La biodynamie dans la bouteille de vin

Douglass SMITH & Jesus BARQUÍN

Le super-naturalisme est-il en train de devenir la nouvelle mode du monde vinicole ? Voici une analyse du phénomène biodynamique, ses origines, et son efficacité supposée.

Avez-vous visité un magasin de vin récemment ? quelque chose d’étrange est en train de se passer. La nouvelle mode dans les vignobles est une pratique appelée « la biodynamie » : c’est même écrit en gros sur les bouteilles. Les publicités des journaux chantent maintenant les louanges du vin biodynamique, rangé à côté des vins biologiques. Une douzaine d’établissements vinicoles dans le monde ont été certifiées biodynamique sous la certification Demeter. Il y a quelques grands noms comme Zind-Humbrecht, Domaine Leroy, Coulée de Serrant, Château La Tour Figeac, Domaine Huët et Chapoutier, et d’autres vins californiens tels que Benziger et Fetzer. En effet, selon le compte-rendu le plus complet publié sur la pratique, « plus de 10% de la surface des vignobles certifiés biologiques est maintenant biodynamique (Waldin 2004, p. 111).

Deux des dégustateurs et critiques du vin les plus influents du monde, Robert Parker et Jancis Robinson, ont pesé de tout leur poids en faveur de ces vins1. Bien que tous les deux doivent être considérés au regard de leur connaissance du vin et leur intégrité, aucun d’eux n’est expert du mouvement biodynamique. Ils ont, à une certaine époque, exprimé le désir de rester neutre. Mais à d’autres époques, ils se montrèrent prêts à en accepter ses prétentions.

Parker, qui est sans doute le plus puissant et le plus influent des critiques de vin de nos jours, est un homme dont les comptes-rendus annuels établissent les prix de chaque vignoble bordelais. Dans la plupart de ses livres les plus récents, il se réfère avec affection aux entreprises vinicoles qui ont recours aux pratiques biodynamiques. Par exemple, il loue Catherine et Sophie Armenier, propriétaires du Domaine Rhône, comme « suivant les écrits astrologiques et homéopathiques du fameux professeur allemand Rudolf Steiner » (Parker 2005, p. 380). Dans ce contexte, c’est sans surprise que Parker a aussi déclaré publiquement qu’il appliquait lui-même les méthodes biodynamiques dans son vignoble des Beaux-Frères de l’Oregon, dont il est propriétaire avec son beau-frère2.

L’anglaise Robinson est une des essayistes du vin les plus connue de sa génération. Elle est une des rares Maîtresse du Vin dans le monde, avec une brassée de publications, y compris l’Oxford Companion to Wine et l’Atlas du Vin, des douzaines de récompenses et des centaines d’articles. Elle a aussi publié des déclarations comme quoi la biodynamie marche (Robinson 2005) 3. Confrontée à une riposte sceptique, elle répondit : »Si les producteurs sont contents des résultats, même mystifiés, pourquoi ne pas les laisser continuer ? Peut-être pourriez-vous expliquer quel mal il y a à cela ?« 4

Elle posait là une vraie question. Pour commencer, qu’est-ce que la biodynamie ? C’est une méthode d’agriculturebiologique mélangée à quelques extras étranges. Ces méthodes supplémentaires comprennent la prise en compte des cycles de la lune et les positions relatives des constellations zodiacales lors de la culture, tout autant que l’application de différentes sortes de « préparations » homéopathiques et ésotériques pour le sol du vignoble. Ces prétentions, et d’autres du même genre, sont préparées dans un arrière-fond cosmogonique complexe qui rend le processus pas très éloigné de celui d’un mouvement quasi-religieux.

