Les malades aux mains des sectes

 

Publié le : 11 Avril 2013 par Philippe Berrebi

Abus de faiblesse. Pour les sectes, les malades représentent une cible idéale. Elles exercent une emprise sur des personnes vulnérables qui n’ont pas trouvé dans la médecine académique de réponse satisfaisante à leur souffrance. Et une fois encore, une commission d’enquête du Sénat s’inquiète de l’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé. Avec des pratiques proches de la « charlatanerie », relève le quotidien 20 minutes dans ce rapport.

Même si toutes les pratiques non conventionnelles ne relèvent pas de pratiques sectaires, le phénomène prend de l’ampleur. A cela trois raisons.
La contestation du système de santé et de la médecine, par exemple avec la vaccination, « est une constante des discours porteurs de dérives sectaires », indique la commission. Son rapporteur pointe aussi du doigt les salons « Bien-être ». « On trouve tout et n’importe quoi sur ce genre de salon », assure Jacques Mézard. Comme des techniques sans fondement scientifique qui prétendent guérir les maladies les plus graves. En éloignant les patients de la médecine basée sur les preuves, elles compromettent leurs chances de guérison.

Internet propose également une offre pléthorique de solutions «miracle » et ses instigateurs s’abritent derrière des pseudo sites santé. « La découverte de toutes les pratiques thérapeutiques proposées sur la toile m’a donné le vertige », avoue le sénateur. D’autant qu’il est souvent difficile pour l’internaute de faire le tri entre toutes ces informations.

Justement, parmi ses 41 propositions, indique le quotidien, le Sénat suggère de renforcer la sécurité de l’information des internautes. Les auteurs du rapport demandent également qu’un médecin qui a été radié de l’Ordre ne puisse plus user de son titre de « docteur », comme c’est le cas aujourd’hui.
Enfin, plus de 2600 diplômes universitaires (DU) seraient délivrés aujourd’hui dans des universités et des facultés. Certains DU proposent des formations à des pratiques non validées ou même s’apparentant à des dérives sectaires. Le Sénat réclame une évaluation rigoureuse de ces enseignements pour mieux les encadrer.

Source : http://pourquoi-docteur.nouvelobs.com/Les-malades-aux-mains-des-sectes–2397.html

Les sénateurs s’attaquent aux dérives sectaires en santé

 10/04/2013

Depuis le rapport de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) sur la « Santé et dérives sectaires » publié en avril 2012, les institutions se mobilisent. Après l’Académie de médecine, qui a publié un avis appelant à la prudence en mars, la commission d’enquête sur « l’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé », présidé par le médecin UMP Alain Milon, vient de rendre son rapport ce mercredi matin. Sous la plume du rapporteur Jacques Mézard (RDSE) sont concentrés 6 mois de travail aux cours desquels plus de 70 auditions ont eu lieu.

Comme il est d’usage, les sénateurs ont insisté sur la distinction entre dérives thérapeutiques et dérives sectaires, tout en soulignant « la porosité » entre les deux, selon le rapporteur. « Avant de lancer cette mission, je ne m’étais pas aperçu de tout ce qui existe, notamment sur Internet. Maintenant, j’ai le vertige. Sur la toile notamment on trouve tout et n’importe quoi », témoigne Alain Milon. « La santé est utilisée comme une porte d’entrée vers une emprise sur de futurs adeptes. Des pratiques commerciales exploitent les peurs », insiste Jacques Mézard.

Les risques sont d’autant plus vifs que la médecine classique semble victime d’un certain désamour des patients. Les récents scandales sanitaires contribuent à saper son image, « les malades s’interrogent sur les pratiques de leur médecin et demandent une prise en charge plus humaine et plus personnalisée », indique Alain Milon.

41 mesures

De l’aveu des sénateurs, l’arsenal législatif est conséquent. « Il faut appliquer les mesures existantes et corriger à la marge celles qui doivent l’être », juge Jacques Mézard.

En matière juridique, les parlementaires en appellent aux procureurs pour qu’ils portent une plus grande attention aux plaintes des proches des victimes. Ils préconisent de renforcer le statut de la MIVILUDES en accordant une immunité à son président.

Ils suggèrent d’instaurer un contrôle rigoureux des appareils à finalité médicale ou pseudo-médicale, de la part de la direction de la concurrence. « Il existe de nombreux contrôles sur les produits pharmaceutiques, mais à côté foisonnent des produits parfois très farfelus, comme on peut en voir au salon du bien-être. S’il s’agit de pierre censée apaiser le stress, ce n’est pas grave. Mais j’ai aussi eu connaissance d’un appareil qui, utilisé tous les huit jours, permettrait de réduire les problèmes liés à la sclérose en plaques », développe Jacques Mézard.

Sur Internet, les sénateurs proposent d’améliorer la visibilité des informations officielles et de permettre aux enquêteurs de la cyberpatrouille de la gendarmerie nationale de mener des investigations sous pseudonyme, comme dans la lutte contre la pédophilie.

