Manipulation mentale : comment les escrocs piègent leurs victimes

Un ancien chef d’entreprise de Charente-Maritime s’est trouvé sous l’emprise de son coach sportif. Un cas de manipulation mentale parmi d’autres, bien plus nombreux qu’on pourrait le penser

Thierry Tilly, jugé à Bordeaux dans le cadre du dossier des

Thierry Tilly, jugé à Bordeaux dans le cadre du dossier des « Reclus de Monflanquin », a été décrit comme un manipulateur hors pair (photo archives Fabien Cottereau )

« Un homme trahi par celui en qui il avait placé sa confiance, lequel l’a placé sous soumission mentale, avant d’obtenir de lui faveurs et argent ». La définition colle de près à l’affaire dite des « Reclus de Montflanquin« , récemment jugée devant la Cour d’appel de Bordeaux. Elle colle tout aussi bien à l’enfer personnel de Christian Radoux, ancien chef d’entreprise de Charente-Maritime, pris dans un engrenage relevant de la manipulation mentale.

Deux hommes auraient, selon son avocat, provoqué « une psychose chez leur victime », l’auraient poussée à la paranoïa  « selon un scénario établi à l’avance, pour lui soutirer de l’argent. » Un cas isolé ? Il n’en est rien, rappellent tant Anne Guibert, présidente du Centre contre les manipulations mentales(CCMM) de Paris, que l’avocat spécialisé Daniel Picotin. Lesquels balaient les idées reçues.

  • Les victimes sont des personnes vulnérables issues de milieux défavorisés

Faux, rappelle Daniel Picotin. « C’est même souvent le contraire. » L’avocat girondin, qui travaille depuis maintenant 20 ans sur la notion d’emprise mentale, ne cesse de recenser les cas de victimes issues de milieux favorisés. Universitaires, médecins, chefs d’entreprise… « Un ouvrage paru récemment, « Croire en l’incroyable« , donne des statistiques sur le milieu socio-professionnel des victimes. Nous sommes très souvent dans le cas de personnes éduquées et aisées. » Un constat que fait également Anne Guibert. « Regardez l’affaire de Monflanquin. Qui aurait cru qu’une famille aussi bien insérée pourrait se laisser embrigader ainsi ? Il y a très souvent, dans ce genre d’affaire un vécu familial, une faille dont s’empare le gourou ou l’escroc pour soumettre sa victime. »

  • Les cas signalés sont de plus en plus nombreux.

Vrai. Daniel Picotin et Anne Guibert font le même constat. Avec cependant un bémol. Les dossiers qui aboutissent sur leurs bureaux respectifs sont souvent consécutifs à la médiatisation de telle ou telle affaire. « Je suis avocat spécialisé, explique Daniel Picotin. Il est normal que je lise plus de dossiers que d’autres. La médiatisation d’affaires comme celle de Monflanquin ou du gourou Robert Lê Dinh, le gourou Tang, incite cependant les victimes à se manifester. » Même constat auprès du CCMM. « Pour le seul mois d’août, alors même que nous étions en équipe réduite, nous avons reçu 250 appels, précise Anne Guibert. Les gens sont encore sous le choc du très bon documentaire « Dans les yeux d’Olivier« , diffusé sur France 2 début août. Il faudra bien entendu faire le tri dans les dossiers. Mais un grand nombre de situations méritent notre attention. »

  • La manipulation mentale est l’apanage des sectes.

Faux. Il existe des manipulateurs de toute sorte. « Cela peut effectivement être un gourou, estime Anne Guibert. Mais tout aussi bien un prêtre, un membre de la famille, un escroc, un coach… Il y a des cas de soumission dans l’entreprise ou même dans le couple. » De nouvelles formes de manipulation mentales émergent. Notamment dans le cadre d’arnaques dites « à la Nigériane », comme les « love scam », qui voient des escrocs séduire des personnes vulnérables par internet avant de les mettre sous pression. « Tout cela procède d’une même logique. Celle d’une rencontre entre un manipulateur et un manipulé, lequel sera complètement soumis à l’autre. Sauf dans le cas des manipulateurs pervers, où la relation est celle de bourreau à victime. »

  • Les manipulateurs sont des personnes très charismatiques.

Vrai et faux. « Certaines personnes ont le charisme nécessaire pour embrigader leurs victimes sans utiliser de techniques particulières. Certains font appel à des techniques apprises par ailleurs. Dans le cas qui nous occupe, l’homme aujourd’hui mis en examen est coach. Une telle personne peut avoir eu une formation sur le comportement qui lui donnerait des bases pour manipuler sa victime. » L’avocat girondin ne manque pas d’exemple. « Certains travaillent la question à fond. Une des dernières affaires que j’ai eue à traiter concernait un faux thérapeute dans la région parisienne. Les policiers ont trouvé sur sa table de nuit un ouvrage sur les techniques de manipulation de la CIA… »

  • Les victimes sont toujours mises en confiance par le manipulateur

Vrai. « C’est la première étape, rappelle Anne Guibert. Ils savent vous mettre en confiance. L’homme mis en cause dans le dossier de Monsieur Radoux a su capter cette confiance. Il le considérait comme un ami. Il y a toujours ainsi une période de séduction préalable. Il y a ensuite une période de déstabilisation, de déconstruction de la victime. » L’avocat de Christian Radoux, Me Moulineau, évoque une « psychose » provoquée chez la victime, une paranoïa élaborée selon un scénario préétabli. « Le manipulateur fait en sorte que la victime pense comme lui », reprend Anne Guibert. Le gourou et/ou l’escroc obtient en général ce qu’il veut. « De l’argent mais pas seulement, précise Daniel Picotin. Cela peut être aussi du pouvoir ou des faveurs sexuelles. Cela peut être les trois à la fois… »(…)

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Rapport critique sur l’Association Zen Internationale (AZI)

Le Zen à l’Ouest

Rapport critique sur l’Association Zen Internationale

I. Fondation de l’Association Zen Internationale

L’ « Association Zen Internationale » (AZI), une organisation française qui a son siège à Paris, a été fondée par Taisen Deshimaru (1918-1982) au début des années ‘70.

Bien d’avantage que les 2000 membres officiels pratiquent le Zen dans les dôjôs de l’association. L’AZI est la plus grande organisation Zen et la plus répandue en Europe avec ses « branches » au Royaume-Uni (IZAUK), en Belgique (AZB) et aux U.S.A. (AZA). Dans son temple « La Gendronnière » près de Blois, on organise des sesshins de manière régulière.

Deshimaru était un prêtre Zen japonais qui est arrivé en France en 1967 afin de porter « la graine du zen » dans le sol fertile et frais de l’Europe. Il a toujours conçu sa venue comme une « mission ». Aujourd’hui, après la mort de Deshimaru, l’AZI est dirigée par ses anciens disciples qui considèrent que leur tâche est de continuer sa mission. Deshimaru appartenait au lignage du Zen Sôtô et prétendait être un disciple du fameux prêtre Zen, Kôdô Sawaki (1880-1965). Ceci, cependant, est aujourd’hui contesté par quelques uns des disciples de Kôdô Sawaki. Quoiqu’il ait reçu l’habit religieux (kesa) de Sawaki, il n’en avait pas reçu un shiho formel (c-à-d, une reconnaissance officielle de la succession dans le Dharma), ce qui aurait constitué une transmission bona fide. En fait, son shiho provenait de maître Yamada Reirin.

La récente publication du livre de Brian Victoria « Zen at War » a fourni des données historiques qui requièrent une évaluation nouvelle de Kôdô Sawaki, un homme qui avait été jusque là l’objet de louanges en tant que Maître Zen « éclairé », au Japon et à l’étranger, mais qui était apparemment un atroce fauteur de guerre bouddhiste. Il se vantait ouvertement du nombre de gens qu’il avait tués pendant la guerre russo-japonaise (1905) et incitait ses étudiants bouddhistes à se sacrifier sur le champ de bataille pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il prétendait, par exemple, que de jeter une bombe était équivalent du précepte de ne pas tuer. A cause de sa myopie, Deshimaru n’a pas combattu pendant la guerre, mais il fut envoyé en Indonésie pour travailler pour Mitsubishi, le plus gros fabricant d’armes du Japon. Après la guerre, il a mené ses oeuvres en construction de routes et de ponts de même que dans d’autres domaines divers, mais toujours sans grand succès. En fait, il s’est trouvé confronté à plusieurs reprises à l’insolvabilité. Selon son autobiographie, il suivait Kôdô Sawaki, mais avait choisi de ne pas vivre dans un monastère. En 1967, une invitation d’un groupe de pratiquants de la macrobiotique lui offrit une chance de quitter sa patrie et il partit pour la France.

Une fois en Europe, Deshimaru s’est brusquement présenté comme le seul vrai maître Zen parmi toutes les traditions qui font remonter leur lignage au Bouddha. Il interprétait son échec dans la société comme une « profonde expérience de mujo »,ou impermanence qui lui avait donné le sentiment d’être appelé à une « plus haute tâche ». Après quoi, curieusement, il ne parla jamais beaucoup de sa femme et de ses enfants qu’il avait laissés derrière lui, au Japon; on a l’impression qu’il les avait délibérément expurgés de son autobiographie. Lorsqu’il parlait de lui-même, Deshimaru n’employait pas toujours un langage modeste. Dans l’avant-propos de son livre « Za-Zen — La Pratique du Zen », il déclarait: « Mon Zen résume les enseignements de tous les Bouddhas, de tous les maîtres et de tous les sages, et de l’expérience spirituelle de l’Asie ». Dans tous ses quelque 25 livres, on ne pourrait trouver la plus légère indication d’une auto-critique, ou d’une incertitude. Bien au contraire: tous ses enseignements ont l’air de l’autorité effrontée: en tant que maître éclairé, omniscient, il se tient au delà de la critique. Il était clair pour ceux qui l’entouraient, cependant, qu’il avait une faiblesse dangereuse pour l’alcool. En rétrospective nous savons qu’il n’a pas dit la vérité à ses élèves. Bien qu’il ait su les brutaux excès de temps de guerre de Sawaki, Deshimaru n’a jamais mentionné quoi que ce soit de négatif. Au contraire, il chantait les louanges de son enseignant en tant que maître vrai et éclairé, et de lui-même en tant que vrai disciple.

II. Structure présente de l’AZI

Aujourd’hui, la structure interne de l’AZI est hiérarchique avec le Comité et les « maîtres » au sommet qui travaillent ensemble. Après la mort prématurée de Deshimaru en 1982 (il est mort à 68 ans d’un cancer du pancréas), ses disciples se retrouvèrent sans qu’aucun ait été désigné son héritier. Comme dans son propre cas, le « Shiho » a été conféré à trois de ses disciples par quelqu’un d’autre agissant en tant que représentant, c’est-à-dire par Niwa Zenji, le précédent abbé du Eihei-ji. Il est intéressant de constater qu’autant Niwa Zenji que Yamada Reirin ont, selon l’étude de Brian Victoria, un passé assez lourd en matière de comportement en temps de guerre, et après également. Evidemment, ceci a été soigneusement caché aux pratiquants occidentaux jusqu’à aujourd’hui. Des trois successeurs désignés, l’un est mort et l’autre a quitté l’AZI en 1995 pour cause de querelles internes. Ce dernier a fondé la European Zen Association à Amsterdam. Il semble qu’il soit parti parce qu’il ne pouvait accepter un autre « Godo » (= maître ou disciple avec de hautes responsabilités) à ses côtés et qu’il ne se sentait pas dûment respecté par tout le monde autant qu’il aurait voulu. En 1998, deux anciens disciples ont fait le voyage du Japon et reçu un « Shiho » formel eux-aussi. De sorte qu’à présent, il y a trois personnes qui s’appellent « maîtres » et prétendent être « dans la lignée des Bouddhas et des Patriarches ». Ce qui n’est pas mentionné, c’est que, historiquement parlant, la « théorie du lignage » est plus que fragile et sert seulement, de toute évidence, de légitimation au principe de la chefferie incontestable.

Un autre important facteur de pouvoir à l’AZI est le Comité qui est responsable de l’administration de l’AZI. Ils administrent l’argent et les propriétés et possèdent donc le pouvoir réel. Il consiste de quelques 20 ou 30 disciples qui entouraient maître Deshimaru. Les trois « maîtres » actuels sont également membres du Comité. L’un d’eux occupe la fonction de président de l’AZI, unifiant ainsi l’autorité « spirituelle » et administrative en une seule main.

Le Comité lui-même est « élu » au cours d’une procédure qui est assez obscure et anti-démocratique. J’ai une fois assisté à une assemblée générale où on a présenté à chacun une liste d’une vingtaine de noms présentés comme candidats pour le Comité. On m’a expliqué que sur cette liste, on pouvait supprimer deux noms. Les personnes restantes étaient automatiquement élues. C’était-là l’ « élection ».

En général, les résultats de cette « élection » sont, à l’exception peut-être d’une seule personne, étaient décidés avant même que le moindre vote ait eu lieu. La raison en est le système des « pouvoirs ». Les chefs et les anciens disciples présentés pour le Comité possèdent suffisamment de pouvoirs de leurs adhérents chez eux pour s’élire eux-mêmes peu importe le vote de l’assemblée générale. De sorte qu’il est impossible pour de nouveaux candidats de se faire élire sans « emprunter » des pouvoirs aux anciens membres du Comité et sans leur consentement préalable. De même est-il impossible de se débarrasser de la « clique » des disciples qui tiennent le pouvoir. La fonction des membres présents à l’Assemblée Générale et votant est, en réalité, seulement de remplir le quota des membres présents requis par les statuts. En réalité, leur vote n’a aucun poids. L’un des chefs l’a ouvertement admis lors d’une réunion des responsables à laquelle je participais. Les participants à l’Assemblée Générale, cependant, ne savent rien de tout ceci lorsqu’ils votent en confiance.

La structure ne permet pas un équilibre du pouvoir qui inclurait l’intérêt de tous les membres. Le Comité est un « in-group » absolu qui ne tire sa légitimité que du fait d’avoir été de proches disciples de maître Deshimaru et qui « savent », par conséquent, ce qui vaut mieux pour les autres. A part des membres du Comité, personne ne sait réellement ce qui se passe à l’intérieur.