Les fantaisies de Steiner

La biodynamie prend sa source avec une série de lectures de juin 1924, données par le philosophe occulte Rudolf Steiner. Steiner a une vision vitaliste de l’univers, dans lequel les qualités « éthériques » infusent la matière brute dans le but de lui donner la vie; ce qui distingue les choses vivantes des simples amalgames chimiques, même complexes. Le conflit potentiel avec la biochimie moderne devrait être clair. A tout niveau, il voyait son programme comme une réintroduction des éléments « spirituels » dans l’agriculture. En effet, ses idées étaient de créer un pan entier de « science spirituelle » qui illuminerait les connexions entre les propriétés « éthériques » ou « astrales », et les éléments chimiques comme l’oxygène, le soufre, le carbone et l’azote5 (Steiner 2004, p. 46). Inutile de dire qu’aucune expérience n’a été réalisée pour découvrir ces « faits ». Au lieu de cela, Steiner utilisait sa méthodologie préférée : philosopher dans son fauteuil et faire des hypothèses, qu’il considérait dans son cas comme littéralement clairvoyantes.

Ses lectures agricoles comprenaient un nombre de suggestions concrètes pour ajouter les prétendues préparations au terrain ou au compost, plusieurs d’entre elles devant être faites un oeil rivé sur les cartes astrologiques. Selon les certifications Demeter actuelles, une ferme peut obtenir le label biodynamique simplement en étant biologique et en ajoutant les préparations en quantités suffisantes (Waldin 2004, p. 73). A partir de là, il serait bon de retourner au traité original pour étudier les préparations, et les justifications les accompagnant, afin de voir ce dont il s’agit, et pourquoi elles sont prescrites.

Pour être franc, les écrits de Steiner sur l’agriculture ne sont pas d’une lecture facile. Elles sont marquées par des contrevérités évidentes, des digressions et d’étranges fantaisies. Il recommande des techniques comme celle de combattre les parasites « par la concentration, ou quelque chose y ressemblant » (Steiner 2004, p. 84). Il dit que certains insectes nuisibles sont spontanément créés par des « influences cosmiques » (p.115) et que manger des pommes de terre « est un des facteurs ayant rendu les hommes et les animaux matérialistes » (p.149). Il nous dit que « la plupart de nos maladies surviennent » quand notre « corps astral » est « connecté plus intensivement avec le physique (ou avec un de ses organes) qu’il devrait l’être normalement.’ (pp.116-117). Au contraire, « dans le vrai sens du monde, une plante ne peut pas être malade », les plantes sont seulement malades lorsque « les influences de la Lune sur le sol sont trop fortes » pp. 117-118). Il décrit aussi des fantaisies baroques de l’histoire humaine qui jalonnent « des époques sur terre, quand de telles choses étaient connues et appliquées dans leur sens le plus large »6 (p.120). Il y en a comme ça encore et encore, ad nauseam. Il est intéressant de garder ceci en mémoire quand il s’agira de prendre en considération ses intrusions dans l’agriculture.

Steiner propose ses « préparations » dans les lectures quatre et cinq : différentes petites fabrications à ajouter au sol ou au compost à différentes époques de l’année, comme enterrer une corne de vache remplie de bouze (qu’on appelle « Préparation 500 ») ou remplie de poudre de quartz (Préparation 501), enterrer des fleurs mille-feuilles dans une vessie de cerf (502), de la camomille dans un intestin de vache (503), de l’écorce de chêne dans le crâne d’un animal domestique (505) ou des pissenlits dans un « mésentère bovin » (506) (Steiner 2004, pp. 72-99).

