«La secte a tué ma sœur »

Le 28 août à 17h13 par Corine Sabouraud | Mis à jour le 28 août

Image d'illustration
Image d’illustration

Nicole est décédée en février 2013. «Dépouillée, maltraitée et endoctrinée par un groupe occulte», dénonce sa famille.

Véritable sœur courage, Claire (1) culpabilise depuis la mort de son aînée Nicole malgré un terrible combat mené, quelque part en Languedoc-Roussillon, pendant neuf mois contre une «pieuvre». Sa consolation, «maigre» à ses yeux, est pourtant exemplaire. «J’ai pu l’extraire des griffes d’un dangereux mouvement (2) qui a tout tenté, jusqu’au cimetière, pour nous exclure de sa vie et de son âme», témoigne Claire.

 «Son calvaire nous a explosé au visage le 16 avril 2012. Nicole a eu une embolie pulmonaire. Elle a appelé Virginie, son mentor, absente. Elle nous a donc prévenu et j’ai couru l’emmener aux urgences de l’hôpital», entame Claire. Nicole restera deux mois entre la vie et la mort en soins intensifs. «Nos parents, sa fille, tout le monde savait qu’un groupe lui avait mis le grappin dessus dès les années 80/85 mais ma sœur était une personne vulnérable. Elle avait subi une fracture du crâne puis un divorce qui l’avaient fragilisée. Comme elle était un peu originale, on ne prenait pas ça au sérieux», avoue la cadette.

Placebos pour un cancer

A l’époque, Nicole est femme de ménage et gagne un menu salaire. Pas de quoi attirer les gourous. «Faux. Pour eux, les petites gens désargentées constituent des proies faciles à endoctriner qu’ils utilisent comme des rabatteurs», explique Claire. Elle s’en aperçoit au chevet de la malade. «Moi j’étais à ses côtés pour la protéger. L’autre, Virginie, venait la voir pour la manipuler. Elle avait une emprise affective de fou sur elle».

Au fil des semaines, Nicole récupère mais le diagnostic tombe, impitoyable. Cancer généralisé. Son état nécessite un traitement lourd. Suivie par un oncologue, elle est soignée en ambulatoire et ses proches la placent, en juin, en maison de retraite spécialisée.

«Elle dépensait des sommes dingues»

«Lors de son embolie, Nicole s’était confiée à moi et m’avait donné ses papiers, des procurations, les clés de son appartement. En y allant, je suis tombée des nues. Il y a avait des tonnes de produits soi-disant de médecine douce ou parallèle toujours achetés dans le même magasin bio de la ville qui a pignon sur rue. Elle dépensait des sommes dingues. 800 €euros par an minimum», fustige Claire.

Elle comprend alors que Nicole souffre depuis longtemps, refuse toute pharmacopée, tout docteur, gobe aveuglément les gélules «prescrites» par sa secte. Et où passe l’argent que son aînée lui demande sans cesse. Dans ces placebos. Car Nicole désirait guérir et vivre. «Mais tellement embrigadée, elle ne mangeait même plus les repas du centre, elle se nourrissait exclusivement d’aliments apportés par Virginie», poursuit Claire qui décide de réagir vite. Elle saisit la justice, les services sociaux, et demande à un psychiatre d’examiner sa sœur.

L’intervention de la mort

Stupeur. En pleines démarches, Claire découvre que «les amis» de Nicole se déchaînent désormais contre elle et l’accusent de «séquestration». Plusieurs plaintes atterrissent également au Parquet dont une pour vol de chéquier. «Dans la foulée, ils font annuler toutes les procurations que Nicole m’avait signées, se débrouillent pour encaisser ses indemnités journalières, effectuent des retraits sur son compte… Et quand je rentrais dans sa chambre elle criait au secours. Ils lui avaient complètement colonisé l’esprit», raconte Claire. Au point d’obtenir une décharge hospitalière.

