Secte du Parc d’accueil de Lisieux : les dessous de l’enquête

Une procédure exemplaire mais aussi une enquête judiciaire inédite, voilà comment les policiers ont mis un terme aux agissements de la gourelle de Lisieux Françoise Dercle.

Dernière mise à jour : 13/03/2014 à 17:26

 

Les policiers ont déployé des moyens inhabituels pour mettre fin aux agissements de Françoise Dercle.
Les policiers ont déployé des moyens inhabituels pour mettre fin aux agissements de Françoise Dercle.

 

” Il s’est écoulé neuf ans entre le début de l’enquête préliminaire et le procès en appel. “ Comme le note Yannick Le Roy, adjoint au chef de la PJ de Caen, l’affaire de la secte du Parc d’accueil a été un feuilleton de longe haleine.

Signalement en 2004

Début 2004, un premier signalement concernant les activités de Françoise Dercle est rapporté à l’ADFI Normandie, par une amie de l’une des adeptes de la gourelle. Un renseignement pris très au sérieux par l’association qui ne tarde pas à informer la police judiciaire. Il faudra attendre novembre 2006 pour que la plainte pour sévices déposée par une jeune femme membre du groupe, permette aux enquêteurs de démarrer un travail sur le terrain. L’enquête commence, elle s’avère très compliquée : ” Par définition, la secte vit repliée sur elle-même, c’est donc très compliqué de savoir ce qui se passe à l’intérieur. “Poussés notamment par la présidente de l’ADFI Normandie, les enquêteurs ne laissent pas tomber. Ils ont l’oreille du juge d’instruction ( ils seront quatre à se succéder sur cette affaire ) , ce qui leur permet de déployer des moyens d’enquête inédits pour ce type de faits. En l’espèce, les policiers démarrent des surveillances physiques des adeptes, ce qui établit que le groupe vit bien replié sur lui-même au sein de la maison de Lisieux.

Téléphone sur écoute

Clé de l’affaire, la PJ démarre des écoutes téléphoniques, ce seront elles qui permettront l’inculpation de Françoise Dercle. Yannick Le Rpy explique : ” C’était compliqué, des heures et des heures d’écoute. Car si Françoise Dercle n’était pas toujours là physiquement, elle était très présente par le téléphone. “ Et les enquêteurs découvrent alors la nature des relations entretenues par Françoise Dercle et ses adeptes : ” C’est comme cela que nous avons découvert l’emprise exercée sur les adeptes. Notamment quand on entend une adolescente parlementer une demi-heure avec une Françoise Dercle qui se fait menaçante parce que la jeune fille veut envoyer un texto à son petit ami. “ Plus impressionnant : ” Quand nous avons entendu cette femme de cinquante ans, totalement soumise, parlant avec une voix de petite fille, répondant juste par oui oui à la gourelle. ” Ces écoutes sont mises entre les mains d’un expert psychiatrique qui confirme ce dont tout le monde se doutait : les enquêteurs sont manifestement face à un abus de faiblesse psychologique.

Tous en garde à vue

Quand le matériel est réuni, les policiers prennent la direction de Lisieux et le 27 juin 2007, ils interpellent Françoise Dercle. Dans le même temps, ils placent tous les adeptes en garde à vue. Une méthode qui peut paraître surprenante, mais qui est tout à fait réfléchie : ” Il fallait absolument exploser le groupe, faire en sorte que les adeptes ne puissent pas communiquer entre eux. ” Choqués et en colère, ces derniers sont pour autant bel et bien un peu plus lucides dès le deuxième jour de garde à vue : ” Nous avons mis en place une équipe de soutien psychologique, nous avons prévu des hébergements d’urgence pour chacun d’entre eux, toujours éloignés pour garder cette idée que le groupe ne se reforme pas. “

Aujourd’hui, l’enquête judiciaire, comme l’ensemble de l’instruction, est qualifiée d’exemplaire. L’idée de déployer des moyens comme les écoutes téléphoniques pour lutter contre les dérives sectaires, s’impose. Depuis 2009, un service d’enquête spécifiquement compétent dans les dérives sectaires existe au niveau national. Il peut enquêter seul comme seconder tous les services de police qui travaillent sur les mouvements sectaires en France. Pour les familles et les associations, toutes ces avancées sont un très grand espoir dans la lutte contre les sectes.

