Dérives sectaires en santé : l’offensive des mutuelles

Les gourous profitent de l’attrait des Français pour les médecines alternatives. La Miviludes et la Mutualité Française s’associent pour faire le tri dans les thérapies complémentaires.

Dérives sectaires en santé : l'offensive des mutuelles
MATT BRASHEARS/AP/SIPA

« Les sectes et les pseudo-thérapeutes en tout genre ont parfaitement su tirer profit d’Internet, que ce soit pour repérer les personnes vulnérables sur les forums de patients ou pour inonder la toile de soi-disant résultats positifs de leurs méthodes », s’alarme Serge Blisko, président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).

Pour contrer ces stratégies de communication qui piègent chaque année de plus en plus de Français rendus vulnérables par la maladie ou la souffrance d’un proche, la Miviludes pourra désormais compter sur le concours des quelques 500 mutuelles fédérées au sein de la Mutualité Française. Son Président, Etienne Caniard, doit signer ce matin avec Serge Blisko pour la Miviludes une convention-cadre visant à mener des actions communes de prévention sur les dérives sectaires potentielles dans le domaine de la santé. « Avec les revues mutualistes, la plateforme grand public Priorité Santé Mutualiste ou encore les réunions organisées localement par ses antennes régionales, la Mutualité Française nous apporte une véritable force de frappe, une formidable opportunité de sensibiliser le grand public aux dangers des dérives sectaires », affirme Serge Blisko.
Il y a urgence car les mouvements sectaires s’abritent derrière l’engouement des Français pour toutes les médecines dites alternatives, naturelles ou complémentaires. 4 Français sur 10 ont aujourd’hui recours à ces thérapies et ils sont 6 sur 10 parmi les malades du cancer. « Parmi les près de 3000 signalements que la Miviludes a reçu au cours de l’année, la part de la santé est en hausse, elle représente aujourd’hui 30% des signalements. Heureusement, il n’y a pas un groupe sectaire derrière chacune de ces dérives thérapeutiques », souligne le président de la Miviludes.


Identifier les charlatans et les gourous

Toute la difficulté est de faire la part des choses entre une thérapie complémentaire bénéfique, par exemple dans la lutte contre la douleur, et une méthode miracle pouvant cacher une dérive sectaire. Pour Serge Blisko, il faut s’inquiéter lorsque le « thérapeute » impose de substituer sa méthode aux traitements conventionnels suivis jusqu’alors. « C’est toute la différence entre une thérapie complémentaire et une alternative. Quand on pousse un malade du cancer à arrêter sa chimiothérapie en le convaincant que sa maladie provient d’un traumatisme psychologique d’ordre familial comme dans la « nouvelle médecine germanique » ou qu’on lui conseille de préférer le jus de fruit ou une méthode d’imposition des mains comme le reiki, il y a grand danger », insiste le président de la Mission.


Ecoutez Serge Blisko
, président de la Miviludes : « Certaines médecines complémentaires sont très utiles pour améliorer le confort du malade. Mais quand on prétend soigner le cancer de quelqu’un en lui prescrivant de boire sa propre urine, il faut dire halte ! » (…)

Suite de l’article

L’école d’infirmières toujours tourmentée

PUBLIÉ LE 23/10/2013

Par Anne-Sophie Coursier

CHALONS-EN-CHAMPAGNE (51). L’école d’infirmière se trouve dans le collimateur de Miviludes pour des cours sur la sophrologie.


Certains étudiants ont refusé de suivre les cours de magnétisme.

 

L’IFPS de l’avenue Sarrail n’a pas fini d’être dans la tourmente. Après que les conditions de travail et des faits de harcèlement ont été dénoncés, via la médecine et l’inspection du travail mais également auprès du président de la Croix-Rouge française dont dépend la structure (lire notre édition du samedi 21 octobre), voilà que l’on apprend que l’institut de formation des personnels de santé est dans le collimateur de la Miviludes, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.