«Nicole était dépersonnalisée. C’était un toutou devant Virginie, ce qui leur a permis de tout verrouiller autour d’elle et de l’isoler de nous». Du coup, trois mois après son entrée en maison de retraite, Nicole est embarquée en toute discrétion par la secte. Direction Toulouse où elle subit une intervention chirurgicale. Claire réussit à se procurer le nom de la clinique et s’y précipite, brandissant l’ordonnance de sauvegarde attribuée à l’Udaf. «Le médecin qui m’a reçue s’est décomposé. C’était trop tard, Nicole avait été opérée».

Claire ne baisse pas les bras et obtient, en décembre, le retour de son aînée au centre de repos initial. «Sinon, aujourd’hui, on ne saurait peut-être toujours pas où elle est, voire qu’elle est morte. C’était leur plan diabolique», dénonce-t-elle.

Entre colère et larmes 

Or, le 1er février dernier, Nicole s’éteint. «C’était un vendredi à la fermeture des bureaux. A 9h le lundi, ils étaient tous au tribunal pour revendiquer les droits d’obsèques à l’aide d’une fausse lettre stipulant les dernières volontés de Nicole».

«Partie en paix»

Instrumentalisée jusqu’au bout, la malheureuse est enterrée une heure plus tard par les siens. Sa vraie famille. A son arrivée au cimetière, une cinquantaine d’inconnus attendait en groupe compact à quelques mètres de la tombe. «Quel culot ! Quelle perversion !» lâche Claire.

Nicole aurait fêté ses 65 printemps en ce mois de juin. Elle ne soufflera jamais ses bougies mais «elle est partie en paix, en bonne catholique, entourée de notre amour et non pas prisonnière d’une bande de cinglés haineux», conclut sa petite sœur. Sœur courage qui vient d’adresser un rapport détaillé du cauchemar au Procureur de la République de son département.

◗ (1) A la demande du témoin, nous utilisons des prénoms d’emprunt.

◗ (2) Des saisines étant en cours, nous ne dévoilons pas le nom du mouvement.

Les signaux d’alerte

Comment déceler l’emprise sectaire ? La Miviludes a élaboré une série de critères, suite au travail de diverses commissions d’enquête parlementaires. Ils permettent de déceler chez nos proches des signes d’appartenance à un mouvement sectaire. Tous ces signaux doivent vous alerter.

Côté comportement :
– Adoption d’un langage spécifique.
– Changement des habitudes alimentaires ou vestimentaires.
– Refus de soins ou arrêt de traitements.
– Rupture familiale et socioprofessionnelle.
– Engagement exclusif pour un groupe ou une personne.
– Soumission absolue aux dirigeants ou à une personne.
– Perte d’esprit critique.
– Réponse stéréotypée sur toutes les questions existentielles.
– Embrigadement des enfants et adolescents.
– Atteinte à l’intégrité psychique ou physique.
– Manque de sommeil.

Côté financier : 
– Acceptation d’exigences financières fortes, durables et répétées.
– Engagement dans un processus d’endettement.
– Legs ou donation à des personnes étrangères aux proches ou à des associations.
– Participation onéreuse à des conférences, stages, séminaires, retraites…
– Escroquerie ou publicité mensongère sur les qualités substantielles d’un produit ou d’un service.

Côté socioprofessionnel :
– Discours antisocial.
– Troubles à l’ordre public dans les cliniques et hôpitaux, par exemple, dans le but de s’opposer à des actes médicaux ou chirurgicaux.
– Détournement des circuits économiques classiques.
– Détournement de marques, modèles, dessins et titres officiels pour créer une confusion dans l’esprit du public.

L’emprise mentale

L’emprise mentale a elle aussi son faisceau de présomptions.
– État de rupture avec les comportements antérieurs.
– Acceptation par une personne que sa vie affective, cognitive, morale, relationnelle et sociale soit modelée par les valeurs ou doctrines imposées par un tiers ou une institution.
– Allégeance inconditionnelle, affective, sociale et intellectuelle à une personne, un groupe ou une institution.
– Démarche prosélyte.
– Dépossession des compétences d’une personne comme anesthésiée et dès lors imperméable aux avis extérieurs.
– Induction et réalisation d’actes gravement préjudiciables à la personne.

Source : lindependant.fr