Pourquoi certains guérisseurs voient l’aura de leurs clients

4 mai 2012

Des chercheurs de l’Université de Grenade affirment que les « guérisseurs » sont atteints de synesthésie, qui est un phénomène neuropsychologique impliquant un « mélange » des sens. Les résultats de cette étude ont été publiés dans le journal Consciousness & Cognition [1]. Les auteurs expliquent en même temps l’effet placebo important que ces guérisseurs peuvent avoir sur des gens malades.

Ces chercheurs Espagnols ont découvert que de nombreuses personnes qui affirment voir l’aura des gens – ceux qu’on nomme, selon les circonstances, « guérisseurs », « rebouteux » ou « charlatans » – sont en fait touchés par ce phénomène neuropsychologique connu sous le nom de « synesthésie » (synesthésie émotionnelle). Ce pourrait être une explication scientifique de leurs prétendus « dons ». Chez les synesthètes, les régions du cerveau responsables du traitement de chaque type de stimulus sensoriel sont intensivement et anormalement interconnectées. Ainsi, les synesthètes peuvent voir ou sentir un son, sentir un goût ou associer des gens à une couleur particulière.

L’étude, dirigée par le Département de Psychologie Expérimentale de l’Université de Grenade, apporte une explication scientifique au phénomène ésotérique de l’aura, qui est un prétendu champ d’énergie de rayonnement lumineux qui entoure une personne à la manière d’un halo, et qui serait imperceptible par la plupart des êtres humains.

En termes neurologiques, la synesthésie est due à un « câblage » entrelacé dans le cerveau de certains individus (les synesthètes) ; en d’autres termes, les synesthètes présentent plus de connections synaptiques que les gens « normaux ». « Ces connexions supplémentaires font qu’ils établissent automatiquement des associations entre des régions cérébrales qui ne sont habituellement pas interconnectées » explique le Pr. Gomez Milan. De nombreux guérisseurs, rebouteux, etc. qui affirment voir l’aura des gens pourraient être touchés par ces conditions.

Le cas du « Santon de Baza »

Les chercheurs de l’Université de Grenade remarquent que « tous les guérisseurs ne sont pas synesthètes, mais qu’il y a une forte fréquence de ce phénomène chez eux. Il en est de même parmi les peintres et les artistes, par exemple ». Pour réaliser cette étude, les chercheurs ont interrogé certains synesthètes comme le guérisseur de Grenade Esteban Sánchez Casas, connu sous le pseudonyme de « El Santón de Baza« .

De nombreuses personnes attribuent des pouvoirs paranormaux à El Santón, comme une aptitude à voir les auras des gens « mais en fait, c’est un cas manifeste de synesthésie », expliquent les chercheurs. El Santon affiche une synesthésie visage-couleur (la région du cerveau responsable de la reconnaissance des visages est associée à la région du traitement des couleurs) ; la synesthésie toucher-miroir (quand le synesthète observe une personne qui est touchée ou qui a une douleur, il ou elle vit/ressent la même chose) ; l’empathie élevée (la capacité de ressentir ce qu’une autre personne ressent), et la schizotypie (traits de personnalité chez les gens en bonne santé qui impliquent une légère paranoïa et des hallucinations). « Ces capacités font que les synesthètes ont la capacité de montrer aux gens qu’ils les comprennent, et que les clients se sentent compris. Ces aptitudes leur procure une émotion spéciale et des facilités pour comprendre la douleur des autres », expliquent les chercheurs.

A la lumière de ces résultats, les chercheurs ont remarqué que ces guérisseurs ont un important effet placébo sur les gens, « étant donné que certains guérisseurs ont vraiment la capacité de voir les auras des individus, et de ressentir la douleur des autres à cause de la synesthésie ». Certains guérisseurs « ont la capacité et les attitudes qui leur font croire en leurs pouvoirs de guérir les autres, mais c’est en réalité un bel exemple d’auto-illusion, car la synesthésie n’est pas un pouvoir extra-sensoriel, mais une perception subjective et embellie de la réalité » concluent les chercheurs.

[1Auras in mysticism and synaesthesia : a comparison. Consciousness and cognition, 2012, 21(1), 258-268 de Milán, Iborra, Pastor y otros.

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