Des écoles privées hors contrat siphonnent l’argent public

Le Canard enchaîné · 31 déc. 2014 à 09:32

Sur le principe, les écoles privées qui n’ont pas signé de contrat avec l’Etat ne sont pas censées percevoir d’argent public. Logique : l’Etat ne maîtrise pas le contenu de l’enseignement de ces écoles, dont certaines sont parfois accusées de dérives sectaires. Et pourtant, selon Le Canard enchaîné, des écoles privées hors contrat parviennent tout de même à toucher de l’argent public. L’astuce ? La création d’une fondation, baptisée Fondation pour l’école, qui a été reconnue d’utilité publique par l’Etat en 2008.

D’après l’hebdomadaire, « grâce à ce label, la Fondation pour l’école peut offrir à ses donateurs des réductions d’impôts, allant jusqu’à 75% pour ceux qui sont soumis à l’ISF, et elle distribue cet argent à des écoles privées hors contrat ». En 2014, ce sont près de 72 établissements qui ont touché près de 2,3 millions d’euros. Des dons largement défiscalisés, ce qui représente, de fait, une aide financière de l’Etat.

Qui sont les établissements bénéficiaires ? Interrogée à ce sujet, la directrice générale de la fondation a refusé de répondre « pour ne pas faire de la mauvaise publicité à des établissements en difficulté ». Manière aussi de ne pas faire de publicité à des écoles qui n’ont pas forcément bonne réputation. Comme le rappelle Le Canard, « sur les 600 écoles référencées par la Fondation, beaucoup sont dirigées par des calotins, comme celle de la Fraternité Saint-Pie-X, une congrégation ultra-réactionnaire en rupture avec Rome ». Voilà de l’argent public bien utilisé.

*** Source
– Jérémie Demay, « Comment les écoles intégristes siphonnent l’argent public », Le Canard n°4901 – 01.10.14

Fondation pour l'école - Canard enchaîné
Source : politique.net

Un lycée privé parisien accusé de dérives sectaires blanchi

Le groupe scolaire Gerson, un établissement privé sous contrat avec l’Etat qui avait été accusé par des élèves et des enseignants de dérives sectaires, a été blanchi à la suite d’une mission d’inspection, indique lundi 8 septembre le ministère de l’éducation, confirmant une information du Figaro.

« La mission d’inspection n’a pas constaté de risque d’endoctrinement des élèves ou d’atteinte à la liberté de conscience des élèves et des familles. Rien dans les observations de la mission ne justifie une remise en cause du contrat d’association entre l’Etat et l’établissement », a affirmé un porte-parole du ministère.

« SOUCI D’APAISEMENT »

En avril, des élèves et enseignants avaient dénoncé des dérives intégristes dans l’établissement catholique privé parisien, situé dans un quartier huppé, notamment pendant les cours de catéchèse. Ils affirmaient que des représentants de l’association Alliance Vita, proche de La Manif pour tous, avaient qualifié de « semi-meurtrières » les jeunes filles ayant recours à la pilule du lendemain et assimilé l’avortement à un « homicide volontaire »pendant une intervention en classe sur la contraception.

Le ministre de l’éducation nationale d’alors, Benoît Hamon, avait diligenté une mission d’inspection générale dans l’établissement, qui rassemble une école primaire, un collège et un lycée. A l’issue de cette dernière, « dans un souci d’apaisement, l’établissement pourrait toutefois prendre des mesures propres à rendre plus clair et apparent le respect de la liberté de conscience », indique le porte-parole du ministère, en précisant que les conclusions de la mission ont été transmises à la région Ile-de-France.

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Rentrée des classes : qu’apprend-on dans une école évangélique ?

Les écoles protestantes évangéliques gagnent du terrain en France. Ces établissements privés, hors contrat avec l’Éducation nationale, jouissent d’une pédagogie plus libre, avec, en son centre, Dieu créateur. Illustration, matière par matière, avec le témoignage de professeurs.

