur fondamentaliste Ken Ham, n’a pas investi, en 2007, plus de 27 millions de dollars, le fruit de milliers de donations, dans cette imposante bâtisse pour seulement la truffer de saynètes bibliques. La pédagogie militante reste la première mission du seul Creation Museum des Etats-Unis, stratégiquement construit à Petersburg (Kentucky), au bord de l’autoroute la plus passante du Midwest.

Sept ans de polémiques et 2 millions de visiteurs plus tard, ce bastion du créationnisme, fort d’un budget annuel de 30 millions de dollars, entend toujours prouver par A plus B, avec ses 7000 mètres carrés de dioramas, de shows audiovisuels et d’expositions de fossiles, la véracité « scientifique » de l’Ancien Testament, démontrer aux ouailles trop longtemps abusées par des écoles laïques et des médias démoniaques acquis aux théories darwiniennes, que le monde a bien été créé, dinosaures compris, en six jours de labeur divin, il y a six mille ans et non quatre milliards d’années.

Le temple de la contre-culture revendique fièrement le « ras des pâquerettes » théologique, autant qu’un statut d’égal avec les « musées de l’évolution ». Mais il impose dès l’entrée son idéologie. Descartes et Galilée sont présentés comme des rebelles de la raison humaine contre l’omniscience divine. Le musée invite, sans complexe, à « suivre le Chemin de l’Histoire ». L’histoire vraie. Mais, si tout allait pour le mieux dans la salle de la Création, tout se gâte très vite dans la galerie de la « Corruption ». Pour avoir écouté le serpent, Eve, condamnée à enfanter dans la douleur, traîne sa déprime et un gros ventre en regardant Adam biner des carottes.

A la triste conscience de leur mortalité s’ajoutent d’autres tracas : les mauvaises herbes. « Inexistantes avant le péché originel, précise une plaque du musée, elles apparaissent pour nourrir une faune en incessante reproduction. » La ature, jusqu’alors accueillante, foisonne soudain de dangers. Les insectes se mettent à piquer, les plantes secrètent des poisons, les serpents et les tarentules, du venin; « en grande partie à cause de leur nouveau régime alimentaire », précise un commentaire.

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Suisse : L’enseignement du créationnisme: l’instruction publique affiche son malaise

Sept écoles privées chrétiennes de Suisse romande enseignent les thèses créationnistes pendant les cours de sciences. En règle avec la loi, cet enseignement suscite un malaise parmi les responsables de l’instruction publique des cantons romands.

« Toutes les matières enseignées sont mises en lien avec les textes bibliques, cette démarche permet à l’enfant de réaliser que Dieu s’intéresse à ce qu’il étudie », explique Eric Tendon, président de l’Association instruire.ch qui regroupe les sept écoles chrétiennes évangéliques de Suisse romande. La particularité de ces écoles est l’enseignement des thèses créationnistes comme véridique, dans leur programme.

« La théorie de l’évolution est aussi présentée mais pas comme une vérité. Pour nous, il est clair que nous avons été créés par Dieu », précise le directeur. Néanmoins les enseignants ont la liberté de présenter leur vision du créationnisme d’une façon plus ou moins stricte*. Ces écoles, réparties dans les cantons de Vaud, Genève, Fribourg et Berne (à Bienne, dans la partie francophone), regroupent environ 200 élèves. Elles assurent l’enseignement obligatoire.

« Nous suivons le programme scolaire de l’école publique. Si l’instruction publique souhaite que nous modifions nos cours, nous considérerons leur demande et essayerons d’y répondre sans trahir nos convictions chrétiennes », explique Eric Tendon. Dans les articles de lois sur l’enseignement privé, les quatre cantons s’alignent sur le fait que le niveau de l’enseignement des écoles privées doit être équivalent ou supérieur à celui des écoles publiques.

Surprise à Genève Confrontée à ces articles de lois, l’instruction publique du canton de Genève affiche son embarras. « Le Département de l’instruction publique (DIP), de la culture et du sport vérifie que l’enseignement par les écoles privées de scolarité obligatoire correspond au plan d’études romand. Il n’intervient pas sur les matières supplémentaires enseignées », explique Martine Boissard-Gos, cheffe du Service de l’enseignement privé du DIP du canton de Genève, étonnée que des écoles genevoises enseignent ces thèses.

