« Peace run » : ils courent pour la paix… en masquant leur spiritualité

 

Alice Papin – publié le 18/03/2014

En une semaine, des disciples de Sri Chinmoy, un maître spirituel, traversent le sud de la France en courant. Face aux mairies et aux clubs locaux, c’est en tant que messagers de la paix qu’ils se présentent, occultant leur spiritualité pourtant au coeur de cette course vécue comme une méditation. Reportage le long de l’étape Perpignan-Narbonne.

|| © Laurent Lacombe/ Andia pour Le Monde des Religions|| © Laurent Lacombe/ Andia pour Le Monde des ReligionsRencontre avec le maire de Perpignan, Jean-Marc Pujol.|| © Laurent Lacombe/ Andia pour Le Monde des Religions|| © Laurent Lacombe/ Andia pour Le Monde des Religions|| © Laurent Lacombe/ Andia pour Le Monde des Religions

|| © Laurent Lacombe/ Andia pour Le Monde des Religions

 Le café tant apprécié par les magistrats sera quelque peu troublé ce matin : la place Arago, en face du palais de Justice de Perpignan, et ses terrasses ensoleillées, lieu adéquat pour peaufiner sa plaidoirie en silence, verra l’arrivée de deux vans perturbateurs. Descendent des véhicules, l’équipe en jogging bleus et baskets de Peace run. Ce groupe de coureurs de fond, qui parcourent l’Europe pour diffuser la paix, n’a rien à envier à l’organisation d’un staff d’une grande équipe de sport.

Dans une cadence folle, des flyers sont distribués, des drapeaux sortis et une banderole est étendue. Une fois la flamme de la paix allumée, proche de celle des Jeux Olympiques, le groupe se rassemble pour la photo qui illustrera l’article du journal régional. Malgré la vitesse de l’action, cette image respirera la plénitude par le sourire de ses participants. On y verra la quinzaine de coureurs de Peace Run mais aussi des enfants brandissant le flambeau symbolique accompagnés des clubs perpignanais de karaté et de course à pied. Les prises de photographies seront furtives : le maire de Perpignan, Jean-Marc Pujol, les attend quelques rues plus loin pour une cérémonie. Toute l’assemblée disparaît au pas de course de la place,  intriguant le peu de touristes présents.

Sri Chinmoy n’étonne personne

A l’Hôtel de Ville, tout l’attirail est ressorti. C’est le moment pour le svelte et bronzé Autrichien, Dipavajan Renner, coordinateur de Peace run en Europe, d’en dire plus sur la course : « Nous sommes très heureux d’être accueillis parmi vous. Nous sommes un groupe international qui court pour la paix. Notre parcours s’étend sur 24 000 kilomètres et 47 pays (…) L’initiateur dePeace run s’appelle Sri Chinmoy (…) ». « 24 000 kilomètres ! », reprend le maire étonné.

Avec une courtoisie politique, encore plus forte en période électorale, l’élu les remerciera de leur passage dans la ville, après que les joggeurs aient chanté leur hymne phare, composé de nouveau par Sri Chinmoy, dont le nom oriental ne semble interroger personne. Ni l’adjointe aux sports en charge de la cérémonie, qui ne connaissait pas Peace run avant les premiers échanges avec l’équipe. Ni la plupart des clubs ou mairies qui partageront un temps avec ces « messagers pour la paix ».

Cette méconnaissance n’a rien de surprenant : avec Peace run, les disciples du maître spirituel ne souhaitent pas afficher leur spiritualité au risque d’effrayer et d’anéantir le message de paix qu’ils portent au pas de course de Lisbonne à Belgrade. La vigilance est d’autant plus forte en France, où ils longeront la côte méditerranéenne, en raison de la Commission parlementaire sur les sectes de 1995 qui les a répertoriés parmi ces mouvements et de l’association anti-sectaire, UNADFI qui a signalé ce courant spirituel.

Les rencontres de cette journée chargée seront à l’image de celle de Perpignan : pas d’affichage religieux et une organisation hors pair, aidée par la répétition. Surtout que le temps tourne et que l’équipe est attendue à 18h15 à Narbonne, à environ 70 kilomètres de là. Avant, il faudra faire étape dans quatre autres villes pour des réceptions. Des rendez-vous seront pris aussi avec les clubs sportifs de ces bourgs. Ensemble, ils partageront des kilomètres de départementale, à travers les paysages arides et infinis de bord de mer, toujours au pas de course et en sueur.

La transcendance de soi(…)

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