La parapsychologie

histoire d’une fraude

Par Marcel Blanc, journaliste scientifique.

« Nous recherchons un télépathe, envoyez vos références où vous savez. » Pierre Dac

La parapsychologie est l’étude de facultés hypothétiques du psychisme telles que la télépathie (transmission de pensée à distance), la clairvoyance (perception d’objets ou d’événements non directement visibles dans l’espace), la précognition ou la rétrocognition (perception d’objets ou d’événements dans le futur ou le passé), la psychokinésie (action de la pensée sur la matière, sans contact physique).

Télépathie, clairvoyance, précognition ou rétrocognition sont regroupées dans la catégorie de la « perception extra-sensorielle », étant donné que ces phénomènes permettraient à l’organisme de s’informer sur le monde environnant par des voies inconnues, indépendantes des canaux sensoriels normaux. La psychokinésie dépendrait de qualités énergétiques inconnues du psychisme; elle se subdivise en télécinèse (déplacement des objets) et en psychocinèse (déformation des objets).

Des « esprits des morts » aux expériences de laboratoire

La parapsychologie a pour sources l’expérience subjective commune et la tradition magique. D’un côté, en effet, il n’est pas d’individu qui n’ait, à un moment ou à un autre de sa vie, éprouvé une impression telle que l’apparente réalisation d’un fragment de rêve fait antérieurement ou le pressentiment qu’un événement néfaste est en train d’affecter un être cher. Il n’est personne non plus qui n’ait connu des faits troublants tels que l’arrivée inattendue de quelqu’un à qui on était justement en train de penser, la formulation de telle idée au même moment qu’une autre personne dans une conversation de groupe, la chute d’objets ou des explosions soudaines sans cause apparente (voir « la machine à croire « ). D’un autre côté, l’histoire et l’ethnologie rapportent l’existence, depuis la plus haute antiquité et sous toutes les latitudes, d’individus hors du commun qui, tels que chamans, sorciers, prophètes, devins et tout en remplissant d’ailleurs, souvent, des rôles institutionnels dans leurs sociétés respectives, sont ou étaient censés être capables de « voir » des scènes éloignées dans l’espace ou dans le temps, de « lire » dans la pensée des autres, de réaliser des guérisons inexplicables

La parapsychologie en tant qu’étude scientifique de tels phénomènes naquit cependant au XIXe siècle, alors que la science et la technique prenaient un grand essor. Ses sources historiques proches résident, en fait, dans les tentatives, à cette époque, de plusieurs scientifiques renommés (Wallace, Crookes, Richet, Flammarion, William James…) pour observer objectivement les phénomènes spirites et leur trouver des explications rationnelles. Depuis 1848, les « esprits des morts » entraient en communication avec les vivants grâce à des médiums, frappaient des coups, soulevaient des tables ou des personnes, etc. Malgré l’imposante somme de travaux qui leur furent consacrés, aucune conclusion qui fût clairement favorable à ces phénomènes n’émergea et la plupart des médiums furent reconnus comme étant des fraudeurs. Cependant, une tendance se manifesta chez les scientifiques qui voulaient étudier ces « esprits des morts »: elle consistait à abandonner l’idée que ceux-ci étaient à la source de tels phénomènes et à considérer que les lévitations et transports d’objets devaient dépendre de forces naturelles inconnues. De même, l’apparente aptitude des médiums à lire dans les pensées ou à prédire l’avenir devait être due à des facultés du psychisme encore inconnues. Ainsi furent jetées les bases, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, des sciences métapsychiques, ou parapsychologie.

À partir des années 1930, la perception extrasensorielle et la psychokinésie firent l’objet d’investigations standardisées en laboratoire. Le matériel comprenait des cartes Zener, c’est-à-dire un jeu de 25 cartes portant 5 symboles simples (cercle, croix, carré, ligne ondulée, étoile) et des dés. Dans les expériences de perception extrasensorielle, il s’agit de « deviner » la carte qui va être retournée par un appareil automatique ou par un sujet manipulant les cartes hors de la vue du « devin ». Dans les expériences de psychokinésie, il s’agit d’influer sur la chute du dé de façon à faire apparaître certains nombres ou certaines sommes avec une fréquence supérieure à celle du hasard. Dans les deux situations, des tests statistiques permettent de dire si les résultats dévient significativement de ceux qu’aurait donné le simple tirage au hasard.