Les membres font très attention à ne rien laisser sortir ou ne rien dire de plus que ce que l’on sait déjà. Il est évident que la transparence minerait leur pouvoir parce que leur autorité est seulement basée sur le postulat qu’ils disposent d’une connaissance et d’un savoir « supérieurs ». Ce qu’on peut voir de l’extérieur, c’est que le Comité et les « maîtres » travaillent apparemment ensemble afin de respecter les « sphères d’intérêt » des autres. Ce qui signifie qu’à présent, chaque membre a une certaine région géographique préférée où « pêcher » de nouveaux adhérents. Chaque « Godo » dirige l’une des six périodes de pratique d’été de sorte à se « partager le gâteau » en commun. Cette sorte de coopération a fonctionné jusqu’à aujourd’hui, mais ça ne ressemble pas du tout à un mariage d’amour. Actuellement, il est indéniable qu’un processus de régionalisation soit en cours, de sorte qu’il semble logique de penser qu’en conséquence, un ou plusieurs des chefs parte de son côté à l’avenir.

Parmi tous les disciples aujourd’hui, en particulier parmi ceux qui prétendent avoir été proches de maître Deshimaru, on peut retrouver la même croyance en l’autorité incontestable, comme c’était le cas de leur prédécesseur. De son vivant, Deshimaru leur avait promis: « même si vous maintenant êtes seulement disciple, mais après vous pourriez devenir maître pour éternel. Pendant Zazen vous tout le monde devient Bouddha ou Dieu ». Tous, maîtres et anciens disciples qui tiennent de hautes fonctions dans l’organisation, aucun ne se lasse jamais d’insister et d’enseigner aux autres que Zazen ne doit être basé que sur la « transmission » de maître à disciple. Cette transmission, et donc la pratique « correcte », requiert une soumission totale au chef. Evidemment, il ne s’agit pas au départ d’une « soumission physique », par exemple, suivre tous les ordres que le chef pourrait donner. Ce que ça veut dire, c’est au départ, l’acceptation des enseignements et de la position du chef en tant que maître spirituel qui sait le mieux ce qui est bon pour vous. Ceci est décrit comme « suivre » le maître. Un « bon » disciple est celui qui laisse de côté son esprit critique et « suit » sans le moindre « si » ou « mais ». Ceci veut dire que le disciple bouge lorsque le maître bouge, il mange lorsque le maître mange, il boit lorsque le maître boit, et ainsi de suite. Finalement, il est censé devenir le portrait craché ou l’empreinte du maître qu’il s’est choisi. C’est là l’idée sous-jacente au principe de « transmission » tel que décrit dans le « San Do Kai » du moine chinois Sekito Kisen. Tout autre comportement serait considéré et critiqué comme étant une « mauvaise pratique » et une « illusion » provenant de l’égo individuel. Comme Deshimaru lui-même, certains des disciples de haut rang se réfèrent explicitement au « Tai Taiko Ho », un des chapitres du « Eihei Shingi » de Dôgen, qui exige des disciples de « rang inférieur » un respect et une obséquiosité rigides, quasi militaires envers les moines de rang supérieur. Que cet ancien texte puisse être totalement inadéquat et atavique pour la société d’aujourd’hui, qui est très différente de celle du Japon médiéval, ne semble pourtant pas être l’objet d’un quelconque souci. Jusqu’ici, il n’y a pas eu de discussion sur ce sujet ni de volonté quelconque de réflexion auto-critique.

III. Méthodes de contrôle de l’esprit

La liste suivante des choses que j’ai vécues à l’AZI n’est pas exhaustive. Je n’ai fait que coucher ce qui m’est immédiatement venu à l’esprit et ce que je trouve le plus remarquable après avoir lu certains livres critiques sur les techniques de contrôle de l’esprit qui sont utilisées dans les sectes (par ex.: « Combatting Cult Mind Control » par Steven Hassan et « The Guru Papers – Masks of authoritarian power » par Joel Kramer & Diana Alstad). J’ai donc, non seulement résumé ce qui se dit « officiellement », mais j’ai également ajouté mes idées sur ce qui se passe réellement.

1. Au cours des initiations et des journées d’information, lorsqu’on explique le Zen à une audience intéressée, l’accent essentiel est mis sur les aspects bénéfiques de la méditation Zen sur le corps et l’esprit. Les maîtres ou les dirigeants se réfèrent souvent aux examens scientifiques qui prouvent les effets positifs et sains de Zazen. On fait remarquer que cette pratique est exactement ce qui a mené le Bouddha historique à l’éveil, et qu’elle peut mettre un terme à toute souffrance. Qui plus est, on insiste sur le fait que le Zen lui-même n’est ni du Bouddhisme, ni une religion ni une philosophie. N’importe qui peut le pratiquer sans égard à ses croyances religieuses. Certains dirigeants peuvent se montrer brillants lors des conférences en répondant aux questions, posées à partir de la perspective relative et quotidienne, avec des réponses provenant du point de vue absolu du Bouddhisme, et vice-versa. Ainsi minent-ils la compréhension apparemment limitée de ces interrogateurs les laissant souvent profondément impressionnés et stupéfaits.

Cependant, on ne mentionne jamais le fait qu’il ne s’agit pas simplement de méditation, mais que la pratique offerte par l’AZI est chargée d’un, et encadrée par un système idéologique. Ce qui signifie par exemple, que des cérémonies ont lieu deux fois par jour avant le déjeuner et avant le repas du midi, qu’on chante des sûtras en japonais, qu’un type particulier de vêtements (kimono ou kolomo) est porté, qu’on utilise des tas de symboles religieux, que des ordinations de « bodhisattva » et de moine/nonne ont lieu. On vous donne des « noms dharmiques », et les gens se rasent la tête. De plus, de nombreux enseignements sont donnés sur la base de la secte Deshimaru avec le « Shôbôgenzô » de Dôgen comme « bible » définitive du Zen correct. Si l’on y regarde de plus près, il n’y a réellement aucune différence en substance d’avec une religion. Toute la routine quotidienne est réglée par un horaire méticuleux qui ne laisse aucune place aux pauses ou au temps libre. Il n’est pas non plus permis de quitter le « dôjô » (salle de méditation; endroit dédié à Zazen) pendant la méditation ou de sauter la méditation sauf pour cause de maladie. Développer la prétendue liberté ou indépendance à l’intérieur d’un environnement de contrôle total n’est possible, cependant, qu’en intériorisant tout le système. Les personnes qui désirent acquérir cette liberté devraient par conséquent tendre à adopter ce système ou le quitter sous un bref délai. Ce qui fait que, développer l’esprit recherché du « lâcher prise » est en fait lié à la condition préalable d’adopter un système de croyance, également.

2. Une autre explication trompeuse est ce que j’appellerais mettre en équation une expérience émotionnelle particulière en tant que « preuve » d’un système de croyance complexe. Pour le comprendre, il est important de savoir que la pratique intense de la méditation (« Zazen ») déclenche généralement des émotions très fortes et spécifiques, spécialement lorsqu’on le fait dans un grand groupe et dans des circonstances qui ne permettent pas de les ventiler. La plupart des personnes qui pratiquent Zazen connaissent ce sentiment, car il est probablement la raison pour laquelle ils continuent. Nous appelons souvent cet état « moment fort de sesshin » (« sesshin-high », en anglais) et il est possible que certaines personnes puissent devenir des sortes de « junkies de l’énergie » par Zazen. Cette expérience émotionnelle particulière est cependant étiquetée et vendue en tant que « retour à l’état originel du corps et de l’esprit », comme l’ « état le plus élevé » ou « l’esprit du Bouddha ». Faute d’autres explications plus rationnelles, les pratiquants tendent à gober cette explication et à endosser l’idéologie complexe qui est liée à cette expérience particulière. Qui plus est, cette expérience est considérée comme « preuve » de l’exactitude de l’idéologie qui y est habilement appliquée (« la preuve par le recadrage ») Bien qu’une expérience émotionnelle particulière ne soit jamais qu’une expérience émotionnelle particulière, ni plus ni moins, conserver son propre système de croyances dans ces conditions devient presque impossible. L’énergie et la dynamique de groupe exercent une très forte pression à la conformité et doivent mener tôt ou tard à une pleine conversion. Cette sorte de méditation tend donc à « avaler » les gens, et plus particulièrement les plus jeunes qui sont à la recherche de certitudes ou d’une expérience de groupe. Souvent, les gens qui se trouvent dans cet état émotionnel particulier demandent à être ordonnés « bodhisattvas » ou moine et nonne. Cette requête leur est généralement accordée avec plaisir, quoiqu’il soit assez évident que ces personnes sont en quelque sorte « saoulées » et emportées par la dynamique de groupe. Elles sont loin d’être dans un état d’esprit « normal ». Une fois qu’elles sont ordonnées, elles peuvent se trouver confrontées à de plus hautes attentes, pour prendre plus de responsabilités et s’engager plus intensivement avec le but de répandre Zazen. Ces faits, à mon avis typiques, sont totalement celés ou minimisés devant les nouveaux et les membres les plus ordinaires.

3. La création d’un dualisme caché: L’énergie que cette pratique déclenche habituellement ainsi que l’explication que Zazen serait le plus haut état d’esprit qu’on pourrait atteindre (« en Zazen, vous êtes Bouddha ou Dieu ») ont d’autres conséquences, aussi. La plupart des membres développent souvent l’attitude que les affaires de la vie quotidienne comme la famille, les amis, le travail et la carrière sont inférieurs à cette pratique. On soutient toujours que les actions de la vie quotidienne sont très importantes. Le fait est, pourtant, que les membres sont louangés et reconnus strictement en fonction de leur engagement pour Zazen. Plus un membre coupe ses liens sociaux, par exemple en passant tout son temps libre dans les sesshins de week-end, plus il est récompensé et louangé par le maître. Aussi, plus on se concentre sur Zazen, et plus on reçoit de « responsabilités ». Ce qui, en retour, conduit à être occupé en permanence et à n’avoir plus de temps pour réfléchir sur sa propre position dans la vie. Le message sous-jacent est très clair: il est bien de laisser le monde séculier derrière soi et de mettre toute son attention à suivre le maître. Bien que l’altruisme, l’abandon de soi et la non-discrimination soient constamment prêchés, cette idéologie contient un jugement dualiste caché qui est lui-même bien plus dangereux en vertu de son caractère caché.

Un des problèmes auxquels ceci mène, c’est que nombreux sont ceux qui, de retour chez eux après un week-end de sesshin, ont de sévères difficultés à se réadapter à la vie sociale. Pour échapper au monde social présumé « inférieur » avec toutes ses difficultés, on est tentés de retourner aux sesshins de week-end de plus en plus souvent, pour finir par y consacrer tout leur temps et leur argent. Ils croient que la vie de sesshin a un effet purifiant et doit représenter le « monde parfait ». On leur explique que, parce qu’on pratique Zazen, on doit développer un esprit sans égo et non-dualiste, mais en réalité, on maintient et développe une « représentation du monde » dualiste. Elle n’est que cachée et détournée vers un autre objet, mais elle n’est certainement pas abandonnée. Si on y réfléchit de manière critique, l’état désiré de sans-égo ne peut absolument pas être atteint par quiconque. A quelques moments pendant la méditation, ça doit pouvoir être possible, mais immédiatement après la méditation, l’égo réapparaît et se manifeste. Jusqu’à aujourd’hui, il n’y a personne qui ait jamais été vu ayant atteint cet état de façon permanente. Le Bouddha historique l’affirmait pour lui-même, mais il est désormais impossible de le prouver. Encore une fois, un sujet de croyance est vendu comme étant un fait accepté et prouvable. Comme tout le monde ressent ce décalage, qui signifie qu’on est loin d’être sans égo, on tend à se blâmer soi-même et à conclure qu’il faut pratiquer d’avantage. Comme il n’y a que le « maître » qui puisse certifier un quelconque progrès sur la voie spirituelle, les pratiquants deviennent de plus en plus dépendants, au lieu de développer l’indépendance et la liberté.

Cependant, si on examine ces « maîtres » ou ces disciples anciens qui pratiquent Zazen depuis de longues années, voire quelque décennies, on en peut pas ne pas remarquer qu’ils ne sont en rien meilleurs que n’importe quelle personne normale. Pour ce qui est de leur comportement, il est souvent bien pire que celui des débutants. Plus haut on monte dans l’organisation, plus on se dégage des règles qui sont, dans le même temps, imposées strictement aux autres. Par exemple, parmi les disciples anciens et ceux qui se font appeler « maîtres », la consommation excessive d’alcool est plus que fréquente. Sans vouloir se montrer moralisateurs, on peut constater de nombreux décalages entre ce qui se dit et ce qui se fait réellement. Par exemple, en ce qui concerne le travail quotidien appelé « Samu » (ce qui veut dire service), il est très rare de voir un maître ou un ancien y prendre part. Quoiqu’on insiste beaucoup sur l’importance du samu, ils n’y participent pas, disant qu’ils ont des tâches « plus importantes » à accomplir. En même temps, on enseigne aux pratiquants que toutes les tâches ont la même importance et que la différentiation entre ce qui est important et ce qui ne l’est pas serait une vue erronée due à une « mauvaise » pratique.

4. L’un des outils les plus puissants pour influencer les participants est l’enseignement (« Kusen ») qui a lieu pendant la méditation elle-même. Ceci signifie que les gens sont assis face au mur et méditent, pendant que le dirigeant s’assied dans leur dos, face à la salle et donne un « enseignement » oral. Ce discours dure généralement de 10 à 40 minutes ou plus pendant chaque période de Zazen. Pour la plupart des débutants, ceci est une « distraction » sympa parce que Zazen est long, généralement douloureux pour les genoux et qu’il peut sembler ennuyeux. Ce dont ils ne se rendent pas compte, c’est que par cette méthode, on induit une idéologie très complexe directement dans leur esprit. Pendant Zazen, on se fait admonester en permanence de se concentrer sur sa posture et de ne pas suivre ses propres pensées. Que l’on soit ou non d’accord avec les « enseignements », au bout d’un moment, on quitte généralement toute résistance possible. Pendant une longue et pénible période de méditation, en se concentrant sur sa propre posture, il est tout simplement impossible de maintenir sa propre conscience critique. Donc, finalement, on démissionne et on laisse tout ça détremper sur nous.

Deshimaru justifiait le Kusen en disant qu’il implantait des « semences de sagesse » dans l’esprit de ses disciples et que son enseignement valait mieux que les pensées de ses disciples. Aujourd’hui, lorsqu’on pose la question, le rôle du kusen durant Zazen est toujours minimisé. Les dirigeants expliquent généralement que le kusen sert simplement à maintenir la concentration, à interrompre le flot des pensées personnelles pendant Zazen, ou à aider à mieux comprendre et organiser nos pensées.