« Si tout l’enseignement était basé uniquement sur une thèse, quelle qu’elle soit, notre position serait différente », ajoute la cheffe de service. Selon cette responsable, des directeurs de l’école publique contrôlent les enseignements de toutes les institutions privées du canton, tous les deux ans.

Vaud troublé Dans le canton de Vaud, le directeur de l’enseignement obligatoire n’a pas souhaité prendre position, dans cet article. Par contre, la conseillère d’Etat, Anne-Catherine Lyon, a répondu, par l’intermédiaire de son délégué à la communication, « que le Département de la formation, de la jeunesse et de la culture n’avait pas connaissance de ces cas et ne pouvait dès lors se prononcer. Ces éléments étant liés aux tâches de surveillance de l’enseignement privé exercées par le département, ils seront examinés ».

La loi sur l’enseignement privé du canton de Vaud stipule que le DIP « peut s’assurer, au besoin par des examens, que l’instruction [dans les écoles privée] est au moins équivalente à celle dispensée par les écoles publiques. Toutefois, il [le DIP] ne se porte garant ni des méthodes ni de la qualité d’enseignement » (art.7, al. 2,3).

Fribourg ferme les yeux En réponse à notre demande, le service de presse du canton de Fribourg nous a écrit que le Conseiller d’Etat, Jean-Pierre Siggen, directeur de l’instruction publique, de la culture et du sport depuis novembre 2013, « était très occupé et ne pouvait nous répondre directement ». Par contre, son responsable de l’information nous a signalé que des visites régulières avaient été effectuées dans l’école chrétienne située dans le canton et « qu’elles n’avaient rien révélé de problématique par rapport aux compétences exigées des élèves ».

En suisse, l’instruction publique est du ressort des cantons. Dans la Constitution fédérale de la Confédération suisse, l’article 62 sur l’instruction publique spécifie uniquement que les cantons doivent fournir « un enseignement de base suffisant, ouvert à tous les enfants. Cet enseignement est obligatoire et placé sous la direction ou la surveillance des autorités publiques. Il est gratuit dans les écoles publiques ».

La position européenne Pourtant, en 2007, le Conseil de l’Europe a publié un rapport sur Les dangers du créationnisme dans l’éducation, qu’il qualifie de « désespérément inadapté aux classes scientifiques ». Cette même année, le Conseil a adopté une résolution pour encourager les Etats membres de l’Europe « à défendre et promouvoir le savoir scientifique » et « à s’opposer fermement à l’enseignement du créationnisme, en tant que discipline scientifique au même titre que la théorie de l’évolution ».

*Pour tous les créationnistes, « les espèces ont été créées séparément en une seule fois et sont restées inchangées dans leurs caractères, depuis l’origine de la vie », explique l’Encyclopédie du protestantisme. Le créationnisme jeune-terre, celui qui a une interprétation la plus littérale des textes bibliques, stipule que la Terre date de 6000 ans, qu’elle a été créée en six jours et que Dieu a créé tous les être vivants tels qu’ils sont.

source : ProtestInter, l’agence de presse oecuménique de langue française, a pris le relais d’ENInews le 26 février 2013.

Les créationnismes contre la liberté

Sur le livre de C. Baudouin et O. Brosseau Enquête sur les créationnismes (1) par Catherine Kintzler

En ligne le 3 août 2013

 

Bien au-delà de l’anti-évolutionnisme qui campe sur le récit de la création tel qu’il apparaît dans la Genèse, le créationnisme est polymorphe et ne prend pas si simplement, comme on le croit trop souvent, la science directement pour cible. Ses formes les plus récentes, les plus sophistiquées et les plus insidieuses s’emparent des apparences scientifiques, instrumentalisent la science, la pervertissent jusqu’à reprendre l’idée même d’évolution qu’elles requalifient de manière finaliste. Ce finalisme relooké finit par s’insinuer comme une hypothèse présentable concurrente de l’explication scientifique. Ce n’est pas le moindre de ses dommages : en s’en prenant à l’autonomie de la science, il menace l’autonomie de chaque esprit.

