Camille, convertie à 17 ans sur Internet

mardi 10 mars 2015, par Marie

SEPT A HUIT. L’histoire de Camille est celle d’une jeune fille de 17 ans convertie à l’islam radical après avoir été endoctrinée sur Internet. Une histoire douloureuse qu’elle a accepté de partager dans une interview à Thierry Demaizière. Son but désormais : sensibiliser les familles et le gouvernement français sur cette « emprise mentale sectaire » dont elle a été victime.

« Jeune sœur de 17 ans, convertie, cherchant à se marier« . Camille est de celles chez qui l’endoctrinement religieux sur Internet l’a emporté. Française, baptisée, fille de militaire, elle a découvert sur les réseaux sociaux un monde qu’elle pensait fait pour elle, celui de l’Islam prêché par des prédicateurs radicaux. « Je me suis inscrite sur Facebook et je me suis abonnée à des groupes communautaires musulmans« . Ses « sœurs » de religion lui expliquaient comment aborder la foi musulmane, lui faisant miroiter un meilleur avenir. « La religion musulmane est plus accessible que le judaïsme ou le christianisme, explique-t-elle. La relation avec dieu est plus directe. »

Camille avoue s’être facilement laissé adoucir par les paroles « subtiles » de ces jeunes filles qui, pour beaucoup, « affichent Ben Laden en fond d’écran« . Au fil des discussions, la violence et la haine se sont immiscées dans les échanges. « Ils vous expliquent que la société française et les Juifs sont contre les musulmans, que la police est contre les femmes voilées, et que les Français sont racistes. Ils vous parlent de ce qu’il se passe en Palestine, raconte-t-elle. Vous avez envie de tout casser ».

Isolement et descente aux enfers

« Ma mère a commencé à se poser des questions parce que je m’isolais dans ma chambre« , explique Camille qui lui promet de lui mettre le voile pour lui éviter de se faire tuer « quand il y aura la guerre« . « J’ai cessé de me maquiller, je m’habillais en couleurs sombres. Je ne touchais même plus mon chien, on me disait que c’était un être impur« .

Le quotidien n’est plus régi par les mêmes règles qu’auparavant. Chaque geste a une méthode, chaque chose a une explication : comment boire un verre, comment rentrer chez soi, comment avoir un rapport sexuel. Tout ce savoir n’était appris que dans un seul but : la conversion à l’islam.

« Je suis allée à la mosquée me convertir avec une autre « Française« , raconte Camille. J’ai changé de prénom, d’identité. Je me suis coupé de tout le monde. Je ne faisais plus la bise aux hommes« . Le voile puis le jibeb (voile intégral qui laisse apparaître le visage) ont remplacé les jeans et les robes. « On ne voit plus votre « contour identitaire », explique-t-elle. Vous n’êtes plus qu’un fantôme, qu’un drap qui se déplace« . Un habit qu’elle avoue tout de même avoir aimé porter. « Je me sentais protégée des autres« .

« Le Moyen-Âge »

Ce nouveau quotidien, elle devait le partager avec un homme. Encore mineur, elle publie une annonce sur Facebook : « Jeune sœur de 17 ans, convertie, cherchant à se marier…« . Au bal des prétendants, beaucoup de convertis. « On vous dit que les Français convertis sont souvent mieux. Comme ils ne connaissent rien, on peut facilement les endoctriner« . C’est finalement avec l’un d’eux, de onze ans son aîné, qu’elle s’engage. « Je dépendais de mon mari. Je n’étais qu’une serpillère, qu’un vagin, qu’un ventre. Voilà la place de la femme pour eux, raconte Camille. Il fallait vivre comme au Moyen-Âge. Il me faisait parfois dormir au sol quand je ne voulais pas avoir de rapports sexuels avec lui« .

Ces six mois d’humiliations lui auront finalement donné une petite fille. « Mon seul bonheur« , explique-t-elle. Hospitalisée à cause des conditions terribles dans lesquelles elle vivait, elle retournera chez ses parents pour ne jamais retomber dans les griffes de son mari, avec lequel elle est maintenant divorcée. « Ma mère n’a jamais coupé le contact avec moi« . C’est ce lien continu qui lui a permis de refaire surface.

