Les expériences de décorporation, l’instabilité neurale et les représentations du corps

12 juillet 2011

Bien que les expériences de sortie de corps, ou décorporation, soient typiquement associées à la migraine, à l’épilepsie et à la psychopathologie, elles sont aussi relativement fréquentes chez les individus en bonne santé et psychologiquement normaux. Cependant, elles sont mal comprises.

Une nouvelle étude, publiée dans Cortex [1], a associé ces expériences à des instabilités neurales dans les lobes temporaux du cerveau, et à des erreurs dans la représentation de soi et de son corps, même chez des populations non cliniques.

Le Dr Jason Braithwaite de l’Université de Birmingham, a étudié les facteurs sous-jacents associés à la propension qu’ont des individus normaux et en bonne santé à vivre une expérience de sortie de corps. Tout en informant les théories scientifiques sur la façon dont de telles hallucinations surviennent, le fait d’étudier ces phénomènes inhabituels pourra aussi nous aider à comprendre comment les processus mentaux normaux « dans le corps » fonctionnent et pourquoi, quand ils se rompent, ils produisent de telles expériences étonnantes.

Le Dr Braithwaite a testé un groupe d’individus, dont certains avaient déjà vécu des expériences de décorporation, sur leur prédisposition aux expériences perceptuelles inhabituelles, et a découvert que ceux qui en vivaient rapportaient significativement plus d’un type particulier d’expériences : celles connues pour être associées à des anomalies neuro-électriques dans les lobes temporaux du cerveau, tout comme celles associées à des distorsions dans le processus de l’information à propos du corps.

Ceux qui ont vécu des expériences de sortie de corps étaient aussi moins doués dans des tâches qui exigeaient d’adopter la perspective d’une figure affichée sur un écran d’ordinateur. Ces résultats suggèrent que, même chez les gens en bonne santé, des hallucinations étonnantes peuvent survenir et surviennent, et que ceci peut refléter des anomalies dans l’activité neuroélectrique des lobes temporaux, tout comme des biais dans la « représentation de son corps » dans le cerveau.


 [1] Cognitive correlates of the spontaneous out-of-body experience (OBE) in the psychologically normal population : Evidence for an increased role of temporal-lobe instability, body-distortion processing, and impairments in own-body transformations. Jason J. Braithwaite, Dana Samson, Ian Apperly, Emma Broglia, Johan Hulleman, Cortex, Vol 47, Iss 7 (2010).

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