Parmi les modules de formation donnés au sein de l’établissement châlonnais, certains portent sur la sophrologie et le magnétisme, une pratique non reconnue par les instances de santé. Jusqu’à peu de temps, ils avaient été rendus obligatoires, comptant même pour l’examen final. C’est en tout cas ce que des étudiants dénonçaient auprès de leur direction. En vain. « Nous n’avons pas été écoutés », souligne l’un d’eux.

Pourtant, la Miviludes est claire à ce sujet dans l’un de ses derniers rapports. Citant l’IFPS, il dénonce ces pratiques qui « peuvent être d’une efficacité redoutable dans le processus d’emprise mentale et peuvent conduire les malades à abandonner leur traitement conventionnel ».(…)

Suite de l’article

Canada – Décès de Chantal Lavigne: les accusés devront subir un procès

L'une des trois accusées, Ginette Duclos... (La Tribune, Yanick Poisson)

L’une des trois accusées, Ginette Duclos

LA TRIBUNE, YANICK POISSON

(Sherbrooke) Les trois accusés dans le dossier de la mort par sudation extrême de Chantal Lavigne, survenue à Durham-Sud en juillet 2011, devront subir un procès.

Les avocats de la défense dans cette affaire ont conclu l’enquête préliminaire de Gabrielle Fréchette, Ginette Duclos et Gérald Fontaine après avoir entendu seulement deux témoins, lundi avant-midi au palais de justice de Drummondville.

On a d’abord entendu le pathologiste André Boudreau, puis une autre personne présente lors du traitement par sudation fatidique.

On avait prévu deux jours pour cette enquête préliminaire, mais un avant-midi a suffi. Leur témoignage est frappé d’une interdiction de publication.

On a fixé au 15 janvier 2014 le retour du dossier devant le tribunal, moment où on fixera une date du début du procès. Les accusés ont choisi un procès devant juge et jurés.

Rappelons que Chantale Lavigne était âgée de 35 ans et mère de deux enfants. Elle avait perdu la vie le 29 juillet 2011 dans une résidence de Durham Sud à la suite d’un rituel de sudation appelé «mourir en conscience».

Elle avait été conduite à l’hôpital après plusieurs heures de «traitement», au cours desquelles elle et sept autres participants ont été invités à s’enduire de boue et se couvrir de plastique et de couvertures.

Les participants devaient ensuite se mettre la tête dans une boîte de carton et hyperventiler. Chantale Lavigne a perdu la vie après s’être soumise à cette procédure. Selon le coroner Gilles Sainton, Chantale Lavigne est morte d’hyperthermie.

Source : Lapresse

AVIS DU CONSEIL NATIONAL DE L’ORDRE DU 20 ET 21 MARS 2013 RELATIF A LA « MICROKINESITHERAPIE »

Avis du conseil national de l’ordre du 20 et 21 mars 2013 : DEONTOLOGIE « La « microkinésithérapie » apparait ainsi comme une technique non conventionnelle, qui pourrait ouvrir la voie à une dérive thérapeutique ».

La « microkinésithérapie » constitue une méthode non éprouvée qui ne bénéficie d’aucune reconnaissance légale, qui fait appel à des éléments physiopathologiques non démontrés tels que « la mémorisation tissulaire de l’agression » ou « les mécanismes d’autocorrection ». Elle ne fait pas non plus l’objet d’une reconnaissance par le conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes.

La « microkinésithérapie » apparait ainsi comme une technique non conventionnelle, qui pourrait ouvrir la voie à une dérive thérapeutique.

L’article R.4321-87 du code de la santé publique dispose que le masseur kinésithérapeute ne peut conseiller et proposer au patient ou à son entourage, comme étant salutaire ou sans danger, un produit ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé. Le même article proscrit toute pratique de charlatanisme.

Par ailleurs l’article R.4321-80 du code de la santé publique prévoit que : « Dès lors qu’il a accepté de répondre à une demande, le masseur-kinésithérapeute s’engage personnellement à assurer au patient des soins consciencieux, attentifs et fondés sur les données actuelles de la science ».

En outre, l’article R.4321-65 CSP dispose que « le masseur-kinésithérapeute ne divulgue pas dans les milieux professionnels une nouvelle pratique insuffisamment éprouvée sans accompagner sa communication des réserves qui s’imposent. Il ne fait pas une telle divulgation auprès d’un public non professionnel ».