 

Qu’est-ce que le créationnisme ? Chaque esprit ayant une teinture de culture scientifique croit le savoir et s’en croit protégé : c’est une erreur. Bien au-delà de l’anti-évolutionnisme qui campe sur le récit de la création tel qu’il apparaît dans la Genèse (créationnisme littéraliste), le créationnisme est polymorphe et ne prend pas si simplement, comme on le croit trop souvent, la science directement pour cible. Non seulement il est polymorphe, mais il est pervers – les auteurs me pardonneront cette allusion freudienne. Ses formes les plus récentes, les plus sophistiquées et les plus insidieuses s’emparent des apparences scientifiques, instrumentalisent la science, la pervertissent jusqu’à reprendre l’idée même d’évolution qu’elles requalifient de manière finaliste, et souvent avec une bonne dose de subtilité.
Ainsi en va-t-il, par exemple, de la doctrine du « Dessein intelligent » qui « affirme que certaines caractéristiques de la nature sont mieux expliquées par une cause intelligente plutôt que par un processus non dirigé tel que la sélection naturelle ». Ce finalisme relooké évite les propos chocs – on ne nomme ni Dieu ni la Bible – et finit par s’insinuer comme une hypothèse présentable concurrente de l’explication scientifique qui ne recourt à aucune forme de fin – toute fin étant par définition inaccessible à l’expérience et introduisant un élément surabondant dans le schéma explicatif, en contradiction avec le principe de l’économie des hypothèses.

 

Il importait donc de cerner cette prolifération, de la décrire dans ses atours, détours et perversions, d’où l’usage au pluriel du terme « créationnismes » – repris d’un précédent livre publié par les auteurs en 2008 (2), et de raisonner cette description en identifiant, à chaque fois, la tête de l’hydre par des caractéristiques discriminantes qui reposent sur quatre présupposés énumérés p. 22 :

  • Le monde a été conçu par une intelligence surnaturelle visionnaire (pour les religions monothéistes, il s’agit de Dieu) ;
  • l’esprit est une réalité distincte de la matière (spiritualisme) (3) ;
  • l’être humain est intrinsèquement différent de l’ensemble des êtres vivants, ce qui lui confère un statut spécial dans la Création (anthropocentrisme) ;
  • tout processus historique lié au monde physique et au monde vivant est nécessairement dirigé ou a une direction prédéterminée (finalisme).

Il fallait, bien sûr, rappeler parallèlement les principes fondamentaux de l’explication scientifique : scepticisme sur les faits, rationalité et parcimonie des hypothèses, réalisme s’agissant de l’existence du monde, matérialisme méthodologique – distinct du matérialisme philosophique, ce matérialisme est en fait un principe d’accessibilité aussi bien des éléments expliqués que des éléments expliquants (on n’explique pas la révolution d’un corps céleste en disant qu’un ange le pousse avec son doigt..). On aurait pu souhaiter que les auteurs abordent également le principe de falsifiabilité des hypothèses (4), mais ce rappel, en lui-même très utile et opportun, se borne aux conditions de possibilité en amont de l’investigation scientifique et n’aborde pas sa conduite proprement dite.

 

Caractériser des doctrines pour les distinguer des théories scientifiques : l’enjeu n’est pas confiné à des discussions de laboratoire restreintes à un milieu de spécialistes. Comme tout enjeu de pensée, il touche chacun, parce que l’autonomie de la pensée, à travers la pensée scientifique et son aspect apparemment le plus abstrait – la recherche fondamentale, la recherche des explications du monde -, est visée. Par elle c’est tout simplement la liberté de penser qui est battue en brèche. La brèche prend la forme d’injonctions religieuses, morales ou politiques qui entendent assujettir et contrôler les sciences. C’est ce que déclare avec force Guillaume Lecointre dans la préface en forme d’entretien qui ouvre le livre, d’abord en rappelant la distinction aujourd’hui fort négligée entre le contrôle de la pensée et le contrôle des actions ayant un effet sur autrui :

« La mise en raison du monde n’a pas à subir d’injonctions religieuses, morales ou politiques. Certes, les applications des sciences doivent être socialement, moralement et politiquement pilotées, mais nous ne parlons pas ici des applications. Nous parlons de l’explication rationnelle du monde réel qui, elle, ne saurait se produire en fonction des attentes des uns ou des refus des autres » (p. 17).