Ceci n’est cependant pas vrai du tout: Le kusen a l’effet d’une substitution pure et simple des pensées et du système de valeurs personnelles. C’est une sorte de « méditation guidée » et une méthode pour introduire des messages dans l’esprit des autres dans une situation où ceux-ci ne peuvent décider s’ils doivent les accepter ou pas ni poser la moindre question critique. Il pénètre profondément dans l’inconscient où il continue à travailler et a donc un effet à long terme de « sur-échantillonnage ». Les dirigeants eux-mêmes y font parfois allusion comme le « pouvoir du kusen ». Généralement, les adhérents tiennent pour acquis que le kusen est l’expression du « vrai Dharma » et donc tendent à « gober » l’enseignement et à oublier toute pensée critique. Au temple Zen « La Gendronnière », il y a habituellement de 300 à 450 personnes qui participent aux sessions du camp d’été. Dans le dôjô, ils sont soumis à une indoctrination incessante et à la substitution de leurs idées jusqu’à quatre fois par jour. Ils sont vraiment convaincus qu’en ce faisant, ils vont développer leur personnalité. Ils croient qu’ils avancent sur la Voie, alors qu’ils sont ouverts à la manipulation à grande échelle. Il y a un exemple impressionnant de la façon dont fonctionne l’indoctrination dans le fait que la plupart des anciens disciples continuent à agir comme si Deshimaru se tenait en fait derrière eux ou se trouvait dans leur tête en train de donner des instructions. Pour toute action ou question ils se réfèrent à ce que maître Deshimaru aurait présumément pu dire ou ne pas dire, ce qui leur fournit en même temps une justification, qui ne peut en aucun cas être mise en doute par quiconque. Quoiqu’il y ait désormais plus de 15 ans que Deshimaru est mort, il semble être présent partout. Des portraits de lui sont pendus partout. Tout les matins après Zazen, une procession se rend à sa tombe où les gens se prosternent devant son image. La vénération omniprésente pour maître Deshimaru dépasse largement la mesure de respect qu’on pourrait ressentir normalement et raisonnablement pour nos ancêtres. A mon avis, il y a là de clairs indices d’un culte de la personnalité. Parfois des nouveaux arrivants s’en plaignent également. Il est sidérant de voir à quel point de puissance et d’efficacité Deshimaru a réussi à « s’implanter » dans l’esprit de ses disciples.

Par contraste avec l’insignifiance prétendue du kusen, lorsque son objectif est expliqué aux autres, les dirigeants accordent, eux, beaucoup d’importance à leurs propres enseignements. Ils veulent qu’ils soient notés correctement, enregistrés, vendus, et ensuite disséminés. Il y a généralement deux personnes qui sont désignées pour noter et enregistrer le kusen qui a lieu pendant Zazen, un pour le français et l’autre pour une autre langue dans laquelle le kusen doit être traduit simultanément. J’ai déjà vu trois personnes en train de noter le kusen pendant la méditation. Le paysage ressemblait d’avantage à une conférence de presse qu’à une assise « sans signification », sans buts et sans intentions. Qui plus est, les responsables de dôjôs sont fortement encouragés à lire les enseignements de Deshimaru et de s’en servir comme kusen dans leurs dôjôs. L’une de leurs tâches principales est d’encourager les nouveaux à devenir membres de l’AZI et de prendre part aux sesshins. Les résultats du prosélytisme sont généralement vus comme la mesure de la qualité et de l’exactitude de la pratique et sont récompensés par une approbation expressive, par exemple, par un placement à la « table du godo », pendant les repas.

5 – Le « mot-clef » magique utilisé à tous les bouts de phrase est « égo ». C’est l’égo personnel qui doit être surmonté. Le sans-égo et l’abandon total de soi-même est considéré comme la valeur atteignable la plus haute sur la voie spirituelle. Ceci a pour conséquence que toute expression du libre arbitre qui dévie de la volonté du maître ou des dirigeants sera jugé comme égoïste et pas en accord avec la Voie. Evidemment, la volonté des maîtres et des dirigeants n’est pas égoïste car ils prétendent exprimer le « Dharma » et se situer au-delà des conceptions dualistes et personnelles. Presque toujours, la situation personnelle, sociale ou familiale, très complexe d’une personne qui ne semble pas « être dans la ligne » de l’idéologie est réduite à la simple affirmation que ces personnes ne suivent que leur « égo ».

6 – Alors que de suivre l’AZI ou l’un de ses dôjôs est une décision libre, il n’existe aucune raison légitime reconnue de s’en aller. Le désir de s’en aller ou de rejoindre un autre groupe est toujours critiqué comme « égotique » et « égoïste ». Durant les neuf ans que j’ai été membre de l’AZI, je n’ai jamais entendu quelqu’autre commentaire à propos de quelqu’un qui quittait le dôjô, à part qu’il ou elle y était pousé(e) par de « sévères problèmes personnels », ou par les oeuvres néfastes de l’ « égo ». Jamais ça n’est respecté en tant que l’expression du libre arbitre de la personne qui s’en va. Qui plus est, cesser Zazen est décrit comme la pire solution de toutes, puisque cela doit exacerber le karma.

7 – Les enseignements qui sont dispensés sont absolument inattaquables. Les questions critiques sont toujours rejetées et renvoyées au demandeur. C’est toujours son « égo » et son manque de compréhension qui lui fait poser cette question. Le maître ne commet jamais d’erreur. L’idéologie a toujours raison. Bien qu’il soit permis de poser des questions dans un cadre formel, dans lequel le demandeur s’avance devant tout le groupe, s’incline et s’agenouille devant le maître, il est impossible de soumettre l’idéologie à la critique rationnelle. Par exemple, il serait répondu à une question rationnelle par l’affirmation qu’il ne faut pas lire autant. Ou bien, on va demander au demandeur de dire clairement où se situe son problème concret. Les autres questions sont déconsidérées comme étant trop abstraites. La réponse courante à quelqu’un qui, en fin de compte, n’est pas convaincue, sera: « Continuez Zazen et vous comprendrez ». Zazen devient donc la solution finale pour tous les problèmes possibles qu’on puisse rencontrer. S’il y a un problème, c’est qu’il y a une « erreur » dans la pratique. Une question rationnelle est toujours traitée en tant que signe de non-éveil ou d’illusion. Les maîtres minent avec une maîtrise consommée la confiance en soi de tout poseur de questions. Ces sortes de « réponses », de concert avec la pression de groupe, font douter le questionneur de sa propre compréhension plus que des enseignements du maître.

Ce qui n’est pas admis ou dit, c’est qu’il est très incorrect et pas du tout oeuvre de compassion que de renvoyer un problème au demandeur et de se placer au-delà de tout questionnement. Les maîtres prétendent que leurs enseignements ne sont pas des « opinions » et ne sont pas le résultat de leur pensée rationnelle, mais les expressions du « Vrai Dharma ». Les mots proclamés du « vrai Dharma » sont censés provenir directement de la sphère de « l’au-delà de la pensée ». Bien que, dans la plupart des cas, les maîtres lisent un texte qu’ils ont soigneusement préparé et écrit auparavant. Finalement, ils n’oublient pas que leurs dires sont enregistrés et écrits. Si on devait néanmoins avoir l’audace de comparer les commentaires rendus par les dirigeants pendant leurs kusen aux textes bouddhiques originaux, on peut facilement remarquer que les textes d’origine sont arrangés et faussés, en ce qu’ils ne sont jamais interprétés qu’en faveur de Zazen et de l’idéologie de l’AZI. Ceci s’applique particulièrement aux commentaires du Shôbôgenzô de Dôgen par Deshimaru. Historiquement parlant, une partie des enseignements sont plus que discutables et valent bien un examen minutieux. Ceci ne fait pas seulement référence à leur utilité pour la vie quotidienne, mais aussi à leur exactitude. Des développements tels que le « Bouddhisme critique » n’ont pas encore atteint l’Europe. Lorsque j’ai discuté de ceci avec un des maîtres français, sa réponse a été que les Japonais ne comprenaient rien à Dôgen! A part l’arrogance d’une telle affirmation, on voit que, tout comme au Japon, la doctrine exprime clairement un mini-monde de sectarisme « Dôgen-centrique » dans le Zen Sôtô (cf. W. Bodiford: Zen and the Art of Religious Prejudice, Japanese Journal of Religious Studies 1996 23/1-2, p. 22).

8. – Les maîtres savent parfaitement jouer avec les dynamiques de groupe et avec les émotions, également. Puisque tout le monde est concentré sur ce que dit ou fait le maître, celui-ci n’a souvent pas de se critiquer lui-même. Ainsi peut-il toujours avoir l’air libéral, ouvert et gentil envers tout le monde. Cependant, une apparence confuse, une mine étonnée ou un seul mot de mécontentement suffisent pour déclencher une critique et des réactions virulentes parmi ses disciples dévoués qui accomplissent subséquemment le boulot pour le compte du maître. Une simple « erreur » sans importance peut ainsi avoir pour conséquence qu’on puisse se faire reprendre ou réprimander par jusqu’à dix personnes, voire d’avantage. La création d’une pression de groupe se produit presque toujours avec la connaissance et l’approbation tacite du maître. Il n’a pas besoin d’intervenir tant que tout se produit de la façon désirée. S’il y a un problème, il peut apparaître comme une ami « détaché » et « non-impliqué ». La même tactique fonctionne bien dans l’autre direction également. Une louange expressive du maître mène immédiatement à une meilleure réputation parmi les disciples. Il est intéressant de constater que les personnes les plus intelligentes et ambitieuses dans la vie de tous les jours obtiennent les fonctions les plus élevées. Au lieu d’être libérés de leurs attachements, les mêmes vieux schémas de comportement se renforcent et sont habilement utilisés aux fins de l’organisation. Beaucoup de ceux qui occupent des positions d’autorité ainsi installés deviennent en fin de compte plus rigides et surchargés de l’obligation de jouer un rôle qui ne leur va pas. Ils sont utilisés à leur insu en tant qu’instruments sans que leur vrai problème soit considéré.

Évidemment, ce comportement est interprété en tant qu’avancement sur la Voie parce qu’on ne suit plus son propre égo. Ce qui se produit, en réalité, c’est, à mon avis, qu’on suit l’égo d’une autre personne qui, quoique considérée comme totalement sans égo, joue toujours un rôle. Les mécanismes décrits contrastent aussi très fortement avec les soi-disants amour et compassion inconditionnels. Il existe un très subtil système de récompenses et de punitions qui ont toutes à voir avec le don et le retrait de l’amour et de l’attention. Critiquer le maître ou l’idéologie conduit à un retrait immédiat des autres membres du groupe voire même à leur agressivité déclarée. En fait la prétendue profonde amitié spirituelle que l’on peut ressentir est très fragile parce qu’elle n’est basée que sur une idéologie communément partagée. Elle cesse aussitôt qu’on s’en distingue ouvertement. D’anciennes amitiés de longue date tournent même à l’inimitié et à agressivité.

On pourrait, bien évidemment, prolonger cette liste. L’énumération des problèmes sujet à critique n’est pourtant pas mon premier objectif. Ce que je voulais montrer, c’est que même dans des groupes bouddhistes, on applique des méthodes qui appartiennent aux méthodes classiques de « contrôle mental », comme par exemple, ce qu’on sait du livre de Steven Hassan (cité plus haut). Il est important de voir que ces méthodes fonctionnent parfaitement, peu importe qu’elles soient appliquées par une secte destructrice ou par un groupe aux intentions apparemment bonnes et honorables. L’aspect répréhensible de ces méthodes ne se situe donc pas dans les intentions pour lesquelles on les utilise, mais dans le fait que leur but est de changer les gens à leur insu ou sans leur consentement préalable, ce qui conduit à créer une identité artificielle ou fausse pour les personnes en question. Donc, ces méthodes contredisent de façon inhérente l’idée d’un développement spirituel authentique et devraient être abandonnées ou au moins révélées de façon à les libérer de leurs effets préjudiciables.

IV. Comment j’y suis arrivé et comment j’ai fini par partir

Avant de connaître le Zen, j’avais déjà eu des expériences de méditation, de yoga et d’autres méthodes de relaxation. J’ai toujours été intéressé à aller au delà des limites habituelles de mon esprit et de ma personnalité. Dans tous les livres que j’ai lus sur le Zen, ce dernier était hautement décrit comme étant le moyen plus pur, le plus rapide, le plus directe et le moins susceptible de compromis pour atteindre le Satori, la libération et la véritable « Bouddhéité ». J’ai donc voulu voir ce que ça pouvait être. Après ma première expérience de Zazen, j’ai été très impressionné par l’étrange atmosphère du dôjô et par la rigidité de la posture. J’ai cru qu’il était naturel que plus la pratique était difficile, meilleurs devaient être les résultats. Quoique Zazen ait été très douloureux pour les genoux, Zazen procurait une expérience sans pareille, que je n’avais jamais connue auparavant. J’ai décidé d’approfondir ma pratique et je me suis rendu aux sesshins de plus en plus souvent. Dès ma première expérience de Zazen, la période de méditation a été chargée des enseignements oraux (Kusen) de l’instructeur assis derrière moi. J’ai fini par m’y habituer et à considérer cela comme normal. Comme on nous inculquait ouvertement que tous les enseignements pouvaient — et devraient — être vérifiés par l’expérience non-différée, j’ai eu tendance à ne pas les examiner de façon trop soupçonneuse. De plus, en lisant différents livres sur le Zen, il me semblait que le Zen était absolument exempt de tout soupçon d’être une secte. Ce qui fait que je me suis de plus en plus impliqué dans l’organisation, adoptant inconsciemment son idéologie. En faisant équivaloir l’expérience émotionnelle sans pareille du Zen avec la preuve d’un système complexe de croyances, j’ai considéré cette idéologie comme étant la vérité. Et pour répéter cette expérience, dont je croyais qu’elle était la « vraie Voie », j’ai pris en compte toutes les contradictions et tous les décalages susmentionnés. Je les ai constatés pendant plusieurs années, mais, comparés à la « pratique du Bouddha », je ne leur attachait pas l’importance requise. Avec le recul, je ne peux expliquer ceci que par l’efficacité des techniques de contrôle mental pour étourdir l’esprit critique.