Nous demeurons donc réservés sur la pratique, par nos confrères, de la « microkinésithérapie ».

source : Ordre des masseurs- kinésithérapeutes Conseil Départemental du Morbihan 10, rue du Dr Joseph Audic 56000 VANNES Tél . 02 97 63 84 68

L’étrange portrait-robot du “gourou-thérapeute”

19/04/2013 | 10h28
Sébastien Tellier.

Un rapport du Sénat, publié le 3 avril, s’est intéressé aux “dérives sectaires” dans le domaine de la santé. Se dégage du document une cible aux contours flous : le charlatan qui soigne avant tout son compte en banque.

Les sénateurs s’inquiètent. La médecine, cet “espace de rationalité”, serait de plus en plus noyauté par des “comportements sectaires” en tout genre. Dans un rapport sur “l’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé“, déposé le 3 avril dernier, les sénateurs dressent le portrait-robot d’un coupable méconnu : le gourou thérapeute.

Trois cas trash 

Pour illustrer les dangers de l’emprise mentale sur la santé des corps, nos élus citent des cas fameux. En voici trois qui reviennent en boucle dans le rapport.

Robert le Dinh alias “Tang”. Egalement surnommé le “troisième messie” ou le “Saint Elu”, Tang a piloté pendant deux décennies un groupe d’enseignement mystique chrétien. Le saint homme s’est fait condamnerl’an passé à dix ans de réclusion pour “agressions sexuelles aggravées”.

La “gourelle” canadienne Gabrielle Fréchette aka “Serena”. Des enquêteurs québécois lui avaient passé les menottes après que l’une de ses disciples, Chantal Lavigne, soit décédée. L’adepte a été victime d’une expérience de “sudation”. Enduite de boue et d’une pellicule de plastique, elle était restée neuf heures debout dans du carton…

Sans oublier Thierry Tilly et les “Reclus de Monflanquin”. L’homme,condamné à 8 ans de prison fin 2012, a persuadé une famille d’aristocrates qu’ils étaient visés par un complot. Le parquet avait poétiquement qualifié cette emprise – qui dura 10 ans – de “vampirisation financière et morale“.

Spirale de consultations et de stages

Les rapporteurs insistent à maintes reprises sur ces différents cas. Ils reconnaissent cependant que “le pouvoir du pire Charlatan n’est pas nécessairement à la hauteur de celui des Tilly, Tang et autres bourreaux“.

La forme d’emprise exercée par le thérapeute-gourou se manifeste chez ses victimes par une quête incessante de soins (pour les malades) et de formations (pour les disciples). La victime est ainsi entraînée dans une spirale incessante de consultation ou de stages qui par ailleurs ne sont pas sans conséquence sur ses revenus…

Pour dénicher cet ennemi du serment d’Hippocrate, le 14 février dernier, les sénateurs ont envoyé une délégation au salon du bien-être de Paris. C’est un peu comme si, de son vivant, une Margaret Tatcher déguisée était aller voir un match de foot au sein d’un groupe ultra. Elle aurait surement flippée en entendant ça :

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=x-4FJcnX0i8?feature=oembed]

La visite au salon du bien être a “confirmé combien l’offre de soins non classiques dans notre pays est considérable“. Les élus ont découvert une kyrielle de discipline au nom franchement bizarroïde : “biochirurgie immatérielle”, “décodage biologique”, “Programmation neuro linguistique”, “Biorésonance”,… Selon les rapporteurs, quelques points communs se dégageraient pour reconnaitre un gourou thérapeute caché sous son chapeau de paille.

“D’une part (…) une double inspiration (apparait à chaque fois) : nature et tradition coexistent avec l’habillage pseudotechnologique d’apparence “pointu” (…) D’autre part, ces praticiens veillent à donner l’apparence de la plus grande respectabilité tout en cédant à des pratiques relevant de la charlatanerie.”

