La Ville de Genève poursuivie pour viol de la liberté religieuse

Le Département de Barazzone a banni des associations religieuses du Molard. Quatre plaintes ont été déposées devant le Tribunal administratif.

Les partis politiques disposent d'un droit de dresser des stands sur le domaine public, pas les autres associations.

Les partis politiques disposent d’un droit de dresser des stands sur le domaine public, pas les autres associations. Image: Vogelsang (Archives)

Claudine Laurent, une citoyenne de Meinier, n’est pas une va-t-en-guerre. Mais sa lettre de protestation, publiée par la Tribune de Genève, mardi 3 février allume une polémique religieuse comme la Cité de Calvin en connaît régulièrement. L’objet du délit est cette fois une nouvelle directive de la Ville de Genève, qui filtre les communautés religieuses ou spirituelles qui veulent manifester sur le macadam de la cité.

Déjà le conseiller municipal socialiste Sylvain Thévoz monte au créneau dans son blog, sous le titre «Barazzone plus sectaire que les sectes?». Le constituant Maurice Gardiol, membre actif de la Plateforme interreligieuse de Genève, s’étonne de cette nouvelle pratique. «En tant qu’ancien président de la commission sur les droits fondamentaux, j’estime que cette pratique est discriminatoire.»

«Genève rayonne à cause de la Bible»

La directive était passée inaperçue du commun des mortels, comme le gros de la législation, dite occulte, décrétée par les services de l’administration, jusqu’à cette plainte citoyenne. «J’en appelle à nos autorités genevoises», écrit Claudine Laurent qui aidait régulièrement l’Eglise évangélique à distribuer des Bibles au Molard ou à la rue du Mont-Blanc à l’approche de Noël. Sa lettre, la Meynite dit l’avoir rédigée de son propre chef: «Avez-vous oublié, y lit-on, que nous sommes dans un pays, un canton d’influence judéo-chrétienne? Et que notre Constitution a été fondée en prêtant serment sur la Bible dont nos lois sont issues? De plus, si nous avons été si prospères, cela vient de ce fondement fiable et plein de bon sens. Avez-vous oublié que Genève rayonne mondialement à cause de la Bible? (…)»

Pour Michael Mützner, secrétaire général adjoint du Réseau évangélique suisse, son Eglise est en fait une victime collatérale de la propagande d’islamistes, qui, au printemps 2014, avaient dressé un stand au Molard, dûment autorisé mais sous une identité trompeuse. Une interprétation que réfute totalement Antonio Pizzoferrato, chef du service de la sécurité et de l’espace publics. «Cette nouvelle pratique n’a rien à voir avec l’affaire du stand tenu par des islamistes. La décision a été communiquée à plusieurs de nos partenaires au début 2014 déjà.»

Avalanche de demandes de stands

La Ville doit faire face à une avalanche de demandes de stands au Molard ou à la rue du Mont-Blanc, en particulier les vendredis et les samedis. Au début 2014, explique le haut fonctionnaire, nous avons décidé de modifier notre pratique, sachant qu’il ne serait pas facile de contenter tout le monde et de bien marier la liberté d’expression et la tranquillité des badauds, qui ne souhaitent pas être sollicités à tout bout de champ. La ville a donc dû faire des choix. Or, de par la loi actuelle, les partis politiques ont un droit de dresser des stands. Impossible donc de les bannir du Molard.(…)

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