En plus des préparations, il peut y avoir un processus intensif de labour, plus spécialement depuis que certaines préparations doivent être faites en quantité, cela dépendant de la taille des champs. Les fermiers pourraient se demander : pourquoi tous ces efforts ? Quelle justification a donc apporté Steiner ? Prenons la préparation 502. Le mille-feuille est utilisé parce que « ses composés soufrés homéopathiques permettent à ce dernier de rayonner de son influence à une plus grande distance, et à travers de grandes masses.« . Pourquoi devons-nous le mettre dans une vessie de cerf ? Steiner l’explique ici :

La vessie du cerf est connecté aux forces du cosmos. Mieux, c’est presque l’image du cosmos. Ainsi, nous donnons au mille-feuille le pouvoir presque essentiel d’augmenter les forces qu’il possède déjà, pour combiner le soufre avec les autres substances (Steiner 2004, p.93)

Pourquoi un tel intérêt pour le soufre en particulier ? Souvenons-nous que « l’éther bouge à l’aide du soufre dans les voies de l’oxygène ». En d’autres termes, le soufre est un ingrédient clé pour recevoir les forces éthériques. Et ainsi va l’histoire. Mais, à quelque niveau que ce soit, il est inutile de tester la patience du lecteur dans une exégèse complète pour se rendre compte que Steiner n’a jamais donné aucune justification à ses pratiques. la préparation 502 est actuellement un des meilleurs exemples, étant donné que les autres sont seulement établies sans même une faible tentative d’explication ou justification. Dans la préface du livre des lectures sur l’agriculture, écrite par un des disciples de Steiner, nous trouvons la déclaration surprenante qu' »en 1923 Rudolf Steiner décrivait pour la première fois comment faire les préparations pour le compost biodynamique, simplement en donnant la recette sans explication d’aucune sorte, mais seulement un ‘faites-le comme ça et puis c’est tout’ » (p.5). Apparemment les explications, telles qu’on les trouve, sont venues plus tard.

 

Si ces « préparations » ont comme but de fertiliser le sol, d’autres rituels biodynamiques servent à débarrasser les sols des nuisibles et des maladies. Pour les mauvaises herbes et les rongeurs, Steiner propose une pratique qui se réfère sous le nom de « cendrer ». Disons que nous avons une ferme biodynamique et que nous sommes infestés de souris. Steiner nous ordonne « d’attraper une jeune souris et de la peler à une époque où Vénus est dans le signe du Scorpion » (p.113). Puis on nous dit de brûler la peau et d’éparpiller les cendres sur les champs. Steiner nous assure que « désormais, les souris éviteront le champ ». Les insectes et les mauvaises herbes sont traités de la même façon, sauf que l’insecte n’a pas besoin d’être écorché : « quand il y a une colonne vertébrale, vous devez d’abord peler l’animal » nous dit-il dans sa grande sagesse (p.121). Steiner ne clarifie jamais ce que la colonne vertébrale vient faire là-dedans.

Pour débarrasser les champs des maladies des plantes comme les moisissures ou le mildiou (ou, étant donné que Steiner ne croyait pas que les plantes pouvaient être malades : pour les débarrasser de cette prétendue influence de la Lune), Steiner suggère « une dose homéopathique » de pesse (equisetum arvense) infusée dans de l’eau, diluée et répandue sur le champ (p. 118).

Avec cette liste de pratiques, ressemblant plutôt à des espèces de rituels agricoles vaudous, nous sommes au coeur de la biodynamie. Bien qu’elles aient été un peu modifiées par les croyants modernes, les pratiques ont toujours l’orientation que Steiner voulait. On peut rencontrer les mêmes rituels ésotériques mixés à des dilutions homéopathiques et agrémentés d’astrologie quand on lit les comptes-rendus biodynamiques de nos jours (Waldin 2004, Joly 1999, et Thun 2000). En effet, les pratiques biodynamiques sont toujours aussi ésotériques, sinon plus. Nous pouvons aussi lire qu’ils ont recours à des « pierres debout » pour faire de la « géo-acupuncture » dans le but de « restaurer l’équilibre cosmo-tellurique » du vignoble, dirigé par des spécialistes à l’aide de leur pendule (Chapoutier 2006).