Le point de rupture est survenu lorsque j’ai accidentellement lu le livre « Zen at War » de B. Victoria et découvert que plusieurs des maîtres hautement admirés de notre lignage Zen étaient apparemment des meurtriers et des bellicistes. Le maître à qui j’ai présenté ce livre a tenté de minimiser la chose avec des arguments ridicules, en me mentant à moi et à d’autres. A partir de cette expérience plutôt dégrisante, j’ai commencé à faire ma propre enquête et à ne plus me fier à ce que disaient les autres. Et plus j’ai cherché, et plus j’en ai trouvé. Par exemple, j’ai découvert que beaucoup de choses qui nous avaient été dites étaient soit simplement fausses, soit basées sur des croyances très douteuses. Je me suis tout soudain rendu compte de combien je m’étais éloigné de ce que j’avais voulu faire à l’origine avec le Zen. Je ne voulais pas adopter une idéologie, en fait. Je ne voulais pas devenir plus rigide au lieu de plus ouvert. Je ne voulais pas sacrifier tout mon temps libre, ma vie privée, mes amis, mon travail, mon argent, pour l’amour de Zazen. Et je ne voulais pas non plus devenir un « gourou » moi-même. Ce n’était pas ce que j’étais venu chercher. En me rendant compte de l’étendue de la fausse identité qui avait été construite, j’ai décidé de partir. Après quoi, j’ai ressenti un énorme et durable soulagement. Je n’avais peut-être pas compris le « Zen correct », mais je me sens néanmoins bien mieux maintenant. Ceci me prouve suffisamment que j’ai pris la bonne décision en partant. Je profite de ma liberté retrouvée, mais je suis désolé pour tout ceux qui sont toujours pris dans l’AZI et qui vont peut-être dans une direction qu’ils n’avaient pas choisie.

V. Quelques conclusions

La pratique du Zen dans le cadre de l’AZI est bien plus qu’une simple pratique de la méditation assise. La méditation qui y est offerte est chargée et sertie d’un système idéologique et autoritaire complexe qui est insidieusement implanté dans les participants tout en l’étiquettant « vrai Dharma ». Je ne veux pas critiquer le Zen ou le Bouddhisme en général, mais je pense que les problèmes que j’ai tenté de décrire pourraient tout aussi bien concerner d’autres groupes de Zen en Occident. Selon moi, la méditation est une bonne chose et je la recommande fortement. Les problèmes surgissent lorsqu’une idéologie ou un système de croyance y est ajouté en utilisant des méthodes de contrôle mental et sans que ça soit clair dès le départ. C’est d’autant plus important que le système de croyances de l’AZI est censé se situer au-delà de la critique rationnelle. N’étant pas bouddhologue, je ne puis formuler ma critique du point de vue religieux. J’ai néanmoins de sérieux doutes sur le fait qu’une croyance non-critique dans une autorité finale qui serait inattaquable par des arguments rationnels puisse vraiment aider qui que ce soit. Le désir de s’appuyer sur un père magistral qui, en échange d’un abandon et d’une soumission totale, garantit une certitude absolue est, à mon avis, une régression dans les désirs infantiles. Il est régressif en ce que le maître aurait tendance à intensifier et à renforcer les liens entre ses disciples et lui-même, ce qui entretient et renforce l’état de dépendance, alors que des parents aimants éduquent leurs enfants afin qu’ils deviennent totalement libres et indépendants d’eux.

Ce n’est pas que je veuille miner la confiance que les pratiquants ont envers d’autres et en particulier leurs enseignants. Je pense que la confiance en soi et envers les autres est importante pour toute croissance personnelle. Cependant, la confiance aux autres sans esprit critique, mélangée au manque de confiance en soi n’est pas une base de progrès véritable, mais au contraire est à mon avis condamné à l’échec. La structure de fonctionnement interne de l’AZI, telle que décrite ci-haut, peut être donnée en exemple d’une société totalitaire en miniature. Ceci devient très clair si l’on imagine d’appliquer ses règles de fonctionnement à la société réelle. Ce qu’elle offre n’est donc absolument pas quelque chose de nouveau et n’est pas un modèle d’ordre social qui puisse résoudre les problèmes du monde. Je ne puis donc pas recommander l’AZI ni l’un de ses dôjôs affiliés. Pour les débutants, intéressés à Zazen et en gardant à l’esprit les dangers que j’ai tenté de souligner, ça vaut bien une visite, pour apprendre la posture et la méthode d’assise, de respiration, etc. Mais pour ceux qui cherchent une pratique spirituelle responsable basée sur les enseignements du Bouddha: « Ne croyez pas ce que les autres vous disent, recherchez-en la preuve vous-mêmes »; alors l’AZI n’est pas le bon endroit. Je suis au regret d’avoir à le dire parce que la pratique de Zazen en elle-même n’est pas à blâmer. Et je ne veux pas non plus suggérer que les personnes qui sont activement impliquées dans l’organisation seraient malveillantes, au sens de ce qu’elles seraient au courant de ce qui se passe vraiment. Je crois que même la plupart des dirigeants jouent inconsciemment leur part dans le système en continuant simplement de faire aux autres ce qui leur a été fait auparavant. Malheureusement, ceux qui sont activement dans le système n’ont que peu de chances d’y voir à travers.

Je ne voudrais pas qu’on considère ce rapport comme une « vérité objective », non plus. Ce n’est qu’un court résumé de mes propres expériences personnelles et donc subjectives et doit être compris comme tel. Il y a pourtant deux choses que je voudrais faire remarquer: d’abord, je ne suis pas le seul à avoir quitté avec ces sentiments. J’ai parlé à d’autres ex-membres, et leurs expériences sont similaires à la mienne. Ensuite, le point crucial qui m’a finalement permis de m’en aller a été un libre accès et un libre débit d’information en provenance de tiers. Je crois que les techniques de contrôle mental de l’AZI tiennent et s’écroulent avec la possibilité de contrôler l’information. C’est finalement une des raisons pour lesquelles j’ai décidé d’écrire ce rapport. Je voudrais encourager les autres, en particulier ceux qui sont impliqués dans l’AZI ou des organisations similaires, à faire le bilan critique de leur situation sur la base de toute information disponible. J’espère que ce rapport pourra au moins dans une certaine mesure contribuer à cet objectif.

 Mars 1999

 Ralf Halfmann

 r.halfmann@usa.net

Source : http://www.darkzen.org/Articles/AZI_fr.html

Florence a vécu vingt ans l’enfer de la secte du Mandarom

CETTE ravissante jeune femme de trente-deux ans, vêtue avec élégance, est rescapée de l’enfer. Mais rien, dans ses gestes amples, sa voix posée et son regard franc, ne trahit ses vingt années de cauchemar au sein du Mandarom. Florence Roncaglia a débarqué dans la secte à l’âge de neuf ans, en suivant sa maman. Elle en est sortie il y a quatre ans. « La naissance de mon fils m’a ouvert les yeux. »

« Quand j’étais petite, nous vivions à Istre. Mon père était gendarme et ma mère femme au foyer. Elle a commencé par faire un peu de spiritisme, puis elle a pris des cours de yoga au Centre international de yoga et de méditation. Son prof était adepte du Mandarom. Il l’a invitée à un séminaire de fin d’année où devait se rendre un saint revenu d’Inde. Elle m’y a emmenée. La rencontre se tenait au Mandarom, à Castellane. Le saint était quelqu’un d’inaccessible. Ses serviteurs avaient le crâne rasé et portaient de longues robes oranges. Ils nous ont expliqué que les cheveux coupés étaient un acte de renonciation. Ils étaient végétariens « par hygiène de vie ». Nous avions amené des pique-niques. Je me souviens que nous étions gênées de manger de la viande. Ils jouent beaucoup sur la culpabilité. »Ensuite nous sommes revenues à la vie normale. Ma mère était de plus en plus disciplinée à cet enseignement. La secte lui a donné très vite des responsabilités. En deux séminaires, elle est devenue prêtresse « externe ». Elle était chargée de créer « un pôle de lumière » dans la ville pour recruter de nouveaux adeptes. Tous les prêtres « externes » ont cette fonction. Elle donnait des cours de yoga alors qu’elle n’a jamais été formée pour ça. Nous devions nous lever à 4 heures du matin pour prier. Nous passions notre temps à prier, d’ailleurs, et à manger des pâtes et du riz. Elle s’absentait très souvent pour se rendre au Mandarom. Il fallait être présents « là-haut » où se tramait la « guerre céleste et terrestre ».

« Mon père a tenu quatre ans, en se réfugiant dans sa vie de gendarme. Il est parti quand j’avais treize-quatorze ans. Ma séur aînée s’est sauvée également. Moi, j’étais la petite fille sage, proche de sa mère. La situation s’est dégradée à ce moment-là. Ma mère prononçait des rituels contre mon père, devenu une force de l’ombre. Gilbert Bourdin nous avait prévenues que nous allions avoir des problèmes avec nos proches, car « nous avions les clefs et l’ouverture d’esprit qu’ils n’avaient pas ».

« A cette époque, j’allais à l’école publique mais je manquais beaucoup la classe. Il y avait toujours des événements qui nous ramenaient « là-haut ». Au Mandarom, les enfants suivaient un ordre initiatique. Nous étions des « pages », puis des « écuyers » du premier et du deuxième degré. L’endoctrinement passait par des jeux et la lecture de bandes dessinées sur les divinités. On nous disait qu’il n’y avait pas que les biens matériels, qu’il fallait éviter la guerre et faire le bien. On nous parlait d’amour universel. Un enfant est très sensible à ce genre de discours. Il se pose des questions sur le sens de la vie.

« On nous apprenait toutes les religions. On nous disait que le gourou du Mandarom était au-dessus de toutes ces religions, qu’il n’y avait pas de dualité, que Bourdin était au-dessus du bien et du mal. Au bout d’un moment, en effet, je ne savais plus où était le bien et le mal. J’aurai pu tuer mon père à cette époque.

« Gilbert Bourdin prenait des jeunes femmes à son service. Quand il m’a fait monter dans sa chambre, j’avais quatorze ans. Il m’a expliqué que nous étions ses serviteuses, les élues de Dieu. Ensuite, il m’a dit que j’étais la seule à pouvoir comprendre, car les autres avaient une éducation limitée. Et il m’a violée, à plusieurs reprises, jusqu’à mes dix-huit ans. Ma mère m’a jetée dans ses bras.

« A ma majorité, mon état s’est sérieusement dégradé. Je ne mangeais plus rien, j’avais des diarrhées et des édèmes énormes aux jambes. J’étais maigre comme un clou et je n’avais plus aucune force. J’étais soignée à l’homéopathie. Le jour de mes dix-huit ans, ma séur est venue m’apporter un cadeau. Elle avait le genoux dans le plâtre mais elle a quand même monté les escaliers pour me le donner. Ma mère n’a pas voulu la laisser entrer. Elle refusait que j’accepte ce cadeau, comme ceux que mon père m’envoyait régulièrement. Et moi, je voulais à tout prix les garder.

« Ma mère a commencé à dire que j’étais possédée par les « limuriens ». Son rejet et mon corps qui exprimait ma souffrance m’ont poussée à me décider à partir. Surtout, mon père et ma soeur, qui ont toujours gardé contact avec moi, me liaient encore à l’extérieur. J’ai téléphoné à mon père et je lui ai dit que j’allais mourir. Il est venu me chercher. »

Il faudra dix ans de plus pour que Florence rompe définitivement avec la secte et porte plainte pour viol contre Gilbert Bourdin. Quatre autres femmes adeptes du Mandarom ont poursuivi le gourou pour les même crimes. L’action en justice s’est éteinte avec la mort de l’accusé.

Propos recueillis par A. C.

Source : http://www.humanite.fr/node/316894

CAMEROUN: QUAND LES SECTES RELIGIEUSES DAMENT LE PION AUX ÉGLISES TRADITIONNELLES.

Franc Macon:Camer.be

Peut-on penser qu’il s’agit de signe des temps que le chrétien doit accepter comme un défi ou une interpellation de sa foi ? En tout cas, les sectes religieuses dament le pion aux églises traditionnelles au Cameroun.Il suffit de se promener le dimanche et même le soir des jours de la semaine dans un quartier pour s’en rendre compte. On y trouve de nombreux adeptes dans les lieux de prières, églises, mouvements prophétiques, messianiques, syncrétiques de tous bords, au point qu’elles pullulent à travers la ville et la République pour tous les goûts : les angoissés sont séduits par les sectes millénaristes (adventistes) ; les assoiffés du merveilleux sont tentés par les sectes guérisseuses comme on les trouve dans divers mouvements de réveil charismatiques ; les adeptes de l’occultisme se tournent vers le spiritisme, l’astrologie, la magie et même le satanisme ; les rationalistes se tournent vers les sectes scientistes…

Remarquons en passant qu’une secte est l’ensemble des disciples qui suivent un même maître ou un groupement contractuel de volontaires partageant une même croyance et qui, en faisant cela, se séparent volontairement du milieu ambiant.

Pris dans ce sens, au Cameroun, le terme secte est utilisé pour désigner les groupements religieux. D’où, la tendance à s’appeler églises. D’aucuns se demandent pourquoi cet engouement vers les églises de réveil. Quelles raisons poussent certains à faire le choix d’une secte ? Que trouvent-ils donc dans une secte, qu’ils n’auraient pas rencontré en leur propre église ? Les causes sont multiples : la situation conflictuelle de la société moderne ; la frustration, l’impuissance totale et le désespoir ; la protestation contre la pénurie, la misère, la maladie qu’elle peut exorciser par une promesse de guérison, qu’elle transforme en créant une contre-église.

Les sectes se basant sur les prières intenses aboutissent parfois aux miracles instantanés des cas désespérés. Et cela suffit à susciter l’intervention d’un Dieu proche, vivant avec amour et pitié. Ces sectes aspirent à une religion qui fasse place à l’imagination et à la spontanéité. Il s’agit d’un Dieu proche des hommes, et capable de subvenir à tous les besoins de la vie : argent, voiture, mariage, fécondité, objets perdus, etc.

De tels miracles attirent des foules, en suscitant l’attirance vers le leader qui, par moment, pourrait s’attirer la gloire de Dieu, tout en étant son messager. Cette prolifération crée de plus en plus d’appelés qu’il mérite une attention particulière de l’autorité. Car certaines sectes semblent être trompeuses. Et partant, dangereuses pour la moralité publique.
En définitive, la prolifération des sectes religieuses apparaît comme un signe des temps qui invite les hommes de volonté et les chrétiens surtout à se convertir à leur propre foi, avec lucidité et fermeté.

