La justice française de plus en plus conciliante avec la scientologie

A la suite du suicide d’une ancienne adepte de l’Eglise de Scientologie, ses deux enfants et son ex-mari portent plainte contre l’organisation fondée par Ron Hubbard. Malgré des conclusions accablantes de la PJ, le juge d’instruction envisage de décerner un non-lieu. L’avocat des parties civiles dénonce « l’impunité de fait » de l’Eglise. Cette dernière estime ne pas être concernée par ce « drame familial ».

Roulés dans la farine

Publié le – Mis à jour le 11 Mars 2015
La justice française de plus en plus conciliante avec la scientologie

C’est une histoire où est montrée du doigt l’Eglise de Scientologie. Une fois encore. Une histoire dramatique puisque l’un de ses adeptes s’est suicidé un jour de décembre 2006 en se jetant sous un train à la gare du Stade à Colombes (Hauts-de-Seine). Gloria Lopez, 47 ans, divorcée, mère de deux enfants, se trouvait dans un état dépressif depuis plusieurs années. Elle a englouti plus de 200 000 euros pour suivre les cours de l’Eglise. Allant séjourner jusqu’au Danemark, là où se trouve le siège de l’organisation. L’Eglise aurait-elle exercé une emprise telle qu’elle aurait conduit Gloria à mettre fin à ces jours ? Me Rodolphe Bosselut, avocat des enfants de Gloria Lopez, son fils Gwenn et sa fille Mathilde ainsi que son ex-mari, le pense : « C’est un dossier exceptionnel car nous disposons d’écrits personnels et intimes de Mme Gloria Lopez, contemporains du suicide qui expliquent les raisons profondes de son désarroi, à savoir les dépenses faramineuses qui lui ont été imposées par la scientologie la contraignant à changer de vie et à déprimer ! » Le rapport de l’Office central pour la Répression des Violences aux Personnes (OCRVP) dont les conclusions – que nous avons lues  sont accablantes pour la scientologie ne dit pas autre chose. Une analyse qu’on ne partage absolument pas du côté de l’Eglise. Son porte-parole, Eric Roux, interrogé par Atlantico, s’est contenté de nous adresser le communiqué suivant : « Après cinq ans d’enquête exhaustive, les policiers de Nanterre ont déterminé qu’il n’y avait aucune charge pouvant être retenue contre quiconque suite à ce dramatique suicide. » Eric Roux n’en dira pas plus…

Nous sommes à la fin des années 80. Gloria Lopez, qui n’exerce aucune profession à l’époque, divorce. Désireuse de travailler, elle trouve un emploi dans l’entreprise Jeulin à Evreux. C’est là qu’elle se lie d’amitié avec une certaine Juliette Wagner-Quercia qui l’introduit à l’Eglise de Scientologie. Elle n’en sortira plus. Commence alors un piège terrible. En 2000, elle perd la garde de ses enfants à cause du témoignage de la marraine de sa fille Mathilde. Peu à peu, Gloria perd tout contact avec ses amis. Grâce à une amie scientologue, elle trouve un autre emploi chez Trad’style, une entreprise de traduction.  Elle multiplie les cours à l’Eglise. En 2006, elle se rend au siège mondial au Danemark… Bizarrement, elle ne rentre pas à la date prévue. Quand elle revient, sa collègue de travail, la trouve méconnaissable. Elle ne mange plus. Reste silencieuse. Elle est affaiblie. A Copenhague, on est parfaitement informé de son état de santé. La preuve : l’une des responsables, Elisabeth Halley, écrit à Gloria  à deux reprises pour prendre de ses nouvelles. Elle se propose même de venir la voir à Paris pour « l’aider à passer ce mauvais moment. » Il n’empêche.  Malgré cette mauvaise passe, Gloria demeure totalement sous la coupe de l’Eglise puisqu’elle envisage d’intégrer une de ses filiales en Californie. Hormis Mathilde et Gwenn, tout le monde l’ignore au sein de sa famille. Galopent les mois. Gloria Lopez devient de plus accro à la l’Eglise de Scientologie. Dans son journal intime, elle dit en éprouver « un sentiment d’échec ». Force est de constater qu’elle n’a pas retrouvé l’équilibre perdu à la suite de sa séparation. Pourtant, les adeptes de l’Eglise le crient bien haut : l’enseignement de Ron Hubbard permet de mieux vivre. D’atteindre le bonheur. Pour Gloria, c’est loin d’être évident. Tant s’en faut. Le 21 décembre 2006, à 7 heures 16 du matin, elle se jette de plein fouet sur un TER qui passe en gare du Stade à Colombes (Hauts-de-Seine). Elle meurt sur le coup…(…)

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