Gourous inc.: profil des accros

Marie-Claude Malboeuf

Fasciné par le culte des gourous, le cinéaste new-yorkais Vikram Gandhi a fait le pari fou de s’inventer un personnage, une théorie, un jargon, et de partir à la recherche de fidèles au fin fond de l’Arizona. Diffusé cet automne, son documentaire parfois loufoque, Kumaré, met en lumière l’immense soif de spiritualité de ses semblables. Et lui permet d’arriver à différents constats:

> Même une fausse religion peut apaiser les gens;

> À force de parler à ses fidèles d’une lumière bleue, totalement inventée, il a lui-même fini par la voir.

> Ses disciples ont bel et bien été transformés à son contact. Pour Vikram Gandhi, c’est parce qu’il leur a servi de miroir au lieu de leur servir une recette (comme en imposent au contraire la plupart des gourous modernes). Son ultime enseignement: ce que les gens cherchaient se trouvait déjà à l’intérieur d’eux-mêmes. Autrement dit, ils avaient déjà le désir et le pouvoir de réaliser leur rêve.

Et ce n’était pas leur seul point commun. Tous se posaient des questions fondamentales, étaient marqués par des souffrances profondes et avaient finalement un immense besoin de se sentir compris, de «connecter» avec quelqu’un.

Voici d’autres facteurs pouvant rendre accro à l’épanouissement personnel:

1. La quête de sens

Sans religion, les gens n’ont plus de réponses toutes faites, alors ils en cherchent ailleurs. «On est programmés pour croire. Penser que notre vie est parsemée d’accidents dépourvus de sens semble insupportable», affirme le chercheur en psychoéducation Serge Larivée.

2. La dépendance

«Les personnes dépendantes ont besoin de certitudes. Elles veulent se remettre entre les mains de quelqu’un qui démontre une assurance totale. Cela atténue leur angoisse, mais les expose aux abus, car elles mettent leur sens critique en veilleuse», expose la psychiatre Johanne Cyr.

3. La solitude

À Montréal, 40% des logements sont occupés par des gens seuls, souligne la présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, Rose-Marie Charest. Or, ceux qui souffrent de solitude cherchent un réseau.

4. La facilité

Les gourous de l’âme promettent de changer la vie des gens rapidement – un pari séduisant. «Les gens en dépression nous demandent de les hypnotiser, de les pousser plus fort pour aller plus vite, alors qu’il faut y aller prudemment», rapporte le professeur de psychologie Conrad Leconte, retraité de l’Université de Montréal.

5. L’orgueil

On suggère aux participants qu’ils vont faire partie d’une élite, qu’ils ont «compris» quelque chose. «Croire qu’on est exceptionnel provoque une grande satisfaction narcissique. On devient trop accro à ce sentiment pour écouter ses doutes», expose la psychologue Diane Casoni, qui enseigne la criminologie à l’UdeM.

6. L’obsession du bonheur

Auteur de Guérir à s’en rendre malade, Jean Robitaille lisait des caisses de livres, par crainte de «passer à côté d’un grand secret», dit-il. Il a enfin compris qu’il n’y en avait pas: «On rêve au jour où, à force de travailler sur soi, on va atteindre la béatitude. Mais la sérénité, c’est d’être capable de vivre heureux avec ses problèmes non résolus.»

7. Les ratés du système

«Être barouetté par le système de santé, ne pas être pris au sérieux par des médecins qui n’ont pas posé le bon diagnostic ou qui vont trop vite et nous donnent une petite pilule, ça crée une immense détresse, dit Jean Robitaille. On cherche donc ailleurs.»

Source : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201210/07/01-4581028-gourous-inc-profil-des-accros.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_4581255_article_POS5