© Camer.be : Y.T

L’emprise et la manipulation mentale : un fléau social mal connu

Publiée le 19/12/2012 |
Photo de la Vérité

Le procès dit « des reclus de Monflanquin » ou l’Affaire « Thierry TILLY » met en lumière la la notion d’emprise mentale et pose la question de son traitement.
Le procès qui s’est tenu à Bordeaux devant le Tribunal Correctionnel du 24 septembre au 5 octobre 2012 dit « des reclus de Monflanquin » mettant en cause le prédateur Thierry Pascal TILLY et son prétendu mentor Jacques GONZALES a mis un coup de projecteur sur les notions d’emprise et de manipulation mentale.Les médias nationaux et internationaux ont relayé cette affaire particulièrement symbolique puisqu’elle concernait la famille de Charles-Henry de Védrines, 11 notables aristocrates Lot-et-Garonnais et Garonnais, membres d’une même famille, âgés de 16 ans à 89 ans.
Ils se sont enfermés en 2001 dans le château de Monflanquin en Lot-et-Garonne après avoir coupés progressivement leurs relations avec tout leur environnement.

Cette rupture sociale a concerné la vie familiale, amicale, professionnelle, arrêtant leur travail ou leurs études, ne payant plus leurs impôts, prétendant être tous plus ou moins atteints par un complot maçonnique international !
Finalement, rien n’aura pu être véritablement fait pendant des années pour que ces 11 personnes  puissent être soustraites à l‘influence néfaste d’un manipulateur qui les aura purement et simplement ruinées économiquement, familialement et professionnellement.
Cette affaire emblématique a fait couler de l’encre mais elle ne constitue pour moi qu’un procès parmi les 5 que j’aurais plaidés en 2012 défendant des personnes qui se sont trouvées à un moment de leur vie sous emprise mentale.

En fait, dans ces dossiers, il convient de faire un constat simple et récurrent : lorsque l’un de leur proche est placé sous emprise mentale, changeant du jour au lendemain son mode de vie et coupant les liens avec tous, au risque de se mettre en danger, les familles sont en fait impuissantes !
En effet, si une plainte est portée, elle sera déclarée irrecevable et se terminera par un classement sans suite au prétexte qu’une « personne majeure est libre de faire ce qu’elle veut » en raison de la liberté de son consentement.

A ce stade, il convient de comprendre que le législateur, la justice et le monde juridique ignorent la réalité du mécanisme de l’emprise mentale.
Cette dernière est basée cliniquement sur une triple technique : cognitive, affective et comportementale, ceci à des fins perverses de conditionnement, de contraintes morales, psychologiques, physiques, d’exigences sexuelles et d’escroqueries.

Le plus fréquemment, ce mécanisme se développe en 3 temps :
·         Séduction
·         Dépersonnalisation
·         Reconstruction d’une nouvelle identité automatisée ;

Les victimes donnent d’autant plus le change qu’elles peuvent donner une apparence de normalité notamment dans la vie professionnelle.
L’examen de multiples dossiers de ce type a permis au collectif SFRAEM (Société Française de Recherche et d’Analyses sur l’Emprise Mentale) d’estimer qu’il y avait un système d’accrochage dans la relation gourous / adeptes formant un genre de « couple ».
Cette relation de domination / soumission est toujours à l’initiative du leader qui, en fondant sa doctrine, nourrie de sa propre problématique psychique, de ses troubles psychologiques voire psychiatriques, de son histoire familiale, de ses fantasmes, va induire un lien pathologique avec le sujet qu’il souhaite capter, puis capturer.

L’emprise mentale agit comme une  véritable captation, un détournement de  « l’attention », comme en magie et il s’agit de viser le « point aveugle » du sujet, c’est-à-dire cette partie de soi que le sujet ne peut pas voir ou toucher au risque de se fragiliser.

Il s’agit de cette part de soi résolument inanalysable et inaccessible; une psychanalyste du groupe que j’ai formé considère que cette notion serait comparable à la tâche de MARIOTTE (ophtalmologie) qui est un point de l’œil qui ne reçoit pas la lumière.

Une fois que le manipulateur a ouvert cette porte secrète, il referme la prison mentale sur le sujet.
C’est la raison pour laquelle le grand public s’étonne de voir des victimes susceptibles d’appartenir à tous les niveaux de la société quelques que soient leur fortune, culture ou niveau d’études.

Une fois placé sous emprise mentale, il n’y a guère de limites à ce que peut donner la victime qui devient la marionnette de son manipulateur.
Des critères objectivant l’emprise mentale ont pu être déterminés par un certain nombre d’experts, tel que le Professeur de psychiatrie Jean-Pierre PARQUET, de l’Université de LILLE.
Le drame est que le placement sous emprise par le manipulateur pouvant agir en véritable gourou et gérant l’intégralité de la vie du sujet peut durer durant des dizaines d’années…

Dans le cas de l’affaire LE DINH, alias TANG, présenté comme le troisième messie et qui « œuvrait » prés d’Agen avant de partir en Ariège, certains de ses adeptes, à l’instar des époux LORENZATO (Isabelle est greffière à la Cour d’Appel et  Dominique douanier) sont restés 22 ans et 7 mois !
Sortir de l’emprise mentale se fait par un « déclic » qui se produit soit parce que le gourou sature psychologiquement son sujet et qu’il y a une « goutte d’eau qui fait déborder le vase » soit peut être provoquée par des « encoches psychologiques » effectuées par des psy spécialisés dans le cadre de ce que les américains appellent l’Exit Counseling (conseil en sortie d’emprise mentale).

C’est exactement la méthode que j’ai utilisée dans l’affaire des reclus de Monflanquin en 2009 lorsque 8 membres de la famille DE VEDRINES continuaient à être enfermés dans leur prison mentale et ce malgré l’arrestation de leur mentor TILLY placé en détention à la maison d’arrêt de Gradignan.

Pour l’instant, la loi n’a pas stigmatisé la manipulation mentale mais il existe néanmoins les dispositions de la loi ABOUT-PICARD en matière d’abus de faiblesse qui permet de punir de 3 ans d’emprisonnement celui qui place une personne en état de sujétion psychologique (pour ne pas dire emprise) résultant de l’exercice de pressions graves ou réitérées ou de techniques propres à altérer son jugement (pour ne pas parler de manipulation) afin de conduire cette personne à un acte ou une abstention qui lui soit vraiment préjudiciable.

Dans le cas du dossier TANG, il s’agissait d’argent, de pouvoir sur l’autre et d’affaire sexuelle mais il peut ne s’agir que de patrimoine à l’instar du dossier de la famille DE VEDRINES à Monflanquin qui s’est vue extorquer sur une dizaine d’année 5 millions d’euros …
Comme l’a écrit le Docteur Marie-France HIRIGOYEN dans son récent ouvrage « Abus de faiblesse et autres manipulateurs », jamais la société contemporaine n’aura été aussi facilitatrice qu’aujourd’hui pour ce véritable fléau social : à la perte des repères, politiques, religieux, familiaux et sociaux, s’ajoute le monde virtuel d’Internet, où tout est possible avec l’absence de vérification des sources et le développement de la théorie du complot « à toutes les sauces ».

Il ne faut surtout pas croire que ce type de désastre ne concerne que les autres ; comme le cancer ou l’accident de la route, il peut tomber, lorsque les circonstances s’y prêtent, sur un proche ou un membre de la famille entrainant des dégâts considérables.
Luttant, depuis des années, sur le plan professionnel, sur ce type de problématiques, mais également dans le cadre de l’association nationale du Centre Contre les Manipulations Mentales* qui dispose d’une antenne régionale Infos Sectes Aquitaine**, je milite pour qu’une législation plus efficace permette de défendre les familles.

Je souhaite que lorsqu’un membre est touché, il puisse bénéficier d’une mesure du Juge des Majeurs Protégés pour garantir ses biens, qu’il soit possible de revenir sur les ventes extorquées de patrimoine en considérant l’emprise mentale comme un vice de consentement et qu’enfin, la manipulation mentale préjudiciable constitue un délit ou un crime à part entière.

La société méconnait ce phénomène qui apparait régulièrement dans la presse, lors de drames mettant en cause tel gourelle ou gourou ayant amené leur victimes parfois jusqu’à la ruine ou au suicide.

Puissent le législateur et l’Etat français prendre les mesures nécessaires pour nous en préserver.

Source : http://www.maveritesur.com/daniel-picotin/l-emprise-et-la-manipulation-mentale-un-fleau-social-mal-connu/321

Recherches: autour du 21 décembre 2012 – regards sur la «fin du monde» dans les sociétés contemporaines


Géraldine Casutt
18 Dec 2012

La médiatisation des théories autour d’événements apocalyptiques ou transformateurs en décembre 2012 donne lieu à de nombreuses spéculations ou inquiétudes. De jeunes chercheurs s’intéressent à différentes facettes de ce phénomène: Géraldine Casutt est allée les écouter et résume leurs observations.

© Neosiam | Dreamstime.com

À l’initiative de trois doctorants du GSRL (Groupe Sociétés, Religions, Laïcités), Mathieu Gervais, Ludovic Bertina et Morvarid Ayaz, s’est déroulée le 10 décembre à Paris une journée d’étude sur la fin du monde, présidée par Jean-Paul Willaime et Sébastien Fath. Cette journée a donné la parole à de jeunes chercheurs pour présenter leurs enquêtes. Quelques interventions étaient directement reliées au 21 décembre ou apportaient un éclairage sur ce thème: ce sont celles que nous retiendrons dans ce compte rendu.

Remarquons au passage comment le 21 décembre 2012 est devenu un prétexte pour parler de thématiques pour parler de thématiques variées, ainsi que nous le montrent les nombreux articles ou émissions des médias à ce sujet. Car l’essence du phénomène 2012 est bel et bien un prétexte, fondé sur la fin d’un calendrier maya où l’on a cru voir la fin du monde. La mobilisation d’agents mythiques aussi efficaces que les Mayas pour proposer un terme au monde tel qu’on le connaît a été le point de départ d’autres spéculations, intégrant le 21 décembre dans des discours préexistants. Ainsi, les milieux de la religiosité parallèle voient volontiers le 21 décembre comme une étape sur le chemin de la régénération déjà entamée, en faisant poindre à l’horizon un Nouvel ge, dont l’avènement sera d’une grande force spirituelle, mais jalonnée éventuellement de catastrophes. Les conspirationnistes trouvent également dans l’annonce d’événements en décembre de nouvelles impulsions pour une théorie du complot, dans un registre notamment scientifique. Avant tout, peut-être, ce phénomène exprime le besoin de réenchantement d’un monde qui ne répond pas toujours aux espérances.

Le 21 décembre dans une ville mexicaine

Travaillant sur une thèse en anthropologie, Mélissa Elbez (EHESS-IRIS) s’interroge sur l’influence de l’histoire personnelle des habitants de Tulum sur leur conception de l’Histoire. Dans son intervention – L’attente du 21 décembre 2012 comme révélatrice de tensions et de convergences globales: Exemple de Tulum (site archéologique maya) au Mexique – Elbez précise tout d’abord les particularités de Tulum, une ville sur la côte caraïbe mexicaine, connue pour ses belles plages, mais également son offre écotouristique (voire écoagressive si l’on en croit Elbez).

La communauté locale de Tulum est plutôt hétérogène, se composant de Mexicains comme d’étrangers, et elle connaît également une grande variété religieuse, des Témoins de Jéhovah aux adventistes du septième jour en passant par des spiritualités parallèles inspirées du New Age; les horizons socio-économiques sont tout aussi variés. Le «penser global» est ainsi constitutif de la réalité de Tulum.

D’après Elbez, cette variété s’exemplifie également dans la façon d’appréhender la fin du fameux calendrier maya, allant même jusqu’à supposer une «guerre des calendriers». Car le 21 décembre a une date rivale: le 12 décembre 2012! Cette date a une importance considérable pour les habitants de Tulum, tandis que le 21 – selon Miguel, un de ses informateurs sur le terrain – serait plutôt médiatique. Le 12 décembre est en effet une date de pèlerinage importante pour les courantsmexicanistes, qui prônent la supériorité raciale des Aztèques sur les Mayas, les Aztèques ayant alors le pouvoir de libérer l’énergie cosmique universelle: d’après Miguel, fervent mexicaniste, le calendrier aztèque continuerait lorsque celui des Mayas cesserait – un argument de plus pour prouver ainsi leur supériorité.

Mais le 21 décembre est également invoqué, dans une perspective «progressiste», pour signifier la sortie du capitalisme – ce qui n’est pas sans rappeler la volonté bolivienne d’en finir avec le Coca-Cola à cette date-là – dans la lignée de ce que prônait José Argüelles (1939-2011), selon Elbez. Cet historien de l’art et figure du New Age, qui a joué un rôle majeur au départ de la diffusion du thème de 2012, était en effet persuadé que notre calendrier de douze mois n’était pas en harmonie avec le cosmos: il a alors initié le mouvement des treize lunes. Pour ses adeptes, célébrer la date du 21 décembre serait respecter le cosmos et ouvrir la voie à une nouvelle fréquence vibratoire.

Pour d’autres informateurs d’Elbez, le 21 décembre ne serait rien d’autre que le solstice d’hiver: préférant se rapporter au calendrier des Mayas du Guatémala (les théories d’Argüelles se fondant elles sur celui des Mayas du Yucatan), Augustin considère que le savoir maya guatémaltèque aurait été mieux préservé car il aurait été moins contaminé par le colonialisme. Il considère lui-même le 12 décembre comme le nouvel an maya. Dans ces perspectives, l’influence des Occidentaux sur le calendrier serait responsable des interprétations erronées de cette date du 21 décembre. Mais qui détient le vrai savoir sur les Mayas?

Les habitants de Tulum s’accordent à reconnaître le rôle déterminant d’un certain ancêtre, mais n’arrivent pas à se mettre d’accord sur lequel. On trouve alors une opposition fréquente entre «mexicaniste» et «maya galactique», ce dernier terme se référant au vocabulaire d’Argüelles qui voyait les Mayas comme étant des extraterrestres venus des Pléiades avec une connaissance supérieure à prodiguer aux êtres humains. D’après Elbez, cette conception d’une évolution inversée avec la notion du «Maya galactique» postule ainsi une certaine supériorité du passé, provoquant ainsi un désir de retour – opéré par télépathie, par certains rituels, etc. – vers ce passé porteur d’un message universel pour l’humanité.

Mais le calendrier maya est aussi un outil de luttes sociales et politiques, sujet à de nombreuses interprétations. Pour Sofia, une autre interlocutrice d’Elbez, une catastrophe naturelle qui provoquerait une perte de vies humaines pourrait faire changer le monde, qui aurait ainsi subi une punition: la décadence serait suivie par une régénération. On trouve également une notion d’élection par rapport à la fin du calendrier maya: les «Mayas galactiques» pourraient revenir le 21 décembre chercher des humains dont l’évolution spirituelle serait importante.

