« J’ai testé l’électromètre de la scientologie à Bordeaux »

A l'angle de la rue Cheverus avant le cours Alsace-Lorraine, des personnes abordent les passants. Sur leurs T-shirt rouge est marqué "La dianétique" ; la scientologie étant classée comme secte par l'état français (ED/Rue89 Bordeaux).

Abordée dans la rue, j’ai reçu, en moins de quatre heures, une initiation accélérée à la scientologie : des bases aux secrets les mieux gardés sur l’origine des problèmes humains. Décryptage.

« Vous avez eu une chance inouïe de pouvoir parler avec eux, ils ont normalement pour consigne de refuser toute interview avec les journalistes, qui plus est pour Rue89 ! » déclare Roger Gonnet, ancien scientologue fermement engagé dans la lutte contre la secte, que j’ai contacté suite à ma rencontre avec des scientologues en plein Bordeaux. Pourtant, c’était tout sauf une rencontre préméditée, raison pour laquelle, sans doute, j’ai pu pénétrer dans leur univers. Récit de cette aventure.

Marche rapide cours Alsace-Lorraine. Je lorgne le tram A place Pey Berland, tout en calculant si j’ai le temps d’atteindre sur le trottoir d’en face la boite aux lettres de La Poste. Un homme posté au coin de la rue lance dans ma direction :

« Bonjour, est-ce que vous auriez quelques minutes pour répondre à un questionnaire et apprendre à gérer votre stress ? »

Le tram repart de l’arrêt Sainte-Catherine, en courant je pourrai encore l’avoir. Mais la question m’a fait ralentir et sans trop savoir comment, je me retrouve postée devant le gaillard. Oubliant la boîte aux lettres, je réponds :

« Pourquoi pas ? »

Je m’attends à un questionnaire à choix multiples digne des tests de personnalité du dernier Marie Claire. Au lieu de ça, il m’invite à le suivre dans la rue Cheverus. Quel que soit le produit qu’il souhaite vendre, ce type n’arrivera pas à convaincre les passants en les attirant dans une ruelle sombre. Néanmoins, il n’a pas l’air méchant, je finis par le suivre.

Une excursion dans l’univers de la dianétique

« Excusez-moi Monsieur, vous m’emmenez où là ? »

« C’est tout près, vous verrez, je vais vous montrer un film à propos de la …nétique ».

Qu’est-ce qu’il a dit ? Pas compris. Je croyais que c’était un questionnaire… A quelques pas, j’aperçois une vitrine dans laquelle trônent des posters, et des livres, des jaquettes de CD. Sur tous, la même illustration : un volcan en éruption, un titre : La dianétique, et un nom : Ron Hubbard. J’entre dans ce qui pourrait être la salle d’attente d’un service administratif (avec un poster du volcan sur l’un des murs). Une femme souriante, la quarantaine, s’avance et prend la suite du gaillard.

« Bonjour Madame, est-ce que je peux vous appeler par votre prénom ? C’est… ? Elsa ? Bonjour Elsa, est-ce que vous avez déjà entendu parler de la dianétique ? » Négatif. « Alors avant de faire notre entretien sur votre stress, je vous propose de visionner une petite vidéo de cinq minutes, je viendrai vous chercher ensuite. »

Un disque dur sur pattes

La voix off de la vidéo m’explique que les expériences douloureuses de mon passé ont un effet sur ma conduite dans le présent et mon cerveau enregistre et accumule absolument tout ce qui se passe dans mon quotidien.

En réalité, nous ne sommes pas un disque dur ambulant. Le cerveau est en constante restructuration : il créé des connexions entre les neurones qui s’effacent rapidement si le circuit neuronal associé au souvenir n’est pas activé régulièrement. L’oubli d’une partie des informations est d’ailleurs essentiel au souvenir des autres.

La voix off explique ensuite la différence entre le mental analytique, qui « pense, se rappelle et fait des calculs » et le mental réactif, qui « emmagasine les souvenirs d’expériences douloureuses ». Conclusion : la dianétique peut révéler ces souvenirs et nous en libérer. Fin de la projection.

Grand sourire, on m’installe dans la « salle d’attente », derrière un paravent de fortune. En jargon scientologue, la séquence qui suit s’appelle une audition. Une machine qui semble tout droit sortie des années 1980, jaune pâle, un peu plus grosse qu’une boîte à chaussures, est installée sur une table.

« Alors, est-ce que cette vidéo vous a plu ? »

Sans répondre directement, je leur demande à tout hasard.

« Seriez-vous scientologue ? »

J’ai pensé à une secte à cause de l’affiche sur la dianétique, des sourires béats du clip vidéo et du discours douteux sur les capacités de notre cerveau. J’ai testé l’une des plus connues : dans le mille.

« Je suis journaliste et je vais peut-être utiliser cet entretien pour faire un article. »

Elle acquiesce, ça ne semble pas lui poser de problème.(…)

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