Source : libertebonhomme

Des partouzes célestes et sectaires

Par , publié le 

Deux victimes d’une micro-secte dangereuse, dont la gouroue a été condamnée à 5 ans de prison, témoignent dans un livre de leur asservissement financier et sexuel. Extraits exclusifs.

Des partouzes célestes et sectaires
 

La gouroue d’une secte a été condamnée à 5 ans de prison ferme.

afp.com/Jacques Demarthon

 

Le 16 octobre, la gouroue Françoise Dercle a été condamnée à cinq ans de prison ferme pour avoir imposé à ses adeptes des relations sexuelles en groupe et leur avoir soutiré 400 000 euros. La Cour d’appel de Caen a rajouté un an de prison à la condamnation décidée le 22 janvier dernier par le Tribunal correctionnel de Lisieux (Calvados).

Cette affaire exceptionnelle caractérise une micro-secte hyper-dangereuse. Le « Parc d’accueil » de Françoise Dercle a sévi le 2002 à 2007 et la prise de conscience des adeptes manipulés a été telle que la grande majorité d’entre eux se sont retrouvés sur les bancs des parties civiles, 21 personnes.

François Dercle a été condamnée pour abus de faiblesse aggravéune qualification qui comprend des faits de complicité de viols et d’agressions sexuelles, mais aussi de violences volontaires sur personnes vulnérables.

La gouroue avait inventé les « mêlées célestes » ou les séances de  » navigation  » pour contraindre ses adeptes de lui offrir le spectacle de méga-partouzes… en prétendant qu’il ne s’agissait pas de relations sexuelles mais d' »effusions du Saint-Esprit « . Elle-même affirmait qu’elle prêchait en tant qu’épouse de Jésus et que Dieu parlait à travers elle.

Le 23 octobre, Eric et Julie Martin, deux anciens adeptes de la secte de Françoise Dercle, publient le récit bouleversant de « Cinq ans de cauchemar » (City Editions), avec l’aide du journaliste Manuel Sanson.

EXTRAITS EXCLUSIFS

Navigation en eaux troubles

« Le sexe s’impose au fur et à mesure. Comme à son habitude, Françoise Dercle procède par étapes. Pas question de nous braquer. Il faut y aller par petites touches… Nous glissons d’un enseignement spirituel classique à des rapports plus charnels. (…)

Après ces frottements de dos, on passe aux guili-guili. Comme avec des gosses. À tour de rôle, nous devons chatouiller nos acolytes en effleurant de plus en plus les parties intimes de chacun. Peu à peu, l’ob­jectif se précise : tous les prétextes sont bons pour évoquer la libération des corps. Notre « mère » revient emballée d’un voyage en Finlande.

Elle y a observé les gens se rendant au sauna et au hammam. Quel que soit leur sexe, ils n’ont aucun problème à se mettre nus, selon elle.

Elle loue ce supposé détachement. Et sa nouvelle consigne tombe : désormais, nous devons nous embras­ser, nous faire plein de bisous. Notre guide réoriente sa doctrine. Elle choisit des binômes en fonction de ses révélations. (…)

Attouchements sur les organes génitaux

À travers nos vêtements, les attouchements se multiplient sur les organes génitaux. Françoise Dercle nous suggère également de nous caresser les seins.

À chacune des séances, elle nous fait changer de partenaire. Homme ou femme, pas de distinction. C’est Françoise Dercle seule qui, à sa guise, forme et défait les couples. (…)

Une fois qu’elle en a terminé avec ses « prières », tout le monde se retrouve en duo sur de vieux matelas de gymnastique récupérés par l’un de nos acolytes. Les travaux pratiques se déroulent maintenant en sous-vêtements. Chacun doit se dénuder et personne n’y échappe, y compris les femmes les plus âgées qui font partie intégrante du groupe. Ma mère et Lucile sont de la partie. Et gare à ceux qui refuseraient de s’y plier.

Que vous soyez malade ou dérangé, rien ne peut vous empêcher de participer aux séances. Si elle perçoit la moindre réticence, elle se lève en sursaut et assène de violentes gifles aux contrevenants. Je ne suis pas de ceux-là, du moins au départ.

Je me lance dans ces séances de « navigation » – le terme employé par Françoise Dercle pour qualifier ces séances orgiaques. Je suis inquiet, mais d’une obéissance absolue, faisant taire toutes les pensées qui m’assaillent et me préviennent qu’il s’agit d’une folie. Je reste convaincu: il faut chasser les démons. En mon for intérieur, je suis captif, « accroché » par son ensei­gnement. (…)

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