Gourou et roi de l’immobilier

Le chef du groupe La Source, Jean-Claude Gallant, est avant tout un promoteur immobilier, avide de luxe. Et pour satisfaire ses besoins, il demande à ses adeptes d’agir à titre de prête-noms pour déjouer le fisc et les banques, selon plusieurs sources.

«Pour Claude, le but des séances de rebirth n’est pas tant de récolter les 350$ par participant que de trouver d’éventuels acheteurs ou des poteaux pour ses terrains», dit l’un des ex-membres.

En 2004, Gallant met la main sur un immense terrain à Prévost, dans les Basses-Laurentides. La terre fait l’équivalent de 26 terrains de football. Rapidement, il la sépare en 25 petits lots. La plupart sont vendus à ses fidèles, qui s’y font construire des maisons. Gallant garde un domaine grand comme sept terrains de football, sur lequel il fait ériger un palace.

Or, plusieurs membres de La Source disent avoir servi de prête-noms. Certains racontent avoir acheté des lots en leur nom pour le chef et contracté des hypothèques qu’ils n’ont pas eu à rembourser. Gallant leur a versé 5000$ pour ce service.

Poursuite de Desjardins

Le Mouvement Desjardins poursuit l’homme et deux de ses fidèles, qu’il accuse d’avoir orchestré «plusieurs transactions frauduleuses» en fabricant de faux documents. Desjardins leur réclame 122 746$, notamment pour les commissions de courtier hypothécaire qu’ils ont illégalement empochées.

De plus, l’institution exige que les défendeurs divulguent toutes les transactions basées sur de faux renseignements, en plus de celles déjà connues.

Elle veut aussi leur interdire de participer à toute demande de financement auprès d’elle, notamment, parce que l’enquête «fut longue et ardue afin de découvrir les stratagèmes mis en place» par Gallant et ses acolytes.

Jean-Claude Gallant tente de vendre son palace de... (Photo Martin Leblanc, La Presse) - image 2.0

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Jean-Claude Gallant tente de vendre son palace de Prévost (dont on voit l’intérieur sur les photos de droite) et entraîne ses adeptes au nouveau «?Domaine La Source des Mille Isles?», sur une terre grande comme 131 terrains de football, à 20 km de Saint-Jérôme. Son groupe vient d’y construire une écurie.

PHOTO MARTIN LEBLANC, LA PRESSE

Dans sa requête, l’institution affirme que la stratégie visait à permettre à certains de bénéficier de la plus-value des propriétés sur la base de faux renseignements. Selon nos sources, l’utilisation de prête-noms aurait surtout permis à Gallant de doper le prix de maisons et de soutirer des prêts hypothécaires gonflés destinés à financer d’autres activités.

Une des transactions douteuses concerne le centre même où se donnent les ateliers de rebirth, boulevard Curé-Labelle, à quelques kilomètres du domaine de Gallant. En 2008, la propriété a été vendue par un adepte à un autre. La transaction a été réalisée pour une somme de 51% supérieure à sa valeur marchande, soit 365 000$ au lieu de 241 000$ pour des propriétés comparables.

Les prête-noms permettraient aussi à Gallant de frauder le fisc au moment de la revente des maisons. En effet, ces propriétés sont déclarées comme résidence principale des prête-noms, un bien dont les gains sont non imposables.

«C’est un champion des faux papiers», nous ont dit certains ex-membres de la secte.

Pour acheter la terre de Prévost, Gallant a versé un acompte de 60 000$ en 2004. Il a ensuite récolté près de 1 million de dollars auprès de ses adeptes en leur vendant les petits lots. Depuis deux ans, plusieurs membres ont revendu leur maison à des gens extérieurs au groupe. Le palais de Jean-Claude Gallant est lui-même à vendre pour 875 000$.

Aujourd’hui, des proches craignent que les nouveaux fidèles, dans la vingtaine, ne soient utilisés pour combler les fantasmes immobiliers de Gallant. C’est que, une fois sous l’emprise du chef, il est difficile de lui dire non. «Tu ne veux pas te rapprocher de nous et travailler tes sentiments?», leur disent typiquement le chef et ses assistants.

Le Mouvement Desjardins dit lui aussi avoir de «sérieuses raisons de croire que les défendeurs continueront à utiliser des stratagèmes à son détriment».

Gallant mijote justement un nouveau projet, qui entraînera le déménagement de la secte. En mai 2011, il a acheté avec deux fidèles une immense terre à 20 km à l’ouest de Saint-Jérôme, chemin des Mille-Isles. Certains adeptes sont déjà installés dans une maison de campagne adjacente. Les deux transactions ont coûté 825 000$.

La terre du «Domaine La Source des Mille Isles» est grande comme 131 terrains de football. Gallant veut y faire construire de nombreuses maison, et ses fidèles ont déjà commencé à bâtir une écurie commune.

Des proches de La Source racontent que certains ont avancé des fonds pour des lots éventuels. Ils se demandent si Gallant réussira à financer ses ambitions, maintenant que la secte a éclaté.

Un adepte a pris Gallant à partie, à l’automne 2011. Le gourou aurait promis de rembourser son monde, mais il a admis qu’il manquait d’argent parce qu’il n’arrivait pas à vendre sa luxueuse résidence. Certains fidèles restent par conviction, alors que d’autres le font parce qu’ils sont financièrement pris à la gorge.

Jean-Claude Gallant n’a pas voulu commenter les allégations qui pèsent sur lui concernant l’immobilier.

Source : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/justice-et-faits-divers/201210/04/01-4580476-gourou-et-roi-de-limmobilier.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_meme_auteur_4580120_article_POS3