Pour conclure, Molière

Serge Blisko, président de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) a évalué le nombre de “ces pratiques étranges” à 400. Une liste un peu fourre-tout où l’on trouve aussi bien l’acupuncture que les “constellations familiales et systémiques”… Tout au long du rapport, il n’est pas aisée de percevoir si les sénateurs opèrent une réelle différence entre médecines dites alternatives, rebouteux, escroc-charlatans et vrais gourous.

Pour achever leur étrange démonstration, les sénateurs convoque la littérature. “Comment ne pas évoquer les mérites de l’Orviétan – est-il écrit – remède à tout faire qu’achète pour sa fille un personnage de l’Amour médecin de Molière.” Et de citer le vendeur-charlatan:

“Admirez mes bontés, et le peu qu’on vous vend
Ce trésor merveilleux que ma main vous dispense.
Vous pouvez avec lui braver en assurance
Tous les maux que sur nous l’ire du Ciel répand :
La gale,
La rogne,
La teigne,
La fièvre,
La peste,
La goutte,
Vérole,
Descente,
Rougeole.
O grande puissance de l’orviétan !

Sectes : quand elles s’attaquent à notre santé

secte

Médecine douce, thérapie alternative, soins complémentaires… Ces pratiques attirent de plus en plus. Mais quand elles détournent les patients des soins conventionnels, la dérive sectaire n’est pas loin. Quelques clés pour la reconnaître et réagir.

Près d’un quart des courriers reçus par la Miviludes (Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires) concernent le domaine de la santé, et en particulier les sectes. C’est dire si ce secteur est en plein développement : promesses de guérison et recettes de développement personnel sont proposées par des organisations sectaires à dimension nationale, voire internationale, mais aussi par des “gourous-thérapeutes” organisés en réseau. Tous profitent de la souffrance ou de l’inquiétude des malades pour exercer sur eux leur emprise mentale et/ou financière. Face à ça, les Conseils nationaux de l’Ordre des professions de santé et les pouvoirs publics se mobilisent depuis plusieurs années.
Identifier la dérive sectaire


Toutes les médecines complémentaires, pratiques parallèles, ou même thérapie non éprouvée par la science, ne sont pas forcément sectaires. Il y a dérive quand on essaye de faire adhérer le malade à une croyance particulière et que l’on cherche en cela à le détourner de la médecine conventionnelle, voire de son entourage. Un mécanisme d’emprise mentale est mis en place pour amener le patient à prendre des décisions qu’il n’aurait pas prises autrement.

Ventes d’appareillages, de substances diverses ou d’ouvrages, participation à des stages ou des retraites coûteuses, orientation vers d’autres praticiens déviants… L’objectif est aussi de soutirer de l’argent au malade.
Des risques multiples


Il existe plusieurs domaines ou situations dans lesquels les sectes font courir des risques à leur victime : la nutrition, les troubles de l’enfant, le handicap, la fin de vie, le refus de soins, les vaccinations et les pseudo ”psy-thérapies“.

Pour le patient (et éventuellement les parents d’un enfant, ou les aidants lorsqu’il s’agit d’une personne dépendante), le danger est multiple :
– la rupture avec l’entourage ou l’environnement familier,
– l’arrêt des traitements conventionnels,
– le détournement de sommes d’argent importantes.

Conseils pratiques


– Se méfier des solutions ”miracles” qui proposent de tout résoudre tout en détournant de la médecine conventionnelle.
– Etre attentif à tout changement important de comportement, à un isolement soudain d’un proche ou d’un enfant.
– Ne pas entrer dans une relation exclusive avec le ”praticien”, se méfier s’il propose au malade et/ou sa famille de suivre également une thérapie avec lui.