Il est peut-être superflu de rappeler ici les arguments contre l’efficacité de pratiques comme l’homéopathie,l’astrologie ou les manipulations des champs énergétiques ésotériques. Elles ont déjà été critiquées de nombreuses fois. Cependant, il est toujours utile de rappeler que les doses homéopathiques sont tellement diluées que plus une seule molécule du matériau d’origine ne persiste dans la solution. En d’autres termes, une « dose homéopathique » n’est plus rien d’autre que de l’eau. Bien qu’étant à l’origine proposée pour soigner la maladie, de nombreux essais ont montré que les cures homéopathiques ne faisaient pas mieux qu’un placebo chez les êtres humains (Ernst 2002 et Shang et al. 2005). Et, tandis que l’eau peut être manifestement bénéfique aux plantes, il est peu probable que l’effet soit plus notable contre les moisissures et le mildiou, influence de la Lune ou non.

La recherche

En passant en revue les documents trouvés sur la biodynamie, on est pas particulièrement rassuré. La biodynamie n’a pas été développée à partir d’expériences et d’essais, d’erreurs ni de conseils d’experts. La théorie est à peine compréhensible, reposant comme elle se doit sur un ensemble disparate de déclarations étranges, fausses et antiscientifiques. Pourtant, même comme ça, la pratique pourrait marcher. Le seul moyen d’en être sûr est de faire des recherches. Heureusement, de telles recherches ont été faites dans un certain nombre d’Universités et de laboratoires dans le monde. Malheureusement, la plupart d’entre elles sont fait négligemment, et ont publiées dans des journaux obscures sans comité de lecture scientifique.

Tout aussi malheureusement, plusieurs de ces études comparent l’agriculture biodynamique à des pratiques standards de l’agriculture non biologique. Elles montrent que l’agriculture biodynamique fait mieux que l’agriculture standard sur certaines mesures de fertilité des sols ou la biodiversité. Ces expériences ne prouvent rien étant donné que comme nous l’avons vu, l’agriculture biodynamique doit, d’abord et avant tout, être au moins biologique. Et on sait que l’agriculture biologique (en évitant les fongicides artificiels puissants, les pesticides et herbicides) a des sols plus fertiles et une plus grande biodiversité que l’agriculture conventionnelle7. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une franche comparaison entre l’agriculture biodynamique et l’agriculture biologique.

Un tel test a été réalisé par un groupe Suisse, dans une des études sur la biodynamie la plus fameuse jamais faite (Mäder et al. 2002). Il s’agit d’une étude sur 21 ans dans laquelle l’agriculture biodynamique semble battre de peu l’agriculture biologique sur un petit nombre de mesures de fertilité du sol et de biodiversité. Cependant, l’étude n’était pas sans poser de problèmes : du matériel supplémentaire a été enterré qui n’était pas disponible sur le papier mais l’était en ligne. Certains traitements chimiques étaient ajoutés aux fermes biologiques, qui n’avaient pas été ajoutés aux biodynamiques. Et il ne s’agit que des « principales différences ». On ne nous a pas dit quelles avaient été les autres. Ainsi, la méthodologie du test semble avoir été assez pauvre. Il ne nous apporte pas les principales réponses, à savoir si les traitements biodynamiques sont vraiment efficaces, ou, plutôt, si les additifs chimiques (ou quelque chose d’autre qui n’était pas considéré comme une « principale différence ») ont été la cause d’une sous-performance des parcelles biologiques. L’article a aussi été critiqué par le microbiologiste Davis de l’Université de Californie, parce qu’il « ressemble à un incroyable échantillon étroit de niches écologistes« , soulevant la question de savoir s’ils étaient sélectionnés pour obtenir les résultats désirés (Stokstad 2002).