Elbez a même découvert une version locale évangélique de ce ravissement, certains de ses interlocuteurs pensant que le retour du Christ est prévu pour le 21 décembre. Mais d’autres espèrent la fin du capitalisme et la chute des États-Unis à cette date-là, ce qui pourrait servir à exprimer des rivalités sociales. Les Mayas auraient en effet mentionné plusieurs signes annonciateurs d’un déclin: parmi ces prédictions, la phrase sybilline «la ville n’aura plus d’eau» s’est trouvée appliquée à Mexico, qui doit acheter son eau hors de ses murs; les Mayas auraient aussi prédit la mort du Pape en 2005, le fait que les États-Unis connaissent une crise, mais aussi que «la monnaie disparaîtrait»… c’est-à-dire la fin du capitalisme!

La temporalité linéaire des Occidentaux est fortement remise en question, dans des relents anticolonialistes: en mettant en avant la supériorité d’un temps cyclique, les habitants de Tulum proposent in fine un retour à une sagesse primitive dans un passé qui s’oppose à la modernité incarnée par des puissances occidentales.

Willaime souligne que cette critique de la modernité représente la nécessité ressentie d’un changement radical. Il relève également l’importance de ces querelles de légitimité autour de la date de la fin du monde, mais aussi comment ce thème peut être repris dans différents courants religieux et spirituels en servant différentes causes, allant du retour du Christ à la chute du capitalisme.

Le 21 décembre du côté de Bugarach

De Tulum, rendons-nous maintenant dans le désormais célèbre village de Bugarach. C’est Clotilde de Ravignan (EHESS-LIST-UTM)qui s’intéresse aux discours tenus sur Bugarach dans son exposé, Du Bugarach on en parle, mais qui en dit quoi et comment?: elle se propose surtout d’étudier ce que les gens du lieu disent, et moins ce qui est dit de Bugarach à l’extérieur.

La région de Bugarach a un habitus de l’inexplicable, avec la proximité de Rennes-le-Château: entre les trésors cachés, l’abbé Saunières et sa fortune colossale (mais qui serait pourtant mort misérablement), sa couleur ésotérique si fréquente dans l’Aude avec un arrière-fond cathare, et les OVNIS qui auraient fait leur apparition sur ce lieu après la guerre, la région attire les chercheurs de trésors en tout genre. Situé entre Carcassonne, Narbonne et Toulouse, le Pech de Bugarach devrait également sa renommée à une particularité géologique qui contribuerait à l’inexplicable: toutes les couches inférieures se seraient retrouvées au sommet du Bugarach, faisant ainsi du Pech une «montagne renversée» d’après Ravignan.

Bugarach est une zone très pauvre du sud des Corbières, mais, dès les années 1960-70, elle connaît un afflux touristique important inspiré notamment par la représentation de la terre cathare en tant que lieu de résistance, mais aussi d’amour et de la conscience d’être «dans le vrai». Les ingrédients semblent donc être réunis pour attirer du monde… Dans les années 1980, le mythe du trésor se déplace de Rennes-le-Château vers Bugarach: on cherche alors le trésor en soi, et plus à l’extérieur, quand bien même la région regorgerait de trésors incroyables cachés – notamment celui des Atlantes, des esséniens, mais aussi le tombeau du Christ. À Bugarach, on retrouve d’après Ravignan ce dont parlait Hervieu-Léger: l’importance du besoin pour l’individu d’expérimenter les choses pour les connaître, la connaissance étant ainsi fondée sur l’expérience. C’est ainsi que certaines personnes cherchent à déceler une sagesse cachée dans les formes anthropomorphiques des rochers du Pech, à l’aide des nombreux stages proposés.

Clotilde de Ravignan a conduit 10 entretiens à Bugarach et alentours, tout en s’appuyant sur de nombreux ouvrages de référence, dont le travail de Thomas Gottin sur Bugarach (Le Phénomène Bugarach: un mythe émergent, 2011), un livre de Jean d’Argoun (qui dit transmettre «Le message d’Issâha»), qui a joué un rôle important dans la genèse de spéculations sur Bugarach, mais aussi le récit de Genny Rivière, qui s’est sentie appelée par cet endroit particulier. Rivière, lassée par le phénomène Bugarach, n’a pas souhaité répondre aux questions de la chercheuse: elle a ouvert un centre de médecine chinoise et propose de nombreux stages à la découverte du Bugarach, répondant ainsi au besoin d’expérimentation de «quelque chose», devenu caractéristique d’une démarche spirituelle parallèle qui s’épanouit à Bugarach.

Bugarach est une bourgade d’environ 200 âmes. Les autochtones, souvent des personnes âgées, sont en minorité par rapport à la population néo-rurale qui s’est intégrée au lieu. Les autochtones ont apparemment un a priori bienveillant par rapport à la recherche spirituelle que suscite leur région: ils relient l’intérêt pour le 21 décembre à des aspirations hippies et New Age, voyant ainsi Bugarach comme «un petit théâtre» animé par ces venues un peu déroutantes, mais qui promettent aussi des retombées économiques puisqu’«on parle de nous».

Cependant, Ravignan observe un certain mécontentement de la part de ces autochtones, notamment en raison de conséquences pratiques de cet événement telles que le blocage de l’accès au site et la surveillance élevée dont il fait l’objet, mais aussi l’afflux d’autocars. Ils restent pourtant stoïques face à cet événement, si l’on en croit un jardinier interrogé par des journalistes: à la question de savoir s’il attendait la fin du monde, il répond qu’il ne sèmerait pas ses graines s’il y croyait…

Le maire, quant à lui, n’a pas d’intérêt particulier pour la spiritualité. Il relève qu’il a reçu toutes les télévisions du monde à Bugarach, sauf celles d’Afrique et d’Inde. S’il compte 20.000 visiteurs en 2010 (un chiffre en constante augmentation à l’approche du 21 décembre 2012), le maire parle à Ravignan du ménage à faire sur le Pech, où l’on trouve des vierges noires, des drapeaux de prières, mais aussi des graffitis sur les pierres – des objets qui pourraient, d’après lui, avoir leur place dans un musée spécial…

Si l’on pense à la fin d’un monde à Bugarach, c’est surtout une fin qui doit passer par une régénération individuelle à travers un important travail sur soi, réalisé dans le cadre de thérapies dites «parallèles», permettant par exemple de renouer avec ses vies antérieures, mais aussi de rituels catholiques – quand bien même le prêtre local prendrait ses distances…

Willaime relève cette culture fascinante de l’inexplicable, et s’étonne aussi d’une certaine inversion des représentations classiques, les autochtones de Bugarach semblant être plus rationnels que les personnes «raisonnables» et éclairées de la ville, qui passent pour des êtres plus «facilement» impressionnables et capables de tout croire…

La société face aux apocalypses

La deuxième session du jour – Eschatologie, investissement et retrait du monde – a prêté attention aux conséquences des représentations de la fin du monde, pouvant entraîner des réactions allant d’un retrait du monde à un grand activisme. Mais «demain n’apparaîtra peut-être jamais», ce qui donne l’occasion à Willaime de s’interroger sur la représentation de la fin du monde: est-elle brusque et soudaine, ou projetée à l’horizon afin de préparer l’avènement? Plusieurs postures peuvent être observées: une approche catastrophiste/déclinologue, une attitude plutôt piétiste revendiquant une démarche intérieure, ou encore une posture activiste.

La troisième session évoquait Les enjeux politiques de la fin du monde. Avec son intervention sur les chrétiens sionistes, Katia Lucas (Bordeaux 3-Climas) ne pouvait évidemment traiter de 2012, qui n’a pas de signification pour ces croyants, si ce n’est qu’elle leur rappelle que la fin du monde présent est proche.

Dans une France prompte à s’inquiéter des «dérives sectaires», la communication de Carlotta Gracci (EPHE-GSRL, LabTop) touchait en revanche aussi à la question du 21 décembre telle que l’envisagent les pouvoirs publics de ce pays.

Gracci s’est intéressée à l’approche «répressive», à travers les figures du psychiatreet criminologue Jean-Marie Abgrall et et du magistrat et homme politique Georges Fenech (ancien président de la MIVILUDES, Mission de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires): cette posture consiste avant tout à décrédibiliser les mouvements apocalyptiques. Gracci expose les stratégies suivantes:

1) Décrire le gourou sous une ou plusieurs figures, telles que le raté, le fou, l’escroc et le dictateur.
2) Présenter toute secte comme étant le fruit d’un délire: en insistant par exemple sur le fait que 2012 n’est finalement que la 183e fin du monde annoncée.
3) Utiliser l’exemple de l’Ordre du Temple Solaire comme paradigme de la secte apocalyptique, comme le fait par exemple le maire de Bugarach (à noter que dans une interview donnée à M6 pour Enquête exclusive en décembre 2011, le maire parle plutôt du Temple du Soleil, cher à Tintin).
4) Parler des projets sectaires et apocalyptiques comme des prétextes à l’escroquerie pécuniaire, en présentant par exemple le coût d’une séance de méditation.
5) Souligner les conflits internes, les schismes, les crises à l’intérieur de la secte.
6) Réinjecter du ridicule au quotidien vécu dans les sectes, en prenant l’exemple de films hollywoodiens qui ont été choisis comme support d’étude par certains groupes.
7) Se référer à la rationalité des sciences en citant par exemple la NASA, mais également des chercheurs en sciences sociales.

Le 21 décembre et les théories du complot

La quatrième, session, portant sur le discours eschatologique et les théories de la conspiration, s’ouvrait par une contribution de David Bisson (Rennes 1 – IDPSP):Les théories du complot: une conception sécularisée de la fin du monde. Quelques observations générales sur ces théories sont nécessaires pour examiner leur rôle dans le contexte des attentes autour du 21 décembre.

Selon l’analyse de Pierre-André Taguieff, dans la vision complotiste, tous les processus dépendent d’une cause cachée, qui serait la clé universelle de l’Histoire; il vise moins le pouvoir que le dévoilement de la réalité. Et l’apocalypse n’est-elle pas une révélation? La théorie du complot est une apocalypse profane d’après Bisson: elle propose une lecture sécularisée de la providence. Son ressort principal, c’est le sentiment de l’individu de la perte d’un monde, qui se cristallise dans une réaction de colère contre ce monde, et qui va déterminer l’ampleur apocalyptique. La théorie du complot se nourrit de la modernité, notamment de la sécularisation: elle profite de la perte d’influence religieuse pour nourrir les croyances, en instrumentalisant le sacré pour produire une religion laïque. La théorie du complot est dans un recommencement perpétuel de la fin du monde, parce qu’elle a «le pire des mondes» comme réalité. Elle s’emploie à trouver un ennemi à la hauteur de son désarroi.

Bisson distingue trois éléments structurants d’une religiosité apocalyptique:

1) La partition du monde en bien et mal / pur et impur: elle est immanentisée et sécularisée dans le cas de la théorie du complot, ce n’est pas une réalité métaphysique. Cette partition est entretenue par la logique du soupçon envers les sociétés secrètes (qui sont le modèle de la contre-église) qui viseraient à la domination du monde.

2) Aller à la racine du mal, lequel doit faire l’objet d’une lutte incessante: la motivation est alors politique. Le périmètre n’est pas délimité précisément et la liste est modulable, allant des francs-maçons aux juifs. Ce mal fait souvent l’objet d’une iconographie suggestive, d’une démonologie contemporaine souvent illustrée avec des images animales (p.ex. «la pieuvre du grand capital»), et il est généralement représenté comme étant «dans l’ombre» ou encore dans des lieux souterrains (des grottes, des caves, etc.).

3) Un certain répertoire d’action qui se divise entre les fidèles et les hérétiques, une minorité connaissante contre la masse inculte. Cette minorité fera l’objet de persécutions, mais elle devra témoigner sans relâche et continuer à mener une guerre occulte. Le complotiste vit déjà dans la fin du monde dont il est le témoin privilégié…

Pour le conspirationniste, l’Histoire est transparente, mais en même temps opaque. Il a une lecture négative de l’Histoire où il rejette les versions historiques officielles: dans le fond, les vainqueurs écrivent toujours l’Histoire… et le 11 septembre, n’était-ce pas un attentat trop parfait pour avoir été commis par des «seuls» islamistes?

S’il y a une vraie fascination rationnelle pour la fin du monde, on peut observer que dans le phénomène 2012, les théories du complot semblent laisser de côté les juifs et les francs-maçons au profit des experts scientifiques. Payés par l’État pour nous mentir, ces derniers cacheraient la vérité au sujet de la fin du monde le 21 décembre que certains amateurs aux prétentions scientifiques – tels que Patrick Geryl – se proposent de déjouer en révélant ce qui va vraiment se passer, à l’image du personnage de Charly dans le film 2012 de Roland Emmerich.

Continuant dans la perspective complotiste, Cecilia Calheiros (EHESS – CEIFR) se penche sur le logiciel Web Bot: L’eschatologie au service de la contre-culture politique: prédictions apocalyptiques et logiciel d’anticipation, le cas du projet Web Bot.

Le projet Web Bot a pour ambition de prévoir le futur. Il a été initialement créé pour prévoir les cours de la bourse, mais il aurait également prévu en 2003 la fin du monde pour 2012. Après 2001 déjà, on dit que le logiciel a prédit les attentats – post eventum: de «prévisionnel», WebBot devient «prédictif». Ce logiciel fonctionne d’après un système de statistique textuelle à partir des données sur le Net: son but est de trouver une conscience collective «en résonance» sur la Toile; puisque les individus y sont interconnectés, leur langage devient une conscience globale. La foule est donc porteuse de vérité et le message doit être décrypté: c’est la mission du Web Bot – créé par Clif High et Georg Ure. La perte d’influence des instances de savoir «légitimes» contribue à son succès.

