Des partouzes célestes et sectaires

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Deux victimes d’une micro-secte dangereuse, dont la gouroue a été condamnée à 5 ans de prison, témoignent dans un livre de leur asservissement financier et sexuel. Extraits exclusifs.

Des partouzes célestes et sectaires
 

La gouroue d’une secte a été condamnée à 5 ans de prison ferme.

afp.com/Jacques Demarthon

 

Le 16 octobre, la gouroue Françoise Dercle a été condamnée à cinq ans de prison ferme pour avoir imposé à ses adeptes des relations sexuelles en groupe et leur avoir soutiré 400 000 euros. La Cour d’appel de Caen a rajouté un an de prison à la condamnation décidée le 22 janvier dernier par le Tribunal correctionnel de Lisieux (Calvados).

Cette affaire exceptionnelle caractérise une micro-secte hyper-dangereuse. Le « Parc d’accueil » de Françoise Dercle a sévi le 2002 à 2007 et la prise de conscience des adeptes manipulés a été telle que la grande majorité d’entre eux se sont retrouvés sur les bancs des parties civiles, 21 personnes.

François Dercle a été condamnée pour abus de faiblesse aggravéune qualification qui comprend des faits de complicité de viols et d’agressions sexuelles, mais aussi de violences volontaires sur personnes vulnérables.

La gouroue avait inventé les « mêlées célestes » ou les séances de  » navigation  » pour contraindre ses adeptes de lui offrir le spectacle de méga-partouzes… en prétendant qu’il ne s’agissait pas de relations sexuelles mais d' »effusions du Saint-Esprit « . Elle-même affirmait qu’elle prêchait en tant qu’épouse de Jésus et que Dieu parlait à travers elle.

Le 23 octobre, Eric et Julie Martin, deux anciens adeptes de la secte de Françoise Dercle, publient le récit bouleversant de « Cinq ans de cauchemar » (City Editions), avec l’aide du journaliste Manuel Sanson.

EXTRAITS EXCLUSIFS

Navigation en eaux troubles

« Le sexe s’impose au fur et à mesure. Comme à son habitude, Françoise Dercle procède par étapes. Pas question de nous braquer. Il faut y aller par petites touches… Nous glissons d’un enseignement spirituel classique à des rapports plus charnels. (…)

Après ces frottements de dos, on passe aux guili-guili. Comme avec des gosses. À tour de rôle, nous devons chatouiller nos acolytes en effleurant de plus en plus les parties intimes de chacun. Peu à peu, l’ob­jectif se précise : tous les prétextes sont bons pour évoquer la libération des corps. Notre « mère » revient emballée d’un voyage en Finlande.

Elle y a observé les gens se rendant au sauna et au hammam. Quel que soit leur sexe, ils n’ont aucun problème à se mettre nus, selon elle.

Elle loue ce supposé détachement. Et sa nouvelle consigne tombe : désormais, nous devons nous embras­ser, nous faire plein de bisous. Notre guide réoriente sa doctrine. Elle choisit des binômes en fonction de ses révélations. (…)

Attouchements sur les organes génitaux

À travers nos vêtements, les attouchements se multiplient sur les organes génitaux. Françoise Dercle nous suggère également de nous caresser les seins.

À chacune des séances, elle nous fait changer de partenaire. Homme ou femme, pas de distinction. C’est Françoise Dercle seule qui, à sa guise, forme et défait les couples. (…)

Une fois qu’elle en a terminé avec ses « prières », tout le monde se retrouve en duo sur de vieux matelas de gymnastique récupérés par l’un de nos acolytes. Les travaux pratiques se déroulent maintenant en sous-vêtements. Chacun doit se dénuder et personne n’y échappe, y compris les femmes les plus âgées qui font partie intégrante du groupe. Ma mère et Lucile sont de la partie. Et gare à ceux qui refuseraient de s’y plier.

Que vous soyez malade ou dérangé, rien ne peut vous empêcher de participer aux séances. Si elle perçoit la moindre réticence, elle se lève en sursaut et assène de violentes gifles aux contrevenants. Je ne suis pas de ceux-là, du moins au départ.

Je me lance dans ces séances de « navigation » – le terme employé par Françoise Dercle pour qualifier ces séances orgiaques. Je suis inquiet, mais d’une obéissance absolue, faisant taire toutes les pensées qui m’assaillent et me préviennent qu’il s’agit d’une folie. Je reste convaincu: il faut chasser les démons. En mon for intérieur, je suis captif, « accroché » par son ensei­gnement. (…)

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