Fini la clémence pour Amour et miséricorde

La justice a décidé de s’attaquer à ce mouvement controversé, dissous en 2008, mais dont la chef de file et des membres ont refait leur apparition dans le Jura.

Timothée Boutry | Publié le 14.05.2012, 19h09

 

PETIT-NOIR (JURA). La communauté s’est installée dans ce bâtiment discret En 2009, l’émission « Sept à huit » de TF 1 lui avait consacré un reportage, dans lequel on apercevait des fidèles .

PETIT-NOIR (JURA). La communauté s’est installée dans ce bâtiment discret En 2009, l’émission « Sept à huit » de TF 1 lui avait consacré un reportage, dans lequel on apercevait des fidèles . | (DOCUMENT TF 1.)

Eliane Deschamps en a fait sa spécialité. Depuis 1996, cette femme, aujourd’hui installée à Petit-Noir (Jura), prétend recevoir des apparitions de la Vierge le 15 de chaque mois à 0h6. Les changements d’heure ou les déménagements successifs de sa « représentante » n’y font rien : la Vierge n’aurait jamais failli à ce rendez-vous.

Sa visite est donc prévue demain.

Grâce à ses « dons », Eliane Deschamps a réussi à agréger autour d’elle un petit groupe de fidèles au sein d’une communauté baptisée Amour et miséricorde, dans le collimateur de la Mission interministérielle de vigilance de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) depuis plusieurs années. Après de nombreuses péripéties et alors que les premières plaintes remontent au début des années 2000, la justice a finalement décidé de s’attaquer au mouvement.

Le 11 avril dernier, les enquêteurs de la section de recherche de la gendarmerie de Dijon (Côte-d’Or) ont procédé à une série d’interpellations. Quatre personnes ont été placées en garde à vue, dont Eliane Deschamps. Dans un premier temps, le juge d’instruction dijonnais n’a prononcé qu’une mise en examen, celle du secrétaire général de la communauté, Bernard D. Soupçonné d’abus de faiblesse, cet ancien scientologue, qui fait office à la fois de « porte-parole » et de « frère spirituel », a été placé sous contrôle judiciaire. De nouvelles mises en examen pourraient intervenir.

L’affaire est donc entrée dans sa phase active même si, comme le souligne une source proche du dossier, « en matière de mouvement sectaire, les poursuites sont difficiles à caractériser ». Selon nos informations, la justice s’intéressait notamment à une captation d’héritage, mais l’auteur présumé de ce délit est décédé.

Alertée dès 2002 des agissements de ce groupe, la Miviludes avait envoyé une délégation au mois de décembre 2008. A l’époque, la communauté — quelques dizaines de personnes séduites par Eliane Deschamps — était regroupée sur un terrain clos à Chaussin (Jura) appartenant à un membre du groupe. Dans son rapport annuel 2008, la Miviludes explique avoir profité de la période 2004-2008 pour recueillir « un nombre important de témoignages concordants mettant en cause Eliane D. » « Les faits dénoncés soit par les familles et l’entourage, soit par d’anciens membres et sympathisants se caractérisent notamment par une forte emprise exercée sur des personnes qui étaient malmenées, humiliées, parfois épuisées physiquement […] par des ruptures souvent violentes et sans appel d’avec le milieu familial […] voire par des demandes financières exorbitantes de la part de la fondatrice », dénonce le document. Dans sa revue du deuxième trimestre 2007, l’Union nationale de défense des familles et de l’individu (Unadfi) victimes de sectes évoque des « méthodes de soumission […] habiles et multiples » qui « reposent sur la peur de déplaire à la voyante ».

A la suite de cette visite de la Miviludes, l’association Amour et miséricorde s’était autodissoute. Mais les apparitions de la Vierge et l’emprise d’Eliane Deschamps sur ses fidèles n’avaient pas cessé. Aujourd’hui encore, à Petit-Noir, une dizaine de personnes vivraient encore en communauté. « Ils sont discrets, mais on n’a jamais eu de problème », confie une habitante. Au lendemain des interpellations, un membre du groupe contacté par « le Bien public » avait réfuté le terme de « secte » et nié toute « manipulation ». « Nous étions simplement unis dans la spiritualité », expliquait-il. A noter que l’archevêque de Dijon, dont plusieurs familles ont dénoncé l’attitude ambiguë à l’égard de cette communauté, a été entendu en tant que simple témoin. « Il s’est peut-être fait embobiner mais il n’y a pas grand-chose à lui reprocher », estime une source proche du dossier. L’audition a eu lieu en pleine Semaine sainte.

 

Le Parisien

source : http://www.leparisien.fr/faits-divers/fini-la-clemence-pour-amour-et-misericorde-14-05-2012-1999877.php