Comps-Lagrandville. Gisèle, ancienne membre des Béatitudes, se bat pour sa retraite

Gisèle et Alain, anciens membres des Béatitudes au sein de l’abbaye de Bonnecombe, seront aux Prud’hommes ce mardi matin, pour réclamer à la communauté religieuse plus de vingt ans d’arriérés de cotisations retraite.

« Aujourd’hui je touche 400 € de RSA, mais j’ai l’âge de la retraite. » Vivant déjà avec peu, Gisèle s’inquiète de devoir subvenir à ses besoins avec encore moins. Car sa retraite, cette ancienne religieuse, n’y aura pas droit si elle ne fait rien. « J’ai fait partie des Béatitudes de 1982 jusqu’à 2009, témoigne la sexagénaire résidant à l’abbaye de Bonnecombe à Comps-Lagrandville. Et la communauté religieuse n’a versé les cotisations retraites qu’à partir de 2000, parce que la conférence des évêques de France le lui a demandé. » Ce n’est pas avec neuf ans de cotisations, que Gisèle pourra vivre les vingt prochaines années. C’est pourquoi elle a décidé d’aller en justice. Ce mardi à 14 heures, elle et Alain, un autre ex-membre de Bonnecombe dans la même situation, seront à la première audience de conciliation devant les juges des prud’hommes.

Des dommages-intérêts pour rupture abusive

L’objet de leurs demandes ? Reconnaître leur statut de travailleur non salarié et ainsi reconnaître que leur employeur – les Béatitudes – ne les ont pas assurés auprès de la Sécurité sociale, en l’occurrence auprès du régime de la CAVIMAC (caisse maladie des cultes). Or, la loi fait obligation à tout culte de cotiser pour la maladie et la vieillesse de leurs membres mais aussi, depuis 2006 ou 2008 (selon le culte), de cotiser pour leur retraite complémentaire. À l’appui de leurs demandes, Gisèle et Alain revendiquent des années de labeur au sein des dizaines de maisons de la communauté dans lesquelles ils sont passés. Elle, comme rédactrice de la revue « Feux et Lumière » mais aussi comme infirmière dépêchée au Maroc notamment. Lui, comme imprimeur de la revue.

S’ajoutent au contentieux des dommages-intérêts pour « rupture abusive ». « On a été privé de nos droits au sein de la communauté en 2007 à cause de la médiatisation de l’affaire Pierre-Etienne (voir ci-contre, N.D.L.R.), raconte Gisèle, et lorsqu’on a demandé notre réintégration en 2009, elle a été refusée à cause de ce dossier, c’est donc une rupture abusive. »

Pour l’ensemble de leurs griefs, Gisèle et Alain réclament respectivement 140 191 € et 169 480 €. Des sommes conséquentes qu’ils auront bien du mal à obtenir, la principale difficulté étant pour eux de prouver leurs dires. Les salaires allaient aux Béatitudes et aucun bulletin de paie n’était remis. « Pour le dossier j’avais besoin de témoignages de personnes m’ayant vu travailler, précise Gisèle, mais ils ont été interceptés et je n’ai donc aucune preuve interne. » Loin de baisser les bras, l’ancienne nonne pourra tout de même produire des attestations faites par d’anciens membres et par des proches. Mais elle le sait, ce sera long.

« Ils iront jusqu’en cassation, affirme-t-elle, parce qu’il y a environ 700 sortants des Béatitudes depuis 3-4 ans à cause de toutes ces affaires (voir ci-dessus, N.D.L.R.) et ils ne veulent pas que ça fasse jurisprudence. »

Les Béatitudes au cœur de procès de mœurs

Alors que Pierre-Etienne, ancien membre des Béatitudes au sein de l’abbaye de Bonnecombe, a été mis en examen pour pédophilie et attend toujours son procès pénal, d’autres membres de la communauté sont déjà passés devant les juges, ecclésiastiques du moins.

C’est le cas de Philippe Madre, diacre, ex-modérateur général des Béatitudes et personnalité connue en Aveyron pour ses « guérisons » miraculeuses. Suspecté en 2005 d’« abus sexuel par personne ayant autorité » dans le cadre de ses accompagnements spirituels, il vient d’être déclaré coupable par l’archevêché de Toulouse qui l’a condamné au « renvoi de l’état clérical ». En d’autres termes, n’ayant plus aucune mission canonique ni diaconale, il est réduit à l’état de laïc.

La Dépêche du Midi du 22 juin 2011