Puis il énonce l’enjeu fondamental lequel affirme la coïncidence entre la liberté politique et la liberté scientifique. Oui l’autonomie de la science concerne tout le monde :

« Le mot clé est le mot laïcité »

Et de poursuivre par une formule qui énonce parfaitement la circularité entre les savoirs rationnels et l’exercice de la liberté :

« Cultiver l’exercice de la raison a le double avantage de maintenir l’autonomie du cœur méthodologique des sciences et de permettre l’émancipation individuelle »

 

Il est urgent de fournir des clés pour détecter et déconstruire les discours créationnistes, parce que l’urgence pour la liberté est toujours de se soustraire à la tutelle de la pensée. Aucune morale séparée, aucun prêchi-prêcha célébrant des « valeurs » démocratiques laïques et sociales n’est capable de produire réellement cet effet d’autonomie, car cela ne relève pas de conseils bienpensants : un homme intègre peut rester crédule, et dès lors son intégrité vole en éclats, elle n’est rien. C’est aussi simple que cela. On a beau le savoir, il faut effectuer vraiment ces mises à distance, il faut passer par le parcours critique, lequel n’est jamais terminé et donné une fois pour toutes. Le meilleur des parcours d’autonomie n’est autre que la constitution des connaissances, par l’épreuve de l’erreur et du désaccord, par l’épreuve qui fait que chacun, pour véritablement s’instruire et s’élever, doit rompre avec ses préjugés et se fâcher avec lui-même. Voilà pourquoi, parmi les disciplines scolaires, les sciences sont exemplaires de cette coïncidence substantielle entre instruction et émancipation. C’est que ce l’école, à grand renforts de « compétences » et d’« objectifs » pour la plupart dictés par le dieu société, ne veut plus savoir, c’est ce qu’elle ne fait plus, sacrifiant l’autonomie de l’homme sur l’autel de l’épanouissement de l’enfant.

 

Le créationnisme n’est donc pas un et simple, mais protéiforme. Autre préjugé, conjugué au précédent, qu’il importe de combattre : pas plus qu’il n’est réductible à une dogmatique anti-scientifique de bas niveau, le créationnisme n’est circonscrit à quelques régions du globe, en particulier cette Bible Belt, ce ramassis de bigots bornés dont on peut se gausser à peu de frais sans s’engager dans l’effort de l’analyse et de la critique rationnelles de détail. On ne nous la fait pas… : la condescendance revient ici à s’aveugler et à laisser le champ libre à ce que les doctrines créationnistes ont de plus inventif et de plus insidieux. Comme toute forme d’ignorance, c’est une façon de s’accoutumer à l’asservissement.

 

Le livre nous ouvre les yeux. Le créationnisme se répand partout, jouissant de la caution d’autorités « scientifiques » qui, intentionnellement ou « par faiblesses épistémologiques » (p. 150), parce qu’elles ne sont pas fermes sur les principes qui fondent l’exercice même de la pensée scientifique, brouillent les frontières entre science et religion, célébrant leur mythique et si peu dérangeante « complémentarité », et proposant une science spiritualisée pour concilier leur foi personnelle avec la démarche scientifique.

 

Il s’agit bien d’une « enquête ». Éclairée par des entretiens avec de nombreux scientifiques, elle couvre à la fois un champ épistémologique – définir le créationnisme, l’identifier sous ses formes les plus soft, en établir la disjonction absolue avec toute démarche scientifique – , un champ géo-politique et une analyse des stratégies de communication et de contrôle. L’enquête se déplace aussi bien intellectuellement que géographiquement, fournissant à chaque étape la description de nombreuses variantes, toutes plus sophistiquées les unes que les autres, sur l’ensemble de la planète.

Le créationnisme n’a que faire des clivages religieux : la propagation d’un créationnisme musulman va bon train, notamment en Turquie. On passe des USA à l’Europe, où l’offensive créationniste se déploie au Royaume Uni, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Italie, en Russie, Pologne, Roumanie. La France est loin d’être épargnée – un chapitre entier est consacré à « la diversité des créationnismes en France », avec notamment l’Université interdisciplinaire de Paris. Sous la houlette de son secrétaire fondateur Jean Staune, cet organisme se propose d’établir un dialogue et des ponts entre science et religion, présentant la thèse d’une autonomie du monde physique comme obsolète vu « l’évolution des sciences » récente qui donnerait « une crédibilité » à l’existence d’un « autre niveau de réalité ». Ce mouvement reçoit l’appui de personnalités scientifiques telles que Trinh Xuan Thuan, Thierry Magnin, Bernard d’Espagnat, Jean-Marie Pelt, Anne Dambricourt-Malassé, Dominique Laplane, Jean-François Lambert. Le biochimiste australien Michael Denton dont les livres sont des références pour le courant du « Dessein intelligent » aux USA est publié en bonne place dans les collections abritées par ce centre. Sans compter les personnalités médiatiques comme Michel Cazenave ou Luc Ferry… : on en apprend de belles !