Au début des années trente J. B. Rhine à l’université Duke (États-Unis) aurait obtenu, avec l’aide de son assistant G. Pratt, des résultats hautement significatifs avec des sujets apparemment doués. L’une de ses expériences de clairvoyance avec l’étudiant H. E. Pearce est restée célèbre : celui-ci avait su dire exactement 558 fois sur 1 850 tirages successifs (la probabilité pour que ce résultat ait été dû au hasard est de 10-22) quelle carte Zener avait été tirée en un lieu éloigné de 90 à 230 mètres de lui. Avec des cartes portant des dessins d’animaux, S. G. Soal aurait obtenu à l’université de Londres, dans les années quarante, des résultats significatifs de précognition chez deux sujets doués, B. Shackleton et G. Stewart : ceux-ci ne devinaient pas la carte qu’on était en train de tirer, mais celle qui la précédait ou la suivait dans le tirage. En faisant varier la vitesse de tirage des cartes, Soal put même établir que la perception extrasensorielle du sujet était fixée sur un objet apparaissant deux secondes et demie plus tard.

Dans le domaine de la télépathie, des expériences d’induction hypnotique sur des sujets éloignés de l’hypnotiseur furent entreprises dès 1938 par Vassiliev à Leningrad. L’état hypnotique de ces derniers était objectivé par le fait qu’ils cessaient à leur insu de comprimer une petite balle en caoutchouc qu’on leur avait donné la consigne de presser à intervalles réguliers. Des recherches de ce type ont été poursuivies jusqu’à l’époque présente en Tchécoslovaquie par Ryzl, puis aux États-Unis et à Édimbourg, par J. Beloff. En France, depuis la fondation de l’Institut métapsychique international en 1920, les recherches de Richet, de Geley et d’Osty ont porté en grande partie sur les dons de clairvoyance, de précognition et de psychokinésie de médiums tels que Ossowietsky, Schneider, Forthuny et Croiset. Ce dernier a été encore étudié dans les années soixante-dix par le parapsychologue hollandais W. C. Tenhaeff. Il s’est rendu célèbre par le test des « chaises vides », qui est un test de précognition où le « devin » serait capable de décrire la personne qui occupera, à telle date, telle chaise, dans telle salle de conférence, dans une ville donnée du monde.

Une autre direction a été suivie dans les années soixante au Maimonides Hospital à Brooklyn (New York): M. Ulmann, S. Krippner, S. Feldstein, considérant que les moments d’activité onirique devaient être les états les plus propices à la communication extrasensorielle, ont essayé d’introduire télépathiquement des images dans les rêves de sujets endormis. Un sujet « émetteur » se concentrait sur une illustration donnée – appelée image cible – et essayait de l' »envoyer » au dormeur, dont les ondes cérébrales étaient enregistrées par un électroencéphalographe signalant les moments de rêve. Le dormeur était réveillé juste après son rêve, qu’on lui demandait de raconter. Des juges indépendants estimaient alors le degré de corrélation entre les images du rêve et les images envoyées par les sujets « émetteurs ». Comme exemple de transmission télépathique réussie au cours du sommeil, les chercheurs du Maimonides Hospital citent souvent l’expérience dans laquelle ils prirent pour cible un tableau de Salvador Dali, Le Sacrement de la dernière sainte Cène : chez huit dormeurs, les rêves continrent ce soir-là des fragments du tableau (la mer, des aliments, Christmas, etc.).

Une variante de ces expériences fut mise en ouvre dès 1973 par C. Honorton et S. Harper au Maimonides Hospital. Elle consiste à prendre des sujets qui ne sont pas en train de rêver mais qui se trouvent en état de déprivation sensorielle visuelle et auditive. Le dispositif de déprivation, appelé dispositif « Ganzfeld », se compose de deux demi-balles de ping-pong, que l’on place sur les yeux du sujet, et d’écouteurs, qui diffusent continuellement le bruit des vagues. Dans un certain nombre de situations expérimentales de ce type, Honorton et Harper auraient obtenu des résultats apparemment significatifs.

