Classification des mouvements sectaires

Par Jean-Marie Abgrall, né le 12 avril 1950 à Toulon (Var, France), est un médecin psychiatre, criminologue, spécialiste en médecine légale, diplômé en droit pénal, désigné comme expert pour ses connaissances du fonctionnement sectaire, expert à la Cour de cassation et devant les tribunaux pour les affaires les concernant, en particulier la Scientologie, les Enfants de Dieu ou l’Ordre du Temple solaire. Il a aussi écrit plusieurs ouvrages de référence sur le sujet.

Extrait tiré du livre : La mécanique des sectes – Edition Payot

 

Plusieurs classifications ont été proposées par des sociologues ou les exégètes à la lumière des racines doctrinales ou historiques. Une des plus classiques fait référence aux origines religieuses des groupes. Bien que peu satisfaisante du fait de l’apparition de groupes relevant de la génération spontanée, nous la rappelons.

Ces chercheurs distinguent trois grands types de sectes :

— Les sectes d’inspiration judéo-chrétienne se référent à la Bible (jéhovistes, mormons, Christian Science, Église universelle de Dieu);
— Les sectes d’inspiration orientale s’appuient sur des interprétations plus ou moins fidèles du bouddhisme, de l’hindouisme, de l’islam. Leurs pratiques sont cen­trées sur la recherche de l’extase mystique organisée autour du maître, détenteur de la connaissance suprême ;
— Les sectes d’inspiration gnostique, qui puisent leurs origines dans les croyances et pratiques d’Orient et d’Occident, se nourrissent d’ésotérisme, d’alchimie, d’astrologie et, plus récemment, de mythes extra­terrestres, de numérologie, etc. Elles ne prônent pas la réalité révélée mais la découverte dans l’étude et l’effort.

Une autre classification possible intègre, à côté de l’analyse religieuse, des éléments culturels d’origines diverses :

— sectes classiques issues du protestantisme historique ;
— dérivés du christianisme (mormons, Témoins de Jéhovah, Famille d’amour, Pure Vérité, Moon);
courants marginaux ou églises parallèles se présentant comme catholiques ou orthodoxes (Contre-Réforme catholique, Abbé de Nantes, Croix de Dozulé, Révélation d’Arès, Communauté du Fréchou);
– courants ésotéro-occultistes (ordres du Temple);
– groupes de prière et de guérison (IVI);
– sagesses ésotériques et initiatiques, gnoses;
– écoles dites de sagesse : Rose-Croix, Méditation transcendantale, Fraternité blanche universelle, Graal, scientologie, Nouvelle Acropole);
– groupes ou pratiques relevant de l’occultisme (channelling, magie);
– nouvelles pratiques et nouveaux messies (Lotus d’or, Aum);
– Groupes de santé mentale ou corporelle : Iso-Zen, Énergo-Chromo-Kinèse ;
– écologistes : (Écoovie);
– néo-paganistes : (raeliens, Saint-Erme).

Aucune classification n’est définitive ou satisfaisante car, en évoluant, les sectes savent mélanger les genres et les influences, en même temps que les thèmes déve­loppés grossissent ou s’épurent selon l’humeur du gou­rou et les impératifs de croissance.