Web-communauté, le Web Bot confirmerait les signes annonciateurs de la fin des temps, notamment avec les messages laissés sur les forums tels que «il y a trop de prophéties différentes pour qu’il ne se passe rien», mais aussi l’argument scientifique que l’on prête au Web Bot qui est mis en avant: «la science valide l’existence de l’inconscient collectif». La prédiction de 2003 du Web Bot pour 2012 était: «alignement des planètes» et «énergie inconnue». Ces théories convergeant vers les autres – comme les Mayas – cela confère un certain caractère scientifisant aux théories du Web Bot. Ce logiciel est également très familier avec les théories du complot: des reptiliens au Illuminati, il y a des instances qui empêchent l’éveil des humains et qui confirment l’idée que rien n’arrive par accident, et que rien n’est tel qu’il paraît être…

Le retour de la fin du monde

Sébastien Fath relève combien il est intéressant de voir comment la culture de la marge peut remettre en cause la dominante, ainsi que nous l’observons dans le phénomène 2012. Dans ses conclusions de la journée, Fath a rappelé deux clichés courants sur la fin du monde:

1) La fin du monde comme une apocalypse, c’est-à-dire le lien entre fin du monde et rhétorique chrétienne. Dans les théories qui circulent autour du 21 décembre, on constate que la fin du monde se déchristianise et se démonothéise. On observe un double mouvement: la sécularisation de la thématique, mais aussi un mouvement de pluralisation, illustré dans la popularité protéiforme de la prédiction maya.

2) La fin du monde en tant que spirale dépressive, en référence à une mauvaise nouvelle qui s’illustre dans une sorte de paralysie sociale, à l’image du prophète dans l’Etoile mystérieuse des aventures de Tintin. Mais les sciences sociales décapent les représentations spontanées! Pour 2012, il n’y a pas de logique d’attente passive, mais une vraie logique d’intensité. Fath relève les effets communautaires de ces prévisions, et comment les tensions dialectiques sont utilisées pour mieux mobiliser, notamment dans le fait d’avoir la conviction de jouer un rôle privilégié dans des temps cruciaux.

Sommes-nous en fait surpris de cette remobilisation communautaire qu’on n’attendait plus? On assiste dans ce phénomène à une volonté bricolée en différents réseaux , qui cherche à donner du sens à une réalité décevante, traduisant surtout une volonté de réinitialisation.

Nous pouvons ainsi conclure en disant que, dans une réécriture sécularisante, le 21 décembre 2012 propose une fin du monde à l’image du 21e siècle, alliant un besoin de rupture avec celui du réenchantement.

Géraldine Casutt

Géraldine Casutt est assistante diplômée à l’Université de Fribourg (Suisse). Intéressée par les milieux ésotériques, elle a écrit sa thèse de Master en été 2012 : «Du Facteur Maya au prétexte maya: quand la fin d’un monde est annoncée pour le 21 décembre 2012».

Source : http://religion.info/french/articles/article_591.shtml#.UNLYrm-qnCc

Liste des fins du monde depuis le XIXe siècle


L’historien Luc Mary a répertorié 183 fins du monde depuis la chute de l’Empire Romain (peur de l’an mille, prédictions millénaristes)1. Liste des prédictions les plus notoires depuis le milieu du xixe siècle

Date annoncée de fin du monde Événements prophétisés Lieu d’où la prophétie est donnée Nom du prophète/mouvement religieux Source
21 mars 1843 et 23 mars 1844 Fin du monde États-Unis William Miller, Adventiste 2
1874 Fin du monde États-Unis Charles Taze Russell, Étudiants de la Bible 3
1878 Fin du monde États-Unis Charles Taze Russell, Étudiants de la Bible 3
1881 Enlèvement des saints au ciel États-Unis Charles Taze Russell, Étudiants de la Bible 4
1890 Retour du Christ États-Unis Joseph Smith 5
1914 Destruction complète des gouvernements et des religions États-Unis Charles Taze Russell, Étudiants de la Bible 6,7
1918 Destruction des religions États-Unis Joseph Franklin Rutherford, Étudiants de la Bible 8
1920 Anarchie générale États-Unis Joseph Franklin Rutherford, Étudiants de la Bible 9
1925 Résurrection de personnages bibliques États-Unis Joseph Franklin Rutherford, Étudiants de la Bible 10
1942 Armageddon États-Unis Témoins de Jéhovah 11
1975 Armageddon États-Unis Témoins de Jéhovah 12
Avant 199413 Armageddon États-Unis Témoins de Jéhovah 14
19 février 1979 Fin du monde Canada Roch « Moïse » Thériault 15
avant le 1er janvier 1980 Apocalypse biblique France L’Alliance universelle 16
22 juin 1989, Été 1995 Cataclysme millénariste France Le Grand Logis (ex Logis de Dieu) 17
28 octobre 1992 Apocalypse biblique Corée Lee Jang Rim, Dami Mission 6
14, puis 23 novembre 1993 Apocalypse Ukraine Fraternité Blanche Universelle 6
1993 Apocalypse biblique  ? Famille (ex-Enfants de Dieu) 17
1995 Apocalypse biblique États-Unis Davidiens 6
1996 Extraterrestres détruisant la Terre par coups de laser États-Unis Sheldon Nidle 6
1997 Guerre mondiale Japon Sūkyō Mahikari 17
31 mai, 14 et 21 juin, 9 et 20 septembre 1998 Apocalypse biblique, dans ses « Rapture predictions«   ? Marylin J. Agee 6
Fin 1996 ou 21 ou 29 janvier 1999 Passage dans la Quatrième dimension, dû à l’inversion du courant de l’énergie  ? Énergie humaine universelle (HUE) – Spiritual human yoga (SHY) 18
Juillet 1999 Cataclysme France Association rose-croix (ARC) 17
1997 1999 ou 2001 armageddon, dont seuls les disciples du mouvement seraient épargnés Japon Aum Shinrikyo 19
Août 1999 Modifications climatiques et invasions extraterrestres  ? Asrama 17
11 septembre 1999 Boule de feu explosant la Terre  ? Kabbale 6
Fin 1999 Cataclysme millénariste France Révélation de la 7e heure 17
1er janvier 2000 Destruction du monde par Satan États-Unis Milton William Cooper 6
2000, originellement « imminent » Cataclysme nucléaire détruisant les États-Unis et la majeure partie de l’Europe (prophétie faite durant la guerre froide), guerre civile en Inde Inde Université spirituelle des Brahma-Kumaris 20,21
2000 Cataclysme et venue d’extraterrestres France Siderella (ex-Iso-Zen) 17
2000 Choc avec planète France Centre d’études gnostiques 17
Avril et fin 2000 Apocalypse nucléaire à la suite de bombardements effectués par les Russes France Amis de la croix glorieuse de Dozulé 22
5 mai 2000 Tremblements de terre, changements climatiques, fonte des glaces submergeant les continents, émissions de gaz mortels dus au déplacement du pôle sud de l’axe de la Terre États-Unis Richard Noone 6,23
entre le 30 octobre et le 29 novembre 2003 Cataclysme nucléaire Japon Aum Shinrikyo 6
2006 Cataclysme nucléaire France Groupe de Kerdanvé (issu des Cercles Gurdjieff) 17
avant le 12 septembre 2006 Guerre nucléaire Kenya Maison de Yahvé 24
10 septembre 2008 Trou noir, ou particules dangereuses créées par le LHC Hawaï Citoyens contre le LHC 25
2011 (Jugement dernier pour le 21 mai, et Apocalypse le 21 octobre 2011) Jugement dernier et Apocalypse États-Unis Harold Camping 26
21 décembre 2012 (voire 12 décembre 201227 ou encore 28 octobre 201128 ou encore 2220 selon les interprétations du calendrier maya29). Fin d’un cycle du compte long du calendrier maya, début d’un nouveau cycle (5e, par analogie à lalégende des soleils), interprété par certains comme la fin du monde, notamment due à des « événements importants », tels que des guerres et des catastrophes naturelles. États-Unis José Argüelles, dans Le Facteur maya (1987), repris par divers courants New Age dont les sectes millénaristes après la convergence harmonique de 1987. 30

Un panneau publicitaire aux États-Unis annonçant la première étape de la fin du monde le 21 mai 2011. Il y est écrit : « La Bible le garantit ! »

Références

  1. ↑ Luc Mary, Le mythe de la fin du Monde, éd. Trajectoire, 2009
  2. ↑ (fr) Jean Meyer, L’Europe et la conquête du monde Page 268.
  3. ↑ a et b (en) Richard Kyle, The Last Days are Here Again, Baker Books, Grand Rapids MI, 1998. Page 93.
  4. ↑ Crise de Conscience, p. 227-229. Citation de La Tour de Garde de janvier 1881 : « Notre moisson, qui a commencé en 1874, se termine à la fin du « jour de sa colère » et à la fin des « temps des Gentils », en 1914 – une période analogue et parallèle de 40 ans. […] Nous découvrons […] que la loi et les prophètes le déclarent présent à la culmination des « cycles du jubilé » en 1874. Et les parallèles nous montrent que la moisson a alors commencé, et que le rassemblement de l’épouse dans un lieu sûr occupe parallèlement une période de sept ans qui se termine en 1881. […] Nous croyons que le Christ est maintenant présent, dans le sens qu’il a commencé à assumer son pouvoir et son règne. […] Nous allons maintenant présenter ce que nous alléguons quant aux types et points prophétiques qui semblent indiquer que l’enlèvement des saints et la fermeture de la porte auront lieu en 1881. »
  5. ↑ The Diaries of Joseph Smith, page 349, 10 mars-14 juillet 1843 : « ….je prophétise dans le nom du Seigneur Dieu, et que cela soit écrit : le Fils de l’Homme (Jésus-Christ) ne viendra pas des cieux avant que je n’ai 85 ans, c’est-à-dire aux environs de 1890. »
  6. ↑ a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Préven sectes [archive]. Consulté le 10 juillet 2007
  7. ↑ Crise de Conscience, p. 230-239. Citation du livre Le temps est proche, publié vingt-cinq ans avant 1914, pages 73-75 : « Cette date [1914] sera la limite extrême des gouvernements d’hommes imparfaits. […] Le royaume de Dieu […] aura obtenu à cette date l’autorité universelle et il sera alors « suscité » ou fermement établi sur la terre. […] Avant cette date, le Royaume de Dieu – organisé en puissance – sera sur la terre. […] Son pouvoir et sa domination seront établis au fur et à mesure que par ses instruments et par ses influences diverses, il écrasera et dispersera les autorités qui existent – civiles et ecclésiastiques – le fer et l’argile. »
  8. ↑ Crise de Conscience, p. 249-253. Citation du livre Le mystère accompli, publié en 1917, pages 74-76 : « L’examen des passages scripturaires indiqués plus haut montre que le printemps 1918 amènera sur la chrétienté un spasme d’angoisse formidable plus grand que celui de 1914. »
  9. ↑ Crise de Conscience, p. 253-255. Citation du livre Le mystère accompli, publié en 1917, pages 302-303 : « Les îles [citées dans Apocalypse 16:20] sont les républiques qui disparaîtront aussi très probablement au cours de l’automne 1920. […] Tous les royaumes de la terre disparaîtront engloutis par l’anarchie. »
  10. ↑ Crise de Conscience, p. 256-260. Citation de la brochure Des millions actuellement vivants ne mourront jamais, publiée en 1920, pages 75-83 : « La chose principale qui doit être restituée à la race humaine, c’est la vie ; et puisque d’autres passages montrent d’une façon positive qu’Abraham, Isaac et Jacob et les autres fidèles des temps anciens ressusciteront et qu’ils seront les premiers favorisés, nous pouvons nous attendre à ce que 1925 voit le retour de la condition de mort de ces hommes fidèles alors ressuscités et complètement rétablis à la position humaine parfaite, et comme représentants visibles et légaux du nouvel ordre de choses ici-bas. […] Avec l’argumentation précédemment donnée que l’ancien ordre de choses, l’ancien monde se termine et passe, que le nouvel ordre de choses s’installe et que 1925 doit voir la résurrection des fidèles dignitaires des temps anciens ainsi que le commencement de la reconstruction, il est raisonnable de conclure que des millions de personnes actuellement sur la terre y seront encore en 1925. Et, basés sur les données de la parole divine, nous devons dire d’une façon positive et irréfutable que des millions de personnes vivant actuellement ne mourront jamais. »
  11. ↑ (en) « ? », dans La Tour de Garde, Watchtower Bible and Tract Society, 1er mai 1942, p. 139 : Armageddon est « immédiatement devant nous ».
  12. ↑ Crise de Conscience, chapitre 9.
  13. ↑ La génération de 1914 ne devait pas s’éteindre complètement avant Armageddon.
  14. ↑ Crise de Conscience, chapitre 10.
  15. ↑ Info-Secte [archive] . Consulté le 7 octobre 2010
  16. ↑ Préven sectes : L’Alliance Universelle [archive] . Consulté le 10 juillet 2007
  17. ↑ a, b, c, d, e, f, g, h et i Les sectes, de Thomas Lardeur, Presses de La Renaissance, Paris, 2004, (ISBN 2-7509-0008-5), qui se base sur les travaux de juin 1998 des Renseignements Généraux
  18. ↑ Rapport sur la situation financière, patrimoniale et fiscale des sectes, cf. p18 [archive]
  19. ↑ Apocalypses et Millénarismes [archive] Par Eugen Weber Fayard, 1999
  20. ↑ BrethrenAssembly.Com : Brahmakumaris [archive]
  21. ↑ Satyug is as sure as death [archive]
  22. ↑ Préven sectes : Dozulé [archive]. Consulté le 10 juillet 2007
  23. ↑ On This Day, When the Planets Line Up, Will There Be A Disaster? [archive]
  24. ↑ « Kenya : la fin du monde remise à plus tard », sur Rezo-Ivoire [archive]
  25. ↑ The New York Times: la terre survivra, d’après les physiciens. [archive]. Consulté le 7 aoùt 2008
  26. ↑ l leur fut donné, non de les tuer, mais de les tourmenter pendant cinq mois; et le tourment qu’elles causaient était comme le tourment que cause le scorpion, quand il pique un homme. [archive]
  27. ↑ [1] [archive]
  28. ↑ ouvrages de John Major Jenkins (The 2012 Story: The Myths, Fallacies, and Truth Behind the Most Intriguing Date in History (Tarcher/Penguin 2009)) et Carl Johan Calleman (« Solving the greatest mystery of our times: The Mayan Calendar » Garev Publishing, 2000)
  29. ↑ « La prophétie annonçant la fin du monde en 2012 serait basée sur une faute de calcul. En réalité, la date annoncée serait 2220 (208 ans après) selon numéro de novembre de la revue NWT (Natuurwetenschap & Techniek).» (nlMaarten Keulemans, « Natuurwetenschap & Techniek : ‘2012’-eindtijd is pas in 2220 [archive] » sur natutech.nl (citation et référence provenant de l’article Calendrier maya).
  30. ↑ Selon le blog [archive] consacré aux critiques de ces prédictions

Source : Wikipédia

Mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé

La commission d’enquête organise un cycle d’auditions ouvertes à la presse et au public

Sectes © Fotolia Mr Jay 

La commission d’enquête sur l’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé organise, mardi 18 et mercredi 19 décembre, une série d’auditions ouvertes à la presse et au public.

