« Exfiltration » d’une secte : l’avocat avait trop facturé

La cour d’appel de Bordeaux a réduit le montant des honoraires dus à un avocat spécialisé dans le
domaine des dérives sectaires, faute pour ce dernier d’avoir justifié en quoi consistaient les
activités menées dans le cadre du mandat qui lui avait été confié par ses clients.
Bordeaux, 5 mai 2015, n° 14/05255
Un couple a contacté un avocat spécialisé dans le domaine des dérives sectaires afin d’obtenir un
droit de visite de leur petite-fille qu’ils ne fréquentaient plus depuis que leur fils était sous l’emprise
d’une secte. L’avocat, au lieu d’entamer une procédure judiciaire, leur a conseillé d’avoir recours à
un processus connu sous le nom d’ « exit counseling », visant à libérer leur fils de cette domination.
Lors de la première consultation, le couplea versé à l’avocat la somme de 100 €. Puis 350 €, une
seconde fois. Le couple a indiqué que deux rendez-vous ont suivi, d’une durée respective de 2
heures et de 1 heure 45. L’avocat a demandé le versement d’une provision de 25 000 €, que le
couple a réglée, puis, au bout d’un peu moins d’un an, il a déclaré sa mission terminée, leur a
restitué la somme de 6 755,98 € et les a renvoyés vers une prise en charge psychologique.
Les clients ont contesté les factures émises par l’avocat, qui a indiqué avoir rétrocédé la somme de
11 244 € aux différents « intervenants » qui ont agi avec lui dans le cadre de ce processus d’« exit
counseling », à savoir des détectives privés, des psychologues et des consultants, ses honoraires
propres s’élevant à la somme de 7 000 € seulement. Le bâtonnier, estimant que les sommes
demandées étaient justifiées, a débouté les clients de leur demande de restitution d’honoraires.
Les prestations de l’« équipe pluridisciplinaire »
Le couple a fait appel de la décision rendue par le bâtonnier. Il a contesté les pièces justificatives
présentées par l’avocat pour justifier des sommes versées aux différents intervenants. Il a souligné
que les factures étaient incomplètes (absence de date, de raison sociale, d’adresse, etc…) et
contesté les prestations effectuées, notamment les factures d’un détective privé qui n’a fourni
aucun rapport d’activité, ni aucun compte-rendu de ses recherches et a facturé l’achat de «
matériel », sans donner le détail, ni expliquer à quelles fins.
Les clients ont également indiqué que les contacts avec les psychologues mandatés par l’avocat
s’était réduits à une rencontre et quelques conversations téléphoniques, sans qu’un quelconque
rapport ne leur soit remis. Ils ont souligné que l’avocat produisait également des factures au nom
d’une personne dont la profession n’est pas précisée, ni les causes de la facture. Ils ont découvert
grâce aux factures produites par l’avocat, qu’ils ont participé au financement d’un colloque de la
Société française de recherche et d’analyse de l’emprise mentale (SFRAEM) et à la venue d’un
consultant étranger. Ils ont considéré que le lien entre ces prestations et leur affaire n’était pas
démontré.
Les prestations de l’avocat
Concernant les honoraires de l’avocat, le couple ne conteste pas le taux horaire pratiqué de 260 €
HT, mais indique que contrairement aux affirmations de l’avocat, il n’y a pas eu 7 heures de
rendez-vous, mais seulement 3 heures 45, puisque les deux premières rencontre ont fait l’objet
d’un règlement séparé. L’avocat a répliqué que les sommes facturées lors des deux premiers
rendez-vous correspondent aux frais d’adhésion à l’association SFRAEM. L’avocat a ensuite facturé
des courriers, puis des contacts avec l’équipe pluridisciplinaire.

Une facture réduite de 14 203,12 €
Le premier président de la cour d’appel de Bordeaux a accédé à la demande du couple. Concernant
les rendez-vous, il s’est interrogé sur la pertinence de faire adhérer des clients à une association
dès le premier rendez-vous et a constaté que l’avocat ne justifie pas de cette adhésion, n’explique
pas pourquoi cette adhésion aurait été payée en deux fois. Qualifiant le procédé d’« étonnant », le
juge de l’honoraire a tenu compte du paiement effectué dans la rémunération des rendez-vous,
réduisant ce poste à 3 heures 45 au lieu de 7 heures. Le poste « rédaction » a été réduit à 3 heures
au lieu de 5 en l’absence de justificatifs complets. Quant au poste des contacts avec « l’équipe
pluridisciplinaire » mise en place, le juge a constaté l’absence d’information des clients sur ces
contacts et réunions, pourtant facturés, l’absence de tout compte-rendu ou feuille de présence et le
défaut de justificatif de séminaires organisés à propos de l’affaire. Le juge a estimé que dans ces
conditions, il est impossible d’appréhender quelle était la teneur de l’activité de l’avocat. Les
honoraires proprement dits de l’avocat sont ramenés à la somme de 2 720 €, au lieu des 7 000 €
facturés.
Concernant les honoraires de l’équipe pluridisciplinaire, le juge a écarté les factures de l’association
SFRAEM, dont l’existence légale n’est pas établie, pas plus qu’un lien quelconque avec l’affaire des
demandeurs. Les factures des détectives, qui ne sont ni justifiées, ni vérifiables, ont également été
écartées. La facture de l’une des psychologues est ramenée à 600 € et l’une des deux factures
d’une autre psychologue admise pour 520 €. L’arrêt a condamné l’avocat à restituer la somme de
14 203 € aux demandeurs et à leur payer 1 500 € au titre de l’article 700 du code de procédure
civile.
par Anne Portmann