Camille témoigne « pour faire passer un message à toutes les familles » qui auraient des enfants dans son cas. « Je demande au gouvernement qu’il mette en place quelque chose pour les nombreux mineurs, qui vont sur Internet et qui confondent tout, explique-t-elle. Personne ne comprend l’emprise mentale sectaire tellement elle est subtile ; comme un serpent qui t’étrangle à la fin« .

Source : kabyle.net

Sectes et djihadistes emploieraient les mêmes méthodes de recrutement

 

Jean-Claude Dubois, vice-président national du Centre contre les manipulations mentales (CCMM) et président du Centre-Val de Loire - Virginie Mayet

Jean-Claude Dubois, vice-président national du Centre contre les manipulations mentales (CCMM) et président du Centre-Val de Loire – Virginie Mayet

Le Berrichon Jean-Claude Dubois, vice-président national du Centre contre les manipulations mentales (CCMM) et président du Centre-Val de Loire, explique en quoi les djihadistes utilisent les mêmes méthodes que les sectes pour recruter des jeunes gens.

Au CCMM, vous vouliez tirer la sonnette d’alarme après les attentats terroristes ? Oui, on souhaite attirer l’attention sur deux points. Tout d’abord, ce qui se passe au niveau du djihad relève bien des pratiques sectaires.

Pourquoi ? Parce qu’il y a rupture avec la vie antérieure et la famille. Ce n’est pas propre à l’islam radical, mais c’est bien un point que l’on retrouve dans toute dérive sectaire. Ensuite, les djihadistes, comme d’autres groupuscules, font de l’entrisme, c’est-à-dire qu’ils placent des gens à des endroits stratégiques, avec l’idée de mettre en œuvre des projets. Toutes ces mouvances sectaires ont un point commun : mettre en l’air la démocratie pour proposer une théocratie, avec une entité supérieure. Aujourd’hui, bon nombre de ces mouvements se déclarent NMR, nouveaux mouvements religieux?; ils entendent ainsi profiter de la réputation des religions.

Comment opèrent les djihadistes ? Leur force est de repérer des jeunes qui sont en marge, qui se sentent dévalorisés. Et l’individualisme de la société n’est pas sans impact. Ils instaurent une « coupure », une rupture avec la société. Pour ce faire, ils jouent sur la séduction via Internet ou à travers une personne qui va vous approcher puis vous charmer afin de vous faire entrer dans un groupe. Quand on reçoit quelqu’un, une famille, on procède à une analyse selon plusieurs critères. Manipulation, mise sous emprise et surtout état de rupture sont analysés.

Dans ce cas, pourquoi n’a-t-on pas entendu parler de « dérives sectaires » plus tôt ? Parce que les spécialistes et les associations ne sont pas entendus. Les circulaires ne sont pas appliquées. Pourtant, il y a trois, quatre ans, l’action du CCMM a permis d’éviter le départ de jeunes pour le djihad. Dans le Cher, la préfecture a commencé à s’investir.

Pouvez-vous donner un exemple concret ? Avez-vous déjà été sollicité ?(…)

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Djihadisme : une dérive sectaire « comme une autre » ?

Créé : 15-01-2015 21:01

DECRYPTAGE – Alors que les pouvoirs publics cherchent une parade aux attentats sanglants qui ont endeuillé la France, la question de l’endoctrinement djihadiste se pose avec acuité. Peut-on comparer cet embrigadement à une dérive sectaire ? Eléments de réponse.

Pour essayer de remettre dans le droit chemin ces apprentis djihadistes,  les autorités ont mis en place fin avril un numéro vert (0800 005 696 )  à l’attention des familles.

Pour essayer de remettre dans le droit chemin ces apprentis djihadistes, les autorités ont mis en place fin avril un numéro vert (0800 005 696 ) à l’attention des familles. Photo : AFP

Ces femmes qui ont vu leur compagnon se radicaliser

Par Pauline Verduzier, Tatiana Chadenat | Le 15 janvier 2015
Elles ont vu leur homme s’éloigner d’elles pour se noyer dans les vidéos de propagande.Puis leur interdire de travailler ou les menacer de partir avec leur enfant, loin des « mécréants ». Deux femmes ont accepté de témoigner des dérives de leur ex-conjoint et de leur désarroi face à une justice qu’elles jugent inadaptée.