Depuis les années soixante, des expériences de précognition ont été réalisées chez des animaux : en France, Rémy Chauvin et ses collaborateurs auraient obtenu des résultats significatifs avec des souris qui évitaient la moitié électrifiée du plancher de leur cage, le courant changeant constamment de côté grâce à un générateur de chocs au hasard. Une tendance générale s’est développée depuis les années soixante, qui consiste à automatiser les tests de perception extrasensorielle ou de psychokinésie. Les cartes Zener ou les lancements de dés sont progressivement remplacés dans tous les laboratoires par des machines électroniques. À l’institut de recherches concernant les domaines limites de la psychologie, dirigé par Hans Bender, à Fribourg-en-Brisgau (R.F.A.), la séquence de tirage des cibles (qui restent les symboles Zener) est donnée par un générateur électronique de hasard; les annonces et les résultats sont enregistrés automatiquement par un ordinateur. Au Stanford Research Institute (S.R.I., États-Unis) se déroulent des expériences entièrement automatisées, où des machines électroniques choisissent au hasard des chiffres entre 0 et 9, tandis que le sujet essaie de deviner quel est le nombre choisi (données de l’appareil et réponses du sujet sont enregistrées selon la même technique).

Dans les années soixante-dix, les physiciens Russel Targ et Harold Puthoff au Stanford Research Institute ont réalisé une somme importante de travaux sur la clairvoyance, qu’ils appellent « vision à distance ». Une de leurs expériences typiques consiste à demander à un sujet « explorateur » de se rendre, à une demi-heure de voiture du laboratoire, dans un lieu dont les coordonnées lui ont été transmises, à l’insu des expérimentateurs, dans une enveloppe. Arrivé au lieu fixé, il décrit ce qu’il voit autour de lui et enregistre cette description au magnétophone. Au laboratoire, un autre sujet se concentre et, une demi-heure après le départ de l’explorateur, décrit, au magnétophone, ce qu’il pense « voir » autour de celui-ci. Des juges indépendants estiment ensuite le degré de corrélation entre les deux descriptions. Bien qu’ils pensent avoir obtenu des résultats extrêmement positifs avec des sujets particulièrement doués, Targ et Puthoff estiment que cette faculté de vision à distance existe chez tous les individus, et qu’il suffit de la reconnaître pour apprendre à s’en servir.

La recherche d’une théorisation

À côté de ces recherches en laboratoire, la parapsychologie inspira aussi, dans les années soixante, toute une série de manifestations publiques avec des sujets « psi » prétendument capables de performances psychokinétiques exceptionnelles, tels Nina Kulagina en U.R.S.S. vers 1965 (déplacements d’objets), Uri Geller et Jean-Pierre Girard vers 1975 (déformation d’objets métalliques), Ted Serios aux États-Unis vers 1965 (impression de films photographiques par ses « images mentales »). Cependant, la plupart de ces performances, sinon toutes, furent finalement reconnues comme étant frauduleuses ou, pour le moins, douteuses.

Depuis la fin du XIXe siècle, la parapsychologie s’est efforcée de donner des bases théoriques aux effets paranormaux du psychisme. Elle commença par utiliser à son profit le développement de la notion, alors entièrement nouvelle, d’inconscient psychologique. La télépathie pouvait, par exemple, s’expliquer par une communication qui, échappant aux processus conscients, met en jeu les couches inconscientes du psychisme. C’est pourquoi, encore aujourd’hui, la plupart des parapsychologues modernes préconisent, dans les expériences qu’ils poursuivent avec des sujets psi, la relaxation, un climat affectif de détente ou, au contraire, d’exaltation, toutes conditions qui aboutissent à relâcher les contrôles de la conscience.

Le développement de la radio à la fin du XIXe siècle amena, dès cette époque, les parapsychologues à penser que certaines ondes électromagnétiques émises par le cerveau pouvaient être le canal d’un transfert d’informations entre un inconscient et un autre inconscient. En 1952, intervenant comme théoricien de ces phénomènes psi, Carl Gustav Jung proposa, avec le physicien W. Pauli, qui eut le prix Nobel en 1945, une explication dite de la synchronicité. Les entorses au déterminisme que supposent de tels phénomènes seraient compatibles avec l’idée qui est admise par la mécanique quantique et selon laquelle « la causalité n’est pas une vérité axiomatique mais statistique « . Les phénomènes exceptionnels sortant du cadre déterministe classique seraient l’expression d’un ordre caché de l’univers; or l’inconscient, selon Jung, serait aussi une émanation de cet ordre caché. Dès lors, un sujet pourrait faire preuve de clairvoyance, par exemple, dans le cas où se manifesterait dans son inconscient un phénomène qui appartient à l’ordre caché de l’univers et qui, au même moment mais ailleurs, se manifesterait sous sa forme d’événement physique acausal.