En cas de doute, il faut en parler autour de soi, avec un médecin ou un autre professionnel de santé. Ne pas hésiter à contacter la Miviludes, l’Agence Régionale de Santé dont vous dépendez (elles ont toutes un référent compétent sur la question des dérives sectaires) ou des associations de lutte contre les dérives sectaires.
Pour en savoir plus


Source : http://www.essentiel-sante-magazine.fr/notre-vie/societe/sectes-sante

Le Sénat appelle à une lutte plus musclée contre les dérives sectaires dans la santé

Paris, le jeudi 11 avril 2013 – A plusieurs reprises, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVLUDES) s’est intéressée à l’émergence de dérives sectaires dans le domaine de la santé. Il s’agit d’un phénomène loin d’être marginal puisque selon le secrétaire général de la MIVILUDES qui s’exprimait sur ce point l’année dernière dans le bulletin de l’Ordre des médecins les dérives sectaires dans le domaine de la santé « représentent près de 25 % de l’ensemble des signalements qui nous sont adressés. Ce pourcentage est en augmentation constante ». Cette situation a incité le sénateur Jacques Mézard (PRG) à proposer la constitution d’une commission d’enquête. Cette dernière a remis un rapport très complet sur les « dérives thérapeutiques et dérives sectaires ».

Thérapie quantique

Ce long travail qui a nécessité notamment 72 auditions a tout d’abord permis d’observer combien « le corps et la santé sont omniprésents dans les conceptions des mouvements susceptibles de dérives sectaires ». Les sénateurs ont également été surpris de constater « l’immense marché des soins parallèles », dont le développement est nettement favorisé par internet. Ce « marché » est traversé de mouvements paradoxaux : certains se présentent comme des apologies des remèdes naturels, quand d’autres vantent des technologies farfelues (les sénateurs évoquent par exemple l’appareil «magnomega » qui grâce à des « champs magnétiques pulsés » promet bien être et « accès au monde de la thérapie quantique» !). Ces soins parallèles vont du charlatanisme jusqu’à une «emprise mentale exercée par le gourou » caractéristique des mouvements sectaires : pour le Sénat toutes ces situations sont à condamner.

L’hôpital menacé par les sectes ?

Outre le poids écrasant d’internet, les sénateurs constatent que le développement de ces pratiques dangereuses peut être favorisé par la tentation d’officialiser certaines pratiques non conventionnelles. Aussi, les sénateurs invitent à la plus grande prudence en ce qui concerne l’expérimentation à l’hôpital de certaines méthodes (telle la méditation). Ils recommandent des vérifications multiples devant concerner d’une part les praticiens et d’autre part la méthode qui devrait être évaluée par la commission médicale d’établissement (CME). Le danger de l’infiltration de certaines mouvances sectaires par le biais des hôpitaux publics avait été dévoilé par un long reportage de Sciences et Avenir publié en novembre. Le magazine montrait ainsi par exemple comment une association promouvant le « reiki » s’était fait un point d’honneur de s’introduire à l’hôpital. Il évoquait en outre comment, malgré eux, les hôpitaux de Poitiers et de Marseille faisaient parfois intervenir des associations liées à des milieux sectaires. L’enquête montrait encore que ces tentatives d’entremise des mouvements « sectaires » apparaissaient dès les études médicales et notaient par exemple que 17 thèses sur la fasciathérapie sont en cours dans les universités. Cette question de l’insuffisance du contrôle de l’enseignement figure également dans le rapport du Sénat qui appelle à un encadrement et à une évaluation plus rigoureuse des 2 600 diplômes universitaires existant en France, dont le contenu pédagogique est souvent peu contrôlé.

Quand les scandales font le lit de méthodes dangereuses

Enfin, dernier élément qui pourrait rendre plus attractifs ces mouvements dangereux : la dégradation de « l’image de la médecine classique » en raison de « l’inquiétude et le climat anxiogène résultant (…) de scandales récents » analyse le rapport de Pierre Mézard. « La commission regrette que cette image perturbée puisse conduire des personnes atteintes de pathologies lourdes à s’interroger sur les propositions thérapeutiques de leur médecin pour s’en remettre à des pratiques de « soins » sans nécessairement disposer d’une information complète sur les conséquences de leur choix » poursuivent les élus.