L’agitation de cette rentrée des classes n’épargnera pas la vingtaine d’écoles évangéliques françaises. Éparpillées de la Drôme à la Seine-Saint-Denis, elles attirent sur leurs bancs les enfants de parents déçus de l’Éducation nationale, notamment depuis la polémique sur la théorie du genre, mais aussi ceux de croyants. Même si « la majorité des protestants évangéliques inscrivent leurs enfants dans des écoles publiques, laissant la République faire son travail », temporise Sébastien Fath, spécialiste de ce courant religieux.

Représentant les multiples visages du protestantisme, ces établissements se fondent sur des idées chères à la tradition de la Réforme – chaque enfant constitue un miracle et le travail est un appel de Dieu. Idées auxquelles s’ajoutent certaines influences, venant des États-Unis pour les plus créationnistes d’entre-elles. Si l’État leur impose le respect de l’obligation scolaire, de l’ordre public, des bonnes mœurs et le contrôle pédagogique, leur marge de manœuvre reste vaste. Une liberté dont elles ne sont pas près de s’acquitter : « Sous contrat, il faudrait faire une coupure franche entre les matières classiques et la foi, alors que pour nous, notre religion respire de toute part », témoigne Luc Bussière, président de l’AESPEF (Association des établissements scolaires protestants évangéliques francophones).
Alors, comment s’articulent les programmes ?

Sciences de la vie et de la Terre (SVT)

Dieu est le créateur de toutes choses : tel est le postulat des évangéliques protestants. Le cours de SVT reflète très bien cette idée. Les élèves reçoivent un apprentissage à deux visages. Ils suivent les programmes définis par l’Éducation nationale afin d’acquérir les connaissances requises minimales. Des bases auxquelles s’ajoutent les commentaires et analyses de leurs professeurs à travers le prisme de leur croyance. Ce qui crée parfois des frictions entre foi et sciences, comme sur la question de la Création : « Au lieu de dire que, par le plus grand des hasards, l’homme descend du singe, on enseigne que Dieu nous a fait à son image », témoigne Stéphanie Ruggieri, professeur de SVT dans le collège-lycée drômois du Cèdre (voir « Précisions » ci-dessous). De même, les maladies ne sont pas dues à des facteurs chimiques, biologiques ou psychologiques, mais également liées à la foi : « Les maladies proviennent des droits donnés à Satan, aux origines. C’est l’absence de Dieu qui a fait arriver les péchés », argue-t-elle.

Français(…)

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Gerson, le lycée catholique ultra devenu intouchable

La direction de cet établissement du XVIe arrondissement impose une ligne de plus en plus réactionnaire. Sans que les instances catholiques ni l’Education nationale ne réagissent.

 

La glaciation après la tempête. Mi-avril, plusieurs enquêtes de presse dévoilent les soupçons de dérive catholique ultra au sein du groupe scolaire Gerson, un établissement privé sous contrat du XVIe arrondissement parisien. La venue de conférenciers d’Alliance Vita, une association anti-avortement dénonçant les «semi-meurtrières» qui prennent la pilule, choque. Immédiatement, c’est le branle-bas-de-combat rue de Grenelle : le ministre Benoît Hamon diligente une enquête de l’inspection générale de l’Education nationale. Quatre mois plus tard, c’est le calme plat. Selon nos informations, le ministère s’apprête à rendre, dans les prochains jours, ses conclusions. Bilan : «Aucune atteinte à la liberté de conscience des élèves ne peut être constatée au lycée Gerson, pas plus que dans le reste de l’établissement.»

Fin de l’histoire ? Loin de là. Car, en coulisses, les cercles catholiques sont en ébullition. Une mobilisation feutrée, mais qui ne trompe pas. «La crise à Gerson a été étouffée et évacuée», estime Alain Bernard, délégué du Snec-CFTC dans l’académie de Paris. Le syndicaliste, peu suspect de «cathophobie», ne mâche pas ses mots : «Le secrétaire général de l’enseignement catholique insiste régulièrement sur la nécessaire ouverture de nos établissements. A Gerson, ça semble être une fermeture.»