 

Lire le livre de Cyrille Baudouin et Olivier Brosseau, c’est s’instruire. S’instruire de l’existence proliférante des créationnismes sous des formes diverses dans leur expansion universelle ; s’instruire de leurs procédés, et particulièrement de ceux par lesquels ils se rendent présentables en instrumentalisant la démarche scientifique qu’il s’agit en réalité de museler ; s’instruire de leurs stratégies de communication et de contrôle (notamment dans l’enseignement des sciences) ; s’instruire enfin – ou plutôt se ré-instruire – de ce qu’est une démarche scientifique.

Toutes ces élucidations sont convergentes. Si le contenu empirique du livre – les formes multiples de créationnisme – nous étonne et nous inquiète, c’est que nous n’étions pas préparés à le recevoir, croyant savoir ce qu’est le créationnisme. Il y a belle lurette que ce dernier a quitté une image d’Épinal qu’on balaie d’un revers de main pour emprunter des oripeaux présentables dans les dîners en ville et les colloques des cités les plus raffinées.
Que le créationnisme soit diversifié, qu’il se répande partout, qu’il singe la science et se l’annexe, qu’il s’accompagne de mesures politiques et sociales comme la privatisation de l’enseignement et le contrôle religieux, cela est inquiétant. Mais plus inquiétant encore est que nous ayons besoin d’une ré-instruction, d’une remise des pendules à l’heure pour réapprendre ce qu’est une démarche scientifique et qu’un réarmement général contre l’obscurantisme et l’asservissement intellectuel soit autant à l’ordre du jour. Ce livre n’est pas seulement une enquête de type journalistique où on apprend des faits, c’est aussi une grosse piqûre de rappel, un fortifiant où on retrouve et réaffermit les conditions dont dépendent l’esprit critique et l’autonomie de chacun. Il est donc à placer sur le rayon des urgences pour l’autodéfense intellectuelle (5).
© Catherine Kintzler, 2013

 

Notes 

1 – Cyrille Baudouin et Olivier Brosseau, Enquête sur les créationnismes. Réseaux, stratégies et objectifs politiques, Paris : Belin, 2013.

2 – Les créationnismes, Syllepse, 2008.

3 – On pourrait chicaner ici sur l’usage de « distinct » (qui ne définit que l’idéalisme – et il est certain que les idées, comme par exemple les concepts mathématiques, ont des propriétés distinctes, qui les rendent du reste analogues à celles de la matière au sens strict dans la manière de les étudier et de les établir) alors qu’il eût mieux valu écrire « séparé » pour caractériser le spiritualisme, croyance en une entité vraiment substantielle et hors d’atteinte de toute proposition falsifiable. Mais on comprend bien la thèse générale et l’enjeu.

4 – Une hypothèse ne doit pas simplement avancer une explication plausible, elle est même insuffisante si elle ne propose que des procédures permettant de la vérifier : il faut encore qu’elle propose les moyens détaillés et complets de la ruiner, et seul l’échec de ces tests (tentatives de falsification) permet de la retenir. La formulation de ce principe est attribuée à Popper, mais il a été exposé par Pascal dans le Récit de la grande expérience de l’équilibre des liqueurs (expérience du Puy de Dôme) et par d’Alembert dans ses Eléments de philosophie.

5 – L’expression « autodéfense intellectuelle » a été reprise à Noam Chomsky par Normand Baillargeon dans l’intitulé de son livre Petit cours d’autodéfense intellectuelle (Lux, 2006). A signaler le « Cours d’autodéfense intellectuelle »http://autodefenseintellectuelleblanqui.over-blog.com/ mené par Sophie Mazet au Lycée Blanqui de Saint-Ouen (93).

Source : http://www.mezetulle.net/article-les-creationnismes-contre-la-liberte-sur-le-livre-de-c-baudouin-et-o-brosseau-119368686.html

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