Quarante et une propositions pour saper la santé des sectes

Face à cette situation, l’action des pouvoirs publics, qui dispose pourtant d’un arsenal législatif complet dans ce domaine, serait insuffisante. Le rapport regrette notamment que la vigilance des services ministériels à l’égard des sectes se soit « relâchée » et que le « pilotage » de l’action gouvernementale en la matière soit « défaillant ». Aussi, le rapport énumère-t-il 41 propositions pour redresser le cap. Ces préconisations sont diverses : il s’agit d’abord « de renforcer la vigilance sectaire et d’améliorer le traitement judiciaire des dérives ». Les sénateurs insistent dans ce cadre sur la nécessité d’interdire « aux médecins, dentistes et pharmaciens radiés par leur Ordre » de faire état de leur titre. Les procureurs de la République sont pour leur part incités à « porter une attention particulière aux suites à donner aux plaintes et signalements s’inscrivant potentiellement dans un contexte sectaire ». Concernant l’information médicale en ligne, la commission veut donner plus de pouvoir aux « enquêteurs de la cyberpatrouille de la Gendarmerie nationale » qui devrait être autorisés à « mener des investigations sous pseudonyme ». Une campagne d’information menée par l’INPES sur ces questions est en outre préconisée. Les sénateurs formulent également plusieurs recommandations pour mieux «connaître et encadrer le recours aux pratiques non conventionnelles » : certaines concernent l’activité des psychothérapeutes ou encore l’introduction de pratiques non conventionnelles à l’hôpital. Enfin, à l’égard des mineurs, les sénateurs souhaitent que les enfants scolarisés à domicile ou dans un établissement hors contrat soit l’objet d’un contrôle médical annuel par un médecin « assermenté ».
Illustration : Le père Ubu, maître de Ordre de la Grande Gidouille

Source : http://www.jim.fr/en_direct/pro_societe/e-docs/00/02/1C/70/document_actu_pro.phtml

La lutte contre la médecine ésotérique se poursuit

Créé le 10-04-2013 à 14h53 – Mis à jour le 11-04-2013 à 15h54
Olivier Lascar
Par 
Sciences et Avenir

Après six mois de travaux, la commission d’enquête sur l’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé a rendu son rapport mercredi 10 avril.

Le Sénat (MIGUEL MEDINA/AFP)

Le Sénat (MIGUEL MEDINA/AFP)

ENQUÊTE. C’est la conclusion de 6 mois d’investigation que la Commission d’enquête sur « l’influence des mouvements à caractères sectaire dans le domaine de la santé » rendait publique mercredi 10 avril.

En préalable, les sénateurs ont bien précisé que toutes les pratiques thérapeutiques non conventionnelles ne sont pas forcément assimilables à des dérives sectaires. Reste qu’ils n’en ont pas moins pointé du doigt un certain nombre de risques.

La Commission a ainsi rappelé à quel point la santé représente « l’amorce d’une emprise exercée sur les victimes, d’autant que la contestation du système de santé et de la médecine (vaccination, transfusion…) est une constante des discours porteurs de dérives sectaires. »

 

Des pratiques qui prétendent guérir les maladies les plus graves

 

Une réalité que les sénateurs ont pu constater sur le terrain, durant leur enquête, en se rendant dans des salons « Bien-être » où les exposants proposent une multitude de techniques non éprouvées et sans fondement scientifique, mais prétendant guérir les maladies les plus graves. « On trouve tout et n’importe quoi sur ce genre de salon. » commentait d’ailleurs le rapporteur Jacques Mézard.

ÉSOTÉRISME. Malheureusement, les dangers de ces techniques sont selon les parlementaires« amplifiés par un engouement pour les pratiques thérapeutiques non conventionnelles », touchant malades mais aussi professionnels de santé, au sein même des hôpitaux.

Le phénomène est largement amplifié par l’offre pléthorique de soins diffusée sur Internet, « vecteur incontournable de l’information médicale sans que la sécurité des internautes soit à ce jour garantie » indique le rapport. « La découverte de toutes les pratiques thérapeutiques proposées sur la toile m’a donné le vertige », commente même le sénateur Jacques Mézard, président de la commission.

Lors de la conférence de presse, les sénateurs ont particulièrement insisté sur la fasciathérapie, une pratique ésotérique inspirée de l’ostéopathie et des enseignements de Ram Chandra, fondateur de lasectes Shri Ram Chandra Mission (lire enquête Sciences et Avenir ci-dessous).

