DERRIÈRE LE RIDEAU DES SOIRÉES « SCÈNE OUVERTE » DE LA SCIENTOLOGIE

CHAQUE MARDI SOIR, LA SCIENTOLOGIE FAIT SON JAMEL COMEDY CLUB

LA FIÈVRE DU MARDI SOIR | ENQUÊTE | par Robin D’Angelo | 14 Octobre 2014

Aux Etats-Unis, la Scientologie a Tom Cruise. En France, elle a… Xavier Deluc. En dèche d’homme providentiel, les adeptes parisiens de Ron Hubbard font leur com’ à coup de soirées open mic’. StreetPress a passé un mois avec les adeptes de la Dianétique.

« On croit qu’il n’y a pas d’Arabes en Corse. Mais si, il y en a ! Ce sont ceux qui n’ont pas réussi à nager jusqu’à Marseille ! » balance Ketchup’ , comédien de stand-up de 31 ans à la carrure de rugbyman. Belle gueule et chemise à carreaux façon bûcheron, le comique d’Ajaccio enchaîne les punchlines sur sa double culture corso-magrébine dans un one-man-show d’une dizaine de minutes. On pourrait se croire au Jamel Comedy Club mais vous êtes au Celebrity Center, le siège de la Scientologie en France. Tous les mardis de 19h30 à 22h30, « l’Eglise » y organise une soirée open mic dans une petite salle aménagée en théâtre.

MAP Le Celebrity Center

 

Venir faire un reportage à « l’Eglise de Scientologie » requiert de la patience. Pour obtenir le droit d’assister aux scènes ouvertes en tant que journaliste, StreetPress a dû faire bonne figure lors d’un entretien préalable avec Eric Roux, son principal représentant en France. Puis il a fallu laisser passer deux mois avant que le rendez-vous ne soit encore repoussé, le temps qu’un cadre scientologue se libère pour nous chaperonner pendant le reportage.

Pendant ses open-mics, la Scientologie passe en mode portes ouvertes. Mais pour les journalistes, leur opération de com’ est presque aussi verrouillée qu’un road trip en Corée du Nord. Eric Roux, porte-parole et ministre du mouvement, s’en justifie :

« Comprenez qu’avec tous les mensonges que les journalistes écrivent à notre sujet nous soyons dans l’obligation de faire attention. »

BALLE MAGNÉTIQUE, DRUGS AND ROCK’N ROLL

La pile de Dianétique

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Pour assister aux scènes ouvertes, rendez-vous au 69, rue Legendre (Paris 17e). C’est dans cet immeuble de 4 étages que la Scientologie a établi son QG en 1985. Traversez le lobby immaculé où trônent des exemplaires de La Dianétique(link is external)montés en pyramide. Puis tournez à gauche, au niveau d’une réplique, façon totem sacré, du bureau d’époque de Ron Hubbard, le fondateur de la Scientologie en 1953.

Derrière une porte en verre fumé, la petite scène du Celebrity Center. La salle peut accueillir une grosse cinquantaine de spectateurs. Les trois mardis soirs où StreetPress s’y est rendu, le théâtre était à chaque fois plein comme œuf. Un cadre du mouvement y va franc-jeu :

« Franchement vous avez de la chance, ce n’est pas tout le temps aussi rempli. »

Au Celebrity Center, les opens mics ont un petit air de Plus grand cabaret du monde(link is external) . On passe d’un spectacle de boule de contact, donné par un routard espagnol tout droit sorti d’un teknival, à un concert de luth oriental joué par deux trentenaires marocains à l’impeccable combo mocassin-gomina. Dans le rôle de Patrick Sébastien, un ado scientologue multiplie les blagues potaches d’une voix hésitante. Eric Roux, porte-parole mouvement, s’amuse de ce melting-pot improbable :

« Pendant quelques semaines, on a eu des rappeurs de banlieue qui débarquaient à 10 avec leur bande de potes. On était un peu embêtés car avant leur concert, ils fumaient des joints sur le perron. Et la Scientologie est contre l’usage de toutes les drogues. »

Oups ! Cette fois, c’est notre jongleur espagnol qui exhibe sur scène son tattoo à l’épaule : une énorme feuille de marijuana !

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Un tatouage pas très corporate … / Crédits : Thibaud Delavigne

GARANTIE SANS SCIENTOLOGUES AJOUTÉS

Parmi la grosse dizaine de vedettes d’un soir que StreetPress a interviewées aux opens mics,nous avons rencontré… zéro scientologue. Cette sculpturale blonde en robe rouge qui semble connaître tout le staff ? Pas une adepte de Ron Hubbard, mais simplement une chanteuse qui court les scènes ouvertes parisiennes après avoir tenté sa chance à The Voice. Et ce Nigérian d’1m90 qui se balade avec un médaillon BMW autour du cou ? « Lui, il vient surtout pour draguer », chambre un fin observateur.

Le flyer de l’open mic

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La plupart des artistes ont atterri au Celebrity Center par hasard, souvent par une recherche sur Google. Tapez « scène ouverte » + « Paris » dans le moteur de recherche, et l’open mic de la Scientologie sera référencé en 4e position. « L’Eglise » distribue aussi des flyers dans les rues.

Mais que ce soit sur Internet et sur leurs prospectus, la Scientologie avance masquée. Le nom de domaine du site du Celebrity Center est « parisspectacle.com ». Et sur les flyers, il faut plisser les yeux pour trouver une mention au mouvement de Ron Hubbard.

Félix, 21 ans et rappeur de son état :

« Moi, j’ai compris que c’était la Scientologie seulement quand je suis arrivé devant le bâtiment. »

Cela ne l’empêche pas de revenir pour la 2e fois au Celebrity Center. Il faut dire que les artistes sont particulièrement choyés. A leur disposition : ingés sons, éclairage, piano à queue, batterie et même … une machine à fumée !

LA SCIENTOLOGIE AIME LES ARTISTES(…)

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