La MIVILUDES… Explication

Serge Blisko , président de la MIVILUDES, vient de rendre son rapport au premier ministre. Que peut bien signifier ce sigle barbare, s’agit-il d’une de ses innombrables missions interministérielles, avec pour seule finalité, de plomber les finances publiques  ? La Mission interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires… difficile de s’y retrouver.

La MIVILUDES se définit elle même ainsi : « elle observe et analyse le phénomène sectaire, coordonne l’action préventive et répressive des pouvoirs publics à l’encontre des dérives sectaires, et informe le public sur les risques et les dangers auxquels il est exposé ». Sa création par Alain Juppé remonte au 9 mai 1996 sous la forme d’un observatoire interministériel sur les sectes. C’est en 1998 qu’à la demande de Lionel Jospin, est créée La Mission interministérielle de lutte contre les sectes (MILS). Cette dernière devenant en 2002 la MIVILUDES sous l’autorité de Jean-Pierre Raffarin.

Le dispositif français, relativement original a suscité beaucoup de questionnements en France et à l’étranger. L’appréciation de la notion de secte étant particulièrement « régionale  », l’approche n’est pas la même en France, en Europe et surtout aux États-Unis. En France, la tradition juridique est celle qui consiste à veiller à la protection des victimes et de l’ordre public, en prenant en compte les actes et comportements contraires aux lois et règlements.

Le rapport remis hier au premier ministre pointe le problème de l’infiltration des sectes par le biais de la formation professionnelle. Serge Blisko a ainsi donné quelques exemples éclairants aux journalistes sur le perron de l’Hôtel Matignon. Vous êtes chômeurs depuis de longs mois, rien ne vient. Le pôle emploi n’a rien à vous proposer, si ce n’est l’habituelle proposition fourre tout : un coaching pour le CV et l’entretien d’embauche. Jusque là rien d’inhabituel. Vous vous rendez au premier rendez-vous et là surprise : le formateur demande à tous les participants de se déshabiller, au motif de mieux se mettre à nu, pour améliorer sa confiance en soi…

Cela semble incroyable, et pourtant la MIVILUDES a remonté malheureusement de nombreux cas. Ce sont les Pôles Emploi qui livrent des personnes fragiles par définition à des pseudo organismes de formation, qui en fait sont aux mains de mouvements sectaires.

On relève dans le rapport, ce cas d’une formation dite de « développement personnel » organisée dans un château, en pleine campagne. Dirigée de fait par un ancien membre de l’ordre solaire, on demandait là aussi aux participants de passer nus par un sauna collectif. L’ordre solaire est tristement célèbre pour des affaires d’assassinats collectifs en France, en Suisse et au Canada (74 victimes en 1994, 1995 et 1997).

Les organismes de formations professionnelles en France sont très nombreux (des dizaines de milliers), ils ont prospéré sur la crise. Leurs statuts vont de celui d’entreprise à celui d’association loi 1901, difficilement contrôlables. Le contrôle ne porte que sur l’aspect administratif, jamais sur les contenus dits pédagogiques. Ce secteur d’activité est donc à la portée du tout-venant, et dans celui-ci il y a des personnes liées aux sectes et qui se servent de ces organismes comme d’un « terreau bienveillant » à leurs activités criminelles.

La secte intervient sur les peurs, les doutes. Quand vous êtes sans emploi, vous êtes plus fragile. C’est un terreau facile pour recruter. Capter de nouvelles victimes. »

La procédure de signalement auprès de la MIVILUDES n’est pas suffisamment utilisée : 2 600 signalements sur un an, cela ne reflète pas la réalité. Il faut reconnaître que lorsqu’une DRH d’une entreprise se fait « avoir », il ne court pas faire le signalement qu’il devrait.

Il existe encore un autre domaine où les sectes prospèrent malheureusement, c’est celui de la santé. Là aussi elles s’attaquent aux personnes faibles et désarmées. Les malades du Sida ou du cancer se voient proposer à des prix exorbitants des thérapies miraculeuses… et là où la médecine trouve ses limites, certains patients se tournent alors vers ces pseudos thérapies au bénéfice des sectes qui s’y sont nichées.

La MIVILUDES répond donc bien à un besoin essentiel et prioritaire, celui de traquer toutes ces personnes mal-intentionnées, qui n’ont pour tout objectif que de s’emparer de l’argent de personnes en difficultés et contrôler leurs esprits, en les détournant de leurs amis et leur famille. L’argent public y est bien employé et malheureusement la situation actuelle ne fait que rendre chaque jour plus que nécessaire l’action des agents de la MIVILUDES.

L’arrivée de Serge Blisko à sa tête est un signe encourageant. Médecin de formation, ancien député et ancien maire du 13e arrondissement il connaît particulièrement bien, les sujets, qui touchent à la santé et aux fragilités des personnes. À sa nomination, il avait déclaré : « Le problème principal avec les sectes, c’est leur changement de nature. Avant, elles constituaient des dérives de mouvements religieux. Aujourd’hui, ce sont des groupes qui profitent des difficultés sociétales pour investir un certain nombre de milieux. »

Dans le cadre de ses activités parlementaires, il a travaillé sur les toxicomanies, participé à un groupe d’études sur les prisons et exercé la fonction de vice-président du groupe d’études sur les sectes.

Source : http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-miviludes-explication-134905#forum3703712