Un rapprochement s’opéra entre la mécanique quantique et la parapsychologie qui a donné lieu, en 1974, à un colloque de la Parapsychology Foundation à Genève puis à un autre colloque à Cordoue, en 1979. À la même époque et dans le même esprit, fut créé à San Francisco le Physics and Consciousness Research Group, animé par le physicien Jack Sarfatti. Les théories « paraphysiques », qui ont été avancées par ce courant de recherches, considèrent que l’interprétation dite de Copenhague du principe d’incertitude de Heisenberg, selon laquelle l’observateur perturbe nécessairement le phénomène qu’il mesure, est à prendre dans son sens le plus profond: l’observateur « fait corps » en quelque sorte avec le système mesuré. Se fondant sur une démonstration de J. S. Bell, Jack Sarfatti estime que la seule manière de réconcilier la mécanique quantique avec le déterminisme classique est de postuler l’existence de variables cachées non locales.

Tout système physique particulier serait en relation avec tout le reste de l’Univers. Et cette cohésion universelle cachée ferait, selon Sarfatti, qu’un changement quantique dans un système donné peut parfaitement entraîner un changement quantique dans un autre système qui, du point de vue du déterminisme classique, ne serait pas relié au premier. Ainsi, les phénomènes de psychokinésie seraient le résultat d’un transfert de k-quanta entre le système conscient que constitue un sujet psi et le système que représente l’objet mobilisé psychiquement. Les k-quanta sont censés être des entités quantiques sans masse et sans énergie, qui voyagent hors de l’espace et du temps, plus vite que la lumière, conformément à ce que suppose l’une des deux solutions du paradoxe théorique qu’Einstein avait inventé avec Rosen et Podolsky pour montrer l’incohérence de la mécanique quantique (Einstein pensait que les deux solutions de ce paradoxe étaient aussi inacceptables l’une que l’autre).

L’intervention des sceptiques

La parapsychologie, qui à la fois est très en vogue auprès du public des années 1970 et reste en marge de lascience officielle, a bénéficié du soutien de nombreux scientifiques renommés tels sir John Eccles (neurophysiologiste, prix Nobel), Margaret Mead (anthropologue), Costa de Beauregard (physicien). Des organismes officiels, comme la National Aeronautics and Space Administration (N.A.S.A.), ont financé certains de ses travaux et, aux États-Unis, la Parapsychological Association fut même rattachée en 1969 à la puissante American Association for the Advancement of Science. Dans les années soixante-dix, d’ailleurs, les parapsychologues ont déployé de vastes efforts pour se faire reconnaître de la science officielle. Le journal scientifique anglais Nature publia, le 18 octobre 1974, des résultats d’expériences de clairvoyance réalisées au Stanford Research Institute avec Uri Geller, sous la conduite des physiciens Targ et Puthoff./p>

Mais ces résultats furent rapidement mis en doute : il devint clair, grâce au célèbre illusionniste américain James Randi, que Geller était un illusionniste, et que les expériences du S.R.I. avaient été conduites dans des conditions peu rigoureuses. Néanmoins, les démonstrations télévisées de Geller ont amené John Taylor, mathématicien anglais, et Charles Crussard, physicien français, à s’intéresser à la recherche parapsychologique. Ce dernier dirigea, entre 1976 et 1978, de nombreuses expériences avec un autre sujet psi (et illusionniste), Jean-Pierre Girard, particulièrement dans le domaine de la déformation des métaux par psychokinésie. Sur un total de cent cinquante objets déformés ou transformés, Crussard retenait une vingtaine de cas pour lesquels il certifiait le caractère anormal de l’effet produit. Mais lorsque, par la suite, Girard fut contrôlé par des sceptiques, les résultats furent, dans l’ensemble, négatifs. Faisant à la télévision, le 20 mars 1978, le bilan des expériences de Crussard et de divers sceptiques avec ce sujet psi, Alfred Kastler, prix Nobel de physique, en vint à conclure que jusqu’alors, la réalité de la psychokinésie ne pouvait être tenue pour démontrée.

