L’explication scientifique de l’expérience de mort imminente

14 septembre 2011

Voir votre vie passer devant vos yeux et l’intense lumière au fond du tunnel peuvent être expliqués grâce à une nouvelle recherche sur le fonctionnement anormal des flux de dopamine et d’oxygène.

Les expériences de mort imminente (EMI ou NDE pour Near Death Experiences) sont souvent considérées comme un phénomène mystique, mais une recherche a donné des explications scientifiques de pratiquement toutes leurs caractéristiques communes. Les détails de ce qui se passe lors des expériences de mort imminente sont largement connus de nos jours : le sentiment d’être mort, que « l’âme » a quitté le corps, du voyage vers une lumière vive et d’un départ vers une autre réalité où l’amour et la béatitude englobent tout.

Environ 3% de la population déclare avoir vécu une expérience de mort imminente selon une enquête Gallup. Les expériences de mort imminente sont rapportées par de nombreuses cultures, avec des enregistrements écrits qui remontent même jusqu’à la Grèce Antique. Toutes ces expériences ne coïncident pas réellement avec des états proches de la mort, une étude [1] sur 58 patients qui ont raconté leurs expériences de mort imminente, a trouvé que 30 n’étaient pas en fait en danger de mort, bien que la plupart d’entre eux pensait qu’ils l’étaient.

Plusieurs études ont révélé des fondements potentiels pour tous les éléments de telles expériences. « Plusieurs des phénomènes associés aux expériences de mort imminente peuvent être expliqués biologiquement » dit le neuroscientifique Dean Mobbs de l’Université de Cambridge, dont la recherche a été publiée dans Trends in Cognitive Sciences [2]

Par exemple, le sentiment d’être mort ne se limite pas aux expériences de mort imminente, les patients atteints du syndrome de Cotard ont aussi la croyance délirante qu’ils sont décédés. Ce trouble survient après un traumatisme, comme lors des étapes avancées de la typhoïde ou de la sclérose en plaques, et a été associé à des régions du cerveau comme le cortex pariétal et préfrontal – « le cortex pariétal est typiquement impliqué dans les processus d’attention, et le cortex préfrontal est impliqué dans les illusions observées dans les conditions psychiatriques comme la schizophrénie » explique Mobbs. Bien que le mécanisme sous-jacent au syndrome soit toujours inconnu, une explication possible est que les patients essayent de donner du sens aux expériences étranges qu’ils vivent.

Les expériences de sortie de corps sont aussi connues pour être fréquentes durant les modes d’interruption du sommeil qui précèdent immédiatement l’endormissement ou le réveil. Par exemple, la paralysie du sommeil, ou l’expérience de se sentir paralysé tout en étant conscient du monde extérieur, est rapportée par plus de 40% des individus, et est associée à de vives hallucinations de type onirique qui peuvent résulter en une sensation de flotter au-dessus des corps.

Une étude de 2005 a découvert que les expériences de décorporation pouvaient être artificiellement provoquées en stimulant la jonction temporopariétale droite du cerveau [3], ce qui suggère que la confusion au regard de l’information sensorielle peut radicalement altérer la façon dont quelqu’un ressent son corps.

Un ensemble d’explications pourrait aussi compter pour les comptes-rendus de ceux qui sont revenus d’entre les morts. Les patients atteints de la maladie de Parkinson par exemple, ont rapportés des visions de fantômes, et même de monstres. L’explication ? La maladie de Parkinson implique un fonctionnement anormal de la dopamine, un neurotransmetteur qui peut susciter des hallucinations.

Et quand il s’agit de l’expérience commune des moments où on a le sentiment de revivre toute sa vie, l’un des coupables pourrait être le locus de cerelus, une région moyenne du cerveau qui libère la noradrénaline, une hormone du stress qui est plutôt libérée à fortes doses pendant un traumatisme. Le locus de cerelus est fortement connecté avec les régions cérébrales qui servent d’intermédiaire entre l’émotion et la mémoire, comme l’amygdale et l’hypothalamus.

En outre, la recherche montre maintenant qu’un certain nombre de médicaments et de drogues peuvent reproduire l’euphorie souvent ressentie dans les expériences de mort imminente, comme l’anesthésiant kétamine, qui peut aussi provoquer des expériences de sortie de corps et des hallucinations. La kétamine affecte le système opioïde du cerveau, qui peut devenir naturellement actif même sans médicaments quand les animaux sont agressés, ce qui suggère qu’un traumatisme pourrait déclencher cet aspect des expériences de mort imminente.

Enfin, l’un des aspects les plus connus des hallucinations de morte imminente est le fait de se déplacer dans un tunnel vers une vive lumière blanche. Bien que les causes scientifiques de cette partie des expériences de mort imminente demeurent obscures, la vision d’un tunnel survient quand les flux de sang et d’oxygène sont appauvris vers les yeux, comme cela peut arriver dans le cas d’une peur extrême ou d’un manque d’oxygène qui sont tous les deux fréquents quand on est mourant.

Considérés ensembles, les éléments de preuve scientifiques suggèrent que toutes les caractéristiques des expériences de mort imminente tirent leur explication dans un dysfonctionnement de la fonction cérébrale. En outre, la connaissance des « traditions » sur les épisodes de mort imminente pourrait jouer un rôle crucial dans ces expériences comme une prophétie qui s’auto-réaliserait. Ces résultats fournissent des preuves scientifiques pour quelque-chose qui est toujours resté à tort dans le domaine du paranormal, ajoute Mobbs. « Je crois personnellement que le fait de comprendre le processus pourra aider à clarifier cette inévitable partie de la vie. »


[1Features of « near-death experience » in relation to whether or not patients were near death. Lancet. Vol 336, Iss 8724, pp 1175-1177.