Georges Fenech : « Les sectes ont infiltré les lieux de pouvoir »

L’ex-responsable de la lutte contre les sectes en France, Georges Fenech, met en garde dans son livre (1) contre ces groupes qui annoncent la fin du monde et en profitent pour abuser financièrement leurs adeptes.

Georges Fenech, ancien magistrat, est député du Rhône. Il dirigeait la Mission interministérielle de la lutte  contre les dérives sectaires (Miviludes). Photo  AFPGeorges Fenech, ancien magistrat, est député du Rhône. Il dirigeait la Mission interministérielle de la lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Photo AFP

 Faut-il craindre l’action de ces sectes qui promettent la fin du monde pour le 21 décembre 2012, sauf à se trouver sur le pic de Bugarach (Aude) le jour J ?

GEORGES FENECH : « La croyance en l’Apocalypse n’est pas en elle-même un danger. Par contre, mon expérience [à la tête de la Miviludes] me conduit à dénoncer le climat anxiogène que des groupes sont en train de créer pour recruter des adeptes. C’est l’objet de mon livre, combattre l’usage de ces messages apocalyptiques, l’emprise mentale et son exploitation mercantile au seul bénéfice des sectes ».

DOSSIER

Dans le cas de l’Ordre du temple solaire ou des Davidiens de Waco (USA), la manipulation a pris un tour dramatique avec des dizaines de morts… « Oui, l’expérience nous prouve que des organisations ont dérivé sur des messages purement apocalyptiques et sombré dans les tueries-suicides pour rejoindre l’étoile Sirius, échapper à la fin du monde ou sauver l’humanité. Il y a un véritable risque, dès lors que la communauté [de la secte] est vécue comme le seul espace protecteur et que s’exerce le phénomène bien connu de la Miviludes, de la rupture [des victimes, des adeptes] avec le monde extérieur, la société, sa famille, la médecine classique. Je cite l’exemple de Steve Jobs [fondateur d’Apple], un des grands génies du siècle, tombé sous la coupe d’une naturopathe et qui a perdu de nombreux mois dans le traitement de son cancer ».

Les sectes ont leurs relais au plus haut niveau du pouvoir politique et économique, dites-vous. Vous en avez même fait les frais, non ? « Oui, le lobbying pro-sectes est présent au plus haut niveau, les sphères d’influence des sectes ont infiltré jusqu’à l’appareil d’État. Ce que je raconte, c’est une interrogation que je pose : je considère qu’il y a eu conflit d’intérêts entre un membre du conseil constitutionnel qui était rapporteur de mon dossier électoral [aboutissant à l’invalidation de son élection pour infraction formelle à ses comptes de campagne] et dont le mari était l’avocat… de plusieurs groupes sectaires ! Ça ne veut pas dire que j’ai été invalidé par des sectes mais ça me pose vraiment problème ».

L’annonce de la mort hier du fondateur de la secte Moon donne l’occasion d’évoquer les liens entre sectes et argent. Les gourous sont-ils d’abord des escrocs ? « Il n’y a qu’à regarder le patrimoine considérable des principaux leaders des grandes sectes, à l’instar de Moon, pour se persuader de leur puissance financière. On voit bien cette espèce de pieuvre qui infiltre tous les milieux grâce à ses ressources, comme le fait la Scientologie dont je parle longuement, avec des relais d’influence au plus haut niveau aux USA, pays rivé sur la liberté religieuse et le premier amendement ».

A l’opposé, il y a les mini-sectes, comme Minh Vacma, à Algrange jusqu’à 2005… « Minh Vacma, c’était l’exemple-type, je le dis dans mon livre, de la micro-structure, des groupes thérapeutiques qui prolifèrent et peuvent être plus dangereux, où les victimes sont placées sous le contrôle d’un gourou imposant son emprise mentale. Dans la catégorie de ces gourous made in France, on pourrait citer l’affaire Néo-Phare (Nantes) ou celle des reclus de Monflanquin ».

(1) Apocalypse, menace imminente (Calmann-Lévy) sorti le 29 août.

Propos recueillis par Alain MORVAN.