Médecins déviants et polémique à l’hôpital

Comme l’a suggéré le Dr Serge Blisko lors de son audition en octobre dernier, les sénateurs requièrent l’interdiction de l’usage du titre de docteur aux médecins, dentistes et pharmaciens radiés de leur Ordre, assortie d’une coordination européenne afin de faire respecter cette mesure dans les pays limitrophes.

Le rapport reste très prudent sur l’introduction des pratiques non conventionnelles à l’hôpital en définissant plusieurs garde-fous. Des groupes de détection des patients vulnérables pourraient être mis en place sur le modèle du dispositif actuel pour les victimes de violence, la Haute Autorité de santé (HAS) devrait accréditer les praticiens exerçant des pratiques non conventionnelles, et les agences régionales de santé seraient en charge d’organiser leur suivi, via les Ordres.

Les sénateurs insistent sur la nécessité d’un débat au sein de l’hôpital avant l’introduction de pratiques non conventionnelles, qui devrait être conditionnée à l’avis favorable de la commission médicale d’établissement (CME). La recommandation est inspirée de l’expérimentation en cours à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) qui suscite les avis opposés de la directrice générale Mireille Faugère, favorable, et du président de la CME, le Pr Loïc Capron, tous deux auditionnés. « Il y a un véritable débat. Il est nécessaire de remettre de l’ordre », estime Jacques Mézard.

Des évaluations nécessaires

Les sénateurs prévoient en outre un suivi des patients par la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) et des intervenants extérieurs par les médecins chefs. Ils ont notamment estimé « qu’il y avait beaucoup à redire » sur l’introduction de la fasciathérapie à l’Institut de cancérologie de l’ouest d’Angers, de même que sur l’essai clinique réalisé sur une cinquantaine de femmes atteintes de cancer du sein. « Pour sortir de l’impasse, il faut demander des évaluations de la HAS », estime Jacques Mézard.

Enfin, la mission d’information alerte sur la nécessité d’encadrer les formations, en limitant le recours à l’intitulé « université » et en regardant de plus près le contenu des quelque 2 600 diplômes universitaires. Selon Alain Milon, le ministère de la Santé serait incapable d’en donner un recensement précis.

› COLINE GARRÉ

Source : http://www.lequotidiendumedecin.fr/actualite/sante-publique/les-senateurs-s-attaquent-aux-derives-sectaires-en-sante#backontop

Relayé par Roger Gonnet

Un rapport dénonce le boom des médecines parallèles

Un rapport sénatorial remis ce mercredi au gouvernement tire la sonnette d’alarme : de plus en plus de Français n’ont plus confiance dans la médecine traditionnelle et se tournent vers les médecines parallèles dispensées parfois par des sectes ou des charlatans. RMC a suivi une séance de formation en ondobiologie.

Philippe Gril avec Thomas Chupin | RMC.fr | 03/04/2013

© Franck Fife – AFP

Sectes, gourous et autres charlatans ont le vent en poupe. La méfiance des Français à l’égard des services de santé les pousse de plus en plus vers les médecines parallèles. C’est ce qui ressort d’un rapport sénatorial remis ce mercredi, et dévoilé sur RMC. Le rapport dénonce un véritable business de plusieurs dizaines de millions d’euros annuels qui s’amplifie avec la crise. Médiator, pilules de 3e génération… Les récentes affaires médicales ont échaudés les Français, et les conditions d’accueil dans les hôpitaux, où le temps consacré au patient est réduit à sa portion congrue, font que les malades n’ont jamais été autant attirés par les soins « alternatifs ». Le rapport dénonce des pratiques qui ne sont pas interdites, mais qui n’ont pas toujours prouvé leur efficacité comme la mésothérapie, la massothérapie, la kinésiologie, la laxothérapie  ou encore l’ondobiologie (voir plus loin).

« On entraîne les gens vers le refus des soins médicaux »

« La santé est manifestement un domaine dans lequel certaines mouvances sectaires font leur marché », dénonce sur RMC Jacques Mézard, sénateur PRG qui a participé à l’élaboration de ce rapport. « On entraîne les gens vers le refus des soins médicaux, et on leur conseille du jus de citron ou n’importe quoi. Un certain nombre d’entre eux en meurent. Il y a aussi un danger pour leurs finances. Souvent nos concitoyens crient lorsqu’il y a des hausses du coût de certaines participations à la santé et on voit les mêmes dépenser des centaines d’euros pour acheter de la poudre de perlimpinpin ou des objets qui ne servent à rien ».