Source : Dalloz actualité

B.I.T.E., le schéma du contrôle de l’esprit appliqué dans les sectes… et généralisé à toute la société ?

Malgré cet acronyme (BITE) qui pourrait prêter à rire (du moins pour les lecteurs francophones), le sujet dont parle Steven Hassan est on ne peut plus sérieux. En effet, ce spécialiste des sectes emploie l’acronyme B.I.T.E. pour désigner le schéma de contrôle de l’esprit appliqué dans les sectes à structure pyramidale : le B c’est pour « Behaviour », le contrôle du comportement, le I pour le contrôle de l’information, le T pour « Thoughts », le contrôle des pensées, et le E pour celui des émotions.

 

Il explique cela dans la vidéo ci-dessous, accompagnée de la transcription intégrale.

Ses explications basées sur son dernier livre « Freedom of mind« , ne sont-elles applicables qu’aux sectes à structure pyramidale ? La société entière n’est-elle pas également construite sur un tel modèle, où le haut de la pyramide s’emploierait à contrôler, manipuler, la majeure partie de la population située à la base de la pyramide ?

 

Mon nom est Steven Hassan, je suis conseiller en santé mentale, je vis à Boston, Massachusetts, et je suis spécialiste des sectes, de leur manipulation de l’esprit et lavage de cerveau.
C’est ma propre expérience dans une secte qui m’a mené à ce sujet. j’ai été recruté à l’université par un groupe de la secte Moon, appelé l’église de l’unification. J’ai abandonné la fac, quitté mon boulot, vidé mon compte en banque pour eux. J’ai coupé les ponts avec ma famille et mes amis, parce que je pensais qu’ils étaient Satan. Je pensais que la fin du monde (l’armaggedon) serait pour 1977, et j’ai radicalement changé de personnalité : je n’étais plus Steven Hassan, fils de mes parents et frère de ma soeur, mais Steven Hassan, fils du Messie et de sa femme. J’ai appris à parler le coréen et je pensais que les coréens étaient le peuple élu.

 

Bref, un jour je me suis endormi au volant d’un van, j’ai percuté l’arrière d’un semi-remorque à 130 km/h, je me suis cassé une jambe, blessé l’autre, et j’ai appelé ma soeur depuis l’hôpital, et, avec mes parents elle a organisé une intervention pour me « déprogrammer ». Moi je ne voulais pas, je me sentais bien dans le groupe et je ne voulais pas le quitter, je pensais que j’étais en train de sauver le monde, de rapprocher les autres vers Dieu. Et grâce aux anciens membres du groupe d’intervention, j’ai appris ce qu’était un lavage de cerveau, en particulier celui du communisme chinois, et en essayant de m’expliquer ce phénomène j’ai pensé à adolf Hitler, aux nazis… Je viens d’une famille juive qui a beaucoup lu sur l’holocauste, et là ça m’a frappé très fort. Je me suis réveillé et je me suis rendu compte qu’ils avaient pris le contrôle de mon esprit, qu’il y avait eu des changements radicaux dans mes croyances, même mes souvenirs d’enfance avaient changé.
C’est donc là que tout a commencé, et 36 ans plus tard, presque 37, j’ai aidé des milliers de personnes partout dans le monde, j’ai écrit plusieurs livres sur le sujet, le dernier en date étant « Freedom of mind« , afin de mettre en lumière la manière dont fonctionne l’esprit, comment l’influence peut être utilisée de façon non-éthique, comme dans certains cas par l’hypnose. J’ai créé un schéma du contrôle de l’esprit que j’ai appelé « B.I.T.E. » : le B c’est pour « Behaviour », le contrôle du comportement, le I pour le contrôle de l’information, le T pour « Thoughts », le contrôle des pensées, et le E pour celui des émotions. Et dans tous ces groupes comportant une structure pyramidale, on retrouve cette relation de contrôle exercé par le haut de la pyramide sur un individu, le contrôle de son comportement, de l’information, de ses pensées et de ses émotions, destiné à construire une nouvelle personnalité dépendante et obéissante : c’est la définition de toute relation destructrice liée au contrôle de l’esprit.
Ainsi, mon travail comme décrit dans « Freedom of mind » est le reflet de mon évolution durant ces 36 ans. Il passe de la déprogrammation forcée des membres de sectes, comment on les enferme dans une pièce et on leur explique la façon dont on leur a lavé le cerveau, à la fin volontaire de la thérapie, qui est devenue de plus en plus compliquée car les leaders des sectes ont pris connaissance de mon travail et ils demandent à leurs membres de ne jamais rentrer seuls chez eux, et de se manifester toutes les 2 ou 3 heures. J’ai donc dû changer d’approche, la faire évoluer jusqu’à ce qu’elle devienne ce qu’elle est aujourd’hui. En gros je travaille avec les familles, les amis, les membres de la communauté, anciens ou nouveaux, et je coordone une approche interactive stratégique pour saper la programmation de la secte et reconnecter chacun avec ce qu’il est profondément.