Plusieurs hauts responsables des milieux catholiques, sous couvert d’anonymat, dénoncent aussi «l’ambiance et le pilotage» du groupe scolaire dirigé par Philippe Person, un ancien prof d’histoire aux convictions «traditionalistes» (1). «C’est vrai que l’extrême droite catholique a gagné en influence à Gerson», explique une de nos sources. «La venue d’Alliance Vita, une association anti-avortement, lors d’un cours de catéchèse, était un épiphénomène», précise-t-elle. La radicalisation (…)

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Sylvie Lefort, divorcée, virée du caté par les cathos

Sylvie Lefort a préparé des notes pour ne rien oublier. Le pense-bête trône sur les dossiers dans lesquels son histoire est consignée. Dans son appartement parisien, cette femme de 54 ans s’apprête à raconter comment son divorce lui a fait perdre son travail. Et pourquoi son employeur, un organisme de gestion de l’enseignement catholique, a été condamné pour harcèlement moral. «Il y a des choses qui doivent être dites», lâche-t-elle.

Paria. En 2008, Sylvie Lefort est responsable de catéchèse dans une école catholique privée de Saint-Germain-en-Laye lorsqu’elle entame une procédure de divorce. L’information, censée rester privée, fait vite le tour de l’établissement. Jusqu’alors appréciée pour son travail et bien intégrée dans l’équipe encadrante, la salariée devient paria. Son supérieur – un prêtre – lui demande d’annoncer publiquement son divorce à ses collègues pour «faciliter l’ambiance», devenue irrespirable depuis que le bruit court. Elle refuse. Sylvie Lefort n’est pas du genre à céder. Sa liberté, elle la tient de son éducation. Issue d’une famille de hauts magistrats, elle a étudié le droit à Sciences-Po, la théologie, et a suivi des cours à l’école du Louvre. Un bagage intellectuel qui explique son ouverture d’esprit, sans pour autant entrer en contradiction avec sa foi. «Inconcevable», pour elle à l’époque, d’envisager que cette «cabale» soit une conséquence de sa séparation. Bannie de sa famille religieuse pour avoir divorcé. En 2010. Si elle n’ose l’imaginer, c’est aussi parce que les pressions exercées sont insidieuses : «Mon bureau a été visité, ma feuille de paye ouverte, on a coupé l’électricité dans ma salle de classe, mes projets éducatifs étaient rejetés…» énumère-t-elle. Mais jamais d’explications.

La période qu’elle traverse, compliquée sur le plan personnel, l’empêche de se poser trop de questions. «Ils ont voulu m’évincer», dit-elle simplement. «Ils» ont réussi. Après presqu’un an de harcèlement, elle craque et se retrouve en arrêt maladie. Derrière ses lunettes en écaille, elle parcourt les documents étalés devant elle, à la recherche de précisions. «Pressions et malmenage», lit-elle sur un certificat médical. «Hypertension, eczéma…», indique un autre. Le diagnostic tombe :«Harcèlement moral professionnel suite à son divorce», écrit son médecin, à l’époque.

Après des mois sans travailler, Sylvie Lefort est déclarée inapte à reprendre tout poste à Saint-Erembert – l’école où elle exerce – «en raison du danger immédiat pour la salariée». Trois semaines plus tard, l’établissement la licencie pour inaptitude. L’affaire se règle aux prud’hommes. Le jugement, prononcé en 2012, reconnaît des «faits […] intervenus concomittamment au changement de situation familiale de Mme Lefort, et plus précisément sa procédure de divorce», et indique que «l’employeur a méconnu ses obligations en matière de santé face à une situation de harcèlement moral». Le licenciement est déclaré nul et la victime reçoit 6 000 euros de dommages et intérêts.