« Les gens ont recours à la pensée magique »

Houssine Jobeir est docteur en psychopathologie à Brest. Il a longtemps travaillé et reçu les victimes de sectes. Pour lui la popularité de ces médecines parallèles, n’est pas une surprise : « Il suffit de voir les services des urgences pour savoir comment les malades sont reçus. La qualité d’écoute que l’on doit offrir à des gens en souffrance n’est plus à la hauteur des attentes. Donc les gens ont recours à ce que l’on appelle « la pensée magique ». Vous avez quelqu’un qui va vous délivrer de tous vos problèmes en un clin d’œil. C’est tout à fait désastreux à la fois pour les patients et les familles, pour qui c’est parfois tragique ». Il cite le cas d’une dame qui avait un cancer de la main : « des gens d’une secte sont arrivés directement à l’hôpital en lui promettant que les métastases allaient disparaître grâce aux prières et autres harmonisations. Malheureusement, elle est décédée trois mois plus tard d’un cancer généralisé ».

300 euros la séance de « soins sans contacts »

Pour comprendre comment travaillaient ces médecins « alternatifs », RMC s’est invitée à un cours de formation en Ondobiologie. Un de nos reporters est allé suivre, de façon anonyme, une séance… édifiante. Devant une vingtaine de « stagiaires » réunies dans un établissement parisien estampillé « ondobiologie » et qui a pignon sur rue, Jean-Marie B. (le « maître », tel qu’il est nommé par des membres de son syndicat des ondobiologues) a expliqué le principe de sa médecine : soigner le patient sans le toucher. « On enlève tout ce qui est défectueux et on remet du neuf à la place, sans vous toucher. Vous ne verrez pas ce que j’enlève, parce que c’est immatériel », explique-t-il en exécutant des gestes théâtraux au-dessus d’un stagiaire qui joue le rôle du malade. Une poubelle, placée au centre de la salle, est censée recevoir les énergies négatives et les bactéries, virus ou infections qui affectent le malade. L’ondobiologue annonce très sérieusement qu’il peut tout soigner : Alzheimer, dépression, cancer, crise cardiaque…La formation de trois semaines coûte la modique somme de 9 000 euros. Et pour ses soins, le chirurgien immatériel, demande 300 euros la séance à ses patients.

Source : http://www.rmc.fr/editorial/365618/un-rapport-denonce-le-boom-des-medecines-paralleles/

Pratiques sectaires et médecine L’an I de la résistance

« C’est que dalle, ton cancer, c’est de la merde. C’est un rhume. Un cancer, en soi, n’a rien de destructeur pour l’organisme. »(1) Ceux qui pensent que ce type de propos méritent d’organiser une réaction auraient apprécié la table ronde organisée par le SPF Santé et consacrée aux « pratiques sectaires et soins de santé ».

« Le cancer du poumon est donné par le conflit dans la tête par peur du message tabac=cancer ». « De 80 à 90 % des maladies et 100% de leurs aggravations sont dus uniquement au message médical ». « Le sida n’existe pas. » « 2,5 milliards de personnes ont été assassinées par la chimio, celle que les médecins juifs se gardent bien de faire aux autres Juifs ». « Il a fait un scanner montrant des métastases au cerveau. Je lui ai dit : c’est génial, là, ce qui t’arrive. Là, tu es en train de guérir. »

« J’ai vu les guillotines destinées aux camps de concentration pour ceux qui refuseront la vaccination » « Il me demande s’il doit faire de la chimio. Je réponds : si t’as envie de crever. Ça tue plus de 85% des gens. »

Les images et les textes présentés par Sandrine Mathen, analyste au CIAOSN (2), lors de la table ronde consacrée aux pratiques sectaires et soins de santé, auraient sans doute suffit à justifier l’organisation d’une journée sur cette problématique.

Mais les médecins, les policiers, les autorités judiciaires, tout comme la ministre de la Santé présente ce jour-là ont, tous, rappelé également l’importance de l’enjeu : les soins de santé sont devenus un vaste (et dangereux) « terrain de jeux » pour les dérives sectaires.

« Les organisations sectaires ou les gourous dangereux s’attaquent aux personnes fragilisées, y compris sur un plan psychique, ou qui ont perdu espoir dans la médecine », a relevé le Dr Dirk Cuypers, du SPF Santé. « Mais », a complété le Dr Martine Luyckx, inspecteur d’hygiène au SPF Santé, « ils visent aussi un public intellectuellement élevé, qui absorbe un discours et des préceptes non basés sur les résultats scientifiques les plus récents ». En fait, « que l’on présente de l’intérêt pour une recherche de spiritualité, de bien-être, une nouvelle alimentation ou que l’on soit déçu par la médecine scientifique, tout le monde peut être touché », a résumé la commissaire Alice Croonenberghs (Police fédérale).

« Les thèmes de séduction utilisés correspondent à des attentes et la santé est un point d’entrée facile pour les gourous de tous bords, dont certains représentent de véritables dangers. »

source :BELGIQUE / Le Journal du médecin, N°2302 pages 6-7 01/03/2013

Relayé par le C.C.M.M.