Lynne Carpenter-Boggs et son directeur de thèse, John Reganold, tous deux au Washington State University, ont fait ce qui est peut-être le travail scientifique le plus regardé sur la biodynamie. Reganold est de temps en temps consultant en biodynamie dans une industrie vinicole de Californie et chercheur sur le sujet. Cependant, même lui et ses anciens étudiants ont été incapables de dénicher de réelles différences entre les pratiques biodynamiques et biologiques. En effet, Carpenter-Boggs a précisément fait des recherches sur la question de savoir si les composts avec les préparations biodynamiques amélioraient le sol dans lequel elles étaient ajoutées. Les résultats ? « Aucune différence n’a été trouvée entre les sols fertilisés avec la biodynamie et les composts non biodynamiques. » (Carpenter-Boggs 2000)8. Reganold a dit, lors d’une interview de 2003, que la recherche « ne distinguait pas le biodynamique du biologique » (Darlington 2003). On peut difficilement être plus clair.

Une étude, qui a duré 6 ans, du Washington State lab en 2005, a été la première publiée dans un journal à comité de lecture, elle comparait l’agriculture biodynamique et biologique dans le respect du raisin en particulier. Ils ne trouvèrent rien. « Pas de différences significatives n’ont été trouvées entre les parcelles traitées de façon biodynamique et les autres, en ce qui concerne les paramètres physiques, chimiques ou biologiques testés » (Reeve et al. 2005, p. 371). En outre, lorsqu’ils regardèrent de près les vignes, « l’analyse des feuilles ne montre pas de différences entre les deux traitements. Il n’y a pas de différence pour ce qui est du rendement, du nombre de grappes, du poids des grappes et du poids du fruit » (p. 373)9. Ainsi, des recherches appliquées ont démontré que les « préparations » biodynamiques sont tout simplement inefficaces. Pourtant, selon le corps de certification biodynamique lui-même, elles sont au coeur de la pratique.

N’importe qui pourrait poser la question de savoir si une étude correctement contrôlée a été faite pour comparer les vins biodynamiques et non biodynamiques entre eux. Cependant, il ne suffira pas de simplement mettre les bouteilles les unes à côté des autres en les tirant au sort. Il y a trop de variables entre différents vins. Même des vins voisins peuvent avoir un sol et sous-sol différents, des microclimats différents et utiliser différentes techniques de culture dans les vignobles. Des fabricants de vins différents auront aussi tendance à utiliser des techniques différentes pour transformer leurs grappes en vin, et les stockeront de différentes façons, par exemple dans différents types de barils ou en acier inoxydable. Toute étude de ce genre devra donc être réalisée très prudemment, en s’assurant que les sols, grappes et vins testés sont équivalents, excepté pour les préparations et techniques biodynamiques. Cela nécessiterait donc d’étudier des vins produits à partir de raisins biologiques.

Quel préjudice ?

Pour reprendre la question posée en début d’article : quel mal y a-t-il si un fermier ou un viticulteur suit de telles pratiques ? La réponse facile est de dire que c’est une perte de temps, d’argent et d’efforts. En effet, une des raisons qui fait que le biodynamique est entré dans le monde du vin, et pratiquement nulle part ailleurs, c’est que le vin est peut-être le produit agricole dont les ventes sont les plus en augmentation. La plupart des produits agricoles sont des matières premières qui se vendent grosso modo au prix de la production. Cependant, si un viticulteur peut convaincre le public que le vin qu’il ou elle produit est une des meilleure denrée, il ou elle pourrait vendre sa bouteille le double ou le triple du prix constaté ailleurs. Une telle hausse de prix pourrait payer les surcroîts biodynamiques onéreux de labeur, en supposant que le marketing soit correctement fait. Mais, toujours et encore, il semble bien que ce soit pure perte d’efforts, et ceux qui persistent dans cette voie ressemblent de plus en plus à des acolytes new-age.