De son côté, John Taylor, qui avait été en Grande-Bretagne l’un des chauds partisans de Geller, déclarait dans Nature, le 2 novembre 1978, que ses expériences le menaient à infirmer son hypothèse initiale selon laquelle les phénomènes psi pourraient emprunter le canal des ondes électromagnétiques. Et (comme il avait précédemment admis que, si les phénomènes psi existaient, ils ne pouvaient s’expliquer autrement) il se trouvait désormais obligé de mettre en doute leur nature paranormale.

Les résultats de Targ et de Puthoff sur la clairvoyance ont à leur tour été critiqués, dans le numéro de Nature du 17 août 1978, par deux psychologues néo-zélandais, David Marks et Richard Kamman. Ceux-ci, qui avaient vérifié les transcriptions des enregistrements magnétophoniques pratiqués au S.R.I., s’étaient aperçus que les juges qui faisaient les corrélations entre les rapports de l’explorateur et ceux du clairvoyant étaient mis sur la voie des appariements corrects par de nombreuses indications contenues dans les enregistrements. De plus, Marks et Kamman rapportèrent qu’ils n’avaient pu rééditer, avec des résultats comparables, les expériences de clairvoyance de Targ et de Puthoff.

De nombreux parapsychologues prétendent néanmoins que la réalité des phénomènes psi a été démontrée en laboratoire, et que seuls les « attardés » ou les « mal informés » (sic) refusent de l’admettre. Mais une telle allégation est en soi contraire à la démarche scientifique : selon les règles qui garantissent celle-ci, c’est aux tenants d’une hypothèse qu’il revient de montrer aux sceptiques l’impossibilité pour ces derniers de se maintenir dans une attitude de doute. Or, dans toutes les expériences présentées comme étant les plus probantes de la parapsychologie, le doute ne peut être levé. Ainsi, le psychologue Hansel a montré que les expériences Pearce-Pratt avaient été entachées de fraude, de même que celles de Soal avec Shackleton. Un chercheur du laboratoire de Rhine, W. J. Lévy, fut convaincu, lui aussi, d’avoir fraudé en 1974 dans ses recherches sur les facultés psi des animaux.

Persi Diaconis, illusionniste et mathématicien américain, a participé, en tant que sceptique, à une douzaine d’expériences parapsychologiques et étudié en détail, à travers des documents de seconde main, le déroulement d’une vingtaine d’autres séances : dans la revue américaine Science (14 juill. 1978), il en conclut que, pour toutes ces expériences, le protocole présentait assez d’éléments de fragilité pour qu’on puisse considérer celles-ci comme étant non probantes. Il souligne, d’ailleurs, que par la seule lecture des rapports de telles expériences dans les publications parapsychologiques officielles, on ne peut se faire une idée des vices que recèle le déroulement du test.

Enfin, pour beaucoup de cas (notamment dans les expériences où des images sont « transmises » – S.R.I., Maimonides Hospital), des résultats sont déclarés positifs par les parapsychologues, alors qu’ils ne sont pas confrontés aux résultats d’expériences témoin. Il n’est donc pas légitime de conclure, comme le fait Scott Rogo, que, les expériences du Maimonides Hospital ayant été correctement « répliquées » à trois reprises dans d’autres laboratoires, la parapsychologie a fait ainsi la preuve de la reproductibilité de ses expériences.

Du reste, Ray Hyman, psychologue américain sceptique, signale trois exemples où des « réplications » de ce type ont échoué. John Beloff, parapsychologue britannique, qui fut président de la Parapsychological Association en 1972, admet que les phénomènes psi n’ont généralement été mis en évidence que dans des expériences isolées et initiales qui n’ont pu être reproduites par la suite. Cette remarque, ajoutée au fait que les sceptiques n’ont jamais obtenu de résultats positifs, aide à comprendre pourquoi les parapsychologues en viennent à admettre que les phénomènes psy ne pourraient pas, par essence, être répétés et seraient « sensibles » à l’attitude subjective de l’observateur (favorable ou sceptique). Mais, par là, ils retranchent la parapsychologie du champ de la science normale, laquelle s’appuie sur l’observation de phénomènes qui sont susceptibles de se reproduire dès que les conditions objectives nécessaires en sont réunies, et indépendamment de la subjectivité des observateurs.

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