HAINE – La guerre de la barbe consume une communauté amish américaine

Levi Miller, Johnny Mullet et Lester Mullet, de Bergholz, dans l’Ohio, après une première arrestation le 8 octobre. AP Photo/Jefferson County Sheriffs Department

L’affaire a mis en émoi les communautés amishs – ces protestants américains qui refusent le monde moderne, se déplaçant en carrioles, bannissant télévision, ordinateur et électricité. Pensez donc : depuis quelques mois, des renégats parmi eux, un groupe d’âmes tourmentées par le désir de vengeance, maraudant sous la lune et sur les terres de leurs voisins, s’étaient jetés sur des Amishs endormis et, brandissant des paires de ciseaux, ils s’étaient attaqués à leurs… cheveux et barbes.

Rappelons qu’en pays amish, le pacifisme et le pardon sont des valeurs cardinales, la vengeance une tentation infernale et la barbe un symbole du lien qui unit tout homme marié à Dieu, sa coupe une honte ineffaçable. Les femmes amishs, une fois mariées, tirent une fierté similaire de leurs cheveux non coupés, ramassés en chignons.

Le chef de cette équipée façon Orange mécanique chez les Amishs, Samuel Mullet, 66 ans, a été arrêté mercredi, avec six de ses affidés. La justice fédérale américaine a recensé au moins quatre attaques. Elle poursuit ces hommes notamment pour enlèvement et « crime haineux » (hate crime), un terme qui désigne les agressions fondées sur des raisons religieuses. Ils risquent la prison à vie.

Johnny Mullet, Lester Mullet, Daniel Mullet, Levi Miller et Eli Miller, au tribunal municipal de Millersburg, dans l’Ohio. AP Photo/Mike Schenck, Wooster Daily Record, File

Le ministère public détaille ainsi son accusation : ces hommes « se sont emparés de plusieurs Amishs et leur ont coupé la barbe et les cheveux à l’aide de ciseaux et de tondeuses électriques, blessant ces hommes ainsi que ceux qui ont tenté de s’interposer« . L’une de leurs victimes a déclaré aux enquêteurs du FBI qu’elle « aurait préféré être battue comme plâtre plutôt que de subir une telle défiguration, et l’humiliation de se faire couper cheveux et barbe« .

Cinq de ces hommes avaient déjà été arrêtés en octobre dernier, mais Samuel Mullet n’avait pas été inquiété alors. Il est soupçonné d’avoir commandité ces attaques, souhaitant régler de vieilles querelles avec d’anciens membres de sa communauté qui auraient fui son emprise. Les témoignages versés au dossier d’accusation décrivent un clan tenu d’une main de fer, dans lequel des hommes peuvent être enfermés et battus dans des poulaillers durant plusieurs jours. Selon les documents d’enquête du FBI, Mullet aurait également poussé des femmes mariées à avoir des relations sexuelles avec lui, « pour chasser le diable hors d’elle« .

M. Mullet s’était établi avec sa famille dans la ville de Bergholz en 1995, après un conflit avec une autre communauté amish de l’Etat. Il était devenu, en 2003, le chef spirituel d’un clan de 120 membres. Il avait été marginalisé deux ans plus tard par l’assemblée des directeurs religieux amishs de l’est de l’Ohio, à laquelle il appartenait. Celle-ci refusait d’acter les excommunications qu’il avait prononcées contre plusieurs familles ayant quitté son clan. Il aurait ruminé ses griefs avant de finir par passer à l’attaque.

Samuel Mullet, leader d’une communauté amish dissidente, aurait orchestré ces attaques contre d’anciens membres de son clan. AP Photo/Amy Sancetta

Lors d’une attaque particulièrement choquante, plusieurs neveux de M. Mullet auraient coupé les cheveux de leur propre mère, la sœur de M. Mullet, qui avait fui la communauté il y a plusieurs années.

M. Muller était resté discret depuis un mois dans sa vallée isolée, près de Bergholz. Des conversations téléphoniques avec certains de ses fidèles emprisonnés en octobre, enregistrées par le FBI et versées au dossier d’accusation, semblent montrer que sa soif de violence capillaire ne s’était pas éteinte. Il évoquait encore avec eux de futurs raids.

Source : http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2011/11/24/haine-la-guerre-de-la-barbe-consume-une-communaute-amish-americaine/