Cela dit, notre attitude critique envers les aspects ésotériques de la biodynamie n’interfère pas avec notre appréciation de ses vins. De nombreux viticulteurs biodynamiques ont en effet beaucoup de talent. Le problème réside dans l’extension de l’incrédulité dans la technique empirique pour lui substituer des croyances en des pratiques non scientifiques comme l’astrologie ou l’homéopathie, tout autant que des rituels de style vaudou et même de la « géo-acupuncture ». Nous devons affronter ce problème, non pas seulement en tant qu’amoureux de bon vin et essayistes, mais aussi en tant que citoyens qui ne veulent pas vivre dans, ni présenter à nos enfants, une société dans laquelle la pseudoscience et les fantaisies ésotériques sont considérées comme étant la réalité.La pensée irrationnelle, ou la confiance dans des gourous mystiques déclarant détenir une clairvoyance, ou une intuition particulière, font beaucoup de mal à notre société. Les meilleures études, à ce jour, n’ont pas pu trouver de distinctions entre l’agriculture biodynamique et biologique dont elle est une partie. L’ésotérisme, semble-t-il, n’ajoute rien, n’apporte rien. Et nous, en tant que supporters du rationalisme et de la clarté, sommes consternés par ces déconnexions entre la croyance et la recherche. Buvons un verre à la raison, et à ce jour.


 

Pour aller plus loin :
– Le New Age. Renaud MARHIC.
– Les prêcheurs de l’apocalypse : Pour en finir avec les délires écologiques et sanitaires. Jean de Kervasdoué.

A lire aussi :
– Le mythe de l’agriculture biodynamique.
– Rudolf Steiner et le charlatanisme.
– La médecine anthroposophique.
– Le bio est-il meilleur à la santé ?

Notes :
1- En fait, ils sont trois. Matt Kramer a aussi récemment écrit en faveur de la biodynamie dans les colonnes du magazine Wine Spectator, la publication la plus importante sur le sujet dans le monde (Voir Kramer 2006:42).
2- A lire ici http://dat.erobertparker.com/bboard/showthread.php?t=62593&page=2 . Parker n’aime pas mentionner son vignoble en public afin de réduire tout conflit d’intérêt. Dans ce cas, il a recours à des symboles de ponctuation.
3- L’article, écrit pour une publication en Espagne, comprend des affirmations comme : »ils ont déterminé que la biodynamie ‘marche' », « ces pratiques […] procurent d’excellent résultats oenologiques. »
4- Communication personnelle, 24 décembre 2005. Une réponse identique a été faite par Robert Carroll du Skeptic’s Dictionary quand on lui a demandé de l’aide pour confronter les pratiques biodynamiques le 2 mai 2000. Voir http://skepdic.com/comments/mooncom.html: « Franchement, s’ils font du bon vin, je me fous de savoir s’ils utilisent l’astrologie ou consultent James Van Praagh pour des conseils ».
5- Les tentatives de Steiner pour créer une « Science spirituelle » peut nous rappeler les excès du plus récent Intelligent Design, par exemple : « C’est à l’intelligent design de changer les règles de la science afin d’y inclure le surnaturel » (Kitzmiller 2005:30).
6- Steiner a effectivement construit une fantaisie historique entière sur les débuts de l’humanité, y compris les prétendus races Atlantes et Lémuriens, et un récit de la division des sexes (selon Steiner, l’humanité commence comme espèce asexuée). La matière première de cette histoire était supposé secrète et transmise « sur les bases d’une perception spirituelle directe » qu’il considérait comme plus digne de confiance que la « documentation historique » ou « les preuves externes » (Steiner 1959). Voir, par ex. http://wn.rsarchive.org/Books/GA011/CM/GA011_c02.html.
7- Il y a aussi un autre problème comme celui qu’il est possible pour une ferme conventionnelle d’utiliser des traitements artificiels assez judicieusement pour qu’il soit indiscernable d’une biologique sur les mêmes mesures.
8- Carpenter-Boggs a aussi écrit : « Ces données soutiennent les premiers travaux comme quoi la fertilisation biologique bénéficie rapidement à la biomasse et à l’activité microbienne, mais fournit peu d’indications selon lesquelles le compost biodynamique et l’épandage sur le terrain (i.e. les préparations) affectent davantage la masse microbienne du sol, la structure communautaire et l’activité sur le long terme. »
9- Leur groupe a eu quelques problèmes pour trouver des variables dans lesquelles le raisin biodynamique soit devant. Par exemple, il déclaraient avoir trouvé des preuves que les raisins non biodynamiques étaient « surchargés » (produisant trop de fruit). Leur choix de citation pour cette donnée est hautement douteuse et vient d’une page internet sans comité de lecture; d’autres documents scientifiques n’ont pas réussi à étayer leur contestation qu’un rendement de taille 5:1 à 6:1 est approprié (voir par ex. Moulton et al. 2005, p. 11.) A n’importe quel niveau, ils concluent en analyse finale que « les différences observées étaient petites et non significatives (Reeve et al., 2005:374).