Ils ont en particulier pointé les faiblesses scientifiques d’un essai clinique mené à l’Institut de Cancérologie de l’Ouest d’Angers et visant à démontrer l’impact de la faciathérapie sur l’amélioration de la qualité de vie chez des patientes ayant un cancer du sein.

 

Les préconisations du rapport

 

« DOCTEUR ». L’enquête du Sénat se conclut par 41 propositions dont la plupart peuvent être mises en œuvre facilement, par de simples ajustements législatifs. Parmi ces propositions deux sont particulièrement importantes. D’abord, l’interdiction d’utiliser le titre de docteurs aux médecins, dentistes et pharmaciens radiés de leur Ordre. En effet, une telle disposition permettrait de mettre un terme à une aberration sémantique, puisque ces praticiens qui n’ont plus le droit d’exercer en raison de fautes graves peuvent encore afficher leur titre de docteur comme argument d’autorité dans l’exercice de leurs pratiques alternatives et pseudo-médicales.

Autre sujet sensible : les diplômes universitaires (DU). Il en existerait plus de 2600 en France, dispensés dans les différentes universités et facultés. Or, les contenus pédagogiques de ces enseignements étant peu ou pas contrôlés, certains proposent aux étudiants, notamment dans des facultés de médecine, des formations à des pratiques non éprouvées voire à risque de dérives thérapeutiques et/ou sectaires. Les sénateurs proposent donc un encadrement et une évaluation rigoureuse de ces DU.

Olivier Lascar, Sciences et Avenir, 10/04/13

À LIRE AUSSI : Acupuncture, hypnose, ostéopathie… ce qu’en pense l’Académie de Médecine

Sectes a? l’hopital-HD.pdf by sciencesetavenir

Source : http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/sante/20130410.OBS7402/la-lutte-contre-la-medecine-esoterique-se-poursuit.html

Un rapport du Sénat sur les dérives thérapeutiques et sectaires dans le domaine de la santé (France)

Soumis par Gestion le 10 avril 2013

La commission d’enquête du Sénat sur l’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé a présenté son rapport mercredi le 10 avril. La commission constate « un danger démultiplié par le développement des pratiques thérapeutiques non conventionnelles, par la diffusion en toute liberté d’une offre de soins non maîtrisée sur internet, par le soutien apporté de facto à la transmission de ces techniques dans le cadre de la formation professionnelle et par une réponse globalement insuffisante des pouvoirs publics« .

Le rapport, de plus de 300 pages, décrit plusieurs pratiques non crédibles, notamment l’iridologie (qui permettrait de tout diagnostiquer à partir de l’iris), la « kinésiologie spécialisée« , l’ondobiologie et son corollaire, la « chirurgie immatérielle« , la drainolymphologie, le décodage biologique, la méthode dite des faux souvenirs induits, la biorésonance, la reconnexion…

Après avoir analysé les modes de fonctionnement des dérives thérapeutiques et sectaires et les facteurs qui favorisent leur maintien (dont parfois la formation universitaire), le rapport formule 41 recommandations :

  • pour renforcer la vigilance sectaire et améliorer le traitement judiciaire des dérives;
  • pour mieux encadrer l’information médicale en ligne et pour renforcer la sécurité des internautes;
  • pour mieux connaître et encadrer le recours aux pratiques non conventionnelles, contrôler l’activité des psychothérapeutes, renforcer l’accompagnement des patients et rendre plus rigoureuse l’évaluation des pratiques non conventionnelles;
  • pour mieux connaître et encadrer la formation aux pratiques non conventionnelles, mieux coordonner les acteurs de la formation professionnelle et renforcer leur sensibilisation aux risques de dérives thérapeutiques et sectaires et orienter les financements publics vers des formations labellisées en fonction de critères stricts de qualité et de sécurité;
  • pour renforcer la protection des mineurs.

Source : http://www.psychomedia.qc.ca/secte/2013-04-10/rapport-derives-therapeutiques-sectaires-commission-senat-france