Jasmuheen porte la responsabilité d’au moins 5 décès

Jasmuheen a détaillée ses théories dans un livre, sobrement intitulé « Vivre de lumière », où elle explique comment accéder à une vie pranique (sans manger ni boire).

Elle a choisi de s’appeller Jasmuheen (« air éternel »).Rien de plus logique quand on est, comme elle, chef de file et pionnière des « respirianistes », un courant de personnes persuadées que l’on peut – et doit – vivre d’air et de lumière. En mai, Jasmuheen/Ellen Greves a porté sa « bonne » parole à Waterloo, comme elle le fait régulièrement en Belgique depuis quelques années. Cette information est loin de faire sourire Sandrine Mathen, psychologue au service d’études du CIAOSN (Centre d’information et d’avis sur les organisations sectaires nuisibles). Et pour cause : avec ses préceptes oscillant entre New Age et philosophies orientales, Jasmuheen porte la responsabilité d’au moins 5 décès d’adeptes convaincus par les discours colportés (et vendus, car, on a beau se nourrir d’air et d’amour, il faut bien vivre…). Tous avaient cessé de boire et de manger… Or si Jasmuheen parcourt le monde, c’est bien parce qu’elle y trouve encore des personnes prêtes à l’écouter puis, peut être, à la suivre.

Faire obéir le corps

La « thérapie des lumières » propose « une autre manière de se nourrir ». Pour faire court, disons que le discours servi se fonde sur la conviction selon laquelle il est possible de demander à notre corps de digérer les « forces vitales de l’univers ». A la clé de ce programme, outre une purification,la compréhension de notre moi-profond, du sens de notre présence sur terre, et l’accès à un haut niveau de spiritualité. Ou, encore, à une co-création avec le Divin.

« Helen Greves prétend que sa technique lui a été inspirée par des entités supérieures cosmiques, des anges, des ‘maîtres ascensionnés’, parfois immortels, ou par des morts qui furent des sages et qui l’inspirent », détaille Sandrine Mathen.

« Après un lavage intestinal ou une irrigation colonique, qu’elle recommande, sa cure de 21 jours débute par 7 jours sans boire ni manger. Le 7ème jour, tisane ou eau sont autorisés, sans être encouragés : ce point est laissé au discernement des personnes, poursuit Sandrine Mathen. Ensuite, la boisson est autorisée, sauf bien sûr si un guide intérieur le déconseille. Au terme de cette ‘thérapie’, on ne ressentirait plus le besoin de manger ou de boire. » Attention : le « tu n’as plus besoin de manger de la nourriture solide ou liquide pour vivre », grand mantra de Jasmuheen, ne serait pas, dit-elle, une apologie du jeûne. Sur Internet, un « pranique » (un homme qui assure vivre sans boire ni manger depuis des années) explique que, « contrairement au jeûne, où l’on vit sur ses réserves, ce qui ne peut pas durer très longtemps, avec la nourriture pranique se met en place une toute nouvelle manière de se nourrir, non limitée dans le temps. Des milliers de personnes dans le monde vivent cette expérience. »

Des conséquences rapides

Néanmoins, ce programme a parfois des ratés. Jasmuheen a été l’une des premières à le démontrer : pour une émission de télévision australienne, elle s’était engagée à relever le défi de sa cure en direct, sous contrôle médical. Ses problèmes de pression sanguine, de stress, de déshydratation, apparus après 48 heures, étaient dus, a-t-elle dit, de la pollution du lieu où elle se trouvait. Mais un déménagement déménagement à la campagne n’a pas suffi à lui fournir de la bonne nourriture aérienne : face à ses défaillances, les médecins ont arrêté l’expérience. Depuis lors, Jasmuheen a légèrement modifié ses conseils, allant jusqu’à autoriser – si nécessaire – la prise de 300 calories par jour. Interrogée sur les décès d‘adeptes, « elle s’est contentée de dire que ces personnes n’avaient pas suivi les directives de son livre », précise Sandrine Mathen.

« En fait, la littérature est pauvre concernant le jeûne », souligne le Dr Maximilien Kutnowski, interniste. « En présence de boisson, et en fonction des ‘réserves’ initiales, un humain pourrait tenir de 70 à 100 jours sans manger : les derniers grévistes de la VUB ont arrêté peu après 100 jours. Mais cela ne veut pas dire que des lésions ne s’installent pas, même en l’absence de décès. » Des études de suivi de grévistes de la faim, au CHU Pellegrin, à Bordeaux, ou en Turquie, l’ont démontré. Selon leurs auteurs, des privations de nourriture pendant de longue durée ont, par exemple, des effets sur le système nerveux central tout comme sur le système neuromusculaire, avec des risques de séquelles neurologiques permanentes. Une étude suisse confirme aussi que certaines affections chroniques (insuffisance cardiaque, maladies cardio-vasculaires, rénales, diabète, ulcère gastrique ou duodénal, maladies infectieuses, etc.) peuvent s’aggraver lors d’un jeûne et provoquer des complications relativement rapidement. « Quant à la grève de la soif, elle entraîne la mort en quelques jours et en tout cas en moins d’une semaine », tranche le Dr Kutnowski. Parmi les respirianistes, une minorité prétend se préparer aux bouleversements attendus pour fin 2012, et qui apporteront, assurent-ils, la faim dans le monde. Seuls ceux qui savent, déjà, se nourrir « autrement », pourraient alors survivre. De quoi, peut-être, convaincre davantage de personnes fragilisées de les suivre dans la lumière. Bienheureux les nonéclairés… ◆ Laissez, laissez, passer la lumière…précise le journal ◆

Source : article de Pascale Gruber dans le « Journal du Médecin » du 1er juin 2012.