Mardi 18 décembre à 16h30, elle auditionnera :

– M. Antoine GUELAUD, journaliste, directeur de la rédaction de TF1, auteur du livre « Ils ne m’ont pas sauvé la vie » ;

– Institut de cancérologie de l’Ouest (centre Paul Papin) : M. François-Régis BATAILLE, directeur général, et Dr Eric JADAUD, oncologue-radiothérapeute ;

– Centre hospitalier universitaire d’Angers : M. Yann BUBIEN, directeur général, et M. le Pr Norbert IFRAH, président de la commission médicale d’établissement.

Mercredi 19 à partir de 16h30, elle poursuivra ses travaux avec l’audition de :

–  : Mme Pascale FLAMANT, déléguée générale, M. le Pr Ivan KRAKOWSKI, directeur du service interdisciplinaire de soins de supports en oncologie au Centre Alexis Vautrin (CLCC de Nancy), et M. Bernard LECLERCQ, directeur général du Centre Oscar Lambret (CLCC de Lille) pour la Fédération française des centres de lutte contre le cancer (FFCLCC)

– Mme le Pr Agnès BUZYN, présidente, et Mme le Dr Martine LE QUELLEC-NATHAN, directrice général adjointe – pôle santé publique et soins de l’ Institut national du cancer (INCA)

Cette audition est retransmise en direct sur le site du Sénat

Le Psycho-spirituel: un mal déguisé au sein de l’Église catholique

Photo de la Vérité

Le CCMM a souhaité regrouper au sein d’un Collectif les victimes et les familles de victimes des sessions dites de guérison psycho-spirituelles.
Depuis une trentaine d’année, les communautés nouvelles issues du Renouveau charismatique catholique, qui se sont définies comme des lieux de guérison, ont développé une démarche systématique amalgamant recherche spirituelle et prétention de guérir le psychisme humain. Des sessions dites de guérison intérieure se sont largement développées.
Or, les sessions de type psycho-spirituel ne sont ni d’authentiques démarches de foi, ni de véritables lieux de soins thérapeutiques. Ne respectant ni la nature de la démarche spirituelle, ni la discipline psychothérapeutique, la psycho-spiritualité est une véritable injure à la spiritualité autant qu’à la psychologie.

Ces groupes ont tendance à aborder la spiritualité sous un angle essentiellement irrationnel, donnant plus de place au ressenti et à l’émotionnel qu’à la raison. L’activité rationnelle est même quelquefois montrée comme étrangère à la vie spirituelle et voire même opposée. Quant à la recherche de guérison, elle est de type magique, on attend des guérisons qui tombent du ciel par l’intermédiaire de leadeurs charismatiques qui en seraient les vecteurs.
Cette attitude irrationnelle et crédule vulnérabilise la personne, la soumet à un groupe qui prend une place affective considérable et aliène son autonomie. La démarche psycho-spirituelle asservit l’intelligence et la volonté de l’individu à celle des leadeurs charismatiques qui ont pour habitude de prodiguer des « oracles » qui se veulent inspirés mais qui se trouvent n’être la plupart du temps que de faux souvenirs induits.
Dès le début, la démarche dite de « guérison » et le discours qui s’y rapportait posaient le problème des amalgames psycho-spirituels. Nous assistons en définitive à l’intrusion d’une religiosité de type Nouvel-Âge au sein même de groupes de prière et de communautés catholiques.

La confusion entre les domaines psychologiques et spirituels conduit inévitablement à une approche pour le moins paradoxale de la notion de croissance spirituelle. L’irrationalisme de ce type de perspective peut se traduire par un fondamentalisme et un surnaturalisme qui, par définition, oublie la nature rationnelle de l’homme.
Les adeptes du psycho-spirituel deviennent pour les uns victimes d’un système aliénant, pour d’autres promoteurs de manipulations mentales, mais dans bien des cas ils sont les deux à la fois. Initiés à la démarche dite de « guérison », ils ne tardent pas à s’autoproclamer « guérisseurs ».

Conscient du problème et ayant recueilli de nombreux témoignages de victimes, le Centre Contre les Manipulations Mentales a édité en septembre 2012 un Livre noir de l’emprise psycho-spirituelle. Ce livre a été rédigé par le Collectif des victimes et familles de victimes du psycho-spirituel. Il a pour objectif de dénoncer les pratiques de manipulation mentale dans la galaxie dite du « psycho-spirituel ». Depuis de nombreuses années, ce phénomène s’est infiltré dans l’Église catholique via les mouvements charismatiques et en particulier dans la mouvance de la Communauté des Béatitudes.
De nombreuses victimes et des familles ont alerté les autorités de l’Église pour que celle-ci puisse prendre la mesure des dégâts de ces soi-disant soins (dégâts psychiques, ruptures familiales, dépouillements, ruines, etc…). L’Église a entendu l’appel, puisqu’une commission a été mise en place par la Conférence des Évêques de France et que plusieurs rapports à l’usage des évêques ont été publiés depuis 2005, donc les conclusions sur la gravité du phénomène sont on ne peut plus claires.

Cependant, force est de constater qu’aucun changement notoire n’a été constaté sur le terrain, au contraire, le nombre des victimes ne cesse de s’accroître. En apparence il y a quelques modifications, comme par exemple le nom des sessions de guérison intérieure qui change d’intitulé mais pas de contenu. Ce qui est à déplorer c’est que des charlatans ont pris pour devanture le label de l’Église catholique pour vendre leurs nouveaux produits de pseudo-guérison. Ainsi, en prêchant leurs retraites ces prédicateurs-prédateurs vont vous amener à relire tous les évènements de votre vie avec des lunettes déformantes. Par exemple, si vous leur dites qu’enfant vous aviez peur de votre grand-père, tout simplement parce qu’il avait une grosse voix et qu’il cachait ses paroles derrière une grosse barbe, ils vous conduiront à lire cette peur comme étant le signe d’une réminiscence d’un secret de famille qui cache un inceste. De même que si vous leur dites que vous avez du mal à prier, on diagnostiquera un lien diabolique avec vos ancêtres.

Le lien à la famille est presque toujours connoté négativement, comme si vous portiez un très lourd passif dû à vos ancêtres. Mais les très pesantes dettes spirituelles de vos ancêtres pourront commencer à s’alléger en vous délestant d’environ 550 €, c’est le coup d’une trentaine de messes pour la guérison de votre arbre généalogique, sans compter une session de quelques jours de la même somme. Car oui, pour être délivré ça coûte cher, très cher, car vous devrez enchainer session sur session et, bien que ces nouveaux thérapeutes vous promettent toujours plus de guérisons, en attendant, rien n’est remboursé par la sécurité sociale !

L’emprise marche à merveille, car elle utilise non seulement des techniques de manipulation mentale bien éprouvées mais vient se surajouter l’argument d’autorité du « Saint-Esprit », ces « sacrés médecins » recevant leur formation et leurs informations du « Très-haut », vous avez l’assurance de faire un séjour qui n’a pas de prix, puisque vous êtes entré dans le « saint lieu » d’une « clinique » toute spirituelle.
Vous devrez bien sûr préalablement répondre à un questionnaire digne d’un anesthésiste qui vous endormira avec un discernement sur mesure. Dès le début, par ce formulaire tout est orchestré. Il leur donnera toutes les informations qui leur permettront de vous manipuler. Ils ont toutes les cartes en mains pour vous déstabiliser et vous illusionner en vous faisant croire que vous êtes très blessé et que Dieu va vous guérir de toutes les blessures que vous connaissez et même celles que vous ignorez, mais que eux connaissent.

Petit à petit, au fil des jours, vous allez finir par avoir mal quelque part, car vous êtes venu là pour donner un visage à vos difficultés (connues ou inconnues). Vous vivrez un mélange de bien-être planant et d’angoisse, car on vous aura conduit à vous investir dans un univers imaginaire qui fait appel à de confuses émotions. Dans un premier temps les plus motivés des « patients » du psycho-spirituel auront l’euphorique impression d’avancer confusément dans la vie psychique et en même temps dans la vie spirituelle, mais à terme, cette démarche conduit ceux qui se sont livrés aveuglément à ces « thérapeutes », à s’égarer tant psychiquement que spirituellement et à finir cassés en eux-mêmes et dans leurs relations avec leurs proches.
Il est urgent que l’Église et les pouvoirs publics luttent sérieusement contre ces nouvelles impostures pseudo-thérapeutiques. L’État a le devoir de protéger les citoyens des abus et l’Église ses fidèles des fausses doctrines. Le mal du psycho-spirituel s’attaque à la racine de la raison humaine et à la racine de la foi dans le Christ, qui pour un chrétien n’a qu’un seul prix – le don gratuit du salut de Dieu.
À l’heure actuelle le mal de l’Église n’est pas tant lié au fait qu’elle se vide mais qu’elle n’ait plus le courage de dénoncer le mal secret qui se niche en son sein. Sommes-nous à ce point dans une ère de confusion des esprits que les marchands du temple soient devenus indélogeables ? Le comble du charlatan c’est qu’il vous vend un remède qui vous procure un mal que vous n’aviez pas avant de le rencontrer. Le jour où il vous dira en toute simplicité : « Je n’ai pas la prétention de tout guérir, je n’ai pas la toute-puissance ! », rassurez-vous, il est peut-être devenu catholique ?

Murielle Gauthier

Pour aller plus loin dans la compréhension du détournement des méninges par le psycho-spirituel : – Le Livre Noir de l’emprise psycho-spirituelle, collectif CCMM des victimes et familles de victimes du psycho-spirituel, Paris, 2012 ; et – Foi et Guérison, repères et critères chrétiens, Sr Marie-Ancilla, o.p. La thune, Marseille, 2008.

Source : http://www.maveritesur.com/roger-ikor/le-psycho-spirituel-un-mal-deguise-au-sein-de-l-Eglise-catholique/275

Steve Jobs : Il se soignait… avec des jus de fruits !

 

La biographie du génie de l’informatique vient de paraître en France, et on y apprend comment Steve Jobs préférait les carottes au scalpel pour se soigner.On y apprend, entre autres, que, gravement malade, il s’imposait des régimes végétariens très stricts . Mais pour soigner son cancer du pancréas, le fondateur d’Apple, Steve Jobs, mort le 5 octobre, a préféré d’étranges méthodes à la chirurgie moderne durant neuf mois, avant de céder au bistouri.

La biographie de Steve Jobs est bourré de révélations. C’est ce qu’on apprend dans la biographie du visionnaire qui vient de paraître en France et qui cartonne déjà aux Etats-Unis. « Je ne supportais pas l’idée qu’on m’ouvre le corps, alors j’ai décidé d’essayer d’autres méthodes », a confié un jour Steve Jobs à Walter Isaacson, son biographe, avec une pointe de regret dans la voix. Il raconte dans son livre que le génie « s’était imposé un régime végétarien strict à base de grandes quantités de carottes crues et de jus de fruits frais. A cette alimentation, il ajouta des séances d’acupuncture, divers remèdes à base de plantes, et de temps à autre, quelques traitements dénichés sur Internet ou conseillés par des gens de tous horizons, dont un médium. Pendant un temps, il fut même sous l’emprise d’un naturopathe… »

« Il a perdu du temps » Une obstination qui a duré neuf mois après l’annonce du diagnostic, jusqu’en juillet 2004, au grand dam de ses proches, pétris d’inquiétude. « Steve est venu me trouver quand il tentait de se soigner en mangeant des racines de pissenlit. Je lui ai dit qu’il était cinglé ! », témoigne dans le livre Andy Grove, patron d’Intel. « Il a perdu du temps », confirme le Dr Florence Huguet, cancérologue à l’hôpital parisien Tenon. En effet, son cancer était une tumeur neuroendocrine du pancréas, une affection rare, mais au développement lent et donc souvent soignée avec succès, tandis que le cancer « ordinaire » du pancréas ne laisse guère plus de six mois de survie aux malades. Détectée très tôt chez Steve Jobs, la tumeur aurait pu être retirée avant de se répandre dans son corps. « Le problème, se rappelle sa femme, Laurene, c’est que Steve ne voulait vraiment pas qu’on l’opère. C’est difficile de forcer quelqu’un à cela. » « Les méthodes alternatives sont très bien, mais uniquement en accompagnement d’un traitement médical classique, argumente le Dr Huguet. Pour traiter une tumeur, le moyen le plus efficace à ce jour est d’avoir recours à la chirurgie pour l’enlever. »

Diète de carottes au citron Steve Jobs n’a pas attendu la fin de sa vie pour entretenir un rapport particulier à la nourriture. L’homme était végétarien depuis les années 1970, après avoir lu Diet for a small planet, une bible prônant l’alimentation sans viande. Il a ensuite régulièrement soumis son corps à des régimes extrêmes, comme le fait de ne manger qu’un seul type d’aliments durant plusieurs semaines : diète de fruits, diète de carottes arrosées de jus de citron… En 2009, après sa greffe de foie, Jobs s’est mis à consommer uniquement des jus de fruits frais. « Il exigeait sept ou huit variétés différentes alignées devant lui, qu’il goûtait avec une cuillère pour pouvoir faire son choix », lit-on dans sa biographie. Puis Jobs reprit ses jeûnes, contre l’avis médical, alors que sa maladie s’aggravait. Il pensait pouvoir atteindre « l’illumination » en s’abstenant de manger…

Sans Ritchie, pas de Jobs

Dans l’ombre du grand Steve Jobs, un autre génie a disparu ce mois-ci sans faire de bruit médiatique. Dennis Ritchie, considéré par beaucoup comme l’inventeur de l’informatique moderne, est mort seul en silence à 70 ans, à son domicile dans le New Jersey (Etats-Unis), après un long combat contre la maladie. Très peu de médias ont évoqué sa disparition, au grand dam des « geeks », spécialistes de la technologie, qui savent que sans cet homme, la plupart des ordinateurs, mais aussi des smartphones, des tablettes, des GPS, n’auraient jamais existé. Dennis Ritchie a notamment inventé le langage informatique C, aujourd’hui omniprésent, et cocréé le système d’exploitation Unix. Une base qui est à l’origine de Mac Os, le système d’exploitation de toutes les machines Apple, d’Androïd, le système d’exploitation des smartphones, des modems tels que la Freebox et de nombreux logiciels… Dennis Ritchie était un inventeur discret et peu connu du grand public. Steve Jobs un innovateur, qui a su, lui, utiliser et valoriser la technologie « brute » de Ritchie.

Source : France Soir 28/10/2011