Le compagnon d’Océane s’est transformé en l’espace de quelques mois. Cela a commencé par les heures passées sur Internet, la succession de « vidéos violentes » dans lesquelles des « barbus » évoquent le « complot de l’Occident » et appellent au djihad. Aux discours paranoïaques succèdent bientôt les interdits. « Ce n’est pas de l’islam, mais un radicalisme digne d’une secte. Il m’a coupée du monde », dit-elle, précisant qu’il ne « connaissait rien à cette religion » avant d’épouser les dogmes de ses endoctrineurs. Plus de télé, de musique, de sorties sans son autorisation, de visites à la famille ou aux amis. Il cesse de travailler et insiste pour qu’elle quitte son propre emploi, dans la sphère médicale. Parle de mourir en martyr, lui soutient qu’elle l’« empêche de se rendre en Syrie ». Passe des heures à la convaincre de changer son apparence, de mettre des gants et des chaussettes dans ses ballerines. Elle reste, comme hébétée. « Petit à petit, il gagnait du terrain pour en arriver au niqab. J’ai lutté, lutté, mais il n’arrêtait pas de parler et j’ai cédé. Il pleurait, me disait que Dieu ne m’avait pas assez guidée. J’ai tout accepté, je l’aimais. C’est difficile de lutter face à un manipulateur qui est lui-même manipulé. »

Pour trouver de l’aide, la jeune femme fera appel au CPDSI, le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam. Il s’agit de la première structure d’appui aux familles et aux professionnels spécialisée dans la radicalisation islamiste, mandatée par le ministère de l’Intérieur. L’anthropologue Dounia Bouzar y accompagne les familles des victimes d’embrigadement : proches de jeunes partis en Syrie, parents impuissants et conjoints, « de plus en plus nombreux », selon elle. Chez les compagnes d’hommes radicalisés, elle a constaté plusieurs types de comportements. « Certaines réagissent tout de suite et s’en vont, d’autres cherchent à comprendre et se sentent responsables de la situation, se demandant si elles ont été de bonnes épouses. Elles vont entrer dans ce système de rupture en croyant sauver leur compagnon. Pour d’autres, c’est l’arrivée d’un enfant qui sert de déclic, quand le père va lui interdire de se mêler aux « impurs » dans le bac à sable », décrypte-t-elle.

« Ma fille m’a sauvée »

C’est ce qui s’est passé pour Océane. Après la naissance de leur fille, son ami coupe les têtes des poupées, proscrit les jouets et les berceuses, impose le voile à l’enfant. « Il me disait qu’il préférait mourir plutôt que de la laisser aller tête nue à l’école. Qu’il faudrait quitter la France lorsqu’elle aurait cinq ans. Il parlait d’aller au Yémen », assure-t-elle. C’est elle qui finira par partir avec sa fille : « Elle m’a sauvée. »

C’est d’ailleurs la question des enfants qui cristallise les peurs de ces femmes. Surtout après l’enlèvement en 2013 de la petite Assia par son père, radicalisé, alors que celui-ci avait la garde de l’enfant ; elle sera récupérée en Turquie un an plus tard, près de la frontière syrienne. Contactée par téléphone, la mère d’un autre enfant retenu à l’étranger n’a pas souhaité s’exprimer, craignant les représailles du père parti rejoindre les fondamentalistes. Quant à Océane, elle est révoltée contre la justice française. Le juge a accordé un droit de visite au père. « Malgré les photos de ma fille voilée et des textos me disant de lui montrer des vidéos violentes. » Le juge a mis cela sur le compte de la liberté de conscience. « Mon avocat est consterné. » Elle dit risquer de voir sa fille placée car elle refuse de la laisser à son ex-ompagnon pour le week-end. « L’enfant a une interdiction de sortie de territoire, mais il peut prendre la voiture, faire un faux passeport. Je ne veux pas que ma fille se retrouve en Syrie ou au Yémen. »

« Il m’a dit qu’il allait l’enlever pour qu’elle ne soit pas élevée par une mécréante »(…)

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