La longue marche de la justice sur les traces d’une école liée à la Scientologie

CRETEIL, 11 mai 2011 (AFP) – Après 13 années de procédure et huit juges d’instruction, la justice est en passe de clore son enquête sur l’Institut Aubert de Vincennes (Val-de-Marne), une école privée soupçonnée d’avoir appliqué des préceptes de la Scientologie à l’insu de parents d’élèves.Le parquet de Créteil a récemment requis le renvoi au tribunal de quatre des sept personnes mises en examen dans ce dossier, dont deux ex-responsables de la branche parisienne de l’Eglise de Scientologie, ouvrant ainsi la voie à l’étape finale de la procédure, l’ordonnance du juge d’instruction.

Considérée en France comme une secte, la Scientologie n’a elle-même échappé aux poursuites qu’en raison de l’expiration « du délai raisonnable de jugement », affirme le substitut du procureur de Créteil, Bernard Thouvenot, dans son réquisitoire.

C’est en 1998 que l’Institut Aubert, aujourd’hui fermé, attire l’attention de la justice. « Il y avait des témoignages concordants de parents d’élèves inquiets de certaines pratiques », assure-t-on dans l’entourage de Patrick Gérard, maire de Vincennes à l’époque et aujourd’hui recteur de l’académie de Paris.

D’après le réquisitoire, cet établissement hors contrat dispensait depuis un an, auprès d’une cinquantaine d’élèves, des préceptes issus de la Scientologie qu’il dissimulait « soigneusement » aux parents d’élèves qui n’étaient pas adeptes du mouvement.

L’un d’eux « avait été surpris d’apprendre que ses deux enfants faisaient le ménage ou que leur institutrice leur avait appris à faire passer une douleur » en appliquant la « technique du contact » inventée par Ron Hubbard, le fondateur de la Scientologie, écrit le procureur Thouvenot.

Les enseignants, pour la plupart adeptes du mouvement, n’étaient pas titulaires des « diplômes ad hoc », selon le réquisitoire qui affirme également que la gestion de l’établissement était en réalité « contrôlée » par la branche parisienne de la Scientologie.

L’Institut Aubert « appliquait des méthodes dangereuses sur le plan médical, (…) pédagogique (…) et sur le plan moral », a conclu le procureur, réclamant notamment le renvoi en correctionnelle de la dirigeante de l’établissement, Arlette Sanguinetti, pour « tromperie » et « travail dissimulé ».

Dans les années 1990, Mme Sanguinetti avait déjà dirigé à Paris un établissement réputé proche de la Scientologie, l’Ecole de l’éveil, qui lui avait valu une condamnation à une amende en 1997 pour s’être à tort prévalue de l’agrément de l’Education nationale.

« C’est une forme de persécution religieuse contre la Scientologie. Arlette Sanguinetti est la bouc-émissaire d’une cause qui la dépasse », réplique son avocat Me Yann Streiff, jugeant le dossier de l’Institut Aubert « incomplet ».

« Il y a des scellés sur lesquels se fonde l’accusation et que nous n’avons jamais pu consulter », expose à l’AFP l’avocat qui a contre-attaqué en déposant devant la Cour d’appel de Paris une requête en annulation.

Avocat d’un autre mis en cause, Me Alexis Gublin n’a pas souhaité s’exprimer. De même, le porte-parole de l’Association spirituelle de l’Eglise de Scientologie d’Ile-de-France (Asesif) s’est refusé à tout commentaire.

« L’éducation est un terrain de prédilection des sectes mais il y a une vraie difficulté à déceler des dérives sectaires dans des écoles hors contrat », a expliqué à l’AFP Georges Fenech, patron de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).

Considérée comme une religion aux Etats-Unis, la Scientologie revendique 45.000 adeptes dans l’Hexagone.

Dans une procédure distincte, sa branche parisienne doit être rejugée à la fin de l’année à Paris pour escroquerie en bande organisée.

source : AFP papier d’angle par Jérémy TORDJMAN