Critères. Sylvie Lefort a mis du temps avant de parler. Puis le climat des derniers mois autour du mariage pour tous ou d’une prétendue théorie du genre l’ont décidée à sortir du silence. Pendant l’affaire, médecins et avocats lui avaient pourtant conseillé de le faire. Elle pensait – à tort – être un cas isolé. Puis une anecdote lui est revenue. Avant sa séparation, une mère d’élève s’était confiée :«Elle divorçait et m’a dit être prête à renoncer à enseigner la catéchèse si l’Eglise le lui demandait, raconte la mère de trois filles. Elle connaissait la punition à laquelle un divorce l’exposait.» Troublante, cette règle d’un autre âge n’en est pas moins assumée. Un texte validé en 2007 par l’enseignement catholique définit la fonction d’adjoint en pastorale, un poste proche de celui qu’occupait Sylvie Lefort : le salarié doit avoir un «état de vie compatible avec l’enseignement de l’Eglise catholique»,c’est-à-dire être marié ou célibataire.(…)

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Une école hors contrat va ouvrir fin septembre

L'abbé Laurent Ramé devant la future école privée de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X.

Pourquoi ? Comment ?

Une nouvelle école privée va ouvrir. Qui porte le projet ?

Les intégristes de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X (lire ci-dessous) vont installer leur école au coeur du bourg de Puybelliard, près de Chantonnay. L’établissement accueillera des filles et des garçons de la grande section au CM2. La capacité totale est de 80 élèves. À ce jour, « une quinzaine d’inscriptions sont enregistrées », indique l’abbé Laurent Ramé, aumônier. L’école est actuellement en travaux et ouvrira le 22 septembre.

C’est une école privée hors contrat. Qu’est-ce que cela signifie ?

Hors contrat signifie que l’école ne bénéficie pas de subventions de l’État. Côté enseignement, « nous n’avons pas à nous aligner sur les programmes officiels. C’est la liberté du choix »,annonce l’abbé Ramé. Il ajoute que l’école sera contrôlée par l’État « au sujet de la sécurité et de l’hygiène. C’est normal. On doit se soumettre aux règles. »

Par ailleurs, l’établissement n’est pas reconnu par la direction diocésaine de l’enseignement. Il ne pouvait en être autrement : la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X se situe clairement en dehors de l’église catholique.

Sans subventions, comment l’école va-t-elle fonctionner ?

Par des dons, des frais de scolarité plus élevés et des activités (lotos, ventes de charité, etc.) « Nous avons des bienfaiteurs qui nous soutiennent. » Le montant des frais de scolarité s’élève à 1 400 €, « soit 140 € par mois ». Avec des tarifs dégressifs pour les familles nombreuses « et des arrangements pour celles qui sont en difficulté ».

Quelle est la pédagogie de l’école ?

À l’enseignement des matières traditionnelles (français, maths, histoire-géo, etc.), « nous aurons aussi de la musique, du bricolage et du théâtre ». S’ajouteront « des prières avant les cours et une demi-heure de catéchisme chaque matin », indique l’abbé Ramé.

L’enseignement religieux sera plus « prononcé » que dans les autres écoles privées. « Mais les parents le savent, on ne cache pas les choses. Il est évident que les parents partagent les objectifs pédagogiques de l’école, qu’ils sont d’accord », poursuit l’abbé Ramé. L’aumônier précise que l’école « est ouverte à tous, catholiques ou non ».

Transmission de la foi, pratique des sacrements… seront également au programme, « pour donner des repères, des références », explique l’abbé Ramé qui réfute « tout endoctrinement. On n’est pas une secte, les enfants appartiennent aux parents. Ce sont les parents qui donnent l’éducation. On souhaite une collaboration avec eux, des échanges avec le personnel ».

Qui sont les enseignantes ?(…)

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