 

Ce que j’ai appris de mes années d’expériences, c’est qu’au fond, tout le monde a besoin d’être libre, d’être aimé, et personne n’aime être exploité, maltraité, privé de ses passions, de ses talents, de ses capacités, contrôlé par sa peur, sa honte ou sa culpabilité… C’est pourquoi ma méthode est basée sur l’amour, mais aussi sur l’influence éthique.
En d’autres termes, ce que je dis à mes clients c’est que le but n’est pas de les faire sortir de la secte, mais de les pousser à penser par eux-mêmes et à prendre leurs propres décisions. Il ne s’agit pas de substituer un contrôle à un autre, mais de chercher à rentrer en contact avec la personnalité profonde, authentique, de la personne, à l’encourager à s’écouter, à comprendre le principe de l’influence non-éthique, et à découvrir d’autres groupes et d’autres schémas, à poser des questions aux autres afin de pouvoir comparer, de tester – j’appelle ça le test de la réalité – leur situation ou leur environnement. Et mon expérience m’a prouvé que si c’est fait avec amour, et de façon très créative et respectueuse, les gens se réveillent et sont capables de se sortir de situations extrêmes, même s’ils n’ont connu que ça. J’ai aidé des gens qui avaient passé 50 ou 60 ans dans une secte, toujours parce que je sens que tout le monde désire être libre, connaître la vérité et que personne ne veut être un esclave.

Selon moi l’Europe est beaucoup plus consciente de l’existence des sectes que les Etats-Unis, surtout les sectes religieuses. Mais dans mon travail je définis n’importe quel système autoritaire, qu’il soit politique comme en Corée du Nord, que ce soit dans une thérapie ou l’éducation, dans le business, dans une entreprise, un groupe marketing ou encore religieux. N’importe quelle situation qui éloigne les gens d’eux-mêmes, qui les exploite, les rendent dépendants et obéissants à une figure autoritaire externe et destructrice. Et ce dont je me rends compte quand je parcours le monde, c’est que la chose la plus positive qui nous soit arrivée c’est internet, car elle permet aux gens de contourner le contrôle de l’information que les groupes autoritaires veulent maintenir sur leurs membres.
C’est fascinant, depuis 1995 environ, les anciens membres peuvent créer des sites web qui parlent de leurs groupes, et si quelqu’un fait une recherche sur un groupe avant de le rejoindre, s’ils cherchent bien ça peut carrément les en empêcher. Mais ce qui se passe maintenant, en 2013-2014, c’est que les grandes sectes qui ont beaucoup d’argent manipulent internet et ses moteurs de recherche, et ils sont de plus en plus nombreux à poursuivre en justice les anciens membres qui mettent ces informations en ligne. C’est le jeu du chat et de la souris. Mais le plus important pour que les gens soient libres, c’est qu’ils puissent avoir accès à des informations venant d’origines et de perspectives diverses et qu’ils aient la confiance et les capacités analytiques nécessaires pour pouvoir distinguer le vrai du faux. Je pense que si un groupe ou un individu est légitime, il résistera à cette investigation.
Les gens doivent devenir des citoyens du monde et réaliser que l’on doit penser à long terme pour créer un futur où on se respecte les uns les autres malgré nos divergences politiques ou religieuses. nous devons apprendre à vivre ensemble sur cette planète, et abandonner cette culture du noir ou blanc, du nous contre eux, du bien contre le mal, et cette déshumanisation de ceux que les leaders montrent comme étant l’ennemi. Il faut prendre conscience que même s’il y a des gens qui habitent en Corée du Nord, et que leurs dirigeants menacent de faire exploser une bombe nucléaire, ça ne fait pas des Coréens des gens mauvais, ça signifie juste qu’ils sont sous le joug d’un système autoritaire corrompu, tout comme les membres de groupes religieux totalitaires ne devraient pas être stigmatisés mais traités avec amour et respect, et être encouragés à penser par eux-mêmes.

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