La Rochelle : le mouvement sectaire Hare Krishna s’affiche en toute impunité

Une centaine d’adeptes du mouvement Hare Krishna ont déambulé dans les rues de La Rochelle samedi midi

Départ du rassemblement à quelques mètres de l'université d'été du PS.

Départ du rassemblement à quelques mètres de l’université d’été du PS. (Photo Dominique Jullian)

Ils ont laissé le loup entrer dans la bergerie. Par inadvertance ou par manque de méfiance. Une centaine d’adeptes du mouvement Hare Krishna ont déambulé dans les rues de La Rochelle samedi midi, avec l’autorisation de la mairie. Sans qu’elle sache leur véritable identité. Ce courant lié à l’hindouisme, très influent dans les années 1970, figure sur la liste parlementaire des organisations sectaires depuis 1995. En 2009, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) l’a placé sous observation.

Si la Ville de La Rochelle se défend de cautionner un tel rassemblement, on se demande comment ces fidèles de Krishna ont réussi à défiler dans le centre-ville sans être nullement contrariés par la municipalité.

Début juillet, les organisateurs ont tout simplement montré patte blanche, se présentant comme des artistes indiens de confession hindoue. En croisière en Europe, ils ont proposé une escale dans le port de la Pallice afin d’offrir aux Rochelais un défilé en costume traditionnel, avec chansons et danses à l’appui. Sans préciser le nom du mouvement, ni leur intention de distribuer un bon paquet de tracts.

Mensonge par omission

Tout n’est qu’une question de formulation, dans un mensonge par omission. « Exprimé ainsi, nous n’avions aucune raison de refuser la présence de danseurs indiens. Ils ne se sont pas présentés comme apparentés à Hare Krishna. Sinon, jamais nous n’aurions autorisé le prosélytisme d’une secte dans les rues de La Rochelle », assure l’adjointe au maire Joëlle Laporte-Maudire, quelques heures après le rassemblement. Quant à la préfecture, elle n’était tout bonnement pas informée de leur venue.

Coïncidence fortuite

Ces hommes et femmes en tenue colorée sont partis de Londres en bateau dimanche 19 août. Durant leur périple, qualifié de « retraite spirituelle », le groupe a débarqué sur les terres espagnoles et néerlandaises. En France, ils ont effectué un seul arrêt, à La Rochelle. Bien que les organisateurs parlent de coïncidence, leur cortège s’est élancé à quelques pas de l’espace Encan, lieu de rassemblement de l’université d’été du PS.

Sans faire de parallèle, samedi, deux types de badges circulaient parmi les Rochelais et les touristes : roses pour les participants à la réunion annuelle des socialistes et bleus pour les membres du mouvement Hare Krishna. « Si nous avions cité le nom de notre communauté, nous n’aurions peut-être pas obtenu l’autorisation, en effet. Mais nous n’avions rien fait de mal. Ce n’était pas méchant », plaide Frédéric Tessier, l’un des organisateurs du mouvement en France. Certes, aucun trouble à l’ordre public n’a été signalé. Leur défilé a débuté vers midi devant l’office de tourisme. Les adeptes ont marché tout en récitant un mantra et en dansant lorsque le lieu le permettait.

« Nous purifions l’air de la ville. Nous lui enlevons toutes les mauvaises ondes », lance Divya, experte-comptable à Londres et affiliée au mouvement depuis plus de vingt ans. Les badauds ont observé leur passage d’un œil amusé, interloqué ou même indifférent. Mais tous se sont vu proposer un document vantant les mérites de leur communauté. Place de la Caille, près de l’hôtel de ville, un discours a été prononcé appelant les Rochelais à les rejoindre « pour danser et chanter ». La proposition n’a pas remporté un franc succès. Le loup est remonté à bord, bredouille, dans l’après-midi.

Source : http://www.sudouest.fr/2012/08/27/un-air-d-effraction-804624-1391.php#xtor=EPR-260