Références :

  • Barquín, Jesús, and Douglass Smith. 2006. On fertile ground ? Objections to biodynamics. The World of Fine Wine. (12: 108-113).
  • Carpenter-Boggs, Lynne, A.C. Kennedy, and J.P. Reganold. 2000. Organic and biodynamic management: effects on soil biology. Soil Science Society of America Journal 64(5) (Sept/Oct): 1651-1659.
  • Chalker-Scott, Linda. 2004. The Myth of Biodynamic Agriculture.
  • Chapoutier, Michel. The Influence of Geo-acupuncture on Viticulture. Chapoutier – Research and Development.
  • Darlington, David. 2003. Horns of plenty. San Francisco Chronicle, p. D-1. September 25.
  • Ernst, Edzard. 2002. A systematic review of systematic reviews of homeopathy. British Journal of Clinical Pharmacology 54(6): 577-82.
  • Joly, Nicolas. 1999. Wine from Sky to Earth. Austin, Texas: Acres U.S.A.
  • Kitzmiller v. Dover Area School District. 2005. 04cv2688 342
  • Kramer, Matt. 2006. Why I buy bio. Wine Spectator. Oct. 31.
  • Mäder, Paul, A. Fliessbach, D. Dubois, L. Gunst, P. Fried, and U. Niggli. 2002. Soil Fertility and Biodiversity in Organic Farming. Science. 296 pp. 1694-1697.
  • Moulton, G.A., and J. King. 2005. Growing wine grapes in maritime western Washington. Washington State University Extension Bulletin. WSU-NWREC, 16650 S.R. 536.
  • Parker, Robert M., Jr. 2005. The World’s Greatest Wine Estates: a Modern Perspective. New York: Simon & Schuster, New York.
  • Reeve, Jennifer, Lynne Carpenter-Boggs, John Reganold, Alan York, Glenn McGourty, and Leo McCloskey. 2005. Soil and winegrape quality in biodynamically and organically managed vineyards. American Journal of Enology and Viticulture. 56(4): 367-76.
  • Robinson, Jancis. 2005. La religión de lo « bio. » Sibaritas 50 (October/November): 8-9.
  • Shang, Aijing, et al. 2005. Are the clinical effects of homoeopathy placebo effects? Comparative study of placebo-controlled trials of homoeopathy and allopathy. The Lancet (366): 726-32.
  • Steiner, Rudolf. 1959. Cosmic Memory. New York: Rudolf Steiner Publications, Inc.
  • Steiner, Rudolf. 2004. Agriculture Course: The Birth of the Biodynamic Method. Forest Row, UK: Rudolf Steiner Press.
  • Stokstad, Eric. 2002. Organic farms reap many benefits. Science. (296):1589.
  • Thun, Maria. 2000. Gardening for Life-The Biodynamic Way: A Practical Introduction to a New Art of Gardening, Sowing, Planting, Harvesting. Stroud, UK: Hawthorn Press.
  • Waldin, Monty. 2004. Biodynamic Wines. London: Mitchell Beazley.

Source : http://www.charlatans.info/vin-biodynamique.php